‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 17 sur 102 · IHÉORIE DE LA NUTRITION · texte numérisé non relu

IHÉORIE DE LA NUTRITION

de descendre en même temps, et il ajoute que le volume des glandes est en raison de celui des nerfs dans chaque région. Encore une belle œuvre de l'anatomie réduite à ses propres forces ! Du reste les rapports des lymphatiques avec les glandes (ces rapports ne sont pas trés-nettement déterminés) permettent aux liquides d'être absorbés par ces canaux et d'arriver ainsi aux veines.

Ce qui est obscur et incomplet dans Wharton devient plus clair dans Glisson (1), mais non pas meilleur. Giisson est un observateur attentif qui emploie le microscope et les injections (2), la mensuration, les pesées; mais c*est un écrivain diffus, fort dialectique, et qui trouve d'aussi bonnes raisons que Galien pour expliquer la configuration des parties; néanmoins sa description du foie passe encore pour classique, elle renferme en effet beaucoup de remarques nouvelles (3), et les modernes n'ont guère eu à y ajouter que l'anatomie microscopique. — Son opinion sur le mouvement de la bile est à peu près aussi celle qui est reçue aujourd'hui. 11 signale Timportance du canal hépatique qui ne manque jamais, tandis que la vésicule fait quelquefois défaut; — puis, quoiqu'elles soient bien évidentes, avec Harvey il nie au chapitre SS les anastomoses de la veine porte avec la veine cave. L'office noble et public du foie est de purger le sang (sanguinis depuraiio) , et là il fait quelques sacrifices à la chimiâtrie.

Voici la partie physiologique de son livre, celle qui sert

(1) Anatoniia hepatis, etc. Londres, 1654, Plus tard^ comme nous le Terrons en traitant de VirritabiUié (p. 666^ note à), Glisson a voulu s'amender.

(2) n sait que le microscope peut créer des illusions et que les injections mal faites peufent donner le change sur les communications entre les vaisseaux.

(3) On connaît la capsule de Giisson qui entoure les ramifications de la veine porte dans le foie, capsule que notre anatomîste a découverte en faisant des recherches spéciales sur les ligaments de ce viscère. Glisson compare le foie à un ;cgment ohlique et un peu contourné d'un œuf cuit au dur ; c'est a peu près la comparaison dont se sert Gruveilhier. Il déclare très-positivement que le foie humnin n'est pas lobé ; car le lobe de Spiegel est si petit, les éminences portes sont si pou développées, le sillon de la veine ombilicale est si peu profond, qu'on ne peut paa constater de véritables lobes.

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de complément ou d'explication à la théorie de son collègue Wbarton. Il commence par établir (chap. 33) que ce n'est ni Iq foie, ni le cœur, ni les vaisseaux qui sont Y officine de Hhématosif (car le sang existe dans l'embryon avant les vaisseaux, le cœur et le foie) y mais bien Y esprit vital répandu dans la semence. Cet esprit vital continue, par le mouvement et la chaleur, à donner au sang sa couleur rouge, de sorte que le sang est l'humeur la plus opulente parce qu'elle contient le plus de cet esprit vital ; seulement il oublie de dire où agit cet esprit, et pourquoi le sang, rouge dans les artères et noirâtre dans les veines» rede^ vient rutilant après avoir traversé le poumon ; à son tour le sang opère sur le chyle pour le transformer en raison de sa force asai^ milatrice. Glisson a la prétention d'appuyer ses arguments suf Tembryogénie du foie et sur d'autres considérations anatomiquea; aucun d'eux, cependant, n'a de valeur scientifique.

Ce n'est pas uniquement le chyle qu'il importe de faire entrer dans le torrent de la circulation, il faut trouver une origine, uq mode de distribution « un emploi pour la lymphe (1). GlissoQ énumère toutes les parties qui ne peuvent pas fournir la lymphe ; ni les parties blanches , puisque ce sont justement celles-là qui en sont nourries; ni les viscères pectoraux, ni les reins, ni le pancréas, ni le cerveau, et cela par d'aussi bonnes raisons que pour les parties blanches ; enfin il finit par découvrir que la Bourqe en est à l'estomac et aux intestins (qui fournissent alors deux espèces de liquides, lymphe et chyle); et comme ce ne sont pas non plus ni les artères, ni les veines, ni les lymphatiques euxmêmes (2) qui peuvent puiser celte lymphe à sa source , il ne reste plus que les nerfs ; or la nature a justement disposé sur l'eslomac et les intestins les nombreuses anastomoses du nerf trisplanchnique et les a destinées à aspirer roédialement ou immé-

(1) Glisson. comme^ du resto, les autres anatomistes anglais, attribue, on ne sait pourquoi^ la découverte des vaisseaux lactés et lymphatiques à un certain Jolivius, inconnu, du reste.

(2) En voici la raison : « Siquidem isti humorcm hune aqueum a pariibus ab» ducnnt foras, ideoquo inidonei videntur qui eumdem ad illas affcrant^ praesertim cuin valvulae, quac inuumerae in iis reperiuntur omnesque extrorsuin spcctaut id fieri vêtant. » — Wbarton n'était pas aussi difficile sur les doubles courants.

THfiOUE DE LA RUTiniON. 6&7

dUtemeat (il laisse la question en suspens ) cetle lymphe ou liquide nutritif (â/i6i7e) I A son tour la rate, qui est très-nerveuse^ vient en aide, en fournissant aux nerfs un autre suc plus dilué, lequel empêche la coagulation de celui que fournit le tube gastrointestioal et lui sert de véhicule ; la preuve c'est que le sang sort de la rate plus épais qu'il n'y est entré.

0 Galien , que tes mânes sont vengés I Jamais tu n'as rien imaginé de plus ridicule !

Ce n'est pas - tout : Glisson observe, avec son ami Eut, que les parties qe se nourrissent pas toutes de sang, mais d'un liquide du genre spermatique analogue à leur nature blanche \ ce sont les parties spermatiques des anciens et de Wharton; or ce liquide leur est envoyé par les canaux capillaires des nerfs : quant aux parenchymes qui n'ont en eux aucun nerf qui l'y distribue (foie, rate, reins, poumon, partie rouge des muscles), ils SQ qpurrissent de sang épais. Mais les nerfs ne sont pas canaliculés. Qu'à cela ne tienne : les fibres des feuilles n'ont pas de canaux, cependant elles absorbent les liquides; les nerfs optiques et olfactifs sont percés^ donc les ^\x\xq^ pewent être aussi percés; (l'ameurs le liquide est si ténu, son cours est si lent, les fibrilles nerveuses sont si nombreuses, que des liquides de diverse nature peuvent ramper entre elles sans se mélanger ! Puis Glisson a vu des nerfs creux; même il a si bien examiné les choses que parfois il confond encore le système fibreux avec le système ner- YÇ^x ; enfin il prouve par toutes sortes de phénomènes (la lymphe pbstique, etc.) que les nerfs contiennent réellement un liquide; si l'on n'en rencontre pas sur les cadavres, c'est que la lutte de la mort a tout dissipé.

Que devient ce premier suc quand il a été épanché par les nerfs et qu'il a servi à la nutrition ? C'est ce que va nous appreft* dre la fin du quarante-cinquième chapitre.

m Où va Valiment aussitôt après avoir été absorbé ? — l\ est admis sans conteste que le suc nourricier, peu de temps après le repas, s'insinue insensiblement dans les nerfs, et de là se dirige graduell(*mont vers le cerveau et la moelle épiulùrc. De U vient, en eilct, la torpeur des sens quelques moments après le repas, l'inaptitude au mouvement et le penchant au sommeiL Après quoi, ce suc parait se déplacer pour aller nour->

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rir les membres et les autres parties du corps. Ce sentiment est appuyé par l'observation de ceux qui affirment que cinq ou six heures après l'absorption de la nourriture^ les conduits de la lymphe se voient très-distinctement; parce que c*cst le moment où ils sont le plus remplis (i).

ce Cela sera établi plus clairement si nous examinons sérieusement le flux des neThinervorumjluores) après le sommeil. Le cerveau et la moelle épinière se contractent et prennent une tension plus grande ; de là un mouvement de reflux dans les nerfs, et la liqueur se dirige aussitôt pas à pas en partie vers les membres pour les nourrir, en partie vers les glandes qui servent à Texcrétion et au retour {reductioni) ; les yeux s'humectent, les narines se remplissent de mucus, le palais et les amygdales excitent les crachats et la toux, les glandes maxillaires produisent une salive abondante, chez beaucoup le ventre se relâche, les jeunes gens sont pris, frappés par l'éperon des désirs vénériens, chez tous, la sueur apparaît. De cela, il résulte que le mouvement des nerfs, après le sooimeil, tend bien, comme nous l'avons dit, vers les parties extérieures et vers les glandes émonctrices et de renvoi (réductrices)- Le troisième mouvement est alternatif dans les vaisseaux ; tour à tour, dans les môoies conduits, il se fait.en avant et en arrière; c'est ainsi, avec quelques différences, que l'air est attiré dans la trachée-artère, lorsque nous recevons et renvoyons alternativement la respiration par les mêmes ca* naux.

« Le canal des nerfs est divisé en plusieurs fibrilles qui constituent la partie moyenne du nerf ; de là vient la facilité avec laquelle des liquides divers se glissent sans se mêler entre les fibres.

« Les liquides sont mis en mouvement dans les vaisseaux par une sorte d'irritation ; c'est la même cause qui envoie le suc nourricier dans les nerfs. Cette irritation se produit de trois manières : par la plénitude, l'aigreur, et par la vigoration des nerfs.

<f La vigoration des nerfs (nous sommes forcé d'employer ce mot) expulse nécessairement l'humeur contenue en eux; car il y a contraction et lutte dans cette vigoration, lesquelles, dans un vaisseau plus fort, ne se feraient pas sans un épanchement quelconque de liquide. Cette vigoration a trois causes : la perception ou la sensation, Vappétit et le mouvement des muscles (2). La sensation de la douleur surexcite les nerfs et en même temps produit un flux dans la partie affectée, quand le nerf se contracte et expulse l'humeur qu'il avait en lui ; de même dans la sensation de la volupté, durant laquelle les nerfs versent gaillardement leurs liquides : cela se passe ainsi dans l'acte vénérien, où les^erfs envoient en grande quantité dans les organes de la génération leur liqueur fécondante, émission que suivent la tristesse, et même, si cette liqueur a été

(i) Ceci doit se rapporter aux chylifères. (3) Voy. plus loÎD^ p. 657 et suiv.

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