DÉCOUVERTE DC CANAL THORAGIQDE ET DES LYMPHATIQUES
Jusqu'ici, Anglais, Italiens, Français, ont concouru, avec plus ou moins de succès et de génie , à tracer au sang et au chyle leurs vérilables voies; il reste encore une section à ouvrir, celle des lymphatiques du corps. Celle gloire revient certainement en première ligne au Suédois Rudbeck, bien que le Danois Thomas Barlholin la lui ait disputée avec autant d'acrimonie que d'injustice par la plume de son ami Bogdan.
Après avoir lu avec la plus grande attention, et en avoir fait même de nombreux extraits, les deux premières dissertations de Rudbeck (1), les attaques de Bogdan (2), la réponse assez calme de Rudbeck (3), la réplique injurieuse de Bogdan (A) et les dissertations nombreuses de Bartholin lui-même sur ce sujet, je demeure convaincu avec Haller que Rudbeck a la priorité sur Bartholin, loin d'être son plagiaire, dans la démonstration si compliquée des vaisseaux lymphatiques. Toute la question git dans la distinction expresse d'une espèce de vaisseaux blancs, différents, au moins par leur origine, des vaisseaux chylifères. Eh bien 1 de l'aveu de Bogdan lui-même , au mois de décembre 1651 Bartholin confondait encore les chylifères et les lymphatiques (5), tandis que Rudbeck, qui en 1650, avant Pecquet, avait vu mais seulement indiqué le canal thoracique (6) et son réservoir, décrit aussi les vaisseaux aqueux ou séreux dans les premiers mois de 1651 ; dès lots, il ne cessa de multiplier les
(1) De circulatione sanguinis* Arosiae^ 1652; Nova exercitatio ànatomica, ibid.,
(2) însidiae structae Bartholini vasis iymphûticis ab 0, Rudbeckio; 165 A, in-A.
(3) Insidiae structae aquasis ductibus 0, Rudbeckiia Th. Bàrtholino, Leid., 165â, in-4.
(A) Apohgia pro vasis lymph. Th. Barthohy 165A, m-12.
(5) Daus la dissertation De lacteis thoracis in homine brutisquCj etc., 1652, Bartholin^ qui confond encore les chylifères et les lymphatiques^ dit, comme Pecquet (Toy. p. 631^ note 2), qu'il n*y a point de chylifères à la tête ni aux membres; cependant (chnp. 6} il en a entrevu sur l'aorte^ sur les vaisseaux émulgcnts, etc., d'un chien. 11 prend les lymphatiques lombaires et utérins pour des chylifères, mais il établit que le canal thoracique ne s'abouche qu'avec la sous-clavière gauche (cbap. 5 et 12). — Dans cette dissertation, il cherche à tirer des conséquences médicales plus ou moins exactes de la doctrine des chylifères.
(6) Pecquet n'avait pas connaissance de ce fait.
rddbëck et BARTHOLIN. 659
investigations sur ces vaisseaux; et même en 165S il en connais- ' sait un bien plus grand nombre que Barlholin. Horne, ami des \ deux parties, n'hésite pas à donner le pas à Rudbeck sur Bartho-
* lin(l), à qui on peut reprocher de ne s'être jamais trouvé assez
* riche de son propre fonds, d'avoir trop souvent porté envie aux ^ découvertes des autres, et cherché à en revendiquer sa part sans ' motifs légitimes. Plus érudit que savant, Bartholin n'a pas toujours vu par lui-même, et il embrouille ou compromet les
^ démonstrations d'autrui, comme cela lui est arrivé dans la ques-
' tien présente, surtout dans ses premières dissertations.
^ Quoi qu'il en soit, c'est en 1653 que Bartholin s'est décidé (2)
* à chanter le De profundis sur le foie, qu'il l'a enterré solennel- ' lement et qu'il a mis sur sa tombe l'épilaphe suivante :
SISTE. VUTOR CLAVDITYB. HOC TVMVLO. QVl. TVMVLAVIT PLV&IMOS PEINCEPS. CORPORIS. TYI. COQTS. ET ARBITER BEPAR. KOTVM. SECTLIS SED IGROTVM. NATVRAE QYOO N0111!nS. MAJECTATEM. ET DIGNITATIS FAMA. FIRMAVIT OPINIOXE. COIfSERVAVlT TANDIV. COXIT DOIIEC. CVM. CRVENTO. IMPERIO. SEIPSUM DECOXERIT ABI. SINE. JECORE. VIATOR BILEMQVE. BEPATI. CONCEDE VT SINE. BILE. BEIfE TIBI. C0QTA8. ILU. PRECERIS
(i) C'est le 28 février 1652 que Bartholin donne aux vaisseaux lymphatiques du rote le nom de vameaux aqueux ou séreux, qu'il les distingue des chylifères proprement dils^ et que par conséquent il répudie l'erreur qu'il partageait avec Aselli. Cette même année^ il signale beaucoup d*autres réseaux lymphatiques. Voy. Vasa lymph. nuper Hafniae in animaniibus inventa^ 1653. Cap. 2 et 3.
(2) Dans la dissertation intitulée : Vasa iymphaiica nuper Hafniae in animan» tibiu inventa. C'est là (voy. la note précédente) qu'il donne une description
6'40 D^t'OCVLRTE l)L CANAL THORACIQUK ET DES LYIIPHATlQine&.
A quelque temps de là (1656), Joannes de Turre, avec lequel nous avons déjà fait connaissance (voy. p.615)y relevait lecorff glorieux du foie et célébrait son apothéose :
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