CHIRURGIE FRANÇAISE ET ITALIENNE AU XII‘ SIÈCLE
rang inférieur et l'habitude du public de s’y adresser : toutefois, on voit par Guy de Chauliac, fort bien renseigné sur l'état de la chirurgie de son temps, c’est-à-dire environ 70 ans aprés Lanfranc, que ces opérateurs, comme il les nomme, n’étaient pas tout à fait étrangers aux connaissances médicales.
3° Puisque Lanfranc était appelé à faire un cours aux médecins, cela prouve que si la chirurgie n’était pas bien florissante, du moins elle n’était pas bannie de la Faculté de médecine, comme cela eut lieu plus tard.
Pour les chirurgiens du xi° siècle, Guy de Chauliac avait mieux vu que nos historiens modernes : suivant lui, Brunus (1) a copié Abulcasis, Avicenne et un peu Galien; Théodoric a pillé Brunus en ses livres et Hugues en sa pratique; Guillaume de Salicet est cun plus vaillant homme », plus original; Lanfrane a beaucoup pris à Guillaume. Guy divise toute la chirurgie d’alors en cinq sectes, eu égard à la thérapeutique :
4 Roger et Roland et les Quatre maîtres (2) : — es humides, d’après l’aphorisme d’Hippocrate : Les laxes bons, les cruds mauvais.
2° Hugues, Brun (3) et Théodoric : Desséchent avec le vin, se fondant sur le dire de Galien : Le sec approche plus du sain.
{4) Toutes vérifications faites, Brunus n'était pas aussi savant qu’on le dit; il tire, en effet, ses chapitres généraux d’Avicenne, d’Ali Abbas où de Galien par les traductions latines faites sur l'arabe, et les chapitres spéciaux d’Abulcasis.
(2) J'ai découvert à la bibliothèque Mazarine et publié pour la première fois en 4854, dans la Collectio salernitana, les Gloses des Quatre maîtres sur la Chirurgie de Roger et de Roland; dans une introduction, j'ai relevé les passages des Quatre maitres cités par Guy ct toutes les particularités de leurs commentaires. M. Puccinotti a aussi imprimé en 1865 le même commentaire d’hprès un manuscrit italien ; mais le texte me paraît un peu abrégé et remanié, comme est celui des manuscrits de Munich, d'Oxford ou de Condres que j'ai collationnés. Les historiens français, même parisiens, de la chirurgie avaient souvent parlé des Quatre maitres ; ils déploraient la perte de Icurs Gloses, et pas un d’eux n’a songé, soit à ouvriv nos catalogues, soit à aller chercher les manuscrits qu’on savait exister en Angleterre.
(3) Hugues de Lucques traitait les blessures avec le vin, les étoupes et un bandage : ce n’est donc pas Brunus, qui écrivait à peu près au moment où mourut Hugues, qui à imaginé cette méthode ; ce n’est pas non plus Hugues, car elle est indiquée dans Roger et décrite par un hippocratiste, au moins pour le vin.