ANATOMISTES DE SECOND ORDBE AU XHI* SIÈGES
En ce senSy il appartient à l'école mécanique, mais il est plus du côté de Sténon que de celui de Glisson, dont il écarte aussi en partie les explications. Bohn (1) admet avec Sylvius (voj. p. 5A5 et suiv.), et presque dans les mêmes termes, la distiiM* tion du sens de la chaleur et du froid d'avec le sens da tad proprement dit; Verheyen, au contraire (2), combat cette distinction.
Verheyen (1648-1710) a écrit une Anatomia corparù /mmani (3) dont la première édition , œuvre alors imparfaite, a paru en 1693, et la seconde, fort améliorée, en 1710. L'ouvrage est divisé en deux sections : la première comprend la descriptioi des parties solides (A) ou anatomie proprement dite, avec fiadication des usages ; la seconde {Anaiomiae supplemeniutn) est xîonsacrée aux humeurs ou liquides, aux esprits, au niouyemeiil animal, lequel comprend la théorie des sens et des passions (id le cartésianisme domine), aux fonctions dénutrition, enCnih génération; c'est un traité de physiologie comme on les compr^ nait à cette époque. Verheyen a étudié avec beaucoup de soii les liquides à Taide du microscope et de Tanalyse chimique; le chapitre sur le sang est particulièrement remarquable. IVesque toujours, notre auteur prend parti contre les mauvaises opinions (par exemple contre celles de Sylvius, à propos du lait, de b lymphe, de la bile, etc.) pour les bonnes, ou du moins pour celles qui sont relativement meilleures. Il est fort au courant des
que nécessitent les mouvements plus ou moins intenses. — Yoy. plus loin, p. 701, note 1, comment Mayow envisageait la respiration.
(1) Progym. 22 et 23, p. 351 et 354.
(2) Dans le Suppiemenium anatomicum, tractalus III, cap. 2.
(3) Le Syutagnia de Vesling est beaucoup plus abrégé; ce sont les notes et to appendices que Blasius y a ajoutés qui lui donnent de Tintérét; ces additions sont tirées, mais non toujours avec beaucoup de discernement, des auteurs anciens, et surtout des anatomistes contemporains. Les Ohservationes anatomicae du même Vesling, ouvrage posthume publié en 1664, oflrcnt quelques remarques originales, surtout en ce qui concerne les Taisseaux lymphatiques, dont Tétudc était alors bit à la mode,
(4) L'auteur, très-brer sur les os, les muscles et les autres systèmes organiques, donne surtout Tanatoraic des appareils. En d'autres termes, le livre de Verbeyei est une anatomie des trois grandes cavités^ télé, poitrine, ventre et des membivs, comme sont la plupart des traités complets de cette époque.
ANATOmSTBS DB SBOOND ORDBE AU XTII* SikCLB. 697
Tedierdies nouvelles sur le mouvement des musdes ; il a fait
lui-même quelques expériences. Il ne paraît pas avoir une idée
-très-nette des sécrétions qu'il confond parfois avec les transsu-
stations ; je n'ai rien remarqué qui se rapportât positivement aux
sécrétions par les membranes séreuses. Suivant lui » plus les
snembranes des sens sont tendues , plus la sensation est vive,
sitlendu que les nerfs sont alors plus fermes, plus actifs, et que
Seurs cavités, mieux distendues, laissent plus facilement voyager
Ses esprits. Il professe très-positivement que c'est la partie
liquide du sang, le plasma coagulable, ou lymphe plastique, qui
^st le véritable suc nourricier; il croit que la lymphe propre-
:snent dite est le résidu du sérum qui a servi à la nutrition, et
«que cette lymphe, reprise par des vaisseaux spéciaux, est re«
portée au moyen du canal thoracique dans le torrent circula-
'Soire. Cette manière de voir (toutes différences mises à part) est
yltts voisine de l'opinion des physiologistes modernes, que la
lihéorie imaginée en Angleterre et reçue par beaucoup de phy-
^Biologistes du xvii* siècle (1). VAnalomia corporis humani est
*%]n résumé critique des connaissances anatomiques et physiolo-
fgiques du xvu* siècle; c'est surtout à ce titre qu'il méritait une
place spéciale dans notre énumération.
.Quelques-uns des anatomistes que je viens de citer appartiennent en partie au xvn* siècle, en partie au xviii'; je les ai cejpendant rangés dans le premier, parce qu'ils y arrivent à l'aj)0gce de leur activité scientiflque. D'ailleurs, comme je l'ai déjà ^it (2), les divisions dans l'histoire des sciences ne correspondent ()as exactement aux divisions chronologiques. Ainsi, notre xv!!"* siècle, qui commence avec la découverte de la circulation du sang et la constitution de l'école iatrochimique , se termine, d'une part, avec les derniers travaux des micrograplies, les dernières grandes découvertes physiologiques, et la reprise de l'analomie descriptive, de l'autre avec les derniers échos de la chimiatrie et le développement des nouvelles théories médicales. Ces théoi-ies ne sont guère plus vraies que leurs aînées; elles reposent du moins sur un fondement plus solide ; elles ont la prétention,
(i) Voy. pins haut, p. 640 et niiv., la théorie de Wliarlon et de (ilinum, (2) Voy. page 322, note i.
698 FONDATIOlf DBS AGADÊMU».
parfois justifiée, de tenir compte des progrès accomplis dw l'anatomie et la physiologie; seulement leurs premiers auteoa surtout les Italiens et les Anglais, éblouis par le rapide estf: qu'avaient pris les sciences physiques et mathématiques, wÀî rent le fâcheux exemple que Descartes avait donné, et, anieil i d'étudier la vie pour elle-même et par elle-même, en firent ai il domaine de la mécanique ou de la mathémathique, cominea XVI' siècle elle n'était qu'une succursale de la chimie. Ces th» ries prennent leur origine au xv!!"" siècle et se dé veloppent oflf transforment au xviir.
C'est avec la fondation de TÂcadémic des sciences (23 #! " cembre 1666) que commencent chez nous la réforme de Fa» tomie et les premiers travaux sérieux sur la physiologie è l'homme et des animaux (1) ; ce sont les physiciens, c'csl* dire les savants adonnés à la physiologie et & l'histoire nat» relie ('2), qui finissent par secouer rincrlic des médecins, b arrachent à la routine et brisent le joug des écoles. Lesphfl
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(1) Vf>y., pour l'Iiistoiro dos origines ci dos développomeiits de 1 * Académie ^. scitMiCL'^, Muiir\, I* Amùfitne nroih'wic iffs scien'r\j Paris, 1864, in-8; J, Bortrife' rAcndf'mÎP da scionrex fft les arnflihnirifii'i ih 1()G6 // 1703, Paris, 1869, ri-^ — LWmtféinie dr^f Lynn'ps n élô foiidôo à Home m 1603; la Société rwfok^ * 1/mdrcs date de 16^)5, c'esl-à-dirc des plus inuii\ais jours do T Angleterre ;l'J<'^j b démvi t/et (Utrirti.c de In nnlun^ a pris iiiiis-jance eu 1052; VAcndémie del Ci»«**'i ( a été établie ù FloivneL- en juin 1057, et celle dtî Vienne eu 1076. Si la rcuouiM,
scieuti(i({uo de la Franee est tardive, elle n'est pas pour cela moins cclatank:' et notre Aradêmù' des .so/Vvzrvy a toujours livalisé avi-e les plus célèbres comp^ pnies saviiutes de l'Kurope.^ Au xvn* et au xviii" si'-ele, c'est dans les recueib''' ' ces sociétés, dans le Jourtin/ dea Savtinh (le premier numéro a pani le djiBiifl | 1665), et dans quelques autres publications périodiques, qu'il TauL chercher h pki- | grande partie de l'iiistoire de l'aïuitomie et de la physiologie.
(2) Les médecins en! raient à l'Académie comme tntntomHes; par exceptioi} Curcau de la Oliambre y Tut admis comme médecin. Au>si 1* Académie des scienfff a-t-clle eu moins fraction sur li médecine proprement dite que sur ranatomle (< la physiologie ; on ne doit pas s'en plaiudr.\ car il y a\»it déjà bien owez de D* cartes pour fausser la pathologie par l'emploi des procédés des sciences phvsitpa et malliéinaliques. I/inlluence de l'Académie des sciences n'a été que salutaire « habituaut d'aborti, e.t sans trop do parti pris, nos médecins aux procédés de lamé* tbode expérimentale eu ce qui toudie l'étude de rtugaMisme,
PtEMIAULT. MO
If Sires représentants de cette révolution , qui faisait écho | lUe qui s*élait déjà accomplie en Angleterre, en Hollande e( ptt. les pays du Nord, sont Claude Perrault (1613*1688), du tney (16ii8-1730) et Yieussens (16A1-1716), mais à des degrés Krents. Perrault a Tait avancer la physiologie des sens (1) et connaissance de la mécanique animale, quoique dans ses expli«* âons il se montre trop visiblement attaché auiL idées de Dessles ; il est aussi partisan de la préformation des germes ; il Borit le mouvement péristaltique des intestins, rectifie Tanatom des vaisseaux biliaires chez les animaux, se montre trés^peu ^^rable à la transfusion, et tient pour un charlatan le fameux Ktys, Tun des grands promoteurs de cette opération. Perrault m tort de mêler un peu trop de raisonnements à ses expé^ KiceSy ce qui ne Tempéche pas d'être un de ceux qui ont le la contribué à introduire en France la méthode expérimen* a (2), ni d'avoir écrit cette belle page dans la préface de ' Mémoires pour servir à F histoire des animaux : mg Comme il est impossible de philosopher sans avancer deû ^positions générales qui doivent être fondées sur la connais* làce de toutes les choses particulières dont les notions univer- 1.68 sont composées, et que nous avons encore longtemps à L^ailler avant d'être instruits de toutes les particularités qui ^1 nécessaires pour cela, nous croyons qu'on ne s'arrestera pas lEtucoup aux raisonnements que nous avons mêlez parmi nos périences, et qu'on jugera aisément que nous ne prétendons pondre que des faits que nous avançons, et que ces faits sont ^ seules forces dont nous voulons nous prévaloir contre l'autoié des grands personnages qui ont écrit avant nous... La :*ande louange que cent aveugles pourroient donner à une 3auté ne seroit pas aussi avantageuse que la plus médiocre ^un seul homme qui auroit de bons yeux. » — 11 n'expose, U-il, les choses que € comme estant singulières t; il affirme,
(1) Il soutient^ contre Mariotte, que c'est par la rétine et non par la choroïde que Opère la vision,
(2) Voy., dans J. Bertrand^ V Académie des sciences ^^, 6 et suif .^ le plan d'études N>posé par Perrault à rAcadémie.
700 DU VERNfiY. — VIEUSSENS.
par exemple, ce qu*il a vu d'un ours, mais il ne généraUsefi pour tous les ours.
Guîchard-Joseph du Yerney, aussi habile professeur, aussi écrivain qu'anatomiste distingué, a laissé sur Forgane de r< sur le cerveau et sur certains points délicats de Taiiatomie criptive, par exemple sur les muscles des yeux ou de Taine, observations d'une rare précision. La minutie était son doi et on Ta vu jusque dans la vieillesse, et malgré ses i se coucher à terre et passer de longues heures dans cette pour observer les mœurs des limaçons (1). Les nombreux moires de du Yerney attestent une grande puissance de traval et un esprit vraiment français, c'est-à-dire pénétrant et dair. est toujours pour les saines doctrines, aussi bien quand O^i de la circulation du fœtus, contre Méry (3), que quand i question de la nutrition, et en particulier de celle des os, divers auteurs (A) .
Raymond de Yieussens joignait & l'ancien esprit de Mon un peu de l'esprit nouveau de Paris. Son vrai titre comme tomiste et comme membre de l'Académie des sciences, c'est Neurologia iiniversalis (5). Il y décrit tous les nerfs dacoifl surtout ceux qui prennent leur origine à la moelle (6) A^ avaient été à peine indiqués par Willis, lequel est souvent m corrigé et rectifié pour les nerfs crâniens. Malheureuseo^ Yieussens mêle à une bonne anatomie (dont on a beaucoup fnj fité sans le citer comme il convenait) la plus détestable pb]*|
(1) Voy. Fonlenelle, Éloges^ p. 449, 451, 459. 1
(2) Fontcnelle fait cette remarque: « Du Verncy craignait que la religûw,^ il avait uu sentiment trè»-\ir, ne lui permit pas un si grand attachcmeot pt«* sciences qui s'emparaient de toutes ses pensées et de tout son temps. i>
(8) Fontcnelle, en ses Éloges^ montre un peu trop de partialité contredit ney pour Méry, que l'Académie des sciences lui avait adjoint, ou raîeaz, opf* — Verlieyen, à la fin du Supplementum anaiomicum (éd. de 1710), a soutenait une lutte acharnée et victorieuse contre Méry.
(4) Voy. Journal des Savants, 1689, p. 219-226.
(5) Ou ne doit pas omettre de signaler l'ouvrage posthume. Expériences éff flexions sur la sit^ucture et les usages des viscères, 1755, où il montre de l'Inll^ pour les injections, surtout à Taide du mercure et de liquides colorés.
(6) Dont il a parfaitement indiqué les divers renflements; il connait ausa^ nerfs du cœur.
VIEUSSENS. — OBSCARTES. 701
Mie; il explique tout par les ferments, et il en est encore à la
néorie de Glisson pour la nutrition ; il professe les plus étranges
sur la sécrétion de l'urine, pour laquelle il imagine des
»aux particuliers; il nie l'existence des parenchymes, et croit
tout se réduit dans les organes, même pour Taorte, à un
de vaisseaux; enfin il invente un réseau de capillaires
jÊuro-/ymphaligue$ qui portent les sucs nutritifs des artères
Vk veines.
r- Ifieussens, pour appuyer ses idées sur la fermentation, voulait 3Mver un acide dans le sang. Pour le démontrer, il prend IP livres de ce liquide, le fait bouillir dans un vase de cuivre jusl'à réduction de 3 onces 7 drachmes par Tévaporation des lides; et c*est dans ce résidu qu'il crut trouver le fameux le. — Chirac lui disputa la priorité de cette découverte ; des eussions on en vint aux querelles : l'amitié fut brisée. C'est linsi, dit Portai, que deux hommes célèbres se disputèrent l'hon- |i$ar d'avoir découvert dans le corps de l'homme un être qui ^existait que dans leur imagination.
' Descartes (1596-1650) , qui a précédé la plupart des personaiges que je viens d*énumérer, passe, lui aussi, pour un habile iaatomiste et un grand physiologiste. Quant à moi, je ne coml^nds pas que l'auteur de la Diapiriquey que l'inventeur de ^application de l'algèbre à la géométrie, de la loi d'égalité des UUgles d'incidence et de réflexion, ait pu imaginer Vhomme'fna» *hine (1), ouïes lottrbillans^ ou une grossière explication méca- [pque des passions. Descartes, j'ai quelque scrupule à parler ainsi fon philosophe et d'un savant aussi éminent. Descartes a introduit dans la physiologie et maintenu dans Tanatomie plus de nouvelles erreurs qu'il n'en a détruit d'anciennes (2).
• (1) t Opiu in lutis ingenii bumani memorabile, ex quo inteUigas, quam eûguA ■Aximi ingeoii subtilitas^ ri praeter expérimenta renim naturalium causas sibi contittuere sumpseriU » (HaUer^ dans sa Biblioth. anatom.)
(2) J'ai consacré une leçon à démontrer que Descartes ne pouvait être pris au lérieux ni comme anatomitte ni comme physiologiste; au moment où je rassemblais ■es notes et les citations à Tappui, j'ai reçu de mon savant confrère M. le doc- Icur Bertrand de Saint-Germain (qui a bien voulu être un de mes auditeurs assidus), ■n volume intitulé : Descartet cotuidéré comme physwlogistê et comme médecm.