‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 25 sur 102 · STÉNON · texte numérisé non relu

STÉNON

de ce siècle^ expériences qui ont fait découvrir bien des erreurs dans l'explication des causes et ont en même temps démontré la fausseté de certaines raisons que Ton allègue dans remploi des remèdes. Pour toute réponse, nous prierons nos adversaires d^interroger leur conscience, puis de nous dire ce qu'il y a de solide dans leurs paroles lorsqu'ils se prononcent avec tant d'assurance au sujet de l'apoplexie, de la paralysie, de la contraction, des convulsions, de la prostration des forces et des autres symptômes du mouvement animal. Sur quel fondement s'appuient-ils pour prescrire les remèdes qu'ils appliquent à ces affections, et cela en prenant non la paralysie, non la convulsion, mais tel paralytique ou tel convulsif? S'ils avouent que dans le diagnostic on n'apporte rien que des paroles, que, dans le traitement, c'est la conjecture seule qui guide, bon gré mal gré ils avoueront que la recherche du vra^^et dur certain, dans cette partie de l'analomie, peut être bonne à quelque chose. Objecteront-ils que, pendant bien des siècles, les choses sont restées dans le même état? La réplique est facile: tout le monde a cherché des remèdes, peu ont cherché à connaître la structure de la partie à laquelle ik appliquent les remèdes. Or, celui qui est chargé de rétablir un mouvement perdu dans un automate construit par un autre, doit étudier avec soin la structure de cet automate ; de même, celui qui ne s'en rapporte pas au hasard pour guérir des symptômes qui lèsent le mouvement naturel, celui-là devra, autant qu il pourra le faire à l'aide de l'industrie humaine, étudier la nature du sang, de la fibre nerveuse et de la fibre motrice. Ainsi, puisque dans la myologie il y a beaucoup de choses que nous ignorons et que nous pouvons apprendre ; puisque la connaissance de ces choses importe non-seulement à la vérité, mais aussi à la santé, chacun jugera si nos censeurs ont bonne grâce lorsqu'ils raillent les nouvelles expériences des anatomistes, prétendant que ce sont là les occupations d'un homme oisif. >

L'anatomie, au xvn* siècle, était loin d'avoir dit son dernier mot avecSténon; une ère nouvelle vaméme s'ouvrir pour cette science. Le XVI* siècle avait transformé l'anatomie descriptive ; le xvii% après nous avoir fait connaître les glandes et nous avoir donné le

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système lymphatique, crée Tanatomie de textare. Qaand on a cité Malpighi(1628-1694), Frid. Ruysch ( 1638- 1727) et Leeuvenhoeck (1632-1723), on n'a pas besoin d'accompagner de tels noms de banales formules d'éloge ; il suffit de faire connattre les œuvres qui se rattachent à ces noms ; et je n'ai qu'un regret, c'est de ne pouvoir reproduire ici tous les développements dans lesquels je suis entré devant vous sur les merveilleuses découvertes de ces trois grands hommes, d'un mérite inégal, sans doute, mais tous trois dignes de notre admiration reconnaissante.

Avec Malpighi commence la véritable anatomie des tissas, et tout à coup, de tous les côtés, les recherches furent poussées dans ce sens avec tant d'activité qu'elles parurent un instant absorber toutes les intelligences, réduire la médecine à des questions d*histoire naturelle et reculer l'institution régulière de la clinique, comme si ce n'était pas la clinique qui seule fournit les moyens de tirer de l'anatomie ' et de la physiologie les conséquences légitimes qu'elles renferment, et préserve des écarts d'une imagination trop prévenue. Il n'y eut bientôt plus d'un côté que des savants armés du scalpel, du microscope et de la seringue à injections, et de l'autre, soit d'incorrigibles réactionnaires qui niaient ou tournaient en ridicule, comme ne servant à rien, les découvertes nouvelles, soit des esprits aventureux toujours prêts à tirer de ces découvertes, souvent mal comprises, les systèmes les plus extravagants ou les plus exclusifs.

Quoi qu'il en soit, rappelons les principaux titres de Malpighi (1) comme anatomisle et physiologiste. Il a montré par l'insufllation et par les injections que la substance du poumon n'est pas un parenchyme ou une chair, mais un tissu vésiculeux; il a même indiqué un réseau vasculaire sur les parois des vésicules; il a pris soin d'établir cette priorité contre d'injustes revendications ; et, là encore, nous retrouvons l'insatiable Thomas Bartholin, toujours prêt à s'approprier quelque chose du bien d'autrui. Malpighi a entrevu le rôle du poumon dans la respira-

(1) Voyez^ pour sa vie, ses œuvres, ses relations scientifiques ou d'amitié, Atti, Notizie édite et inédite délia vita et délie opère di Marc Malpighi e di Beliini. Bologne^ 1847, in-A. Ouvrage di£l\is^ mais rempli d'utiles renseignements.

Uon, car il dit qae ce viscère (qu'il compare au boulanger) assimile enlre elles certaines parties du sang et divise celles qui sont trop cohérentes. L'air dilate les vésicules; les vais* 8eaux qui les enlacent sont agités, et de là un mélange plus exact des liquides qu'ils contiennent.

L'un des premiers aussi il s*e8t servi du microscope pour étudier le développement du poulet dans l'œuf et la circulation dans les capillaires.

Perfectionnant les méthodes de recherches pour la structure du cerveau et de la moelle, Malpighi a eu recours avec avantage à l'ébuUition ; il signale le canal de la moelle épiniére. Il achève de débrouiller la texture de la langue» au moins chez les animaux, et montre pour cette partie, pour les doigts et pour le reste de la peauy que les papilles nerveuses sont l'organe essentiel du goût et du tact; il connaît le corps réliculaire {corps de Malpighi)^ les glandes sudoripares, les cellules graisseuses, les glandes sébacées, etc. Il a vérifié la structure lobulaire ou en grappe du foie, disposition ignorée jusqu'à lui ; il a confirmé les expériences de Slénon sur les rapports des glandes avec le système vasculaire et il a poursuivi les mêmes démonstrations pour le rein et la rate (1). Mais il est trop enclin à voir partout la structure glandulaire, et, si peu théoricien qu'il soit,il ne quitte le domaine de Fexpérience en anatomie que pour entrer sur celui des hypo« thèses en pathologie. U est partisan de l'acidité.

Aussi juste pour ses devanciers que ses contemporains Tavaient été pour lui*môme, Malpighi avait eu le dessein d'écrire une histoire de l'anatomie dans laquelle il aurait rendu à chacun l'hommage qu'il mérite; malheureusement sesamis l'ont détourné d'une pareille entreprise, et nous n'avons qu'une esquisse publiée pour la première fois par Atti. Cette esquisse renferme rhistorique de l'anatomie du cœur, du poumon et des vaisseaux cardiaco-pulmonaires.

(1) Les recherches de Malpis^hi, comme, du reste^ celles de presque tous ses

contemporains, ont été faites plutôt sur les animaux que sur Thomme. L'ardeur

pour les dissections était telle que la quantité disponible de cadavres ne pouvait

pas suffire h la satisfaire. Malpighi^ ordinairement retiré à la campagne^ a vu peu

de malades; il a écrit en un style embarrassé, quelquefois à peine latin.

680 [butsch.

Encore moins médecin que Malpigbi, quoique reçn docteur h Franequer(Hollande),et, quoique attaché à un hôpital, Ruysch, professeur à Amsterdam, n*était guère qu'un préparateur, mais un préparateur de génie, un homme animé d'une ardeur, d'une patience, d'une perspicacité, d'une flnesse de sens qu'on n'a peul-èlre jamais égalées dans les sciences (1). On disait de Ruysch : il a des yeux de lynx et des doigts de fée. Il courait après les malades moins pour les guérir que pour disséquer leurs cadavres , et découvrir la structure normale ou pathologique des organes et des tissus. Comme Vésale, il visitait les cimetières sans trop de respect pour les morts ; il se réjouissait presque des rixes entre particuliers et des guerres civiles qui loi fournissaient plus d*une bonne occasion de disséquer; non content d'étudier l'anatomie sur ses semblables, il était à la |HSte de toute espèce d'animaux. Jamais musée public n'a été aussi bien approvisionné que celui de Ruysch (2) ; jamais pièces n'ont été aussi bien préparées (â), n'ont affronté aussi longtemps les injures du temps, et jamais cadavres n'ont mieux présenté après la mort presque toutes les apparences de la vie que ceux qui sortaient de son laboratoire.

Tant d'habileté frappait d'admirationle public, même les souverains, mais excitait la jalousie ou provoquait la calomnie des confrères. Le seul reproche que l'on puisse faire à Ruysch , c'est qu'il avait des secrets et qu'il les cachait soigneusement à ses meilleurs amis ; ce n'est pas là le propre des vrais savants. D'un autre côté, son peu d'érudition Ta souvent exposé, comme le remarque Schreiber, à s'attribuer les découvertes des autres. Ainsi il avait été devancé par notre Du Verney et par Clopton Havers pour la structure des os, par Fallope pour les moyens

(1) Voy. Schrciberus, Historia vitae et meritorum Frid, Ruysch. Anut.» i7SSy ïn-à. Travail excellent, écrit d'après les documents originaux.

(2) Ostcologie, splanchnologie, système vasculairc^ organes des sens, anatomie

pathologique, auatomic comparée^ monstruosités^ tout y abondait. Dans ses divers

ouvrages, il a aussi donné d'assez belles planches; il a publié le Catalogue de «m

musée (Obsei*v, anatomico-chirurgicarum centurea, Âccedit Catalogus rariorum îm

Musœo ftt<^fcAtayio« Amsterdam, 1691)^ et un Thésaurus analomicus (Amsterdam,

1701-1715, 10 vol.).

(3j 11 avait trouve le moyen do durcir la fibre cérébrale.

ROTSCH. 6ti

ion de l'apophyse styloîde au crâne, par plusieurs anatoes pour la démonstration des valvules semi -lunaires dans aisseaux lymphatiques (1), et pour l'existence de lympha-^ » sur le thymus, organe que du reste il regarde comme sitoire ; il n'a fait que vérifier l'existence des cellules pulmo- S8 et les communications anastomotiques des vaisseaux caro-pulmonaires ; enfin il a complètement tort en soutenant, re de Raw, qu'il a le premier constaté l'existence de la cloiqoi, dans l'intérieur du scrotum, sépare les deux testicules, aérite de Ruysch ne consiste pas tant dans ses découvertes dans ses admirables procédés de préparation et de déslration des parties, surtout des vaisseaux et de leurs mu* es anastomoses.

^pendant il faut mettre en relief plusieurs remarques trèsres: le maxillaire se rétrécit chez les vieillards par suite de la 6 des dents ; — les côtes sont plus épaisses et plus rondes les femmes que chez les hommes ; — le tissu appelé celluf ou cormeclif esi très-bien décrit ; — la couenne ou pseudo* ibrane, qui se produit sur le sang, est formée par la fibrine ; on re artificiellement cette fibrine en battant le liquide aussitôt [est sorti des vaisseaux ; c'est même par une telle séparation, \ accidentelle et pathologique, que Ruysch tâche d'expliquer rmation des polypes ou autres corps étrangers dans l'utérus, laysch donne une exacte description de la crosse de l'aorte, origine des carotides, et de l'artère bronchiale. — Il a dé« tré des capillaires là où personne ne les avait jamais vus, par iple dans l'œil, dans l'oreille, dans les enveloppes de la moelle, i Farachnoîde, dans la capsule articulaire coxo-fémorale, dans 3au. — Malpighi lui-même croyait encore que les artères et les es sont réunies par un réseau intermédiaire spécial et distinct leux ordres de vaisseaux. — Ruysch a combattu cette opinion it connaître tous les divers genres d'anastomoses , suivant la rsité des parties ; il en tire même cette conséquence, qui n'est mrtout justifiée, que là où il y a diversité d'anastomoses, il fflux d'humeurs différentes et différence de mouvements.

S'il ne les a pas découvertes, du moins il les a mieux étudiées que pas un de tanciers, dans son premier ouTrage publié en 1665.

6U RVTflCRi,

Malpigbi avait fait accepter deux opinions également arronéas : la première, que la peau, la plupart des viscères, foie, reîàSi rate, testicule, cerveau, étaient des glandes eu égard à leur strao» ture (1); et la seconde que, dans le corps, les glandes étaient eiclasivement chargées des sécrétions. A propos de la première opinioB, Ruysch mêle le Taux et le vrai (2), surtout pour la peau ; oar 3 nie, par exemple, l'appareil sudori pare, parce qu'il ne Ta pat i^n; sur la seconde, il établit trés*bien le rôle des membranes séreuiei, en ce qui concerne le péricarde et l'arachnoïde, sous laquelle i assure avoir démontré par insufflation une tunique cellulaire. -^ Selon Ruysch, la membrane du tympan est composée de tnÉ feuillets ; elle n'est jamais percée naturellement, comme on h croyait; la trompe d'Eustache peut s'injecter avec le vif^argeaL -— On lui doit la découverte de la couche interne de la choroïde oi membrane de Ruysch^ niée par Verheyen et de Raw. — Pour ta^ miner, signalons encore quelques points de l'œuvre de Ruysch; la sécrétion de l'urine se fait par les artères et non par les veina; <— le chorion est composé de diverses lames; — il n^existe pa de glandes utéro-placentaires; les injections démontrent les coi' nexions vasculaires du placenta avec Tutérus.

Onaprétendu que Ruysch aurait inventé Tanatomie si elle n'aviii pas existé. Quel contresens historique I Si Ruysch a été si grand, c'est qu'il avait été instruit par vingt anatomistes, ses prédécei* seurs ou ses contemporains; si la connaissance de la struotan des tissus a fait de tels progrès entre ses mains , c'est que la voies avaient été préparées parles Wharton, les Glisson, la Sténon, les Malpighi : de telle sorte que , malgré son peu di connaissance des livres (cependant on voit qu'il n'y était pa

(1) Cette erreur tenait sans doute à ce qu'il usait beaucoup de la niacératioitf de l'ébullitioD^ lesquelles réduisent plus ou moins promptement les orgaocs enccr puscules qu'il a pris pour des cléments glanduleux. — On peut reprocher ai* à Ruysch d'avoir voulu systématiser ses observulions sur les vaisseaux cafi" laires^ et de ne voir dans la structure des organes qu'un réseau Tascnlairt, i> qui lui a fait méconnaître quelques-uns des résultats positifs des recberehff 4 Malpigbi sur les glandes.

(2) C'est pour correspondre à la nouvelle doctrine sur les glandes que BoerfaaiMi l'aïui de Ruysch, avait, dit-on, inventé les mots crypta, follicules, uU^ieulefi k mol acinus semble venir de Malpighi à propos de la structure du foie.

tout à fait étranger), Ruy8ch était Théritier, l'écho d'une tradition qui se faisait sentir même à distance et qui avait mis tous les esprits en éveil.

Leeuvirenhoeck est l'exemple le plus éclatant de ce que peuvent une volonté inébranlable et le travail opiniâtre ; sans autre maître que lui-même, sans éludes académiques (par conséquent sans idées préconçues), sans la connaissance d'aucune langue an* cienne ou moderne autre que la sienne propre, il a pu devenir, d'un très-médiocre homme d'aiïaires, un des plus illustres anato* mistes des temps modernes (1). La réputation que Ruysch s'était acquise par ses injections et ses préparations humides ou sèches, Leeuwenhoeck l'a conquise avec la puissance des microscopes de sa façon (2); à mon avis, il l'emporte de beaucoup sur Ruysch par l'étendue et la sûreté de ses connaissances positives en anatomie et même en physiologie, connaissances qui ont été plutôt vérifiées, agrandies, développées ou rectifiées que contredites par ceux de ses successeurs qui ont voulu contrôler sur l'homme ce que l'anatomiste hollandais avait vu ordinairement sur les animaux (3).

(1) C'est par un commerce épistolaire saWi avec les savants et les académies qu'il se tenait constamment au courant de tout ce qui se faisait en Europe ou même de ce qui s'était fait avant lui.

(2) On en conserve encore plusieurs à la Société royale de Londres.

(3) a Leeuwenhoeck regarde presque au hasard (?) avec son microscope, et, comme la plus souvent il est le premier à regarder dans les conditions où il a su se placer^ il découvre. Il décrit ce qu'il a observé, et, heureux d'avoir révélé des choses inconnueS; son ambition se trouve satisfaite. Pendant près d'un denii-sièele, cet homme ingénieux, doué d'un esprit pénétrant^ examinera sans suite, sans mé- Uiode, les substances organiques^ les liquides, les êtres les plus infimes de la créa- Lion. Ses études le conduiront à faire les découvertes les plus inattendues^ à connaître les faits les plus propres & jeter de nouvelles lumières sur les plus importants phénomènes de la vie^ mais jamais son esprit ne saura s'élever a une conception ^néralc. Malgré tout, cet homme remarquable à tant de titres n'en sera pas moins Tauteur des découvertes brillaates qui, en élargissant dans des proportions immenses le champ de l'investigation, deviennent l'origine d'une foule d'études fécondes pour le progrès des sciences naturelles. Les savants les plus considérables, les penseurs les plus illustres ont témoigné leur estime à l'observateur habile, patient et ingénieux; les plus hauts personnages lui ont donné des marques de leur considération^ ta, comme il est tout à liit Bitarelt le geavememeat de ton pays n'a jamais songé

tSU LBEUWENHOBGK.

Ce n'est pas seulement à la force de grossissement des lentilles de son invention (1), à la puissance de sa vue, si excellente qall fabriquait des chaînes d'or capables d'enchaîner des pucerons, à la bonne préparation des objets placés sous le champ du microscope, que Leeuwenhoeck doit de si importantes découvertes; il avait ce coup d'œil scrutateur qui sait regarder longtemps et souvent les mêmes choses. — Cependant sa conQance en Immême et en ses instruments ne l'ont pas assez mis à Tabri des illusions ou des erreurs, témoin ses étranges assertions sur les globules du sang. Leeuwenhoeck donnait volontiers par lettres tous les renseignements qu'on lui demandait; toutefois, i l'exemple de Ruysch, non-seulement il tenait secrets ses procédés et ses modes de fabrication, mais il portait envie aux autres fabricants, même à Tatelier que Leibnitz avait fait monter; c'est là le caractère d'un artisan et non celui d'un savani :«joutez qn'fl tirait grande vani té deshonneurs qui lui venaient de l'étranger, des présents qu'on lui envoyait, des visites princières qu'il recevait; puis, comme correctif, n'oublions pas qu'il ne s'est jamais eugéré outre mesure la valeur de ses découvertes ou la sûreté de ses raisonnements, et qu'il ne s'est pas montré trop entêté devant l'évidence.

Le premier travail imprimé de Leeuwenhoeck date de 1673; il avait rapport à Tétude microscopique du dard de l'abeille, et fut communiqué par de Graff à la Société royale de Londres, qui était alors et qui resta longtemps le centre principal où venaient aboutir et recevoir leur consécration toutes les recherches scientifiques.

Arrivons maintenant à l'énumération des questions sur lesquelles Leeuwenhoeck a plus particulièrement porté son attention (2).

à lui faire une situation digne de son mérite. » Blanchard. — (Yoyet ptai ktf la note 2 de cette page 684).

(1) C'est avec un microscope de Leeuwenhoeck que Ham a tu pour U pierfî^ fois, en 1677, les animalcules spcrmatiqnes; c'est à tort que Hartsoeker s^estittrtbné cette découverte.

(2j Trois étudiants hollandais, unis par Tamitié et par un sentiment

LEBDWENHOEGK. 685

S(mg{i). — Les anciens pensaient que certains animaux n'ont pas de sang, attendu que pour eux le caractère dis* linctif du sang résidait dans la couleur rouge. Le premier, Leeuwenhoeck déclare que le sang est le liquide nutritif par excellence^ et qu'il se retrouve dans toute la série du règne animal; — cependant il a fait ses observations particulièrement sur les vertébrés. Il distingue dans le sang la partie solide ou le rouge, et le sérum ; les corpuscules qui nagent dans le sérum et qui donnent sa couleur au sang, il les appelle particules chez les oiseaux, les reptiles et les poissons, et, chez les quadrupèdes globules^ à cause de leur forme qu'il croyait exactement sphérique. H a minutieusement étudié les diverses figures et couleurs (verte chez les sauterelles) des particules et des globules dans les j4iverses classes d'animaux (2); il a eu quelquefois, comme je l'ai ,dit (p. dSA), des illusions d'optique et même des contradictions,

d*adiniration pour Leeuwenhoeck, ont résumé en trois dissertations inaugurales les travaux de ce grand anatomiste (De Leeuwenhoeckii msritis in quasdam partes ■ enatomiae microscùpicae) . Lesueur Fleck et Hiddo Halbertsma soutinrent leur thèse le même jour (3 novembre 1843) à Leyde^ et Van Cbarante le 5 juin iSàà dans la même universit^î. Ces trois dissertations sont peu connues en France^ car Je ne les vois pas même citées dans un très-bon travail de M. Blanchard Sur Leeu» wenhoeck et les premiers observateurs au microscope (Revue des deux mondes, 15 juillet 1868, p. 379*dl6). L'auteur s'occupe surtout de la composition et de la circulation du sang^ ainsi que des animalcules appelés improprement tn/usaires), J^ai tiré de ces trois dissertations, après avoir vérifié, en parcourant attentivement les œuvres de Leeuwenhoeck^ l'exactitude et l'abondance des renseignements qu'elles fournissent, tout ce que je rapporte ici touchant l'illustre citoyen de Delft.

(i) Halbertsma a traité du sang, du système vasculaire et de la circulation, des w, des dents^ et, en tète de sa dissertation, il a mis une vie de Leeuwenhoeck ; Fleck s'est réservé les muscles et le cristallin ; enfin, Van Cbarante a pris pour sa part les nerfs, l'épiderme^ les poils et le taKre des dents. Pour chaque section, les auteurs ont i^outé de nombreuses notes critiques où ils discutent et comparent avec les recherches modernes les résultats des observations de Leeuwenhoeck; enfin, ils ont reproduit les figures données par l'auteur. — Ces messieurs ont omis les observations de Leeuwenhoeck sur la génération et le développement de l'œuf, parce que c'est la partie de son œuvre la plus faible et la plus entachée d'erreurs, celle, en un mot, pour laquelle il s'est le moins élevé au-dessus des opinions qui avaient cours de son temps, même en dépit des expériences de Haney*

(2) Le lait, la graisse, le cerveau, U moelle, ont également des globules, suivant Leeuwenhoeck.

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mais le plus souvenl il a bien vu et vu toujours de même. Il connaît le mouvement rotaioire des globales, leur chang^ ment de lormc par addition d'eau, les variations de couleur pir Taciion de dissolutions salines. Enfin il a intliqué au centre des corpuscules un point lumineux admis par les modernes, et aussi le uucleus ou noyau enfermé dans la membrane. Il ne paratl pas savoir quel est le rôle comparatif des globules et de la partie liquide dans l'acte de la nutrition.

La première mention des corpuscules sanguins remonte i Tnnnée 1673. Kircher avait pris pour des vers et Malpighi pour de la graisse les globules qu'ils avaient vus par hasard, Tni dans le sang d'un fébricitant^fautre dans celui d'une hysiériqae.

Leeuwenhoeck admet avec raison une moindre quantité de globules par rapport au sérum dans les invertébrés que dans te vertf^brés. Il atiribuail à la plus grande quantité de sérum dn sang artériel la rougeur plus grande de ce sang, tandis que cela est dû au de^ré d'oxygénation. Mais, chose étrange, il ne voit pu de diilérences entre les globules de Tbomme et ceux de la grenouille (1) I

Vaisseaux et circulation. — Leeuwenhoeck a étudie les vaisseaux sanguins non-seulement sur les vertébrés, mais encore sur divers invertébrés ; il s'est trompé quand il a pris pour des vaisseaux les trachées annulaires des insectes. On admet aujoord'hni que ces animaux n'ont pas de vaisseaux, et que le sangcircole dans les interstices des tissus.

Le premier il a séparé la mince membrane interne des artérei, et a vu qu'elle consistait en un nombre incroyable de trés-petites particules enchaînées comme sont les mailles d'un filet (yraisefflblablcment les deux premières tuniques de Ilenle). Il a aussi examiné la membrane sous-jacente, dans laquelle il a signalé la direction circulaire des fibres (quatrième de Henle 7). — Il a suivi l'ondée sanguine qui dilate l'artère, laquelle se contracte activement ensuite, en vertu d'une propriété spéciale^ — Ses

(1 ) M. nianchard^ dan» le tniYall précité (foy. p. 68è, notc2X a raconté d'unehcn trt!s-pittoruM|ue la dûcouvciie des animalcules dans Teen, lous le champ du nkra- «eope» C'est d'après nne premi^ obser\aUon d*un étudiant^ nommé Htm, que I^euivcnhocck a étudié les cntoioaires spermaliques. (Voy. plus haut^ p. 984, note 1.)

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recherches sur la structnre des veines manquent de précilion; il a dn moins suivi et démontré, mieux peut*ètre que Rtiysch, la continuation directe des veines et des artères par |6B capillaires, qu'il appelle (vu la difficulté de déterminer oii K>mmencent les unes et où finissent les antres) tantôt très-petites $éines ou très-petites artères^ ou très^petits vaisseatix. Les capillaires ne laissent le passage qu'à un seul globule. Ses observations ont surtout réussi sur les animaux à sang froid. Il a (rigoureusement constaté les véritables parois des capillaires, niées de nouveau par quelques anatomistes modernes, qui, revenant par une voie détournée à l'opinion de Harvey, pensent que le sang passe d'un système vasculaire à l'autre, comme de Teau à travers le sable.

Notre anatomiste a scrupuleusement noté tous les mouveinents tantôt rapides, tantôt ralentis, ou presque suspendus, du sang dans les capillaires. Il a remarqué quelques mouvements iâe retour et l'action qu'exercent certains agents extérieurs (froid, chaud, sels) sur ces mouvements. Il a prétendu mesurer, inais sans y réussir entièrement, la rapidité de la circulation.

Os. — Leeuvrenhoeck a d* abord supposé que les os étaient formés de corpuscules (c'est Purkinge qui les a découverts plus tard); pnis il a pensé que ces corpuscules étaient une illusion de sa part, et que ce qu'il avait pris pour tel n'était rien autre chose )ae les extrémités des tubes qui forment la charpente des os. Au lieu d'une seule espèce de tubes, il en a reconnu quatre espèces lisposés en long (à tort nommés tubes de Clopton ffavers, l|Qi les a mal et insuffisamment décrits) , puis un certain nombre disposés en travers. Aujourd'hui, on admet généralement que le tissu fondamental des os est formé par des lamelles et des tellules disposées en séries concentriques à la circonférence des tnnauXy et, suivant quelques anatomistes, par des corpuscules disséminés dans les lames ou entre elles.

Dents. — Leeuwenhoeck a décrit la distribution des vaisseaux dans les dents; il a vu que ces organes se composaient d'une eérie de canaux qui, prenant leur origine à la cavité, se rendent à la ciroonférenca. C'est ce qu'on appelle la substance

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dentaire, Vivoire proprement dit, dont on rapporte à tort la découverte à Malpighi; car cet anatomiste, méconnaissant h nature lubuleuse des dents , les a prises pour des filaments entrelacés comme les mailles d'un réseau. — De son côté, Leeuwenhoeck n'a pas connu la substance vitrée qui est à la superficie des dents {émail)^ découverte par Purkinge, mais il a entrevu l'ostéide (croûte pierreuse des ruminants).

Muscles. — Leeuwenhoeck distingue plus exactement que ne l'avaient fait Hook, Sténon, Borelli, Muys, les fils qui constituent les fibrilles y et les fibrilles qui constituent les fibres; il a dit peu de chose sur la structure apparente de la chair musculaire, mais il a très-bien décrit la disposition des muscles sur la langue du bœuf et la structure du cœur {concatenatio fibrarum). Il a insisté sur les formes diverses que présentent les fibrilles chez les divers animaux. — Les fibres n'augmentent pas en nombre, mais en volume avec l'âge. '- 11 a mesuré les différences de volume des fibrilles, soit sur les diverses parties d'an même animal, soit dans les animaux de même espèce, soit eofio chez les animaux d'espèces difi'érentes. — Les fibrilles, dans lesquelles il n'a découvert aucun canal, sont composées, à leur tour, d'une multitude de fils; et même, poussant par la pensée Tanalyse encore plus loin, Leeuwenhoeck admet, plutôt qu'il ne le démontre, que ces fils résultent de l'assemblage de nombreux filaments enfermés dans une tunique. — 11 a décrit les stries qae présentent les fibrilles dépouillées de leur enveloppe, il les croyait d'abord circulaires, mais il a vu plus tard qu'elles sont spiroïdales.

Leeuwenhoeck , après des hésitations , finit par conclure que les fibrilles ne naissent pas des tendons , comme il l'avait cru d'abord, ni les tendons des fibrilles, mais que la création de ces deux parties est distincte et simultanée ; il a admis h jonction des deux ordres de fibres par accolement sans que les fibrilles musculaires se forment en cône. Pour lui, la structure des tendons est & peu près la même que celle des musdes. Réfutant l'opinion d'un certain professeur de Franequer, qui soutenait que le sans circule dans un prétendu canal crsoeé

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au milieu des fibrilles, il a constaté rexistence d'un véritable réseau vasculaire sur les parties latérales des fibres du diaphragme d'une brebis. — Il ne sait pas si les fibrilles sont pourvues de nerfs ou non; depuis, on les a découverts; mais il en a vu se ramifier et s'accoler le long des tendons sur le bœuf et sur la brebis. C'est une des rares observations de ce genre.

Cristallin. — La structure lamelleuse du cristallin (1), déjà connue de Sténon, a été très-exactement vérifiée par Leeuwenhoeck. Les micrographes modernes n*ont fait que rectifier certains détails.

Système nerveiur. — Les observations microscopiques de Leeuwrenhoeck, sur la structure du système nerveux central et périphérique , ont été communiquées, de 167A à 1685, à la Société royale de Londres; elles n'ont pas toutes une égale valeur, et n'offrent pas en général, surtout pour ce qui regarde l'encéphale, une aussi grande précision que celles qui se rapportent aux autres systèmes organiques. Voici, du moins, les remarques les plus importantes : Le nerf optique du bœuf et celui du cheval n'ont pas de canal central, comme les anciens le croyaient; ils sont composés de filaments, ou mieux de canalicules juxtaposés et remplis de globules dont l'ébranlement, par l'impression de la lumière, se communique de proche en proche jusqu'au cerveau (2). En 1715, déjà octogénaire, Leeuwenhoeck voit mieux les choses et constate que les nerfs sont composés de filaments enveloppés par une membrane assez résistante ; ces filaments sont, à leur tour, composés d'une multitude de fibrilles qui ressemblent par leur apparence extérieure à des vaisseaux capillaires, et qui sont si déliées qu'on en peut compter plus de mille dans un nerf dont le volume ne dépasse pas celui de trois poils de barbe; il admet que ces fibrilles contiennent un liquide dans lequel nagent des corpuscules dont il n'a pas su découvrir la nature : la structure du cerveau et de la moelle ne

(i ) t Ck>iistat ex sphaerariim in modum contortis laminis^ sibi invicem impositis, p quae ex centro originem trahunt; omnes constant ex spbaeruliscrystallinis. » (2) C'est là une de ces explicllioDS mécaniques fort à la mode au xvit« siècle. DÂinuBM. a4

690 LEBUWBMHOBCK,

lui a pas paru trés-difierente de celle des nerfs. Il a bien décri la névrilème ou enveloppe générale du nerf, et a constaté fa distribution des vaisseaux jusque sur les fibrilles. II a reconin la structure réticulaire de la rétine.

Épiderme, — Leeuwenhoeck écrit, en 167A, que répidemu est composé de squamules plates et rondes dont plusieurs centaines pourraient être recouvertes par un grain de sable (1). Dans sa pensée, il les assimile aux écailles des poissons, avec b différence que nos écailles épidermiques se renouvellent sav cesse; il ne croit pas que l'humeur sécrétée de la transpiratioi insensible entre pour rien dans la formation de Tépiderme;! a trouvé des squamules dans le cérumen des oreilles, ainsi qv dans la sueur du visage et des pieds.

C'est entre les squamules, quelque soudées ensemble qu'elle paraissent, et non au moyen de porcs, que s'échappe flnalemtf la sueur à travers Tépiderme; la peau elle-même est pi^ courue par une foule de canaux extrêmement déliés qui verseri ^u dehors la sueur et les particules graisseuses (2). Notre » crographe a fait des observations comparatives sur les sqV' mules des cicatrices, des callosités et de l'épiderme normal. D' étudié l'épiderme chez les ichlhyosiques et sur les nègres ;i

(1) « Les personnes sacbanl avec quelle rigoureuse exactitude les obscrratc* modernes déterminent la dimension des plus petits objets, ne pourront s'cmpèck de sourire des moyens de détermination tout primitifs à Tusa^ de LeeiiYcnb(MHf Son terme de comparaison préréré est le grain de sablc^ et, comme la ^roaseur grains de sable tarie dans des limites fort larges, on se trouve asses mal par la comparaison. Il importe donc, eu lisant les écrits de notre auteur^ de que sou étrange étalon de mesure égale en diamètre le trentième d'un pouce. i-estc, le naturaliste de Dclft est plein de ressources quand il veut donner une î tle la dimon»ion des objets qu'il a examinés ; il la compare rolontiers à Téj d'un cheveu ou d*un poil de la barbe. Il manifeste souvent une prédilection les grains de millet* et, ^ une époque un peu avancée de sa carrière, il aiine à dre pour point de comparaison les globules du sang, qui lui rappellent une de premières comme une de ses plus intéressantes découvertes. » (Blanchard, cilé^ voy. p. 684, note 2.)

(2) C'est sans doute, comme le remarque Van Cbarante, à cause de T quité de Touverture des pcrluis épidermiques que Leeuwenhoeck ue les a reconnut.

pense que la coloration noire dépend de l'épiderme (1). fiiâfly il a observé les squamules {couche épithélialé) dans le vagin et à rentrée de la bouche ; il a également esquissé une description de la face interne des intestins.

Poils. — Les recherches de Leeuwenhoeck sur la structure des poils ont été en grande partie confirmées par les micrographes modernes, mais il ne s'est pas toujours rendu exactement compte de la vraie signification des dispositions qu'il découvrait. Cela ne saurait diminuer son mérite, car il a vu et reconnu à lui seul nne infinité d'autres détails qui depuis ont exercé la patience et la sagacité de cent anatomistes, dont les recherches sont venues si souvent en confirmation de celles qu'il Taisait avec un art merveilleux.

Salive et tartre. — La salive ne contient pas par elle«*mème d'animalcules, mais le microscope en révèle une multitude dans le tartre qui se fixe aux dents. Leeuwenhoeck en a même distin* gué trois espèces. Mandl, Van der Hoeven et Van Charante ont fait, à cet égard, des observations qui ne s'écartent guère de celles que je viens de rappeler.

Ainsi, Ruysch surtout avec les injections, Leeuwenhoeck surtout avec le microscope, et Ifalpighi usant de moyens divers, ont amené l'analomie de texture aux limites de la perfection.

N'oublions pas, Messieurs, que ces recherches et ces observations ont deux siècles de date 1

Treize leçons ont à peine suffi à tracer devant vous une esquisse rapide et encore fort incomplète de l'histoire de l'anatomie et de la physiologie au xvii* siècle ; cependant que de noms célèbres , sinon illustres, il nous resterait à enregistrer ! J. Riolan (1577-1657), un des dissecteurs les plus exercés du xvii^ siècle, et en même temps un des plus mauvais et des plus vaniteux anatomistes par sa propre infatuation et sa foi absurde dans les anciens; — Casserius de Plaisance (1561-1616), plus

(1) On croit généralement aiy<mrd*hai que cette coloration dépend, non de l'épiderme, mais d'un pigment noir ou tissu mufueux situé entre la peau et l'épi- ^BerBse«

692 AlfATOMISTfiS OE SECOND ORDRE AU XVII* SIÈCLE.

connu par ses planches assez exactes pour le temps ob elles ont été faites que par ses découvertesy bien qu'il ait étudié spéciale* ment les organes des sens et de la voix ; — Fabrice d'Aquapen* dente (1537-1619), un des [derniers représentants actifs de Tapalomie galénique, el dont les ouvrages sur les organes des sens, le larynx, la voix, le fœtus, la respiration, le mouvement, Tappareil digestif, ont été publiés dans les dix-huit premières années du xvu"* siècle (1) ; — Borelli de Naples (1608-1679), Tami de Malpighi, réduit toutes les questions de physiologie i des questions de mécanique ; du moins il s'est attaché, parfois avec succès, à décrire les mouvements des muscles et à en calculer la force et les directions, mais il consacre la vieille opinion d'une matière particulière ou d'une espèce de fluide nerveux pour opérer ce mouvement (2) ; — Riva d*Asti (1627- 1677), l'un des maîtres de Lancisi ; il avait établi à l'hôpital de la Consolation^ à Rome, un musée anatomique, et tenait dans sa propre maison des conférences d'anatomie qui ont contribué i mettre en honneur, pour un moment, la pratique des dissections, dans une des villes où elles étaient le plus négligées ; — Vesling, de Minden en Westphalie (1598-I6Â9) , et Diemerbroeck, de Montfort en Hollande (1609-1 67i), qui, faisant exception à la règle (3), publient des traités généraux où l'on a peine à trouver quelques nouveautés (i).

(1) Si j'ai mentionné Fabrice à la page 32d de ce volume^ c'est que sa démooslralion des valvules date de 1574.

(2) Voy. plus loin la xxiv<^ leçon surriatromécanisme.

(3j Au xYii** siècle, il y a peu d'anatomie descriptive proprement dite, peu de traités généraux; on n'admettait plus l'anatomie trop défectueuse des anciens^ on n'en po^ sédait pas encore une moderne; elle était trop incomplète et manquait de méthode; on cherchait dans tous les sens^ on écrivait des monographies^ les traités généraix n'étaient que des compromis. Quelques rares auteurs ont essayé, sans grand génie, de mettre, dans des truites complets, la vieille anatomie d'accord avec la nonvelle: c'était répondre au désir de beaucoup de personnes qui recherchent les Jlajnidir et aux besoins des médecins qui aiment à posséder une anatomie pratique ; de là les livres de Diemerbroeck ou de Vcsling, auxquels on pourrait igouter ceux de Spiegel ^qui a écrit aussi un traité plutôt physiologique qu'anatomique Sur k fœtus, 1627), de Verheyen^ d'Highmor (1651) et de Ck>vi'per (1697), lequel a volé une partie de ses planches à Bidloi».

(4) Gelée, dans son ilna/omte française (Roueui 1635) abrège Riolan et Ovlgo-

AHATOmSTES DE SEGOND OKDIE AU XVH* SIÈCLE. 69S

. Il convient de faire une mention spéciale de Schneider, de Bitterfeld, en Misnie (environ 1610-1680), qui tranche enfin la question de la position du cœur, sur laquelle on avait si longtemps disserté à Heidelberg, sans songer à ouvrir la poitrine, et qui, par sa trés-prolixe mais savante description de Tethmoide, des nerfs olfactifs, des ventricules du cerveau, de la membrane pituilaire, ruine pour jamais la théorie des catarrhes, en prou* vaut avec Sténon que toutes les humeurs sont une sécrétion du sang. — Willis (1622-1675), élève de l'Université d'Oxford, est aussi célèbre par ses mauvaises doctrines physiologiques et médicales que par sa description très-exacte pour le temps (mais qu'il tenait en partie de Lower, autre élève de la même Uni-versité) du cerveau et des nerfs crâniens (1). Lowrer lui-même (environ 1631-1691) a porté un peu de lumière sur la structure du cœur. Dans le traité De corde ^ dont la première édition a paru à Londres en 1669, on lit, mais sans que l'explication en soit donnée, que l'air rougit le sang (2) . On peut croire que Lower a fait l'un des premiers des expériences régulières sur la transfusion du sang (8).

rens. — VAnatomie de Chomme, de P.Dionis (Paris, 1690),u'est qu'un résumé sans originalité et sans érudition. — Le Théâtre anatomique de C.Bauhin de Bàle (1560* 1624), appartient, comme presque tous les autres écrits de cet auteur, au xvi* siècle. Ce Théâtre^ dont la meilleure édition a paru au xvii* siècle, est un ou\rage d'érudition et, par conséquent, un des Uttcs les plus précieux pour l'histoire de l'anatomie jusqu'à la fln du xri* siècle. Le texte est accompagné de planches nombreuses, mais généralement grossières ou inexactes,

(1) Il a donné une classification et une nomenclature des paires des nerfs crâniens dont on tient encore compte dans nos traités classiques. Les recherches de Willis sur l'encéphale (1G64) ont été surpassées, dès 1675, par l'illustre Wepfer, dans ses Observations sur r apoplexie* — Willis a indiqué la diabète sucré.

(2) Yoy. aussi Mayow, De respiratione, 1668. Pour ces deux auteurs, l'air (ou plutôt l'azote) agit en produisant une fermentation vitale, à l'uide des parties sulfureuses contenues dans le sang.

(3) Yoyex, outre VHistoire de la transfusion, par Scheel Die Transfusion des filutesyu. s, to. (1802-1803), avec le supplément de G. -Fr. Dieffenbach (1828), le Journal des Savants des années 1667, 1668, 1669; Elsholtius, Clytmata novasive ratio, qua in venam sectam medicamenta immitti possint^.,.» addita etiam omnibus seculis inaudita sanguinis transfUsione ; éd. secunda, Coloniae Brandcnb., 1667, in-8, avec des figures. Les expériences faites dans divers pays y sont rapportées.— Tout récemment M. le docteur Oré, de Bordeaux (Études historiques et physioh»

M AMàTOmSTBft DB SEGOND OBOIB AD IHl* ttlKUL

Redi d'Arezzo (1626-1697), adversaire de la génération spontanée, grand promoteur de Tanatomie comparée, a démontré que certains poisons agissaient sur les surfaces dénudées et noa sur les membranes muqueuses parfaitement saines et intactes. — Bellini, de Florence (16A3-170S), disciple de Borelli et de Redi: homme de grande imagination, propagateur des plus fausses idées sur la dérivation, la révulsion et le fluide nerveux, s'est approprié une partie des recherches d'Euslachi sur les reins et de Malpighi sur l'organe du goût.

Nous devons encore mentionner Drelincourt (16S3-*1697), né à Paris, mais professeur à Leyde : rude adversaire de Desoartes, et au nom duquel se rattache une bonne description du laryni et des glandes de l'épiglotte (1) ; -- Peyer, de SchaETouse (1658-1712), élève de notre du Verney, et à qui Ton doit 11 découverte des glandes ou follicules intestinaux (clos et nos pourvus d'un conduit excréteur) qui portent son nom ; — Brunner, de Ratisbonne (1653-1727), inventeur des glandes duodé^ nales et auteur d'une expérience sur le pancréas, qui prouve que ce viscère ne sert pas à la coction des aliments; — Rivinus, de Leipzig (1652-1723) , connu par ses recherches sur les glandes sublinguales et leurs canaux excréteurs. Ëniin, n'oublions pas trois célèbres anatomistes hollandais (2) : Régnier de Graaf, Van Hoorn et Verheyen. Le premier (1641-1673) est surtout connu (3) par ses recherches sur la structure et les usages des

gigues sur la transfusion du sang, Paris, 1868, in- 8°), a donné une bonne histoire abrégée de la transfusion du sang; il veut remettre en honneur une méthode thérapeutique qui a toujours semblé offrir plus d'inconvénients que d'avautages et qui sera très-difAcilement admise dans la pratique ordinaire (voy. cependant dans Union médicale, 1869, n<* 98, p. 259, une note encourageante de M. P. Garnier. Voy. aussi Gesellius, Capillar Blut,,., zur Transfusion. St-Pétersb., 1868, surtout Swiontkowski Die Transfïks, u. s, w.; Heidclb., 1869). Il n'en est pas de même de la méthode qui consiste à faire passer directement des substances médicamenteuses dans le sang.

(1) C'est lui qui, décrivant le cerveau, a le premier signalé la valvule improprement appelée valvule de Vieussens, — Un autre professeur hollandais, Nuck, mort en 1692, a laissé plusieurs écrits justement estimés sur l'appareil glandulaire.

(2) La Hollande, au xvii* siècle et au commencement du xyiii*, a été la pépinière de l'Europe pour les anatomistes et les médecins.

(3) Il a aussi^décrit et figuré une seringue pour les iigections sur les cadavres*

ANàtOHmn» 1» fBGIXID MDM AD XTII* HkCU. 695

organes génitaux de l'homme et de la femme , deux ouvrages compo8é& de 16A8 à 1672, et par l'exacte description, soit des follicules (wariqnes appelés vésicules ou cstifs de Graaf^ soit des canatix déférents. On assure que la vie de cet anatomiste a été abrégée par des querelles de priorité ou des discussions de divers genres qu'il eut à soutenir contre Swammerdam (1) , autrefois son ami, et contre d'autres anatomistes. — Van Hoorn (1621-1070) a donné, dés 1662, une bonne description et une bonne figure du canal thoracique chex Thomme; ii a soigneusement étudié l'appareil glandulaire de la bouche et l'anatomie des organes génitaux dans un Prodromtis (1668) que Swammerdam, son aide, a presque revendiqué pour lui-môme dans une nouvelle édition de 1672. Un auteur contemporain, de Rhyne,lui attribue la décou-* verte des papilles de la langue.

Le Circtilus anatomicO'physiologicuSy etc., de J. Bohn (2), est un résumé bien fait et souvent une critique des opinions qui avaient cours du temps de l'auteur sur le mécanisme des fonc^ tions du corps humain. L'ouvrage est dédié à Malpighi; ce nom seul est une recommandation. En général, Bohn tient pour les expériences contre les hypothèses, cependant il n'y échappe pas toujours ; ainsi, à propos des mouvements, dont l'étude était alors si fort à la mode (Progym., 29, p. A57), il repousse le plis* sèment ou corrugatian, la traction par les nerfs^ renouvelée de Galien, la force explosive de Willis, Vébtdlition expansive et \ effervescence de Borelli; mais il attribue le mouvement de la fibre musculaire à l'incitation ou mieux à la pression du sang (en vertu de ses mouvements oscillatoires) et des esprits (en vertu de leur élasticité), qui mettent en jeu la contractilité (3).

il se servait de liquides colorés. — Gomme médecin, c'était un ardent sectateur de Sylvius.

(1 ) Homme d*un caractère an moins bixarre^ mais d'une rare habileté dans les dissections des plus petits animaux. \\ a imaginé une préparation de cire pour in* jccter les vaisseaux. Avant lui on se servait de mercure ou de liquides colorés.

(2) J'ai sous les yeux l'édition de Leipzig, 1697. La première porte la date de

(3) C'est a peu près U théorie du célèbre Mayow (voy. son traité De motu mw culari; Oxon, 1674, cap. A et 5). Mayow veut aussi que les particules fermentescibles nitro-aériennes jouent un certain rèle, en raison des efforts de respiraUo*

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