‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 12 sur 102 · DÉCOUVERTE DU CANAL THORACIQUE ET DES LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE DU CANAL THORACIQUE ET DES LYMPHATIQUES

que madame de Sévigné avait de plus cher au monde est un honneur non vulgaire. Ce qui vaut mieux peut-être, c'est d'être resté fidèle à la personne de son maître et client le surintendant Pouquety pour qui Pecquet subit la Bastille et l'exil. Tant de mérites et de si grandes relations n'ont pas empêché Pecquet de succomber, à l'âge de cinquante-deux ans, aux suites de l'abus qu'il faisait, dit-on, de l'eau-de-vie, regardée par lui comme une panacée universelle.

Le litre de l'ouvrage de Pecquet est digne de remarque : Expérimenta nova anatomica (1) ; ce sont des expériences^ des observations, et non plus des hypothèses ou de simples raisonnemenls. Ces Expérimenta font écho aux Exerdtationes de Harvey; cependant ces expériences^ ces observations^ ne sont pas nées de recherches préméditées, de réflexions sur le rôle des chylifères et sur des fonctions inconnues, c'est encore le hasard qui a conduit la main de Pecquet; il ne songeait guère au réservoir (cisterna) ni au canal tlioracique ; ce n'est pas par l'anatomie, ni en raisonnant sur les vaisseaux d'Aselli, qu'il arrive à changer la roule du chyle, c'est en ouvrant des animaux qu'il tombe fortuitement sur ce réservoir d'abord, et en poursuivant alors ses recherches, qu'il remonte jusqu'au cœur. C'est ensuite en faisant une foule d'expériences qu'il détermine la marche du liquide nouveau, et par conséquent les fonctions des vaisseaux qui le renfermcnl. Ne croyez pas Desgenelles (2), lors- [ju il affirme que « celte découverte ne fut pas l'effet du hasard, ïommc l'ont prétendu de jaloux adversaires »; croyez-en plutôt Pecquet, qui, lui, affirme qu'en cette circonstance le hasard a ïié son premier maître. « Gardez-vous de penser, lecteurs, s'éîrie-lil au début de son livre, gardez-vous de penser que c'est 1 i moi, à mon initiative, que vous devez le jaillissement des veines actées etTorigine de mon expédition : un bienfait de la fortune ouanl avec un ignorant. — Miinus est fortimae ciim inscio lulentis. y> Est-ce clair? Cependant il faut ajouter, à la louange de

(1) Anatomicus se disait alors aussi bien de la physiologie que de l'anatomie ir on ne séparait puèrc ces deux parties dont la réunion représente l'orgaisme.

(2) B '^graphie méHcahf^ article Pecqi kt.

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Pecquet, que, s'il ne cherchait pas la route du chyle, il cherchait du moitis quelque chose ; car, laissant de coté Tanatomie faite sur des cadavres (mutam alioqui frigidamque sapientiam)^ il lui plut de se mettre à la poursuite de la vraie science en surprenant les mouvements de la vie, et en particulier du cœur, sur les animaux vivants.

On sait que le livre de Pec(|uet, dédié au frère du surintendant Fouquet, évéque de Sainte- Agathe, et composé, à ce qu*il parait, vei^ l'année 16A7, auprès de ce personnage, aux environs de Montpellier, a été écrit en latin et publié en Tannée 1651 (1) : mais ce qu*on ne sait pas, c'est que Pecquet avait pris la [leine de traduire lui-même son ouvrage, labrégeant et le remaniant. Le iiianuscrit autographe se trouve dans la Réserve^ à la Bibliothèque impériale, à la suite de l'édition originale, où je l'ai copié. C'estaussi un munus fortunae^ ou, si vous aimez mieux, l'impulsion de ma curiosité naturelle, qui m'a mis sur la trace de ce précieux autographe, en lisant sur le Catalogue^ t. I, p. 297-98, f Pecqueti Expérimenta^ etc., avec onze feuillets manuscrits dont six (lisez neuf) sont de la main de Pecquet. »

Je désire que mes auditeurs et mes lecteurs profitent d'une aussi bonne fortune, et je transcris ici les parties essentielles de cette traduction ; il n'y a pas de meilleur moyen de faire connaître Pecquet et son œuvre.

Manuscrit de M. Pecquet mesme sur sa découuerte des veines thoraciques du chyle, contenant ^exposition de son livre.

Première partie. — « Un ancica philosophe disoit que le hasard estoit le meilleur artisan qui fust au monde, et qu'il nous aprenoit souueat des choses qui auroient esté dans un éternel oubly, sy il ne nous les avoit fait connoislre. Il m'a donné la connoissance du vray chemin que fait le chyle dans le corps des animaux (2) auant que d'arriuer au lieu où se

(1) Mentel^ cette même anuée, loue Pecquet de ce que, dans une aussi ^ande jeunesse^ il ait sacrifié le plaisir à l'étude et déjà fait ^e belles découTertes.

(2) On lit en tête du même volume les deux notes suivantes; elles émanent de quelqu'un qui voulait plutôt rabaisser qu'exalter la gloire de Pecquet : « Pequetus plune tyro in anatomicis forte fortuna reperit (Mentelio adhortaute illum ad examen coufluvii lactearum niesenterii venarum {ie récit de Pecquet ne confirme pas cette allégation ; — voy, aussi la fin du chap, 6) ductum chyli thoraeicum^ quem|dupliccm facit {voy, p. 631, note i et p. 627), licet unicus sit; de quare inventa nihilcom*

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forme le sang qui est Talimeat véritable qui les entretient et leur donne

la vie.

o J'auois leué le cœur d'un chîen que J'ouuris fout vif pour le voir battre sur une table, et ne songeois à autre chose qu'à conter les systoles et diastoles que les derniers efforts de ses esprits lui faisoient produire, lorsque j'aperçus une subsfancc blanche comme laict qui découloit de la veine cave ascendante dans le péricarde, à la place où auoit esté le ventricule droit du cœur. J'examine celte substance blanche, et, n'ayant pu découurir aucun abcès qui l'cust produite, comme j'en avois eu la pensée, j'ouuris la veine cave en sa longueur, tant au-dessus qu'au-dessous du cœur, et je m'aperçus que cette substance, qui n'auoit autre gousf, odeur, couleur, ny consistance que du laict ou chyle que j*auois TU peu auparavant exprimé des veines lactées, venoit des rameaux sousclauiers, où je trouuay un peu au-dessus des jugulaires les trous par où cette liqueur laicteuse entroit dedans la veine caue. Je crus que le mézentaire y pouuoitauoirenuoyé ce laict par des canaux qui jusques alors estoient inconnus, et qu'il estoit à propos de ne pas négliger la connaissance que la Providence divine me donnoit d'une chose si utile et si nécessaire à l'usage de la médecine.

« Je mis la main sur le mézentaire de cet animal qui auoit encor asses de chaleur, et dont les lactées n'estoient pas du tout épuisées, et à peine eu3-je un peu pressé, que je vis sortir le laict fout pur de ces deux sources que j'auois remarquées dans les sous-claviers. J'y reconnus quatre ou cinq trous d'un costé et autant de l'autre, par où ce laict entroit dedans la cave, et vis qu'il ne pouuoit monter en haut par les jugulaires dont les deux portes ou valuules se fermoient à mesure que ce laict, à cause de la situation de l'animal, vouloit y monter. Je continuai de rechercher ces vaisseaux lactés dans une infinité de chiens que j'ouuris à ce dessein (i),

movebatur, nisi Mentelius iUum excitassct et provocasset ad scriptionem, cui epi- 8tolam laudatoriam attexuit, et Domiuuni de Merscnne atquc D. Auzolium ad iUud idem praestaDdum impulit (Mentel, de Mercenne, Auzot^ qui s* occupe surtout des conséquences médicales et physiologiques du Novuin inventiira, vantent Pecquetj et, dans leurs Lettres, ne s'attribuent aucun mérite), Hinc celebritas Pequeto accessit. — Sane non ignoremus cademaetate fuisse Pomponium (id est^ comicum) scnsibus celcbrcm, verbis rVdem (ita Pcquetus), et novitatc iuvciiti a se operis commendabilcm. » Vell. Paterculus, Histor., lib. II [9, 5], — Ces deux notes, qui sont de deux mains difTcreutes, paraissent un peu plus récentes que le livre de Pecquet. A la suite du manuscrit de Pecquet, on a ajouté le curieux Rapport autojjrapbe du chirurgien Bertrand (décembre 1650) qui a fait la dissection d'un corps oit les parties internes étaient transposées. Enfin les Lettres de Menlel et de de Mcrcenoe sont chargées de notes. — Il y a une édition in-24, Amsterd., 1661.

(1) Le manuel opératoire est très-bien indiqué par un des élèves de Pecquet, par Martet, dans son Abrégé des nouvelles expériences anatomiques, etc. Toulouse, 1652. C'est là ce quMl y a de plus intéressant dans ce livre.

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