‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 20 sur 102 · TBÉOBIB DE L'IBRITAUUTÉ IT OB LA SENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

TBÉOBIB DE L'IBRITAUUTÉ IT OB LA SENSIBILITÉ

appel du sensus intemm (voliiion cérébrale). Le cœur ne bat pas en vertu de Taction sensorielle, c'est-à-dire par le système nerveux central. C'est l'irritation produite par le choc rapide du sang vital (m tca/io sanguinis viialis) tonitnxx dans les ventricules qui le fait entrer en action d*une façon intermittente.

La preuve qu'il s'agit ici non d'une perception sensitive pro«> duite par les esprits animaux, mais d'une perception vitale, de celle que créent les esprits vitaux, c'est que le cœur bat durant le sommeil et que les fibres des muscles et des viscères des animaux tués ou morts ou décapités palpitent sous l'influence d'ex* citations artificielles, qu'elles se rétractent par le froid et que le cœur arraché bat encore (vu, 3).

Ce n'est pas seulement le souvenir des facultés naturelles de Galien qu'on retrouve dans la théorie de Glisson, c'est aussi la doctrine des esprits animaux ou vitaux qui sont Texcitant naturel et nécessaire de la fibre pour produire les mouvements volontaires ou involontaires. — Les sensations ou les fonctions sensorielles sont, chez Glisson comme chez GalieUi expliquées par l'action des esprits animaux, mais avec des nuances assez considérables pour que l'intervention directe des mouvements fibrillaires constitue un progrès réel. L'intellect ou le sensorium commune^ le cerveau, n'a pas conscience des mouvements orga* niques, de ceux qui appartiennent au domaine de l'esprit vilalel qui s'étendent jusqu'aux actes les plus intimes de la noIfiliM {irritabilité plastique ou formelle) \ c'est, au contraire, Je eerveau qui préside aux mouvements sensoriels comme aux mo»* vements de relation.

Dans ces mouvements sensoriels ou de relation, la fibre (1>,

(1) Glisson a distÎDgaé la partie parenchymiteoie et la partie ftbrewe iea «r* gancs; il accorde des Sbres d'abord aux moscleff, pois aux systèmes n«rveai «t i^ culaire, aux ligaments, aux teadons, au tube intestinal^ à la peau^ au rate^ etc. Il a soin d'établir (et cela était nécessaire pour qœ SO0 pas boiteux) que les parties non fibreuses à la manière des les os, la moelle, la graisse, le sang, le cbyle, les bumeon de l'irritabilité, une perception naturelle j mais m oins qu'elles eu ont une à peine sensible (m* — Yoy.cbap. ix> 9^*

660 6LISS0N.

car c'est toujours la fibre qui est mise en jeu, est sollicitée tantôt (le l'extérieur, tantôt de Tintérieur. Dans le premier cas, un excitant quelconque, agissant, soit sur la surface du corps, soit sur les organes des sens spéciaux {senstis exiemtis)^ éveille en la fibre la faculté de percevoir (1). La perception retentit au cerveau (sensus intemus)^ qui la détermine, se la rend présente et la livre à l'examen de hphantasia ou partie intellectuelle du sensorivm commune y en même temps que, par un choc en retour, il la rend également présente au lieu même où elle a pris origine. C'est Virritamentum extemum ou l'impression que le sensus exiemus traduit en perception pour la livrer au cerveau qui la lui renvoie à son tour. Dans le second cas, la sollicitation vient par la phantasia ou volonté, du cerveau à la fibre ; c'est rtrrt/amenltfm internum; partant du sensus internus ou sensorium commune, il va à travers les nerfs solliciter la fibre qui entre en mouvement, ce dont à son tour le cerveau a conscience. Si je ne me trompe, le sensus internus tantôt reçoit la perception dont il a conscience et contre laquelle il réagit, et tantôt, provoquant directement la fibre, il reçoit l'impression de la résistance ou de la soumission à ses ordres.

Voici les paroles mêmes de Glisson :

Le sens (2) externe est la perception d'un objet obtenue à l'aide d'un organe externe {organe des sens)^ [perception qoi retentit avec l'objet lui-même au centre commun, c'est-à-dire au cerveau, et qui détermine un appétit et un mouvement conformes (vu, 6) (3). Il n'est pas douteux, en effet, que le sens externe, qui est la faculté de percevoir à la périphérie, ne tienne

(1) Les choses se passent ici, suivant Glisson, à peu près comme dans une expérience où Ton irriterait directement une fibre musculaire.

(2) Sens équivaut ici en partie à sensation,

(3) Voilà au moins une défînition supérieure à celle de Van Helmont et même de Sylvius de le Boe. — Cependant, comme on peut le voir par Tensemble du raisonnement de Glisson^ par ce qui suivra tout à Theure, et^ si je ne me trompe en cette difTicile exposition, par tout le § 9 du chap* vii^ il semble que la pei*ception est produite a la partie même et qu'elle est conduite toute faite nu cerveau par les nerfs qui la renvoient, tandis que, pour nous, la pcrcepUon est, pour ainsi dire^ un choc en retour de l'impression cérébrale vers la partie qui t été le siège de Texcitation,

THtOBIE DE L*IRBITâB1LITÉ ET DE LA SENSIBILITÉ. 661

aux parties nerveuses de l'organe sensuel externe {organe de cette faculté perceptive périphérique)^ d'où il est permis d'inférer qu'il peut en temps opportun exciter les fibres de son organe, auquel il est intimement présent, à désirer et à se mouvoir (vu, 6); il rend ainsi les fibres irritables en acte (1).

Le sens interne (ou sens cérébral) est la perception de Tobjet perçu par le sens externe^ perception qu'il communique tout entière à l'imagination. Le sens (ou la sensation) externe a donc par ordre de nature {ordine naturae) la priorité, mais une priorité logique sur le sens interne, car il y a en fait simultanéité; toutefois la sensation externe n'est complète que du moment où elle est perçue par l'acte interne {actu intemo) . C'est ainsi que la perception privée^ celle qui est propre à un organe, devient publique quand elle s'est transmise à tout l'animal ; elle se trans* forme alors en sensation (vn, 5).

Âpres ces considérations générales, Glisson, pénétrant encore plus avant dans la question, se demande si l'irritation des fibres se produit directement par l'appétit animal ou par l'intermédiaire de la perception naturelle. Puisque les animaux meuvent leurs membres ou les tiennent au repos à volonté , il semble en résulter que les fibres qui servent au mouvement animal sont nécessairement placées sous la dépendance de la phantasia et de l'appétit animal, et qu'ils agissent plus par l'influence de l'appétit et de la perception animale que par celle de Tesprit naturel ou vital.

Sans doute, dans les mouvements animaux l'agent principal (/e?

(1) Ce qui distingue l'appétit scnsitif externe de celui qui est interne^ c'est que le premier Tient du dehors ; car c'est par le sens externe et immédiatement qu'il meut les fibres de Torgane externe dans lesquelles il réside, tandis que le second vient de l'intérieur, c'est-à-dire du sensorium commune et de la phantasia, et meut immédiatement les fibres du cerveau (voy. plus loin, p. 663 et suiv.). Le prcmierest appeléappétit animal^ uniquement parce qu'il est porté à Tintérieur et communiqué aux sens intérieurs par l'intermédiaire du sens externe; le second est dit très -spécialement animal parce qu'il découle de la source elle-même des opérations animales et qu'au moyen des nerfs il dirige au dehors, pour mouvoir les muscles, les mouvements ordonnés par la fantaisie.

M2 etf90m.

cerveau) se meut et varie son mouvement à volonté (1); mais lêl causes instrumentales {les fibres) , soumises à l'agent principAl» n'agissent pas à leur volonté ; elles attendent le commandement et le signal de la faculté supérieure; autrement la cause prince pale ne serait pas libre I «^ L'appétit animal ne meut pas les membres immédiatement; il a pour intermédiaire les nerfs et les fibres ; si les fibres se mouvaient à leur gré, la pharua$ia serait dépossédée de sa puissance. Ainsi la ;>Aan/a4ta, l'imagina* tion, ou mieux l'intellect, ou, si l'on veut, l'âme, préside à tottt l'ensemble de la vie de relation et en dirige les actes. Glisson ne s'explique très-clairement ni sur la nature de cette puis* sance ni sur celle de cette autre puissance naturelle ou vitale qu'il appelle quelque part Archée (viii, 6), et qui préside à la vk intérieure ou de nutrition.

Or, ce qu'il importe de savoir, ce n'est pas la soumission dai fibres au pouvoir de la phantasia ; celte soumission est évidente ; mais il convient de s'enquérir comment les ordres de la phantasia se rendent aux muscles. Nous reconnaissons que les fibres, dans leur état naturel^ obéissent constamment aux sollicitations de l'appétit animal; d'autres causes, comme dans les spasmes et les convulsions, peuvent aussi les mettre en mouvement (viii, 1),

D'où il résulte qu'il y a, suivant Glisson, plusieurs espèces de mouvements dans les fibres : un, animal, dépendant du cerveau par les esprits animaux (2), et un, naturel, dépendant d'un agent qui n'a pas de siège bien défini, mais qui correspond à l'esprit vital ou naturel, se répandant avec le sang et partant du cœur (S);

(1) Voy. plusloin^p. 663etsuiv.,lathéoriedesmouYcineutsfibrillaire8du cerveau.

(2) <f L'appétit sensitif, excité par la phantasia, sollicite la faculté motrice du cerveau À comiDencer Texécution ou mouvement extérieur..... Les nerfs, percevant ce mouvement du cerveau par une perception naturelle^ sonnent la trompette pour éveiller les fibres {/ibris quasi ciassicum canunl); celles-ci, connaissant aussi par une perception naturelle l'irritation, exécutent à l'instant le mouvement ordonné. » (viii, 2.)

(3) Lorsque Glisson parle des mouvements organiques ou des mouvements involontaires qui succèdent à des impressions internes non perçues ou senties, indépendantes de l'esprit animal^ on peut voir là quelque analogie lointaine avec certaines catégories de mouvements réflexes. Mais lui, Glisson^ ne se rendait pas coni|^ii

THÊOBIE DE L'iRRITABfttYÊ Kt DE LA SENSIBILITÉ. MS

c'est dans doote le second agent qui sollicite, d'après Glisson, les muscles dans la convulsion et dans les mouvements qu'on observe ft la suite d'une mort violente. Ces divers mouvements résultent de la mise en activité d'une propriété générale, maïs toujours dépendante, l'irritabilité.

Après avoir établi comment une sensation arrive au cerveau» y est perçue, et comment à son tour le cerveau réagit sur cette perception, pour produire une action conséquente et volontaire, Glisson cherche à se rendre compte de la mise en activité du cerveau.

Le cerveau perçoit par les sens , trouve bon ou mauvais ce qu'il perçoit, et en conséquence s'en rapproche (I) ou s'en éloigne. Ainsi la perception forme Tappétencé qui détermine le mouvement ; d'où le vers :

Mart Yidet hanc viiamquo cupit poUlur^é copita.

Chez les animaux, c'est la phantasia (Vinsiitict) qm^ parl'intermédiaire de l'appétit, exécute (peragit) les mouvements ; chez l'homme, c'est l'intellect, par l'intermédiaire de la volonté, qui les commande. Les Hbres au repos ne savent pas ni si le cerveau vient les mouvoir à nouveau, ni avec quelle force; elles ne se meiteni pas non plus en mouvement toutes ensemble et au hasard, à un signe du cerveau ; chacune, en ce qui la concerne, se meut avec le degré de vigueur tout le temps que veut l'appétit animal , avec ou sans intermittence. Ce n'est pas par divination qu'elles se rendent aux vœux du cerveau. — Entre elles et le cerveau il n'y a pas d'autre messager que le nerf propre à chaque muscle (2). Kn conséquence, si le nerf est coupé

du moctc de production de ces mouvements, puis({u'il les croit indépendants du système nerrcux centraL Voy. Vulpian^ Leçons sur la physiologie du système ner^ veux, p. 393 et suiv.

(\) L'appétit senHtif qui n'est pas soutenu, dirij^é, commandé, ressemble au chat qui voudrait bien mander le poisson, innis qui n'ose pns mcltro la patte dans Teau pour l'y prendre (viii, 4).

(2) Le nerf est le cordon tiré par une main et qui répond à une sonnette; la main est le cerreau d'où part Tordre et où retentit la réponse. Mais le nerf est en jthèbie temps un conducteur réel de rimpression ou de la volonté.

Page 1