M6' GL1SS0N
Puisque la masse cérébrale csl fibreuse, il est certain qu'A y a quelques fibres qui se continuent de la racine centrale des nerfs dans l'intérieur de la moelle du cerveau (1). — Gomme ces fibres du cerveau sont susceptibles de tension, et comme leur perception naturelle (Archee) leur révèle raille choses qui échappent aux sens, et leur fait connaître toute la structure du corps qu'elle a formé (2), l'usage et le mode d'action des parties; comme enfin elles sont un pouvoir exécutif et non délibérant, ces fibres, dis-je, remarquent que leur office est d'accomplir un ordre, c'est-à-dire de répondre à la sollicitation; elles entrent en action et elles excitent au même mouvement les nerfs aux* quels elles correspondent. Ce qui peut le plus peut le moim
Toutes ces opérations, qui se rapportent à la vie de relation, sont en définitive, comme je l'ai déjà dit, sous la dépendance des esprits animaux (3), c car les esprits animaux ne peuvent itn niés par personne > . Glisson démontre qu'ils ne sauraient être m des substances volatiles, ni des exhalaisons, ni acres, ni piquants, ni violents, ni des ferments, mais qu'ils sont tout l'opposé. — Les esprits animaux ne sont pas autre chose que les esprits da suc albuginé ou nutritif des parties spermaliques,car ils doivent 1 être nourrissants^ corroborants^ consolidants. Ce sont les méraei que les esprits qui habitent Talbuinen de l'œuf (viii, 7) (&).
vée ici par Glisson, mais soulevée sur des données purement hypothétiques et par conséquent extrêmement vagues.
(1) Plus loin (§16, fine), il appelle origines ce qu'il nomme ici racines,
(2) H y a là un souvenir de Paracelse. En tout cas^ Glisson évite avec grand soin toute explication purement psychologique.
(3) Toujours la question est indéfiniment reculée^ puisque nous ne saToni jamais ni où ni comment saisir le moteur premier. Glisson n*osc pas dire que toot vient des propriétés inhérentes à la matière organisée ; il craint de faire intcrvcnif un principe trop immatériel.
(â) Dans son traité De VAnaiomie du foie, il a admis : 1« que la matière da suc nutritif était une partie choisie du chyle ; 2** que la sécrétion de cette partie d'élite s'opérait surtout du reste du chyle, dans les glandes du mésentère, pour être transporté de là au cerveau à travers les nerfs; 3" que les nerfs de la rate sécrétaient un suc plus doux et plus ténu qui devenait le véhicule du premier. — Ici, il donne congé i ces erreurs et a toutes les conséquences qu'on en pourrait Urer. U ne nie pas, cependant, qu'un vrai suc nutritif ne soit dispensé du cerveau par les
THÉOBIE DE L'iBBITAËttlTt ET DE LA SENSIBILITÉ. Ml
Ces esprits, avec leur suc tiutritiF, qui constitue comme leur nid, nourrissent, fortifient, humectent, réchauflent, corroborent le cerveau, et le rendent propre à remplir ses fonctions, puis ils 86 rendent aux parties spermatiques au moyen des nerfs et y •ont chargés des mêmes offices. Sans eux aucun acte ne pourrait s'accomplir dans les organes; ils facilitent ces actes, mais ils ne les produisent pas (1); embarrassés par le suc nutritif (2), ils ne sont pas assez agiles dans leur cours, ils ne marchent pas tan-
■erfs aux parties spermatiques, et qu*il ne soit le sujet des esprits animanx ; mais il soutient maintenant que ce suc est engendré dans le cerveau seul^ entre la coih che corticale et la moelle par voie de sécrétion ; c'est la partie la plus douce du sang et la matière la plus spermatiqiie, tandis que la partie la plus acre, la plus élaborée^ rejetée du cerveau, est reprise par les veines grêles^ ramifiées pour cet usage dans Técorce du cerveau. Cette partie chassée n*cst pas préparée par sublimation des esprits, mais cuite pour les esprits animaux par sédaiion^ refroidissement et b/anchiment. — Ce n*était vraiment pas la peine de se rétracter !
(1) A refTel de démontrer (tiii, 9) que les muscles n'ont pas besoin d*un grand afflux d'esprits pour se mouvoir, Glisson a imaginé une expérience ingénieuse^ mais non suffisamment concluante^ de laquelle il résulterait que la masse musculeuse augmente de volume pendant que les fibres se relâchent M. Béclard y fait allusion, mais il n'en indique pas la source; M. Marey n'en parle pas; elle est du même temps que celle de Svrammerdam sur la patte de grenouille. Je crois donc devoir la rapporter: « Prenes un tube oblong en verre^ assez large; à sa partie supérieure et extérieure, près de l'orifice^ adaptes un autre petit tube droit, en forme d'entonnoir; qu'un homme robuste enfonce son bras nu tout entier dans l'orifice du grand tube ; on bouche alors hermétiquement l'orifice du tube autour de l'épaule pour que l'eiu ne puisse s'écouler ; verses ensuite^ par l'entonnoir^ autant d'eau que le tube en pourra contenir, de façon que le liquide s'élève un peu dans l'entonnoir. Ceci fait^ on ordonne à l'opérateur tantôt de roidir en même temps tous les muscles de son bras, tantôt de les détendre entièrement. Pendant la contraction, l'eau garde son niveau dans le tube ; dans le relâchement, elle s'élève. n résulte de cette expérience que, dans la tension, les muscles ne se gonflent pas, mais plutôt diminuent, se contractent et se dégonflent ; car, s'ils se gonflaient, l'eau s'élèverait dans le tube, loin de descendre. Inférons-en donc que c'est par leur propre mouvement vital que les fibres se raccourcissent, et qu'elles n'ont pas besoin d'un oopieox afflux d'esprits, soit animaux, soit vitaux, pour se gonfler, se raccourcir et exécuter les mouvements ordonnés par le cerveau. » — Les physiologistes modernes paraissent s'accorder, en s'appuyont sur des expériences plus précises, à reconnaître que, dans la contraction comme dans le relâchement, le niveau de l'eau ne change pas sensiblement.
(2) Il croit, avec Willis, que ce suc est plus abondant, plus visqueux chei les jeunes animaux, et que les nerfs se gonflent an^lessus d'une ligature (Yin, 8).
668 GUSSON.
tôt de dedans en dehors et tantôt de dehors en dedans , dans les mêmes canaux (1) , comme l'exigeraient la rapidité ei la simut tanéilé de ces opérations (viii, 8j.
La perception de l'objet tangible qui se fait à l'extrémité du doigt est ressentie instantanément par le cerveau ; raction do doigt et celle du cerveau produisent une sensation, une , conti" nue, totale, mais complexe, de l'objet sensible.
Quant à la distinction établie entre le sens externe et le sens interne, elle n'est absolue qu'en puissance. Ces deux sens sont en réalité tellement impliqués que rien ne se fait par l'un sani que l'autre y participe; car la distance est franchie instantanément par la vibration du nerf qui s'étend de l'extrémité périphé-
(i) De dehors en dedans, c'est-à-dire de la périphérie au centre» ou du semm
extemus vers le cerveau ; du dedans au dehors^ c'est-à-dire du cerveau Yen le coi*
sus extemus (voy. p. 660 etsuiv.)^ car, dans tout acte de la vie de relatioo, <pe
l'excitant vienne du cerveau ou de l'extérieur^ il y a toujours un aller et retour m
courant centrifuge et centripète^ pour qu'il y ait perception, appéUi et moufs-
ment conforme, action sur le cerveau^ réaction du cerveau. Glisson le reconoaiii
quoique obscurément; seulement, il ne sait trop ni en quoi consiste ce An
et reflux^ ni comment il s'opère; il n'a pas pu distinguer, comme l'ont fait les B^
dernes^ deux ordres de fibres nerveuses, les unes pour le courant centripète, lu
autres pour le courant centrifuge. — L'embarras de Glisson se montre avec toote
évidence dans le passage suivant (viii, 9; : « Le flux et le reflux des matières àm
les mêmes canaux se voit rarement dans l'économie animale. Pour la respiratioif
l'expiration et l'inspiration s'accomplissent dans le même tube; mais, à celte fin, h
trachée-artère a été faite cartilagineuse, et le thorax se contracte et se dilate Blte^
nativemcnt. Pour les intestins^ on admet le flux et le reflux du chyle. Dans les nerb,
au contraire, on ne trouve guère de raison suffisante pour expliquer le transport
des esprits tantôt de dedans au dehors et tantôt de dehors au dedans, à moins qu'si
ne suppose un mouvement péristal tique dans les nerfs, ou qu'on n'admette que ki ;
esprits animaux, comme des animalcules dans leurs évolutions, vont et viennent
dans les deux sens. Ils courent pour gonfler les muscles et les mettre en naouve*
ment, pour nourrir les parties et rendre aptes à leurs fonctions les organes du sens*
Soit. Cependant ils reviennent alternativement pour annoncer au sens commun ce
qui se passe dans l'organe externe; mais par quelle bouche l'annoncent-ils? c'eit
ce que je ne comprends pas. L'idée est une représentation une et continue et
l'orgnne externe et interne, comme est un objectum qui est perçu, mais la ses*
sation du même objet dure quelquefois plusieurs heures. Les esprits animaux coi* !
tinuent-ils pendant tout ce temps à aller et venir dans les mêmes nerfs, pour que b [
sensation de Vobjectum persiste si longtemps dans l'organe externe et l'organe in- ,
terne? Ce sont là des énigmes inexplicables. » ;
THÉOBIE DE L*IBBITABILCTÈ Et DE LA SENSIBILITÉ. 669
rique, c'est-à-dire du sens externe au cerveau {sens interne). La rapidité de la vision (aller et retour de l'image qui laisse toujours l'objet présent) le démontre bien évidemment. — De même un coup frappé à l'extrémité d'un bâton que l'on tient retentit à son extrémité opposée et frappe en même temps la main qui le tient. La transmission se fait à travers les nerfs comme à travers le bâton ; la rigidité du bâton est représentée par la tension du nerf, de sorte que le sens commun ou intetue se trouve instantanément mis en communication avec le sens externe par le cordon nerveux (viii, 8).
L'irritabilité est distinguée en primaire et en secondaire (c'est-à-dire par consensus ou sympathie) , naturelle ou contre nature. La primaire est celle dont il vient d'être question ; la secondaire est triple : animale y naturelle et violente (ix, 3). A propos de Tirritabilité secondaire animale , je dois signaler une vue trés-ingénieuse et qui repose sur une expérience qu'on peut vérifier aisément : si l'on veut avec une main frapper sa poitrine, et avec l'autre frotter sa tête, les deux mains finiront par faire la même chose ; en d'autres termes , toutes les deux frapperont ou toutes les deux frotteront. C'est la synergie musculaire (ix, &). Mais Glisson confond aussitôt Tincitation, ou la sympathie entre individus et le concours de divers appareils pour une même action, avec cette réduction des deux mains en un même acte après qu'elles en ont commencé chacune un différent. Il attribue avec plus de raison à une irritation secondaire ou sympathique le retentissement que les affections de certains organes produisent sur d'autres organes plus ou moins éloignés, par exemple le calcul des reins sur l'estomac (ix, 5, 6; voy. aussi le chap. XXII, De nausea).
Glisson termine par quelques réflexions sur la variation d*intensité de l'irritabilité en raison des causes organiques ou accidentelles dépendant des causes extérieures, de maladies, de passions (ix, 7; voy. aussi v, 16-17).
De tout ce qui précède il résulte que pour Glisson Tirritabilité est plutôt une conception de l'esprit qu'une création expérimen-