PECQUET
Et les trouuay enfin tout le long des yertèbres du dos, sur Tépine, des* sous Faorte ; étales ayant liés tant d'un costé que d'autre. Je les vis se gonfler au-dessous de la ligature, et reconnus en laschant quelquefois la mesme ligature, qu'ils portoicnt le laictaux trous que J'auois remarquez dans les vaisseaux sous-claviers de la cave ascendante. Je les conduisis depuis ces trous Jusqu'au diaphragme avec grand seing, et les trouuay étendus sur l'épine du dos, tantost s'unîssanl, tantost se séparant, et tantost s'enuoyant des branches l'un à l'autre. J'en trouuay deux pour r ordinaire (i), mais qui varioient souuent les lieux de leur union et qui pourtant ne manquoient Jamais de se rendre aux mesmes endroits des sous-claviers (2).
a Après les avoir exactement conduits jusques au diaphragme , Je m'aperçus qu'il y auoit entre les veines, sous le centre du mézentaire, un réseruoir (3) caché, d'où sortit une grande quantité de laict, quoique Je n'en aperçusse plus ou fort peu dans les veines lactées du mézentaire.
« J'ouuris un autre chien et m'attachay principalement à la recherche de ce réseruoir. Je llay d'abord les vaisseaux lactés que J'auois trouuez dans le torax pour empescher que le chyle ne s'en allast (ont; et c'est par où il faut commencer la recherche de ce que j'ai découuert. Je courus incontinent au diaphragme ; je le leuay tout doucement, le déchirant peu à peu, et treuuay -dessous l'aorte une vessie pleine que Je
(1) Chez l*hommC; il y a deux groupes de lymphatiques (les chylirères sont considérés comme les lymphatiques intestinaux) qui aboutissent à deux troncs: 1<> le canal thoracique, celui que Pe^quet décrit, non d'après l'homme^ mais d'après les mammirères; après avoir reçu tous les lymphatiques de l'abdomen, dos membres inréricurs, du côté gauche de la poitrine, du cou et de la tête, il s'ouvre au confluent do la sous-clavière gauche et de la jugulaire interne du même côté; 2^ la grande veine lymphatique reçoit les lymphatiques du bras droit, du côté droit de la tète, du cou et de la poitrine, et s'ouvre dans la portion sous-clavière du tronc brachial droit. Je trouve, dans Cuvier-Duvermry {Leçons (fanatomie comparée, 2* éd., t. VI, p. 66), la phrase suivante qui justifie Pecquet : «On voit souvent sortir (chez les mammifères) de la citerne lombaire {réservoir du chyle) deux troncs distincts qui s'avancent sur les deux côtés du corps des vertèbres, s'envoient des branches trans verses de communication et s'écartent l'un de l'autre en avant de la poitrine pour gagner les sous-clavières droite et gauche, et s'y terminer après s'être encore séparés en deux ou trois branches. »
(2) Voy. les figures, p. 632-633. — Gomme Peequet ne pense qu'aux chylifères^'û fait mille efforts de raisonnement et institue même des expériences pour prouver qu'il n'y a point de ces vaisseaux aux membres ni à la tête, ni au tronc, mais seulement dans l'abdomen. — Voy, p. 634, note 1, et p. 638, note 5.
(3) Beccpiaculum, Situé au niveau de la troisième vertèbre lombaire, entre les deux reins, adhérent aux glandes surrénales. — Peequet détruit, chemin faisant, rerrcur d'Aselli touchant le pancréas; il ne trouve que des glandes isolées, tantôt cinq, tantôt trois, ches les chiens ou autres mammifères.
652 PfiCOOVEBTt DU CANAL THORACIQUE HT DUS LYIIPHATIQOIS .
FIGDUS IT ETPUCATIORI TlltU M PECOOIT.
La figure 1 monlre la vaùieauj: iociét Ihoroejquej el le réceptacle du cAyfe. A. Tronc ourert de U veine csve atcendante. — B. Rcncnotre dea Teinei Jnp lairei cl ■lillurei ; les embouchures dci lact^i sont désignées par dec poinb- - C. Vatmlei de* jugulaires qui s'opposent à l'aBcrnsion du chjle. — D. Diviaion ài Ttiiteaui lactés (cana/tAo'-.l vers leurs embouchure!. — E. Anastomoaca des iti<seaui lactés, 1 divers points de leur parcours. — F. Renflement qui se m
souvent à ga"<*E. Prèt du diaphragme. — G. Autre renduncnt se ilévoloppanl i droilc.— H. Portioa du diaphragme. — I. Rëceitacle duchjle. — L. TroDcsdas lactés mésenlériques près du réceptacle ; une membrane plus ample indique Talvules qui cmpêcheul le relourdu ch^le, — m. Valvules qui permettent le paasoge du chj-le dnus la veine caye, maîi s'opposent ï son retour vers le réceptacle.
La fiyiiie 2 montre un cAûn ouoa-t avec let vaùieaux tels qu'ils tont chez l'animai el placii ekann en leur lieu.
le nscrDdonte. — 1. Porlioii de l'aorle qui mlliùrc, ciiliv
5S& DÊGOUTERTE DU CANAL THORACIQUE ET DES LYIfPHATIQUB&.
sentois au tact. Je remarquay sa grandeur, sa longueur et sa largeur; et ayant coupé le foye, la rate, restomach et tout le mésentère. Je li treuuay encor en sa plénitude et sans qu'elle se déchargeast. D'où je Jugeay que le laict que je voyais y estrc contenu, par sa continuité am les vaisseaux lactés du torax, ne relournoit pas vers le mésentère, et qu'il y auoit des valuulcs aux emboucbures des vaisseaux qui l'auoient porté dans cette vessie pour en empescher le reflux. Je connus qu'il n'alloit point au foye ny à la rate, puisque [ces viscères] estant jettes dehon, il ne laissoit pas de se conseruer dans ce réservoir; et ayant fendu k veine caue et l'aorte en long depuis les iliaques jusques au diaphragme, Je n'aperçus point qu'il y entrast du laict. J'ouuris ce réseruoir pour v(»r si je ne me trompois point dans la conjecture que j'auois falcte du laict qu'il contenoit^ et Je reconnus par l'abondance qui en sortit qu'il en contenoît davantage que Je ne m*en estois promis. Il me fut aisé pour Ion de remarquer les valuules des vaisseaux lactés du tborax, qui ne décha^ gèrent point leur chyle par l'ouuerture que j'auois faicte au réseruoir.ie voulus voir si je pourrois trouuer le réseruoir après que j'eus vuidé le laict; mais il me disparut aussi bien que les lactées du mésentj^re et do thorax, qui ne sont visibles que par le laict ou chyle qu'ils contiennent
c 11 ne me restoit plus qu'une chose à voir, qui est la communication . des veines lactées du mésentère auec ce réseruoir. Je prends un chien, je ^ rouure^ je lie les vaisseaux lactés du thorav, je découure le réseruoir i sans endommager lé mésentère ; je lie au centre de ce mésentère, le ! plus près que je peux de ce réseruoir, les veines lactées d'Asellius, pour • y arrester ce laict; je crève mon réseruoir, et le chyle restant sorty, je '■' délie les veines lactées du mésentère, et alors je vois que le lait qu'elles contenaient s'écoule tout par le trou que j'auois fait à ce réseruoir.
« Voilà le sommaire de l'hystoire anatomique que j'ay décrite dans la première partye de mon traité. Or, avant de la finir, j'ay remarqué : ^
« Que j'auois découuert ce réseruoir du chyle et ces vaisseaux lactés ! du torax, non-seulement aux chiens dont j'en ai fait mourir un grand • nombre, mais encore dans les bœufs, veaux, vaches, chevaux, pourceaux^ : et dans les moutons où J'ai trouvé cela en particulier, que souuent il n'y | a gu'tin vaisseau lacté dans le torax, mais fort gros, qui, quand il est ! arriué vers le cœur, se distribue pour aller porter le laict aux sous-clavîeres, comme [chez] les autres animaux (i).
« Je ne dis rien des hommes, parce que je n'ay pas eu l'occasion d'en ouurir de tout nouuellement exécutez, comme fit M. Peyres [c] quand il y treuua en Prouence des veines lactées dans le mésentère, n'ayant pas eu la pensée de les aller chercher dans le torax, non plus que tous nos anatomistes. Je ne doute pourtant point qu'ils n'ajent les mêmes vais-
(1) Ici nous retrouvons les mômes dispositions que chez Tbommc pour le canai thoracique; nulle part Pecquet n'en a distingué la. grande veine lymphatique, et il yeut toujours que le canal simple ou double aille aux deux sous-clavières.
PECQDET. 5S5
•eaux, et que leur foye ne soit aussi inutile pour Taimatose que celui des animaux, qui ne fait Jamais de sang, et ne sert que pour échauffer le ventricule et filtrer la bile et les impuretez de la masse sanguinaire (i). »
Lsi deuxième partie des Expérimenta^ où Pecqu et traite des mouvements du sang et du chyle, ne vaut pas la première; il admet la circulation harvéienne et la confirme par des expériences qui n'ont aucune nouveauté ; elles ne sont guère que la répétition de celles de Harvey (2) : La ligature des vaisseaux, leur ouverture, puis la disposition des valvules ; cependant le passage sur la veine porte et quelques réflexions sur le prin-
cipe du mouvement du sang méritent d'être cités.
« Les expériences susdites et plusieurs autres m'ayant convaincu pour la veine cave et les autres, j'ai tasché de découvrir le mouvement du sang daas la porte. J'ai trquué que les ligatures et les seignées que l'on iiût dans ses petits rameaux ne suffisent pas pour convaincre un esprit raisonnable, à cause du peu de valuules et des fréquentes anastomoses qu'ils ont avec les rameaux de l'artère céliaque. Mais, ayant lié les gros Yameaux splénique et mésentérique, proche le tronc, J'ay trouué que ces rameaux se sont gonflés vers leurs ligatures depuis leurs extrémités, et qu'ils se sont vuidés depuis les mesmes ligatures jusqu'au foye avec beaucoup de vitesse; ce quis*est fait tant de fois, que je ne puis comprendre comme M. Riolan a un autre sentiment touchant cette matière. Cecy étant expédié pour la porte^ j'ai trouué qu'elle a double usage et double tunique. Elle fait l'office des veines portant le sang des extrémités à son tronc, et l'office d'artère^ portant et distribuant le sang de son tronc par les exlrémltés de ses racines dans le foye, qui ont une véritable tunique d'artère.
c Je trouve que le principe du mouvement du sang ne peut être son
(1) Ce sont les expériences sur le mouvement du chyle^ au moins autant que la direction des vaisseaux lactés, qui ont conduit Pecqiiet à porter condamnation contre le foie. Mais voyez combien il est difficile de se débarrasser soi-même des vieilles erreurs et de délivrer le foie de fonctions imaginaires. Voilà encore que, selon Pecquet, ce viscère sert de chaufferette pour l'estomac et de filtre pour le sang !
(2) Pecquet admet les synanasiomoses ou abouchements pour les vaisseaux cardiaco>pulmonaires dans le poumon; mais il pense que, pour presque tout le reste du corps, il y a anastomose ; c'est-à-dire, que, prenant ce mot dans sa signification originelle, il fait cxtravaser le sang par les bouches béantes des artères, dans Tinlimité des tissus, pour les nourrir, et il fait reprendre le résidu par les bouches ouvertes des veines. — Voy. plus haut, p. 612-613, la doctrine de Harvey sur ce point.
696 DÉCOUVERTE Dl* CANAL THORACIQUE ET DES LYMPHATIQOIS.
propre poids qui le Tait passer des artères dans lei veines, et que quoi les artrrcs et les veines seroient des syphons, le tang ne pourroit p» retourner au cœur.
« 1" l*arc(; que les artères des moribons se vuident, et les veines le gonflent sans se décharger dans le cœur, ce qui ne convient pas u syphon ; *i" les artères liées se vuident au delà de la ligature et poosioi leur Fung dans les veines, sans que la granité ny que la raison du sypboi agisse ; '6° les veicies liées ne laissent pas d'envoyer leur sang au cœur depuis leur ligature ; ce qui ne convient pas au syphon ; W^ les syphoc | tirant d'un costé se vuident de l'autre, ce qui ne conuient pas aux veioc* etart(>res; <'ar, lorsque le sang est poussé dans les artères, les veines dî se vuident point, mais seulement se gonflent, et ne se vuident que lorsçcd rion n'entre plus dans les artère?.
a Je niontre, par les mesmes raisons, que la systole du cœur (veniricMif yaurhfi, ne suffit pas pour le retour du sang dans le cœur [par les vcin»'. puisque l'inlerruption de cette systole par la ligature des veines et art^Rf n'empesehe pas vi*. retour du sang dans le cœur, et que les moribons dc laissent pas d'eus oyer leur sang artérieux dans les veines lorsque ta systole a cessé. Je montre que la diastole est aussi très-inefBcace poor . attirer le sang au cœur par sa chaleur, comme on dit de la vantouse,cii ; par sa dilatation, comme le soufflet attire l'air en se dilatant; parce qœ : je ne puis admettre cette attraction que je ne vois aucunement néces* [ saire, puisque les veines sont gonflées et regorgent do sang lorsque k cœur s'ounre, el que, malgré qu'elles en ayent, elles sont contraintes de le laisser s'écouler dans les ventricules du cœur lorsqu'ils sont vuides et ouuerts pour le recevoir.
tt Je découure les causes partielles du mouvement du sang, qui sontii systole du cœur, la contraction des membranes qui, naturellement, se resserrent, estant dilatées par une humeur étrangère qui les y contraînti et la compression des muscles et des parties externes, comme pourroit estrp la dilatation des poulmons^ etc., et fais voir que ces trois causes concourctit pour le retour du satig, et que quand l'une meurt, l'autre supplée! son défaut.
« Je montre ensuite le principe du mouuement du chyle, son entrée dans les intestins, son chemin dans les lactées et dans le rôseruoir da cliyle, et sa sortie dans les sous-claviers; où je fais veoîr que la respiration cause tout ce mystère, contraignant le chyle de s'exprimer des viandes dans les lactées à travers les tuniques des intestins, comme les liqueurs s'expriment à Irauers un sac de linge lorsqu'on le presse (i). Je fais voir que la contraction des intestins ne facilite point ce passage du chyle, mais bien la compression des parties voisines, lors de la contraction des muscles. Les mouvements du chyle, depuis les intestins jusques aux sout-
(1) Ha falhi l'interventiuii du microscope et des iiijcclioiis les plus délicates pour reconnuitre le mode d'abouchement des chylifères avec les intestins.