THÉORIE DE LA MUTRITION
fournie en trop grande quantité, la maigreur, le ramollissement du cerveau, etc. L'appétit aussi, s'il est véhément, donne de la vigueur aux oerfs et les excite au mouvement, de même que la crainte produit la trépidation et la sueur froide. Peut-être les autres affections de l'Ame ontelles différents moyens d'exciter les nerfs. Le mouvement et l'exercice réchauffent le corps et augmentent la tension et la force des nerfs. Il peut arriver que toutes ces causes concourent ensemble, et alors il est probable que tout le suc nourricier est exclu des nerfs, comme il arrive presque toujours dans l'agonie (de ceux surtout qui meurent de mort violente). C'est pour cela, comme nous l'avons dit, que, dans les dissections des spjels morts ou vivants, on ne trouve plus chez eux de suc nourricier. »
Voilà y Messieurs, une nouvelle preuve de ce que peut une bonne analomie pour les progrès de la physiologie, quand l'expérimenlation n^intervient pas ! — Mais justement Glisson luimême, le systématique Glisson , ouvre une nouvelle ère à cette physiologie lorsqu'il observe et qu'il expérimente.
XXÏ
Sommaire. — Exposition et discussion de la théorie de QUsson çqr l'irritabilité
et la sensibilité.
Messieurs,
Au milieu des longueurs et des vaines spéculation^ qui dépa? rent trop souvent VAnatomia hepatis de GlissoQ, vous siyes^ clA remarquer un mot, mais un mot qui est à lui seul toute une réyélation. C'est celui d'irritation (1). Dans cet ouvrage, plissoi^ se demande comment les canaux biliaires sont provoqués, soit par eux-mêmes [originaliter a se ipsis)^ soit par suite de leur relation avec d'autres parties (cum aliis partibus consensu), à verser de la bile en plus grande quantité dans un temps que dans un autre (page 396) ; il répond qu'ils sont irrités {vasa illa irritantur)^ et il ajoute (p. 397-98): « Toute partie qui souffre une incommodité cherche à s'en débarrasser; vous appellerez proprement cela être irrité; les parties qui peuvent ainsi percevoir les injures et réagir sont dites, à juste titre, capables d'irritation {irritationis capaces) . ^ Plus loin enfin (p. 454), il reconnaît trois causes à l'irritation : la plénitude, l'acrimonie, la tension des nerfs {vigoratio nervorum). Dans ce traité, comme on le voit, irritation n'est pas encore synonyme d'irritabilité^ ou même A'incitabilité motrice; c'est un état de surexcitation en vertu duquel une partie, prise en bloc, et non pas seulement considérée eu égard aux fibres qui enirent dans sa composition, est sollicitée par un irritant naturel ou contre nature. Cette manière de concevoir Fimtationy qui a surtout pour but la sécrétion normale ou exagérée des liquides, est, on doit le dire, plus voisine de celle de Broussais que de celle de Haller.
(1) Voy. dans Téd. de Londres, 1^54, p. 39^, 398, /^5A; et plus haut^ p. 648.
«O « Il ••••
e ébaucbe d6 cette théorie eu ce qui concerne la libre cbarrwtreipte Q^ ce sens, cette théorie reçoit tous ses dévelop?- VM ^ftfis ]n seconde partie d'un traité (2) moins célèbre que
rraetttiuB de natura suhstantiae energetica^ seu de viia naturae ejusque tri" jnif facultatibuSfperceptiva, appetifivfiy motiva, nntnralibus, Londres^ 1672, 'olnme extrêmement rare et dcmt j'ai rencontre un exemplaire à la bibliode la Fkculté de médecine). — Cet ouvrage^ remarquable par une certaine ■e d'opinion et par une grande puistancc de dialectique, est un traite do le comme la comprenaient les savants de ce siècle, mais les savants plutdt ieni qu'expérimentateurs. Glissou y étudie toutes les modalités essentiellct dentelles et les forces (en particulier le mouvement) reconnues alors dans la I. Gonfoudant les forces de la matière inorganique avec celles de la matière ée (distinction qui, du reste, n'a été faite d'une manière à peu près positive H eea derniers temps), Glisson accorde la vie, c'est-à-dire les mouvements, •ipèce de corps. — c Nous avons établi une distinction entre l'âme de la et eeUe des animaux; il nous reste à donner plus exactement la preuve de la arelle. (La vie primitive ou naturelle n'est pas un accident, mais une entité nte par elle-même, en tant qu'elle est considérée dans ses opérations, vie infe, anitnée ou inanimée, La vie eiit la nature énergétique de la substance rineipe interne du mouvement et des opérations. Gh. 18, g 19). Je dis iM tontes les substances ainsi ap|>elées proprement, c'est-à-dire qui subsistent !t-mémes, sont douées d'une certaine nature vitale ou des trois facultés prc- , perceptive, appétitive^ et motrice. Cela est certain pour les substances spiii-
Le point sur lequel roule la controverse est celui-ci : Les substances •Ifef Bont-oUcs douées de la nature vitale? Or, jusqu'ici, l'esprit des hommes Imbu de ce préjugé, que la matière est une chose insensible, inerte, entiè-
pAHive, destinée seulement au remplissage du monde {ad infarciendum n natn) ; donc, il nous incombe de prouver que la matière est non-seulc- HCeptible de la nature vitale, mais vivante en acte, c'est-à-dire douée des r viiakê perceptive, appéfitive, molriœ, » (Cli. xvi, $§ 1, 2.) Voyei plus loin, , note 8. Cf. p. 656-657.
f^raeiatu* de ventricuh et intestinis, cui praemittitur a lias departibus cnnm» im genei*e et in specic de iis attdvminis, Lond., 1677, iu-4. — Uien ne )le moins i un traité didactique moderne que cet ouvrage. Il y est question
ce qui se rapporte même lie trcs-lula, ou même pas du tout, au canal ntcftinal: généralités sur l'anatoniie, description de l'abdomen, de ses rc-
652 0 LISSON.
VAnatomie du foie^ et qui a cependant une plus grande iraportance, puisqu'on y rencontre l'essai d'une explication des mouvements musculaires différente de celle qu'en avaient donnée les anciens, et une nouvelle formule de la vie, laquelle est considérée comme la résultante d'une série de mouvements internes ou eiterneSy sensoriels ou purement organiques. Haller a rendu justice à Glisson, mais une justice peut-être un peu sommaire; or, comme la doctrine de l'illustre Bernois n'est rien autre chose qu'une démonstration plus scientifique et mieux délimitée de la théorie de Glisson, il importe de faire connaître ici, avec quelques détails, les véritables origines de l'irritabilité (1).
gions et de ses parties constituantes ; longue dissertation sur la peau et sur les noevt qui y naissent, sur les ongles et les poils. Voilà pour la première partie ; c*at dans la seconde que nous trouvons les recherches sur l'irritabilité, entre l'anatomie de l'estomac et celle des intestins, recherches qui servent à l'explication d*iiM partie des fonctions saines ou perverties et des usages du tube digestif. Dans k chapitre deuxième du second traité, on remarquera une discussion sérieuse sur h distinction spécifique à établir entre le tact et les autres sens. Glisson montre qœ ta faim et la soif ne sont pas une modification du tact; il inclinerait ménie à reconnaître ces deux phénomènes comme des sens particuliers. Il les appeUe des sens plaintifs {sensua queruli). En somme, et malgré de trop nombreuses divagatioas théoriques et un grand flux de paroles inutiles, cet ouvrage, rédigé avec un soin scrupuleux, non sans érudition, est infiniment supérieur au Sexiuplex digetUo et Van Helmont (auquel Glisson a encore trop emprunté, tout en le combattant souvent sur certains points de sa théorie, par exemple, sur les ferments) ; ce traité, dis-je, résume très-exactement l'état de la science, à la fin du xvu* siècle^ sar l'anatomie et la physiologie de l'estomac et des intestins.
(1) A. 6. Weber a publié une histoire de l'irritabiUté sous le titre: Commeit' tatio de mittts ac progressibus doctrinae irrilabilitatis, Ualae, 1783, in-8. La première partie de cette histoire est un peu futile ; l'auteur remonte au déloge, je veux dire aux Égyptiens, à la Bible, à Pythagore ; Cicéron, Ovide lui- môme n*éclia^ peut pas à ses investigations; puis il franchit d'un saut la distance qui sépare Galîei du xvii* siècle ; il voit l'irritabilité dans l'Archée furieux de Vau Helmont et relève avec plus de raison une phrase de Harvey et quelques passages de Sténon en 1667; enfin, il consacre deux pages fort insuffisantes à Glisson, après quoi il poursuit avec plus de critique son exposition jusqu'à Tan 1782. — G. H. Meyèr a donné, en 1843, dans Archiv. fur die Gesammte Medicin de Haescr (V« vol., cahier 1, p. 1-17} un mémoire intéressant, quoique souvent plus embrouillé que le textt même de Tauteur, Sur la doctrine de Virritabilité et de la iemihilité d*aprit GH$son, Enfin, nous devons à Charles Mueller des recherches plus approfondies, mais présentées d'une façon non moins obscure, sur quelques points de la doc*
THÉORIE DE L*IRRlTAfilUTÊ ET DE LA SENSIBILITÉ. 65$
Quoique le système de Glisson soil plus imparfait que celui de Haller, et que, par conséquent, il satisfasse moins encore aux exigences de la physiologie actuelle (1), néanmoins, il marque un progrés notable sur la physiologie ancienne, puisqu'on commence à ne plus considérer les facultés comme des êtres résidant dans les parties, mais comme des propriétés de ces parties. Cependant, tout solidiste, tout mécanicien, tout matérialiste qu'il est, Glisson tend les mains aux vitalistes par l'admission d'une espèce d'Archée (viii, 6). Ajoutons enfin que la théorie du médecin anglais se rapporte autant à la psychologie et la métaphy^iique par la sensibilité^ qu'à la physiologie par Virritabilité.
Écartant l'appareil dialectique et les raisonnements superflus, nous rangerons sous trois chefs la théorie de Gh'sson (2) : constitution delà fibre, phénomènes physiques et dynamiques dont elle est le siège \ explication de ces phénomènes par l'irritabilité ; rapports de l'irritabilité et des sensations {sens interne^ sens externe).
La fibre, créée de la matière spermatique (3) en vue d'un
trine de Glisson : Fi\ Glissonii Theoremata de perceptionc ^ appeiiiu et motu, Berol.j 1846, in-S. Du reste, Tobscurité est biea pardonnable en pareille matière; je ne me flatte pas d'y avoir entièrement échappé.
(1) Les recherches les plus récentes, celles de M. Bernard, à Taidc du curare, ou de M. SchifT, par la production de la contraction idio- musculaire^ tendent a prouver, comme Taffirmait Haller, mais sans Tavoir démontré, que la contractilité est une force vitale inhérente à la fibre musculaire et indépendante de l'action excitomotrice du système nerveux cérébro-spinal. L'irritabilité de Glisson ne répond pas exactement à notre contractilité. Pour lui, Tirritabilité n'est guère qu'une abslrac- Uon, elle n'existe qu'en puissance ; c'est surtout une propriété, une faculté trèsgénérale, à l'aide de laquelle sont expliquées les deux vies de relation et de nutrition. — Dans sa Myologie géométrique, Sténon s'était aus»i occupé, en passant, de la contractilité musculaire ; il avait reconnu qu'on peut couper les artères, les Teincs elles nerfs qui se rendent k un muscle, sans que ce muscle cesse de palpiter. Avec Swammerdam, il a vu des grenouilles et des tortues nager ou remuer les mcmlires longtemps après qu'on leur eut enlevé le cœur et la tête. Puis, au rapport de Willis, dans sa Dissertatio de motu musculari (1670), Sténon aurait constaté que la ligature de l'aorte faisait cesser les mouvements volontaires.
(2) Pour les citations du traité De ventriculo et intestinis (deuxième partie), j'indique seulement, entre parenthèses, le chapitre elles paragraphes. J'ai sous les yeux l'édition de Londres ; les divisions sont les mêmes dans les autres éditions.
(3) Voyez plus haut (p. 641), à propos de Wharton, la division des tissus en spermatiques et sanguins. — La fibre est ou simple, c'est-à-dire uniquement sperma-
6S& GLISSON.
mouvement quelconque et de la force» est un Corps totiéy tninee comme une toile d'araignée, résistant, doué d^une forte cohédioB et se rompant difficilement ; cette force de résistance et un tempérament moyen entre la mollesse et la dureté lui donnent la flexibilité. Elle est extensible, c'est-à-dire qu^elle peut être étendue dans le sens de la longueur, la largeur devenant moindre, et qu'elle prend de l'épaisseur dans le sens de la largeur, avec réduction de la longueur ; elle est irritable^ c'est-à-dire que, soa^ rinfluence d^une irritation, elle est excitée & entrer en action, k montrer sa force, sa puissance {excitatur ad se vigorandum)^ tandis qu'elle se relâche d'elle-même quand l'irritation cesse ; b'est en vertu de celte faculté d'extension et de resserrement qu'elle est apte à mouvoir. L'étude de la fibre est d'autant plus digne d'observation que la plus grande partie du corps est fibreuse, et que c'est dans la fibre que réside V activité (iv, 6 ;^, 1 et 5).
Le volume {corpulentia) y ou le bien en chair (carnositas) de h fibre varie^ comme on peut le voir chez les animaux charnus ou chez ceux qui sont maigres (1). — La fibre est allongée ou parce qu'elle est distendue, ou parce qu'elle est flasque, languissante, énervée. — Une fibre en action (vigorosa) qui se distend, pâtit (voy. V, 16), et elle résiste sans cesse à cette affection avec des forces égales ou inégales. — La fibre énervée, distendue, ne revient pas promplemenl à sa position moyenne ; elle ne jouit pas d'élasticité. — La position moyenne est celle qu'affecte la fibre au repos. C'est par une contraction [contractioné)^ un resserrement, que la fibre distendue reprend sa position moyenne, ainsi qu'on le voit, par exemple, pour les fibres du sphincter de l'anus ou pour celles de Torifice de l'estomac» C'est par relftchement, ou mouvement de retour, de rémission, qu'une fibre en action, mais non distendue, revient à la position moyenne. — Le raccourcissement est la position d'une fibre en travail. Quand
tique; ou mixte, c'est-à-dire composée d'éléments spermatlqucs cl d'éléments sanguins, pAr exemple^ dans les flbrcs du cœur (v, h), — Voyez aussi tout le chap. it de la première partie du traité De veniricuio et intestinù, où il est traité de la pesa proprement dite.
(1) Voyez Béclard, Traité élémentnire dephysioL PniiR, 4866, p. 630-630.
THÉORIE DE L'iBRITAKlittft ix DE LA SENSlttUTl ttSS
une fibre se coiiiracie, elle fait effort, se tend et A^it (v, 7. — Voj. iif 18). — Les fibres sont ou droites, on obliques, ou transrersales ; an corps composé de fibres d'un tnéme genre est dit titté^ et il est facilement fendu dans le Sens des stries ; un corps composé de fibres enchevêtrées peut être appelé corpus contexftun ^ tniertextum. — Plus une fibte est noble, plus elle est JÉAue de fibrilles délicates (y, 8); d'où Ton toit que Glisson semt>le avoir distingué les fkisceaux fibreux des fibres primitives ap- [lelées fibrilles.
La solution complété de continuité des fibres les fait rétracter; le là la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité, de réunir les plaies des muscles par première intention (v, 9). On sait, en effet, que le tissu musculaire ne se reproduit pas; les bouts ditisés d'un muscle se réunissent par un tissu conjonctif fibreux qui lonne l'apparence d'un muscle digastrique.
Glisson reconnaît dans la fibre trois forces: d'abord un robur insitnm qui n'est autre chose que sa camosité et sa résistance (1), ^ur auquel on ne saurait comparer la farce ou la puissance ]e contractilité ; puis deux autres forces ou plutôt deux excitants, ['influx vital (esprits vitaux contenus dans le sang artériel), et Vififlux animal ou nerveux (esprits animaux distribués par les nerfs). L'influx vital se perd dans la lipothymie, dans les fièvres, etc.; rinflux animal dans les affections cérébrales avec paralysie (v, 10; Yi> 2, S). De la jprédominance de Tune ou l'autre ie ces forces, de leur manière d'être respective, l'auteur (vi, 5-8) Lire une théorie mécanico-chimique des maladies.
Fidèle à son système matérialiste, Glisson admet que toutes les fibres, dans les animaux, ont au moins le sens du iact^ et il ajoute que toutes, excepté celles qui servent au pouls et à la respiration, jouissent du repos pendant le sommeil (v, 10) . Proposition qui n'est pas exacte, car bien d'autres fibres sont en action durant le sommeil , ainsi que le témoigne la station des oiseaux Sur le perchoir lorsqu'ils sont endormis.
L^action ou le mouvement actif de la fibre est double : la con-^
(i) n La /brce innée^ comme ott Ta dit^ consiktc suHout, pour la fibre, dans une juste proportion de la chair i^rnositas) et daii« la ténacité. » vi^ i .
656 GLISSON.
traction et le relâchement. V notion proprement dite de la fibre est la contraction; le relâchement est plutôt la rémission de faction que l'action elle-même, c'est-à-dire le retour à la position moyenne; c'est une action qui tend au repos, à la cessation (v,13)(l).
Voilà les faits dans leur nudité, leur simplicité ^ il conYient maintenant d'en chercher l'explication avec Glisson. On Ta déji vu, c'est une irritation qui produit les mouvements, et c'est ai vertu de V irritabilité Ae la Cbre que cette fibre perçoit rirritation et y répond. La contraction^ pour Glisson, est un/otV, mais ce n'est pas encore une force ; quant à V irritabilité, ce n'est rien autre chose que la faculté de percevoir Tirritation et de réagir. Entre les offices des sens et les offices de la fibre il n'y a pas de différence radicale. C'est cette faculté très-générale de pcrceptioD qui est innée dans la fibre et qui la met en rapport avec les eicitants intérieurs ou extérieurs. Elle n'a ni liberté ni indépendance ; elle n'existe pas, pour ainsi parler, substantiellement, comme nous croyons qu'existe la force vitale de contractilité. A bien considérer tous les textes, Tirrilabilité dépend plutôt d'une sorte d'intelligence de la fibre que de la mise en activité ou en éveil d'une force effective, soit par un excitant du dehors, soit par la volonté. 11 y a dans la doctrine de Glisson un mélange, souvent inextricable, des facultés naturelles de Galien et de Tarchéisme de Van Helmont ; le tout aboutissant à une doctrine où la matière est agissante (energetica), attendu que toute la natun
(1) « L'actiou proprement dite de la fibre, ou son mouvement actif, consiste ci contraction, vigoration, effort et travail. En effet^ quand la fibre se contracte, tlk prend de la vigueur^ fait effort^ s'étend, Iravaille; ensuite elle éprouve de la faligtf et de la lassitude. L'action est naturelle ou contre nature ; clic est saine ou lésée- L'une et l'autre admet des degrés : elle est relâchée^ ou intense^ ou moyenne. 0» degrés sont formés par les degrés de force, d'irritabilité ou de causes irrittutes (v, 15), — La passion de la fibre^ ou mouvement passif, est un mouvement provenant d'une cause placée en dehors de l'essence de la fibre qui pâUt. Lorsqtf cette passion ou celte souffrance ni n'endort^ ni ne relàcbe^ ni ne stupéfie U fibfc, elle l'excite à prendre de la vigueur; aussi^ presque toujours, plus la passion ed forte, plus l'irritation est grande. La passion similaire naît de la cause qui altère 1> constitution similaire de la fibre^ et elle est ou agréable ou peu sympathique i celle-ci. La passion organique consiste dans une certaine distension des parties et la fibre (v, 46;. »
THÉORIE DE L'iRBITABTtlTË ET DE LA SENSIBILITÉ. 657
vit, car la matière brute est douée de mouvement (1) et, jusqu'à un certain point, pensante (2).
Voici maintenant quelques détails qui justifient ces propo^ sitions :
La faculté motrice des fibres, si elles n'étaient pas irritables, c'est-à-dire si elles n'étaient pas sous la dépendance d'une force intermittente, s'exercerait sans cesse ou serait perpétuellement au repos. Cette succession d'action et de repos suppose de la part de la fibre perception et appétit^ pour qu'elle soit toujours excitée de nouveau à opérer un mouvement (3). Il y a trois espèces de perception eu égard au mouvement de la fibre : la naturelle, la sensitive et V animale. En vertu de la première, la fibre est invitée ou excitée, soit à désirer, soit à fuir l'impression (a/teftatio) qui se produit en elle et à se mouvoir en conséquence (vil, 1). — Grâce à la seconde, la fibre, remarquant l'impression {alterationem) faite dans l'organe externe {orga?ies des sens et tact, sensiis extemus), est excitée à désirer quelque chose et à se mouvoir en conséquence. — La troisième, sous la dépendance de l'appétit animal {sensus intemus)^ est celle à l'aide de laquelle le cerveau met en mouvement les fibres des muscles pour exécuter ce qu'il désire (vu, \).
(1) Voy. p. 651, note 1.
(2) Glisson, dans le traité De viia naturae et dans celui qui nous occupe, admet trois espèces de facultés, les naturelles qui se trouvent dans les corps, dans les esprits, même dans Tâme rationnelle et chez les anges (voy., par ex., la préface, §§ 7 et 8) ; les facultés animales ou sensUives ; les facultés intellectuelles ou *;)iVitttelles. Chacune de ces facultés s*exerce par perception, appétit (désir ou réaction) et mouvement, Mueller, dans sa Dissertation précitée (p. 652, note 1) a exposé les idt'cs de Glisson sur la nature eu général, sur la substance (on pourrait rapprocher ces idées de la Monadologie de Leibnitz) et la matière, sujet qui appartient plutôt h la physiqu?^ dans le sens ancien du mot, qu'à la médecine, mais où se môlent cependant quelques considérations très-subtiles, parfois ingénieuses, sur la génération (Mueller insiste sur les sécrétions dont Glisson, comme dans ces derniers temps Valentin, explique, — mais sans se rendre un compte bien exact de ce qu'il avance, — la diversité par une sorte d'élection des parties), sur Taccroissement, sur la destruction et sur les mélanges et transformations de la matière vivante. Plusieurs d ces considérations viennent de Harvey.
(3) Voyez Béclard,r/7ii7é élément, de physioL; Paris, 1866, p. 679, et Oavarrei, Phénomènes physiques de la vie, Paris, 18G9 ; p. 120 et suiv.