‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 24 sur 102 · STÉNON · texte numérisé non relu

STÉNON

Déjà Wharton avait donné un des caractères essentiels des glandes, en disant qu'elles sont pourvues d'un canal excréteur, mais il n'en avait déduit aucune vue physiologique raisonnable, tandis que Sténon (1) a établi par la méthode expérimentale que les glandes tirent leur produit directement du sang (2). De plus, Sténon décrit pour la première fois le canal parotidien qui porte son nom (8) et que Cassérius avait vu, mais en le prenant pour tio tendon, les canaux excréteurs des glandes sous-linguales, buccales et palatines, Tappareil glandulaire du nez, des yeux, de Toreille et les canalicules qui traversent Tépiglotte. Il combat la théorie qui fait descendre les larmes du cerveau (â) ; il croit, mais à tort, qu'il existe, aussi bien chez l'homme que chez certains animaux ruminants, un canal incisif ou palatin antérieur pénétrant jusqu*aux fosses nasales (5) . Il a suivi la marche de k lymphe et l'assimile à celle du sang veineux, n'admet aucatf des rêveries de Wharton ou de Glisson louchant les usages de cette humeur, et montre les intimes rapports du système gaoglionnaire (glandes conglobées) avec les vaisseaux lymphatiques; il professe que les vaisseaux lymphatiques tantôt viennent di I ces glandes et tantôt y aboutissent. Rien n'est encore aujoa^ i d*hui plus obscur, plus incertain que la véritable origine des I radicules lymphatiques qui sont dispersées dans le corpe entier : et que Sténon n'avait pas pu poursuivre très-loin (6) .

kttt* siècle» -^ On Appelait glandes conglomérées les glindes proprettient dîw i à cause de leur apparence et par opposition aux glandes conglobées ou lympbalîfMi ' [ganglions)*

(1) Observationes anatom,^ etc. LugU. Bat., 1662; Demusculis et glanduHsobter- Vationum specitnen, Amslel.^ 1664.

(2) Il le démontre particulièrement pour le lait; De muscul. ei gland, p. it

(3) Gérard Blusius, plutôt amateur qu'anatomiste^ voulut s'attribuer cette décoo- Verte; mais Sténon, dans une lettre à Bartholin (voy. aussi De muscul* et giandul., ■ p. 33^ et Obset*t>, analom,^ p. 5)^ n^cut pas de peme à prouver la fausseté de cette prétention*

(A) Demuscui et gland., p. 48.

(5) De muscul. et gland,, p. 37.

(6) ii a vu des vaisseaux lymphatiques ramper à la surface des muscles'^ et îltf sait^ pas plus que les modernes, s'ils pénètrent dans rintcricur (De musc, ei glsmàf P. 15).

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Ses recherches les plus neuves, celles qui ont en le plus d'influence et qui ont ouvert la voie à Borelli (quoi qu'en dise ce dernier) , portent sur la structure et les fonctions des muscles, auxquels il applique les notions de la géométrie; il a débrouillé la charpente de la langue et il a soutenu qu'il n'y avait pas de chair en dehors de la chair musculaire; il a montré que les fibres du cœur ne finissent pas à la pointe du cœur et qu'elles s'enroulent (1); il est en cela le précurseur de Lower, qui ne lui a pas assez rendu justice. Sténondistinguenettement des fibres musculaires les fibres tendineuses, qu'il regarde comme de simples cordes non contractiles (2), et cherche à déterminer les diverses directions de ces dernières. Il ne sait rien de positif, par conséquent, il ne veut rien préjuger sur le fluide qui préside à la contraction des muscles ; il émet les propositions suivantes sur les mouvements musculaires (3) :

l"* La structure de la fibre musculaire motrice est la même chez l'homme et ches les animaux; du moins, c'est ce que lui ont appris ses propres observations (A) ; 2* quand un muscle se contracte, chaque fibre motrice se raccourcit ; S» dans la fibre il n'y a que la chair qui se raccourcisse, les tendons ne participent pas à ce mouvement ; 4* quand la chair se raccourcit, elle durcit, et sa surface, douce avant la contraction, devient alors plus rude; 5* après la contraction, la fibre s'allonge un peu; 6* coupée transversalement, la chair se rétracte d'abord, puis elle s'allonge ; T la fibre motrice continue à se rétracter après qu'on a fait la section des nerfs, des artères et des veines; 8"* tous les muscles se terminent de chaque côté par un tendon ou par des fibres tendineuses (5).

(1) Voy. De fnuseuL et gl<mdutii^ p. 12 et tuiv.

(2) De muscui. ttglandul.^ p. 21.

(3) Myologiae spécimen^ seu musculi descHptio geometrica» Florent., 1667, in-4, p. 54 et suiv. — De muscul, et gtanduL, p. 15 et suiv.

(4) Cette proposition n^est pas absolument ?raie pour toute espèce d'animaux, ui même pour Umte e»pèee de fibre motrice, quand on s'en tient, comme Sténon, eux apparences titérieores. Mais Im structure inUmc parait la même pour tous les muscles.— Voy. Marey, Du mom>emmi dan» les foneti&nide h we, p. 274 et luiv*

(5) Il y a des muscles, même parmi ceux de la vie de relatioa, qui s'iisèrent directement par leurs fibres charnues.

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Il est probable que Glisson a emprunté à Sténon, qu'il cile d'ailleurs pour d'autres sujets, une partie de ce qu'il a de meilleur sur la constitution de la fibre et sur quelques-uns des phénomènes de la contraction ou de la rétraction (1).

C'est dans les ouvrages de Sténon qu'on rencontre pour h première fois un essai de description et de délimitation régulière des muscles de la colonne vertébrale ; il a donné une juste idée des élévateurs des côtes et du triangulaire du sternum.

A la suite de son traité Sur la myologie géométrique j Sténon revendique énergiquement (p. A9) la découverte de la prolongation du vitellus vers l'intestin dans l'embryon du poulet (2). Quelques-unes de ses observations sur l'embryogénie rivalisent de délicatesse et d'exactitude avec celles de Harvey, parfois même elles les surpassent. Enfin, il résulte pour lui d'expériences qui ne sont pas entièrement confirmées que, de tout le système circulatoire, c'est la veine cave qui survit la dernière.

Au temps de Sténon, comme de notre temps, il se trouvait des esprits rétrogrades ou paresseux qui, au nom delà pratique^ at- Uiquaient les recherches minutieuses entreprises sur la structure des tissus; on disait alors comme on dit aujourd'hui: A quoi bon prendre tant de peine pour n'arriver à aucun résultat utile? Sténon répond noblement à ces routiniers, et sa réponse vaut actuellement ce qu'elle valait alors. Je la reproduis comme une des belles pages du xvii* siècle (3) :

< On m'a souvent fait cette objection : A quoi bon cette connaissance de la structure des muscles? qu'a-t-elle de commun avec la pratique? Par cette interrogation répétée souvent et présentée sous des formes diverses, on cherche à rendre ridicules auprès de tous, pour ne pas dire odieux, ceux qui s'occupent de recherches nouvelles. Il ne serait pas difficile de démontrer combien la pratique est redevable aux expériences anatomiques

(1) Voy. plus haut, p. 653 et suiv.

(2) II s'agit probablement du conduit viieUin ou omphah-méseniérique, m Vttelii in intesdna pulli (ransiius. n Quelques anatomistes^ entre autres Coitcr, avaient dpjà entrevu cette disposition, mais, au rapport de Sténon, ni Harvcj ni lai-mênie u*cn avaient connaissance.

(3) Myologiae spécimen^ p. 67, 68.

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