‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 27 sur 102 · DESCARTES · texte numérisé non relu

DESCARTES

Quoique Descartes ait abandonné les mailres et lenrs Xm pour lire dans le grand livre du monde; quoiqu'il ail ferraend résolu de se dépouiller de toutes les opinions antérienreiDal reçues, il n'a rien de bon sur Tanatomie et la physiologie ce qu'il a emprunté aux autres; il accepte de confiance les étranges explications physiologiques, et ce qu'il invente ne pas mieux que ce qu'il rejette.

Descartes a plutôt imaginé une bonne méthode logique qi^ n'a créé un système de philosophie; il a toujours montré coup de goût pour les sciences physiques, à cause de leur positif; mais ce goût si légitime, s'il eût été renrermé dam^ justes bornes. Ta complètement égaré lorsqu'il a voulu pénâif sur les domaines de la physiologie et même sur ceux de lapsycb* logie. N^ayant trouvé dans ses devanciers aucune idée enrtj touchant les lois qui régissent la matière organisée, ne eoniff sant de la physiologie spéciale que ce que lui avaient enseip Harvey ou quelques autres, il s'est emparé de tout ce qu'il smi de mathématiques^ de mécanique et de physique pour expli<i< la vie. Il est le père de la plus mauvaise partie de la médeôi iatrochimique. Uescartes a ouvert beaucoup d'animaux, cood^ les anciens philosophes, mais on ne voit pas dans ses ouvrifi^ qu'il ait plus qu'eux le sentiment des expériences régulièm^ quoiqu'il dise avoir fait autant d'expériences qu'il y a de ïip^ dans ses écrits, et qu'il se vante que peu de médecins ùt.

Paris^ 1869, iii-8. 11 est évident que le but de fauteur est de montrer que te Cartes a pris une part active au progrès de la physiologie et de la médcciiie ; i*je dois dire que, malgré tout le talent qu'il a mis à présenter et ù dérendre sa Il2>^ il n*a pas pu se persuade r à lui-même que sou héros mérite une g^nde place àf noire histoire; il se Tait même si i»en dllUisiou à cet égard, qu'il dit: « Dett0 a apporté peu do vérités nouvelles, et, à ces vérités il se mêle beaucoup d*en«fif>i mais il ajoute: a c'est ù la direction (|u'ii a imprimée aux recherches scicntlfi4i^ que les médecins sont redevables des résultats posttirs qu'ils ont obtenus. • Qk même est loin d'être prouvé; les médecins cartésiens sont en général de tiis-ii* \ais physiologistes et de médiocres anatomistes. Quoi qu'il en soit, le Une ^ M. Bertrand de Saint- Germain est attachant et instructir par Texactitude des talv mations; par les commentaires ingénieux et ciudits dont l'auteur a su entooivrlv citations originales, enfin, par rexcellentc tenue du style. L'ouvrage est rédigé n* tant de bonne foi et un tel respect pour les textes, qu*on y peut puiser à piriif moins des témoignages contre la science positive de Descartes.

BESCARTBS. 90S

régardé d'aussi près que lui à la structure des animaux. Lors* qu'un gentilhomme qui le visitait lui demande à pénétrer dans fi bibliothèque, pour toute réponse il tire un rideau et montre dans une galerie un veau quMl allait disséquer, ajoutant : < Voilà Ma bibliothèque, voilà l'étude à laquelle je m'applique le plus maintenant. > C'est là une pure mise en scène très-peu digne ^un savant et d*un philosophe.

i Abordons un instant les détails, afin qu'on ne soit pas tenté de trier à rirrévèrence, au scandale, après avoir lu un pareil jugeaient.

J Le principe du mouvement et de l'activité des sens est une «apéce de feu sans lumière dont le cœur est le foyer. Grâce à ce ftUy les parties les plus subtiles du sang sont raréfiées, montent •n cerveau et composent cet air qu'on nomme les esprits anitmauXy lesquels à leur tour dilatent le cerveau et le rendent propre k recevoir les impressions des objets extérieurs et celles de l'âme. Descartes complète ces belles théories en perchant l'âme sur la ^ndepinéale, comme la légende perche saint Syméon sur sa colonne. La transmission des esprits animaux à travers les nerfs et celle des impressions extérieures au cerveau sont également réglées par les lois de la mécanique.

' La digestion ne laisse pas moins à désirer, car l'explication n'en est pas même aussi claire ni aussi complète que dans Galien. t Les substances alimentaires, désagrégées par certaines liqueurs contenues dans l'estomac, sont agitées en s' échauffant, eomme fait la chaux avec l'eau commune; joint à cela que l'esiomac et les boyaux sont également agités; d'où il résulte que Paliment se digère, descend et se divise en deux parties, l'une etcrémentitielle qui s'échappe par les boyaux, l'autre nutrî^ tive; cette dernière, qui est la plus subtile et la plus agitée, trouve sur sa route une foule de pertuîs à travers lesquels elle se rend dans une grande veine qui la conduit au foie et dans d'au- Ires vaisseaux qui la portent ailleurs ; sans qu'il y ait rien que la petitesse de ses trous qui la sépare des parties plus grossières, ainsi que, quand on agite de la farine dans un sac, toute la plus pure s*écoule, et il n'y a rien que la petitesse des trous par où elle passe qui empêche que le son ne la suive. § Pour ma part>

70& DBSGAETES.

j'aime aulant la faculté concoctrice de Galien ou de Fernel ^ Tagitation et les petits trous de Descartes. La nutrition s*opeR parle même procédé que la digestion; le corps est un crible, et la distribution des sucs nourriciers dépend uniquement i la situation des vaisseaux, de leur calibre et des dimensiofisà leurs pores.

Descartes croit, avec les anciens, que la respiration sert i m dérer la chaleur du cœur, et il ajoute, à condenser le sang a même temps qu'il le refroidit. Il me semble que ce n'est ni ei vertu de l'autorité des anciens, ni par le raisonnement, mais pi des expériences, que Boyle, Hayow (1), Black, Lavoîsitfd d'autres ont été mis sur la voie des véritables usages de la resp ration, de ses rapports avec la combustion et de son action di> mique sur l'air. Ce sont encore des expériences qui ont rediB ce qu'avaient de défectueux les conséquences tirées de celles i( Lavoisier, de Black ou de Boyle. Les gaz que les chimistes (â trouvés dans le sang sont également différents des esprits mt mauxj enfantés dans le cerveau des anciens physiologistes f^ acceptés avec tant de faveur par les philosophes.

Descartes s'est fait le champion delà circulation du sang;c'eS| un mérite; c'est presque du courage au milieu des clameoci idiotes mais furibondes de la tourbe des médecins. Toutef(i! quel parti notre philosophe a-t-il tiré de la circulation? Aoc»^ A-t-il agrandi cette découverte? Nullement! lll'a même comp mise en introduisant l'idée de fermentation et de dilatation b sang pour expliquer le mécanisme de son mouvement. «iLa cbtf du cœur contient dans ses pores un de ces feux sans lumière q^i sont les ressorts de toute notre machine.» Le reste est à TavenaL et toutes les fois qu'il s'écarte de Harvey, Descartes tombe dit les hypothèses les plus inadmissibles, même absurdes, car je o' me contente pas du mot c insuffisantes ».

(1) SiÛTaot Mayow : « la respiration consiste eu ce que parle ministère des p* mons^ certaines particules absolument nécessaires au mouvement de la yie êsùa^' sont séparées do l'air et mêlées à la masse du sang et que l'air aspiré a pcrdo ^ que chose de son élasticité. Les particules aériennes absorbées pendant la retpinV* sont destinées a changer le sang noir ou feineux en sang rouge ou artérieU ■ " Voy. Hocfer, HisL de la chimie, 2« édit., t. II, p. 260.

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Descartes n'est pas plus prés, comme physiologiste expérimentateur, de Harvey que de Lavoîsier; comparer, à cet égard, Descarles i Lavoisîcr ou à Harvey, c'est presque un sacrilège.

Le médecin ne vaut pas mieux que le physiologiste (1); un seul exemple le démontre : toutes les ûèvres sont causées par la fermentation; rintermittence et ses variétés sont expliquées par le plus oa moins de lenteur que l'humeur corrompue met à entrer en fermentation ; idée acceptée par plusieurs iatromécaniciens.

Cela dit, je me résume : ni les physiologistes ni les médecins ne sont en rien redevables au c grand esprit > de Descartes des résultats positifs qu'ils ont obtenus. Ni Vésale ni Harvey n'ont att^du Descartes pour réformer l'anatomie ou transformer la physiologie; après Descartes, les grands anatomistes, les grands physiologistes et les grands cliniciens ne paraissent pas s'être beaucoup souciés ni àuTraitéde rhomme^ ni de celui Du foetus^ ni des Lettres ; ils n'ont même ressenti que très-indirectement rinauence du Discours de la méthode. Eux aussi ont lu dans le livre de la nature, mais, fort heureusement, avec d'autres yeux que ceux de Descartes.

(i) LedoctearUontfbrtécriTaiteiitétcdesi'roce^fUf m/<!'^ri dcSjdenham, «qu'U vaut mieux pour Tutilité commune être médecin que philosophe^ et ii igoute : Qui Tondrait jaouis, en eflet^ avoir Descartes pour médecin? » — Baglivi, Praxis mediea, I, z, 14; cf. I, iz, 4, s'élève aussi contre la médecine cartésienne, tandis qu*ii appelle (/M.!, zii» 3) Sydenham : artis medicae ornator et ornamenium^ qu'il le célèbre et le copie à tout propos. — Enfln Boerhaa^e dÛMit qu'on ne trouve pims Deteartes dans Descartes^ quand il traite des sujets de physiologie. — Voy. SchuUens» Oratio in memor, H. Boerhavii, 1738^ p. 35.

Sommiiie: SydeDham, sa vie, son caractère, ses doctrioes, m pratique,

son influence.

« Après avoir étudié la médecine durant quelques années ei l'Université d'Oxford, je revins, c'est Sydenham qui parle (li. je revins à Londres où je commençai à me livrer à la pratique: et comme je m'y appliquais avec autant d'attention que de soiO' je reconnus bientôt (cette opinion n'a fait que se fortifier en mo( que le meilleur moyen d'apprendre la médecine était Texerda et l'usage , et que le médecin qui étudie par ses propres yem. avec une extrême application, les phénomènes naturels dei maladies, devait nécessairement exceller dans l'art de connatlr^j les véritables indications curatives. Telle est la méthode àb| quelle je me suis livré entièrement, bien persuadé que, sijtj prenais la nature pour guide, je ne m'écarterais jamais du droit! chemin, lors même que j'entrerais dans des voies inconDoef' jusqu'alors (2). » |

Ces belles paroles ne retentissent pas pour la première foisij vos oreilles; iievoussemble-t-il pas cependant que l'écho en soi fort éloigné? Au temps de Sydenham (1624-1689), elles avaient déjà plus de dix-neuf siècles de date , car elles ont été prononcées pour la première fois par Hippocrate, et, depuis le temf^

(1) Épitre dédie, au docteur Mapletoft. C'est au docteur Thomas Coxc que w^ devons Sydenham ; c'est lui qui le décida^ au milieu des agitations de la g«fn< civile, à embrasser la carrière médicale. Gloire à ce médecin dont c*est li^ maisL est grand, le seul mérite !

(2) J'emprunte les citations un peu étendues des ouvrages de Sydenham ib traduction de Jault (2* éd. Avignon^ 1700), in-8, mais en la corrigeant parfois nr le texte.

ênmnàM. Itn

où vivait ce médecin d'an renom immortel, elles ont, il est vrai, passé de bouche en bouche, mais le plus souvent comme un vain son. Tous les prétendus réformateurs ont invoqué la nature, aucun ne Ta suivie, presque aucun même ne Ta regardée. — Que l'on cite, entre Hippocrale et Sydenham, un interprète désintéressé de la nature; que l'on nomme un observateur attentif et impartial de la marche des maladies (1) , un peintre fidèle, sinon toujours correct, des constitutions médicales, un médecin qui ait essayé de délivrer la pathologie de ces types foctices de maladies dont on n'était pas sorti depuis l'École d'Alexandrie, qui les avait empruntés en partie à l'École de Cnide (2)1

Nous sommes aujourd'hui si habitués aux rigueurs du diagnostic, nous avons si bien mis au second plan la fièvre, pour placer au premier l'état local, que nous comprenons mal et que nous sommes tentés de blâmer le vague des descriptions de Sydenham , surtout en ce qui touche les états fébriles^ où les manifestations locales sont considérées comme de simples épiphénomènes {fièvre péripneumoniqxte^ par exemple). Pour ma part, je ne doute pas que de cette étude, à peu près exclusive de l'état général dans ses rapports avec la constitution régnante et le tempérament du malade, on ne puisse tirer, en dehors du diagnostic physique, de meilleures indications thérapeutiques que de la lecture des descriptions , plus précises en apparence, qui se trouvent dans les Sommes^ les Abrégés ou les Pratiques dont nous ayons parlé ci-devant : de telles descriptions, en effet, sont données non pas d'après l'observation des malades, mais d'après des groupements traditionnels de symptômes, qui ont perdu toute authenticité et toute réalité en s' éloignant de leur source primitive. Déjà;, à leur origine , ces groupes avaient quelque

(1) Sydeohtm dit avec raifOB, dans Episiola U resporvtoria, § 8, que la vie de plusieurs hommes lie suffirait pas pour donner une bonne histoire des maladies ai^^uës^ tant les formes en sont variées ; il ne veut qu'esquisser la physionomie de celles qu'il a eu Toccasion d*observer.

(2) On saitcombien Oalien était systématique ; on n'ignore pas que les descriptions di'suiédcdns méthodistes, ou celles d'Arétéc, seul encore plus brillantes que fidèles. Excepte dans les consultations et les observations^ les médecins du moyen âge on de la Renaissance ne font que reproduire les traits consacrés par Galien et un peu altérés par let Arabes.

70S STOENHAIL

chose de factice , de purement nosographique ; nous en afons^ je l'ai dit plusieurs fois, une preuve manifeste dans la fièm pseudthcantinue d'Hippocrate, qui, démembrée artificiellemeal, est devenue le causus^ le phrénitis et le léikargus^ trois noms 4)ui ne représentent plus rien de positif.

Quoi qu'il en soit, avec l'Hippocrate anglais, nous quittons k terrain mouvant des hypothèses, et nous allons mettre le pied, mais, hélas I pour bien peu de temps, sur un sol mieux affermi. Ce n'est pas que Sydenham n'ait quelquefois sacrifié aux idoles de son temps (1), mais cette faiblesse inévitable n'est qu'oi accident et n'a pas défiguré ses impérissables tableaux des maladies saisonnières et épidémiques.

Thomas Sydenham est né en 162i, d*uno famille riche, dais le bourg de Winford-Eagle (Dorsetshire) ; à dix-huit ans il entra au collège de Magdeleine, en l'Université d'Oxford; bient^ de gré ou de force, on ne le sait pas , car cette partie de sa vie est fort incertaine, il fut incorporé, mais avec un emploi supérieur, toutefois Tarmée du Parlement; en 16A5, il revint iOxfoid, et en 16A8 il obtint le grade de bachelier en médecine. C'est i Cambridge, en 1676 (2) seulement, qu'il reçut le bonnet de do^ teur ; toutefois, depuis assez longtemps déjà il avait choisi pour théâtre de sa pratique le populeux quartier de Westminster, à Londres; il y conquit bientôt une immense réputation d'heurem praticien. Il mourut le 29 décembre 1689.

Ici, l'imparlialilé nous oblige à rappeler que la mémoire de ce grand et honnête médecin n'est pas tout à fait sans tache. Sydenham, sollicité par ses amis, par sa famille, encouragé par de funestes exemples, a fui un instant devant la peste qoi, en 166Ô, ravageait la ville de Londres. Mais le devoir a été plus fort que la peur ou qu'un instant de défaillance ; Sydenham est : rentré dans la cité en deuil avant les autres médecins, qui avaient, pour la plupart, abandonné les malades aux fureurs de Tépidé- : mie (3) . On pourrait encore reprocher à Sydenham un trop

(1) Voy. p. 580-581.

(2) On suppose qu'entre 16&8 et 1676 il a fait uu court s^our À MontpeUier.

(3) On consultera avec fruit^ pour la biographie de Sydenham^ la Vie écrite fU \

STDEMlAlf. 7M

grand souci de sa répntation , une certaine présomption qui lui fait regretter de livrer le fruit de ses longs et précieux travaux à des paresseux ou à des ingraU^, et assez peu de déférence pour les sentiments qui pouvaient être contraires aux siens (1).

Sydenham se tient à égale distfince d'un traditionalisme routinier et de l'enthousiasme pour les nouveautés. Nous trouvons la pleine justification de cette proposition dans la belle préface du Traité de Fhydropisie^ § A3 et suiv.

c II y a deux sortes de gens, dit Sydenham, qui empêchent également le progrés de la médecine. Les premiers sont ceux qui, ne faisant eux-mêmes rien du tout pour son perfectionnement, s'enflamment contre ceux qui voudraient y contribuer, ne fût-ce que dans les moindres choses (2). Ils allèguent, pour cou-

Kûhn eD tète de son édilioû des œuvres de ce médecin (Leipzig, 1827) et reproduite par le docteur GreenbiU, avec diverses améliorations, dans l'édition qu'il a donnée pour la Société de Sydenham, Londres, 18&& ; puis une autre Vie écrite avec beaucoup de soins par le docteur Lalham, et qui précède la traduction anglaise de Sydenham, imprimée en 18&S-1850 par la même Société. — Les diverses éditions de Genève passaient pour les meilleures ; elles étaient du moins les plus complètes; M. le docteur Greenhill, en suivant, à de très-rares exceptions près, les dernières éditions revues par l'auteur, a donné un texte beaucoup plus correct que celui de ses devanciers, et il l'a accompagné de notules explicatives ou critiques qui y lyoutcnt un nouveau prix ; il a écarté de son édition les accessoires qui, dans les éditions de Genève, ont été ijoutés au texte original.

(1) Praefatio ad Observai, medic, § 26 et suiv. — Dans le traité De Vhydro piste, § 43, Sydenham estime qu'on lui saura gré de s'en rapporter i la nature, bien loin de s'assenrir aux opinions de quelque auteur que ce soit. 11 igoute « qu'on perdrait sou temps en ne lisant ses ouvrages qu'une fois; il faut les imprimer dans son esprit pour en retirer une utilité qui réponde à la peine qu'il a prise pour les écrire ». — En effet, la description des maladies est aussi claire qu'on peut le souhaiter pour le temps, mais l'exposition des doctrines est en général assez peu précise, il faut y regarder à deux fois. Loin d'en faire un reproche à Sydenham, je dis cela à la louange de son esprit positif qui craignait toujours d'aller trop loin dans la théorie; d'ailleurs, la méthode était nouvelle, et Sydenham n'a pas voulu sortir des monographies.

(2) Au § 4 de la Praefat. ad Observ. medic.— Sydenham se propose, et avec grande raison, en exemple aux médecins; il les engage à ne rien laisser perdre de leur pratique, afin que chacun apporte sa pierre à Tédifice médical. L« conseil est excellent, dira-t^on, mais tout le monde n'est pas Sydenham; cela est vrai; néanmoins, tout le monde peut quelque chose dans la m^ure^de ses forces. Ce n'est pas

710^ STDBNHAIf.

vrir leur ignorance et leur paresse, le faux prétexte du respect extraordinaire qu'ils prétendent être dû aux anciens, dont ib n'osent s'écarter de la longueur d'un ongle. Mais je voudrais bien savoir pourquoi nous croirions faire tort aux anciens en j avouant qu'ils nous ont laissé la médecine fort imparfaite, tandis que nous ne croyons pas leur faire tort en avouant qu'ils nous ont laissé de même tous les autres arts qui, assurément, intéressent bien moins le genre humain. Les modernes ont inventé une infinité de choses qui surpassent de beaucoup tout ce que les anciens nous ont laissé. Or, les auteurs de ces découvertes ne font pas plus de tort à la gloire des anciens, qu'un (ils n'en ferait à la mémoire de son père parce qu'il augmenterait par son travail et son industrie l'héritage qu'il en aurait reçu (1).

c La seconde sorte de gens qui empêchent le progrès de b médecine sont des gens naturellement vains et légers qui, von* lant se donner la réputation de génies supérieurs, vous accablent de raisonnements ,et de spéculations qui ne servent de rien da tout pour la guérison des maladies, et qui, au lieu de montrer le bon chemin aux médecins, ne font, par leurs feux follets, que les jeter dans Terreur. Ces messieurs-là ont assez d'esprit poar débiter sur la nature de savantes bagatelles ; mais ils n'ont pas assez de jugement pour comprendre qu'on ne peut la connaître que par le moyen de l'expérience, qui seule est capable d'en dévoiler les mystères. Car telle est la bassesse de la condition humaine, que toutes nos connaissances des choses naturelles dépendent uniquement des sens et ne vont pas au delà de ce qu'ils nous apprennent. Voilà pourquoi nous pouvons bien acquérir une certaine capacité proportionnée à notre état ; mais personne ne sera jamais vraiment philosophe suivant toute l'étendue de ce nom. Quant au médecin, toute sa philosophie consiste à connaître l'histoire des maladies, et à savoir employer les remèdes que l'expérience a fait voir être les plus efficaces pour les guérir, et, en même temps, il doit suivre une méthode qui

seulement en ville, mais dans les hôpitaux qu'une foule de faits précieux sont^ faute d'être recueillis, absolument perdus pour la science et pour l'art. On ne le répète ai asseï souvent, ni assez haut.

(1) Voy. p. «71 j 67e-677,

snxnniAir. lit

soit fondée non sur des spéculations chimériques, mais sut* une manière de raisonner ordinaire et naturelle. »

Voilà pour la tradition. Voici maintenant pour ceux qui méritent le nom de novateurs bien plus que les beaux raisonneurs dont il est question plus haut :

c De même qu'Hippocrate blâme ceux qui donnent plus à une 6tude curieuse de l'anatomie qu'aux observations pratiques , de même on peut blflmer aujourd'hui ceux qui croient que les nou* relies découvertes chimiques sont le meilleur moyen pour perfectionner la médecine. Ce serait assurément une ingratitudeextrême de ne pas reconnaître les obligations que nous avons à la chimie, de ce qu'elle nous a donné des remèdes utiles et très* propres à remplir différentes indications, entre lesquels un des principaux est Témétique. Par cette raison, la chimie mérite des louanges, pourvu qu'elle se contienne dans les bornes de la phar^ rn€u:ie. Mais ceux-là se trompent grossièrement qui s*imaginent, sn s'échauffant, et en se torturant le cerveau, que le principal jéfaut de la médecine est qu'elle manque de remèdes puissants 3t efficaces que la chimie seule peut lui fournir. Au contraire, d l'on examine les choses comme il faut* on verra clairement que ce qui manque le plus à la médecine n'est pas de savoir le moyen de remplir telle ou telle indication, mais de savoir précisément quelle est cette indication qu'il s'agit de remplir. Le moindre g^arçon apothicaire m'apprendra dans un demi-quart d'heure les remèdes dont je dois me servir pour faire vomir ou pour purger^ [K)ur faire suer ou pour rafraîchir un malade, au lieu que pour (n'apprendre avec la même certitude quand et dans quel cas je lois employer tel ou tel remède dans les différentes maladies, il faut être extrêmement versé dans la pratique de la médecine (1) . ji

Le premier et le plus important des ouvrages de Sydenham, oublié en 1666, a pour titre Observaiiones medicae (2) ; le der*

(1) Tract de hydrope, § 23. — Voy. Praef, ad Observ. medic, 25, U préférence D arquée de Sydenham pour les remèdes tirés du règne végétal et son éloignemeot »our la polypharmacie (§§ 29-30). Cependant on peut signaler bien des méUngef iuperflus.

(2) Pour la bibliographie des œuTres, séparées ou complètes, de Sydenham^ voy.

7f9 jSTDENHAII.

nier 'est la Schedula moniioria^ qui a vu le jour en 1686 (1); dans rintervalle , l'auteur a donné les Episiolae respansoriae^ en 1680; la Dissertaiio epistolaris^ en 1682; enGn le Traetatus depodagra (2) ethydrope^ en 168S.

Dans les Observations^ Tauleur traite des fièvres et des maladies inflammatoires avec lièvre; puis il décrit cinq constitutions médicales : 16dl-166A, fièvres intermittentes, fièvres continQes malignes; — 1665-1666, c'est la peste, la vraie peste à bubons, que Sydenham n'a pas observée dans tout son développement; — 1667-1669, les varioles dominent ; — 1669-1673, constitation dyssentérique y choléra-nostras , rougeole et variole; — 1673-1675, fièvres comateuses, varioles de mauvais caractère, affections Ihoraciques, et particulièrement la grippe.

Dans VEpistolairesponsoriaJ^ Sydenham revient sur plusieurs points de sa description des fièvres intermittentes qui régnaient entre 1675 et 1680 ; YEpistola //est consacrée à la syphilis (S).

la Noiitia litteraria tirée de Haller par M. GreenhiU, mais avec de notables liorations et compléments.

(1) Les Processus integrij publiésen 1692, sont un Compendium des ouvrages es Sydenham el où les formules abondent. On peut douter que ces Proce$9Ui soieit une œuvre posthume authentique laissée par l'auteur lui-même dans Tétat où elle nous est arrivée. Toutefois, c'est dans les Processus qu'on trouve quelques "Unes dei opinions de Sydenham sur certaines affections, les chroniques surtout, dont il n'est pas question dans ses monographies. Les Anecdota Sydenhamiana^ méditai moies and observations j publiés pour la première fois par M. GreenhiU, 2* éd. OifMd, 18d7, se rapprochent beaucoup des Processus integri; c'est un recueil moitié angbif moitié latin. La Theologia rationalis, publiée pour la première fois anssi par M. Latham à la suite de son édition, est d'origine fort douteuse.

(2) Sydenham a été tourmenté par cette maladie, avec complication d'afliectisB calculeuse, durant une partie de sa vie ; il soutient qu'on ne saurait arriver i une cure radicale ; il recommande surtout la patience. Il est mort d*an accès de goutte a la suite duquel se manifestèrent des vomissements et des d^eetioBS alvines que rien ne put arrêter. —Contre l'hydropisie, Sydenham prescrit les pnrgatifs, même les drastiques, puis les corroborants.

(3) Contre la syphilis confirmée {constitutionnelle?) il préconise les onctions mercurielles jusqu'à ample salivation, car c'est en agissant ainsi, et non comme spéâfique^ que le mercure guérit le mal vénérien (§§ 12, 24 et suiv.). Quant à li gonorrhée^ il la traite d'abord par les purgatifs énergiques, afin d'évacuer la butière peccante ; si elle résiste^ on a recours à l'administration du turbith minénl, du mercure doux, de la térébenthine; etc. (§§ iZ, 17).

STDENHAIL 713

La Disseriaiio epistolaris résume les observations de Sydenham sor les varioles conQuenles, l'hypochondrie et Thystérie. La Schedula embrasse plusieurs sujets : la description d'une fièvre pneumoniqne stationnaire , les fièvres malignes en général, les varioles graves, les calculs rénaux.

Rien ne ressemble plus exactement aux Épidémies d'Hippocrate que les Observationes et les Ëpisiolae de Sydenham; l'ordre n'y est pas plas sévère, le diagnostic n'y est pas beaucoup plus rigoorenx, et cependant, à Londres comme & Cos, on reconnaît Vhabile praticien. Sydenham, pas plus qu'Hippocrate, ne comprend et ne décrit tout ce qu'il a sous les yeux, mais il ne donne que ce qu'il voit, et c'est en raison de ce qu'il voit qu*il établit les indications thérapeutiques, après quelques tâtonnements auxquels il est impossible d'échapper au début d'une constitution médicale. Voilà sa grande, son incontestable supériorité sur ses devanders et ses contemporains ; voilà ce qui le place à la tète des réformateurs de la pathologie.

Il ne suffit pas, dit notre auteur (1), de saisir les apparences communes d'une maladie qui a plusieurs faces ; car, quoique la même variété ne se montre pas dans toutes les maladies, néanmoins il en est plusieurs qui, traitées sous le même nom, sans distinction d'espèces, sont cependant d'une nature très-différente; il convient donc de marquer les traits différentiels et de réduire les maladies en espèces définies et certaines (2). On n'arrive à ce résuhat qu'en distinguant, d'après un grand nombre de faits, les symptômes essentiels ou pathognomoniques des symptômes accidentels ou étrangers, ceux qui dépendent de l'âge, du tempérament, même du traitement. On doit remar(|uer soigneusement aussi quelles saisons fiivorisent plutôt telle espèce de maladie que telle autre, parce que les saisons, ainsi que les climats, ont leurs maladies comme elles ont leurs plantes spé-

(i) Praefaiio ad Observ, medic, §§ 6 et sui?.

{%) Gomiiie font, par exemple, le genre carduus en botanique et les nombreuses eipieeê de ce fenre. Ainsi des maladies de mémo nom, semblables eu égard à un certaiD nombre de symptômes, se partagent en espèces qui toutes doivent être traitées d'une manière dillérente.

714 snmiHAa.

ciales, sans préjadice des maladies qui sévissent en toat tempi, en toat pays; encore plusieurs prennent-elles une certaine teitt particulière des lieux et des moments de l'année. Ce n*est fê seulement à la connaissance plus exacte de la maladie» mais rai à un Iraitemenl plus certain que conduisent ces diverses cotth dérations.

Sydenham, malgré cette préoccupation exagérée des détaibipi aurait dû éparpiller ses médicaments, autant que son attentioi, marque beaucoup de confiance (trop de confiance même) d» l'intervention de la thérapeutique (1). Le moyen qu*il croit le pti propre àravancement de la médecine est d'avoir uneméthodefitt, sûreetcomplètede traiter les maladies; il entend une méthodesol dément fondée sur un assez grand nombre d'expériences, étais laquelle on soit en état de guérir ; car il ne suffit pas, selon loi, t décrire les succès particuliers d'une méthode ou d'un remède,! cette méthode ou ce remède ne réussissent pas universellement cl dans tous les cas, du moins en supposant telles ou telles circoi" stances. Il afiirme que nous devons être aussi sûrs de guérir utf i maladie en remplissant telle ou telle intention (indication) y(p nous sommes sûrs de pouvoir remplir telle ou telle intention partd ou tel genre de remèdes; quoique la chose ne réussisse pas los* jours, elle réussit très-fréquemment ou mieux le plus souveoL aussi sûrement, par exemple, qu'avec les feuilles de séné notf lâchons le ventre et qu'avec le pavot nous faisons dormir (2).

Insistant plus que de raison sur la comparaison des maladies avec les plantes, Sydenham accorde trop d'action aux influencQ extérieures et pas assez , ce me semble , à l'idiosyncrasie (S); dans la thérapeutique, il tient, ou du moins il prétend tenif' compte des plus petites circonstances; en cela il s'éloigne de il méthode d'IIippocrate, qui s'attachait toujours à ce qu'il y a <hi

(1) Par cette confîance, et par d'autres points de vue encore^ Trousseau apparteaiA : bien à l'école de Sydcnliani. — Voy. aussi LAs^ffue, Éhfje (te Trousseau protMé ùla Faculté de médecine de Paris^ le là août 1869. L'habile et judicieux panéff' ^ riste rappelle la doctrine de Troustscau^ relative aux espèces morbides.

(2) Praef. ad Observ, morb,, 16.

(3) Praefal, ad Observ, y § 12. Voyez cependant Observ. med., I, u, 3, une|i» position plus formelle eu faveur du tempérament et de l'âge pour le traitement éft fièvres continues.

OÊB général, à l'indication la plus compréhenaive. Sydenham va Bme, malgré son aversion pour les hypothèses, jusqu'à suppo* cr que, s'il connaissait dans tous ses détails l'histoire d'une ma* i|ie, il serait toujours en élat de la guérir (1); en môme temps, K une véritable mais inexplicable contradiction, et par des mopassez futiles, il professe l'inutilité des observations particulières

; maladies : si elles servent à quelque chose , c'est non pour ■Ig6ignement des autres, mais simplement pour soulager la ^fDoire du médecin qui les recueille (2). Aussi, le défaut d'oA« 'apaiions dans les ouvrages de Sydenham constitue-t-il une la« jfte des plus regrettables; car en plusieurs cas il n'est pas aisé » refaire le diagnostic rétrospectif. Or, c'est avec les observa^' sr9^, bien plus qu'avec les réflexions générales des Épidémies Dippocrate, que M. Littré a pu reconstituer la fièvre rémittente ■. pseudo-continue.

n faut remarquer en passant que les rapports qu'on peut signa- KT entre Hippocrate et Sydenham ne semblent pas résulter d'une ^udition bien digérée de la part de Sydenham; cette érudition % du moins très-dissimulée, car je ne crois pas qu'il ait cité ^e seule fois les Épidémies^ ou même qu'il y ait fait une allu- [^n directe; bien plus, il donne comme des livres exempts de

(1) a Je disque les plus petites circonstances d'une maladie peuvent fournir aus^i ■ornent au médecin des indications curatives qu'elles lui fournissent un diagnostic. est pourquoi, j'ai pensé plusieurs fois que, si Je connaissais parfaitement This- .s*e de chaque maladie, je serais toujours en état de la guérir^ parce que ces diflciftts phénomènes me montreraient la Téritable route que je devrais tenir, et qu'éart soigneusement comparés ensemble, ils me conduiraient comme par la main aux llieations les plus véritables, qui se tirent du fonds de la nature et non pas des rwirs de l'imagination. » {Pfaef, adObserv. med., %ià,)

(2) « Je ne nie pas qu'un médecin ne doive examiner soigneusement les effets Ll^culiers de la méthode et des remèdes dont il s'est servi dans le traitement des MadieS; et les marquer par écrit, tant pour soulager sa mémoire que pour acquérir m a peu une plus grande habileté et se former enfin, après des expériences fré- Icnntnent réitérées, une méthode sûre dont il ne s'écarte en rien dans le troite- «nt des maladies. Mais je ne pense pas qu'il soit fort utile de publier des obr^ations particulières; car si Tobservateur se contente de nous apprendre que Ue maladie a c^dé une ou plusieurs fois à ce remède, de quoi cela me servira-t-il, > outre cette quantité presque immense de remèdes dont nous sommes accablés ipfois longtemps, on en propose un nouveau dont je n'ai point encore entendu ^ler? » (Praef, ad Observ. med., §§ 16-17 et 28.>

716 STDBNHAM.

tout système le trailé Des maladies et celui Des affeetiam^ la ouvrages cnidiens (1). On peut croire que, si le médecin aa|li s'est inspiré, d'une façon générale, des écrits da médedi Gos, c'est surtout à son propre génie qu'il doit d'avoir égalé son modèle et d'avoir échappé aux détestables i qui de son temps opprimaient la médecine (2) . Sa inéthoda un peu étroite, je le reconnais, mais elle est plus sûre qu'i de celles qui s'appuyaient sur les systèmes alors en vi Élève plus ou moins direct d'Hippocrate, Sydenham est le de l'école clinique de Vienne (celle de la fin du xviir comme l'école française, par Corvisard, Bayle et Laennec, de Morgagni. A Vienne, on s'occupait plutôt de la relatioi symptômes fonctionnels, indépendamment des lésions niques, et à Paris, surtout des symptômes dans leurs avec les lésions cadavériques.

Vous n'attendez pas de moi, Messieurs, que je suive Syd dans la description des constitutions médicales ou de maladies particulières; de telles études ne rentrent pas dans plan actuel ; je me contenterai de relever et de mettre en loi mais sans trop les discuter, cela m'entraînerait trop loin, principes fondamentaux de la doctrine du médecin anglais.

(1) Praef, ad Obserb, med,, 15. — Voy. plushaut^ p. 121 et iuÎT.

(2) C'est sans doute par réactiou contre ces influences que Sydenham M mtm fort opposé à la recherche des causes éloignées ou cachées, objet de la spécnlilMi'l Écoles, mais inutiles pour le traitement, et qu'il écarte les hypothèses de soas^ autant que cela était possible à un médecin au xvii' siècle. Praef, ad Ob»en.,il^ cU § 9, et beaucoup d'autres passages contre les liypoUièses. Cependant, cc^' n'est pas toujours possible de s'en passer^ Sydenham désire qu*elles soient U0 sur les faits et non sur les spéculations philosophiques. De Hydr., 25.-— Graadii* rateur de Bacon, ayant la prétention d'être trè^positif, Sydenham reTÎentil^ sieurs reprises contre les hypothèses philosophiques. Ses propres hypothèseSi fl^^ qu'il appelle naturelles, ne sont pas toujours bien solides, témoin ceUes qat^ pose sur la nature de l'hystérie. Voy. § 25 du traité De hydrope et dans h ^ seriatio epistolaris (§ 59 etsuiv.), ce qui regarde l'hystérie. — C'est par nai^ ment analogue que Sydenham n'admet qu'un seul spécifique, le quinquîMi^ cette opinion repose pour lui sur des idées préconçues bien plus que sur dei(* sidéiations de l'ordre physiologique ou thérapeutique. — Voy es aussi l¥stf>* Observ. med.y § 21 et suiv.

STDBNHAII. 717

Le iVa/timme (l)sembledominerdanslcs œuvres deSydenham;

apparaît dés les premières lignes (2) ; mais c'est un naturisme (pi se rapporte bien plus à la recherche de l'essence des maladies Ifà la thérapeutique : la maladie n'est rien autre chose qu'un fcrt de la nature qui, pour conserver le malade, travaille de Mes ses forces à évacuer la matière morbiûque (3). — A ce impie, les varioles les plus conQuentes, les pestes les plus char- ^neuses, celles où les bubons sont le plus multipliés, la goutte iractérisée par les dépôts les plus volumineux, les dyssenteries b . plus copieuses, seraient les varioles, les pestes, les gouttes, m dyssenteries les plus favorables; à ce compte aussi, le traitelent de la suette par les sudorifiques à outrance, celui qui londe les malades de sueur, serait le plus conforme aux vœux B^ la nature : comment se fait-il cependant que ce traitement >it le plus pernicieux? Et pourquoi Sydenham est-il, pour le proostic et le traitement de toutes les maladies, si peu ûdéle à sa Afinition? Parce que, en dépit de cette définition systématique, 'm si bien observé la nature que la nature elle-même lui a appris n'on ne devait pas toujours favoriser ses tendances, ni se coner aveuglément en la sagesse de sa conduite, mais qu'il fallait D contraire la secourir, la réprimer, la mettre à la raison (m rdinem redigeré) quand elle faiblit ou s'égare (A). Aussi cette éfinition qui,entrele8mains d'un doctrinaire entêté, conduirait une médecine tantôt expectante et tantôt incendiaire, n'a pas eméché le médecin anglais d'user d'une thérapeutique fort active, lais rationnelle, et qui se trouve souvent en opposition avec les mdances de la nature. Je sais qu'on saigne avec succès contre cerftines hémorrhagies^el qu'on guérit certaines diarrhées par les

(1) Par le mot nature, Sydenbam entend non pas Vàme du monde y comme le font st anciens philosophes, mais l'assemblage des causes naturelles qui, quoique priées d'intelligence, sont conduites par l'Être suprême avec une extrême sagesse, )b9erv. med*f 11^ ii^ &8. — On Terra plus bas que Sydenham ne se fie guère à cette tiréme sagesse de la nature ou même de l'Être suprême dans la conduite des

(2) Praef. ad Ohserv. med.^ 15.

(3) Observât, medie,, l, i, 1. — Le premier chiffre indique la section, le deuxième s chapitre ; le troisième, en chiifres arabes, le ou les paragraphes.

(à) Praef. ad Observ. med., 15. — Voy. aussi la fin du § 21 .

748 STDRfHAM.

évacuants (1), mais ce n'est pas en vertu des principes da u risme ; c'est en vertu de h méthode révulsive ou substitutiiu qui est bien différent.

L'élimination de la matière morbide, c'est-i-dire la c( dépuration du sang, se fait plus ou moins rapidenaent; qnaril nature a besoin d'une prompte élimination, elle 8usdk| fièvre (^). C'est ce qui constitue essentiellement les aiguës. Voyez un peu quelle sage nature; elle crée un morbifique tel qu'il lui faut aussitôt appeler la fièvre à son pour le chasser plus promptement et plus sûrement I Il^estl reux que de pareilles propositions ne se rencontrent pas sous la plume de Sydenbam. Hippocrate avait dit très-sii ment, mais avec une vérité saisissante, que les maladies sont la pierre de touche du bon médecin, tant leur roarchj insidieuse et tant les heures sont comptées (3).

Quant aux maladies chroniques (A), elles consistent eii

(1) Sydenliam a remarque (Observ. med,, 1, iv, 10, 13 et 52) que lésé réussiïiscnl très-bieu dans la diarrhée des fièvres que nous appcUcrions aij fièvres muqueuses.

(2) Observ. med., l, i, 4-4.

(3) liêyimedans les maladies aif/uës, 8, t. II, p. 232 ; Aphor,, II, 19 ; t. IV, — Voici, du reste^ quelques réflexion» de Sydenliam lui-même^ qui se rap| de celles d'ilippocrale. « Lu nature a^il de tant de manières difTcreutes prtxiuction de^ maladiei: aiguës, et ses allures s(uit si délicates et si \arice5,. vie d'un homme, quelque longue ([u'elle soit, ne suffit pas pour décrire roi faut les divers symptômes de ces maladies et le traitement qui leur convieriL dis-je, la vie d'uu houuue ! Celle de dix hommes qui ^e succéderaient les H autres pendant un pareil nombre de siècles et qui joindraient à tout le gcui^ ((acité possible, un travail infatigable^ une pratique continuelle et des obser sans nombre^ ne serait pas trop longue pour un tel ouvrage. Vous voyei donc je suis bien éloigné d'avoir ac(|uis, ou de croire a\oir ac(iuis une parfaite l'M sancc de la médecine. Je me rends trop de justice pour cela, et je counais trof mon peu de capacité, n Epistola II respons.y 2.

{à) Observ. mediC, I, i, 1, 5. — Voy, aussi dans Tract, de podagra^ 34et« la différenre dos maladies aigfirs et des midadi(>s chroniques. Ces dcmicres vfc^ surtout de Tindigestion ou crudité des humeurs; ailh-urs, il est dit que les mili' aiguës vienncut de Dieu et les maladie.' chroniques de nous-mêmes, pour IM^ que les premières ne peu\ent pas rire prévenues puisqu'elles viennent de X^ que les seconde»» pourraient, à la rigueur, être évitées par un bon répmc tl' conduite régulière. Disfert. cpfslo/,^26y 27, - On ne saurait admettre que itil rouvé cette mention de la Divinité trop compromettante, quoiqu'il l'a suppn

STDENHAll. 710

matière morbifique qui n'est pas de nature à exciter la fièvre pour produire la dépuration, ou qui s'est fixée sur une partie absolument incapable de s'en débarrasser, comme dans les épanchements pieurétiques (1) ou dans la goutte (2).

Les maladies aiguës (3) sont divisées en deux séries : les maladies de la première série ne dépendent ni duchaud ou du froid, ni du sec ou de l'humide, ni d'une qualité particulière et préexistante do sang et des autres humeurs, mais d'une altération ■secrète de l'air par des émanations qui s'échappent des entrailles de la terre (h), vicient les liquides du corps humain et attaquent

^■ns ia tndadîoii; car, dans d'autres passages, il laisse subsister ces marques de la ^iété de Sjdenhank

(1) On est aujourd'hui beaucoup moins affirmatif sur rimpossibilitê de ia résorption des épancheraents pieurétiques.

(2) Sydenham {Bfnst, If resjtons,, 3) demandait au ciel do prolonger ses jouis pour être en mesure d'écrire une histoire des maladies chroniques; et il ajoute ces trèa-Justiet réfleiions sur le peu d'aTanccment de la connuissancc des maladies chro- .■iqaes : c Les auteurs de médecine, si on l'excepte le grandHippocrate et un trèsjjieUt uombre d'autres, ne me fournissent presque aucun secours dans la route inconnue où je devrais marcher et qui est toute semée de ronces et d épines. Les lumières qu^ils présentent ne sont que fausses et trompeuses lueurs, très-propres à égarer et à faire tomber dans le précipice, mais incapables de guider comme il lint dans la recherche des yérilables opérations de la nature. C'est que tous leurs étriU ne contiennent presque que des hypothèses qu'a enfantées une imagination déréglée. Aussi les histoires qu'ils donnent de ces miUdies, c'est-à-dire les descriptions de leurs symptômes, ne sont point fondée» sur la réalité des choses, mais sur de Tains systèmes qui servent aussi de base ù la méthode que ces auteurs emploient pour les traiter. » —Ailleurs {Prnuf. ndOb^rrr, mctf., 2î2}, Sydenham est Moina reiMunable lorsqu'il retcrette de n'avoir pas autant de si^cifique.^ qu'il y a ë'eipéeer de maladies chroniques. Il revient sou\eiit sur cette idée et ne parait pas ■avoir ce que peut et comment agit la médication altérante contre ces maladies.

(3) Parmi ces maladies, les fièvres continues, sans lésion locale, n'out point de Boma profrei ; elles tirent leurs noms de la diversité ou de l'intensité des altératîoni du sang: fièvre» putrides, malignes, pow^rées. Observ, mcdic.j i, ii, 12.

(4) Obeerv, med., i, i» 6, sans oublier I, n, 19. — Cepemianl (/6fV/., n, 10 et saiv.)^ il divise, eu égard au\ maladies épidémiques, les saisons en deux sections: le printemps, qui comprend Téti* ; Vnutotnne, (|ui c<»niprend Vhiver. Mais il lyoutc : « Quoique ces maladies puissent arriver en tuut autre temps de l'année, il l'aut les rasiger parmi celles de la saison dont elles approchent le plus » ; car les saisons ont ■ne eertalM influence secondaire sur les maladies épidémiques qui ticimentaux q«atitée tecràteede Talr. Il semble même, d'après 06«ero. metlic.^ I, u, 6 et 15, que

720 STDENHÂII.

un grand nombre d'individus à la fois ; ce sont les épidémies dans le sens ou Hippocrale avait pris ce moL Sydenham se senail aussi des expressions constitutions médicales stationnaires oa i fixes, dénominations que les modernes ont adoptées, réservut 1 le mot épidémie aux afTections qui ont ordinairement un ca^i^ tère de grande généralité (la variole, l'érysipèle, la dyssenteriei la fièvre typhoïde, le typhus), ou ^ui. pandémies ^ c'esâ-à-dire am maladies qui, sortant du pays où elles sont endémiques, s*étendeDt sur plusieurs contrées et frappent une multitude d'individv (peste, fièvre jaune, choléra). — Les maladies de la seconde série proviennent, soit d'une anomalie particulière et individuelle, soit directement de la saison (par exemple Tesquinancie, la pieurésie), de sorte qu'elles n'attaquent pas beaucoup de gens à h fois ; Sydenham les appelle intercurrentes ou sparetdiques^ car elles se montrent en même temps que régnent les épidémies (1). Les mêmes maladies épidémiques, surtout les fièvres continuel, diffèrent tellement l'une de l'autre dans les diverses années qaela même méthode de traitement non-seulement ne saurait leur convenir d'une année à une autre, mais encore que celle qui était stlutaire peut devenir mortelle (2); aussi la constante préoccupation du médecin doit-elle être, aussitôt que se manifeste une de ces épidémies ou constitution médicale, de chercher dans l'ensembk des symptômes (ceux qui sont constants et caractéristiques de l'affection, et ceux qui sont propres à la constitution médicale) des indications thérapeutiques qui deviennent d'autant plus sûres qu'on tient en même temps compte de l'âge, du tempérament et de diverses circonstances qui se révèlent à l'observateur (S). Il est évident que Sydenham, en se préoccupant plutôt encore des symptômes de circonstance que des symptômes fixes (&), devait

ce sont surtout Les saisons qui déterminent la prédominance de teUo on telle ntladie stationnaire épidémique» quand plusieurs régnent à la fois.

(i) Ohserv. med, I, i, 7; I^ ii^ 6. Voy. aussi plus ioin^ p. 729 et tuiT.ce q«eji rapporte du livre VI des Ohserv* medicae,

(2) Ohserv. med.j I, i^ 3.

(3) Ohserv. mcd,, I, ii, 1 et sui?.

(A) Au commencement de sa pratique^ il s'était surtout attechë evi ijb-

ptômes généraux des flèvres ; ce sont les déceptions de la thérapeutique qoi VmX conduit à chercher une autre Toie et i ohsenrer les coostitatious médicales 1ms

SYDK^HAM. 721

être, comme il le clil lui-mômc, livré aux ((llonncmcnts ut toujours embarrassé au début de chaque constitution médicale (1); cet embarras devait être d'autant plus grand qu'il n'avait pas à sa disposition les moyens de diagnostic local qui peuvent fournir les éléments d'une prompte décision. Cependant les praticiens y surtout les praticiens très- répand us ou placés à la tête de grands services hospitaliers, s'accordent à reconnaître que Sydenham était dans la bonne voie, que les constitutions médicales et les maladies saisonnières sont très-réelles, et que les maladies, même celles qui sont le mieux localisées, comme la pneumonie, lorsqu'elles régnent sous la forme épidémique et à des époques déterminées 9 ont un caractère sui generis qui commande le fraitemeni; enfin que l'institution du traitement est, au début, toujours difficile ù asseoir. Aussi, lorsqu'on néglige les explications aujourd'hui surannées, ou les divisions trop subtiles de Sydenham, ou la durée trop prolongée des constitutions, ou les distinctions en partie factices, en partie mal justifiées entre les épidémies et les affections saisonnières y ou les prétendus caprices de la nature, pour s'attacher aux résultats cliniques, on

clli:» malailins saj»onnièros. Ohsrrr, mfifl., I, m, à. — Jamais Sydeiiliam ne pord rwccMÎon (le s'amender liii-inrino ci do rapporliT iiaïvoinenl les fauU>s qiril a coinmîscit, afin d'en préserver ses confrères. Ainsi on lit, dans le traité l)v l'hytlropitié, § 14 : « Comme j'étais jcnne et sans expérience, car c'était la première liydropisic que j'eusse jamais triitéc^ je m'imaginai mal à propos qne j'avais dons le Minip de nerprun un remède capable de guérir tontes sortes d'Iiydropisies ; maisjt* ne fus pas longtemps sans être dés;ihusé de mon errenr. Au bout de qneUiuis semaines, je fus appelé pour traiter une antre Temnie attnqnéc d'une bwiropisie qui avait succédé à une lonj^ue fièvre qujirte. Je lui donnai plusieurs fois le sinqt de iiiTprun. en augmentant peu à peu la dose, mais sans aucun succès. L^i malade ne fut point pur}j:ée ni les eaux é\acnées; l'enilnre du ventre ne tit au contraire «lu'nu.Tmenter, de sorte qne la malade nie renvoya et fil venir un autre niédecin qui, lui nyant donné des remèdes plus ellicaces, la ^Miérit de son liydropisie^ autant qu'il nie souvient. »

(1^ Au § 30 du rlinpitrc ii on lit: k Lorsqu'il commence à paraître de nou\elles fir%ri->, ma méthode est de lemporisrr ti'abord cl d'aller .Mispe/iso fM'fft\ surtout ipiand il if'apit de remploi de grands remèdes; piMuinnl ce temps-là j'examine soif^neiisement le caracîère de la maladie et les résultais tléjà obtenus pour choisir les nifilfteurs parmi les remèdes mis en usage. »

DABUBERti. 46

722 STDENHAM.

ne peut qu'admirer son génie observateur et la sûreté de x indications curatives.

Sydenham semble avoir constaté le caractère pseudo-inier mittent ou rémittent dans diverses maladies aiguës (1); surtoi il a indiqué les formes incertaines que présentent, suivant le saisons, des fièvres qui doivent prendre plus tard un typerép lier {'2) ; il a vu, surtout au printemps, des flèvres contiii revêtir le caractère intermittent (3), et a remarqué que fièvres intermittentes de juillet imitent à s'y tromper, lorsqa' se joignent aux fièvres d'automne, le caractère des fièvres nues (A); il sait que, dans les constitutions médicales ou sous règne d'épidémies proprement dites, la maladie dominante eb presque toutes les autres, ou du moins en diminue, soit le norol» soit l'intensité; il affirme aussi que les maladies dominaiK impriment en quelque sorte leur cachet sur les afTeclions inttf currentes (5). Mais Sydenham dépasse les limites de Tobsem tion lorsqu'il prétend (§ 17) que les maladies épidéroiqi principales qui exercent leurs ravages pendant l'automne rcmphicéosen hiver par les maladies épidémiques moins coi dérablos (jui prennenl le dessus jusqu'à ce que la maladie Ji^ tomne re[)araisse et les afl'aihlissc de iiouveau. Ce chassé-crpfj semble un fruit de riniagination. i

L'exposition de Sydenham est chronologique (6), je veuïdJ qu'il donne, comme Ilippocrale, en une série de monographies'

(1) Jipist, I rapom,, § 2G. Dans ce cas, il proscrit le quiiiu.

(2) Les fièvres iiileriniUeiites tirent lenr nom de l'intervalle des accès (0^ mni/.^ Il II, 4 A); elleit nnil ptTiodiqnenu-nt ih':> etVorts pour expulser la inatiêri'F rinte, tandis <|ue dans les lièvn.'S ennlinues ees ellorts n'ont pas (riiiforruptr^i ce sont des maladies aipnës eu rjiard à eliaque paroxvsme. (06.>rrr. mod,^ I> 'î'i

(3) Obsriv. wofi.. Il, II, :j5. il s'agit sans d«>ulc di' ces lièvres larvées quif^{ d'aliord un t>pe presipie eontinn et qui linis>oiil par prendre le type iiitoniiitt>4 j'ai l'U l'occasion (rohser\er ces (iè\re8 à <li\«'rses reprises: elles sont très-rcbHI' et liennoutj en prénéral, ù un trouble astte/ profond du s}stème nerveux.

(A) Ohscrv, mrd., I, il, i/i.

(5) Obxnrv, meti,, I, ii, 16 ci suiv.

(6) l\ en donne la raison, I, ii, 20 et dniv. Cette Mison est tirée de ladifim de bien connaître IMiisloire defl maladies ai)(uëssi l'on n'étudie pas leur diversité. k4 variations suivant Ick années. '

STDEHRAII. 723

description des constitutions médicales année par année. Sydenhara n'est pas partisan des mots fermentation ou cbullition du sang poar la fièvre ; ces mots ne représentent pas un état réel; il se contente de l'expression mouvement qui ne préjuge rien. La fièvre est ordinairement (par exemple dans les fièvres éruptives), mais pas toujours, un acte dépuratoire; elle peut survenir en un corps non pléthorique, non cacochymique, mais sain et à Tabri de toute inOuence d*un mauvais air; alors elle est destinée (encore trop de tendance aux explications) à remettre le sang en une disposition convenable eu égard à la température de Tair, à la nourriture ou aux autres choses non naturelles. Toutefois, même dans ce cas, on doit admettre que la matière poussée au dehors par la fièvre est viciée quoique fournie par un sang pur, ainsi qu'il arrive aux aliments sains qui prennent une certaine puanteur pendant la digestion. Sycicnham pense aussi, comme Glisson et Wharton, que Y irritation des fibres n'est pas étrangère à ces sortes de fièvres. Pour ces fièvres, il recommande de maintenir le sang dans de justes proportions, de ne pas insister, excepté chez les individus adultes et vigoureux, sur les émissions sanguines, enfin de s'en abstenir chez les enfants et chez les vieillards, ajoutant celle réflexion d'une suprême sagesse : « Je sais que les cordiaux ont réparé les forces de malades affaiblis par la saignée, mais mieux vaut ne pas faire le mal que d*avoir & le réparer. » Les saignées doivent en général, quand elles sont jugées nécessaires, être suivies de vomitifs (anlimoniaux) et de délayants; par ce moyen, on évite ou môme on guéritlesdiarrhées. L'administration des toniques ou cordiaux (1) n'est cependant pas à dédaigner après ce traitement, lurs même qu'il n'y a pas de faiblesse prononcée. De tout ceci on pourrait

(t) Le diaMordîuDi est ran^c parmi lo8 cordiaux ou les re&tiuir.-itifs après les prandet évacualionfl MDguinc» ou les dcplôtiuiis do inaticrcd peccaiitcs par ks \umilifs ou les piirgalifs, ce qui n'est pas aussi déraisonnalilc «iiio le priU-iid Jaull, le traducteur de Sydcnliam (voyez. r,iil)UM-. <'u,nuie/iinirri thérnpfutiijwsj p. 322), Je croit» auwi, en consultaiil les aiirii-iiues pliariiiaropéiîs, cpie le dia-iiordiiiin, au i%'ii* siècle, renfermai t une moindre proportion d'opinni qu'anjourd hui, ce qui justifierait les haute» dose* prescrites par Syilenliani.— Quoique notre auteur prétonise toi;û<*ort le régime antiplilogisli que, cependant, \ers la fin de sa ronitrc, il se montre de plus en pins atare du sniig de ses malade:!.

72^ SYDENIIAM.

conclure que notre auteur parle de ces fièvres continues qu'<

appelait et que même on appelle encore fièvres angioténiques i

inflammatoires; mais, à considérer l'ensemble des symptôme

il est probable que cette fièvre se compliquait d'un état gaslriqii

plus ou moins caractérise, et qui allait jusqu'à la fièvre mo

queuso (1) et même jusqu'à la ûévre typhoïde, pui$qu*il y es

question de délire phrénétique contre lequel Sydenham et»

ployait avec succès le laudanum solide ou liquide, mais seofe-

ment vers le douzième jour, et jamais au fort de la fièvre, (k

observait aussi, dans ces affections, de la toux, des saîgnemenlsd

nez, la diarrhée, qui doit être prévenue ou combattue pardesi^rj

iniiiTs (§ 11 suiv., 5*2 suiv.); l'auteur fait même mention d'i

véritable paasion iliaque avec vomissement de matières fét

(sans doute un volvulm ou (juelque autre afTection analogue)

vient parfois compliquer la lièvre continue (2). C'est là une

plication purement accidentelle et sur les causes de laquelle S[]

(lenhamn'a pas d'idées bien nettes. — Du reste, la description

constitutions médicales durant les années 16G1 à 16<5Â n'est:

aussi détaillée, ni aussi précise que celle des constitutions suivant

Ouoiquc Sydenham déclare qu'il n'est po'mi phiiosop/ie, (p\ ne court pas à la découverte des causes cachées, il n'en est moins vrai qu'il cherche et trouve de singulières explications frisson, de la chaleur el de la sueur dans les fièvres intei tentes, elderintermittence ellc-nicme (3); puis, chemin fais il sacrifie auxexit;enccs du temps, en ce qui touche les espriUi< maux et même la fermentation, quoiqu'il s'en défende; dumc^ il revient viteà l'observation.

Les fièvres intermittentes {!\) du printemps sont en généni'

(1) Voy. Ohm-v. imidv\, I, m, 7; I, iv, 1-3Î). Au § AO, il rcconimaodt moyen populaire, heureusement abandonné, <iui consiste à faire coucher desj K^'us à côlé (les malades^ atlendu qu'il n'y a rien de plus fortifîaut que la ^ mission, à un corps épuisé, d'une multilude ô'eyn'it'i émanant d*un corps' robuste et jeune !

(2) Obscrv, vied,, I, iv, A 2 et suiv,

(3) Observ, meiL, \, v, i-5.

(4) Obsvrv. med,, l, v, 11. — Ces reman|ues, mali^ré leur apparente généfl* iiemblenl se rapporter à la constitution de 1661-1064. — Voy. V, vi, 3 f* Iransforniation de la liè\re continue eu intermittente ; je crois, s'il uc s*agit ^

SYDBNHAIf. 725

• si courte durée et si légères qu'elles guérissent lorsqu'elles sont traitées par un médecin ignorant, pourvu qu'il soit honnête \ ' homme , c'est-à-dire pourvu qu'il ne fasse pas de dangereuses I expériences et qu'il ne prescrive pas un traitement trop actif par les saignées et les purgatifs, car il suffit d'un léger vomitif ou de quelques diaphorétiques. Les fièvres d'automne, surtout les quartes, laissent après elles des reliquats très-fâcheux, par e3(emple l'hydropisie, des engorgements abdominaux, etc. Les fièvres d'automne ne peuvent pas être guéries d'emblée (§ 28); elles sont aggravées par les purgatifs (l)et les saignées; il est toutefois certain que Sydenham, en dépit des succès qu'il affirme avoir obtenus (§29 et suiv.) , usait contre les fièvres d'un traitement sudorifique beaucoup trop incendiaire, au moins pour la généralité des cas et des tempéraments. Quant aux fièvres quartes, le meilleur remède est la poudre de quinquina à la dose d'une once par jour, pourvu qu'on ne l'administre pas trop tôt (si le malade conserve de la force), car il faut laisser à la fièvre le temps de se dessiner, et qu'on le donne loin des accès, par prises rapprochées (§ 3A-3Ô), afin d'imprégner le malade. Cette méthode, adoptée en partie par Bre tonneau et Trousseau, est encore suivie avec succès au moyen du quinquina ou du sulfate de quinine^ surtout dans les contrées paludéennes.

On voit (2) que Sydenham est loin d'avoir, au début de sa pratique, généralisé l'usage des préparations de quina contre toute espèce de fièvres intermittentes. Plus lard, dans son Épitre à Brady (§13 et suiv.), il met l'emploi de cette plante contre les fièvres intermittentes, sans distinction manifeste, au-dessus de toute autre médication; il la préconise aussi contre certaines affections de la matrice et de l'estomac; quoiqu'il n'en connaisse

fièvres Iar¥écs(voy. p. 422^ note 3), qu*il vaudrait mieux dire : la succession de la fièvre intermittente à une fièvre continue.

(1) Aux parag^phes 30 et suiv., il est recommande de purger après la disparition de la fièvre. — La crainte des mauvais eHets dos évacuants au début de la fièvre est exagérée; les praticiens savent qu'un purgatif, surtout qu'un vomitif précédant l'administration du sulfate de quinine est souvent nécessaire ou du moins fort utile pour faciliter l'absorption du sel de quinine ou du quinquina ; je l'ai éprouvé pour moimême et j'en ai observe les bons effets chez plusieurs malades.

(2) Cf., par exemple, § 36 elsuiv.

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pas toutes les autres propriétés contre une foule de maladies dé- . terminées ou contre beaucoup d'états pathologiques moins bien caractérisés, cependant il a contribué plus que personne à en répandre Tusage. C'est celle ÉpUre àBrady qu'il faut lire et méditer si Ton veut connaître à fond la méthode suivie par Sydenham pour radiiiinistralion du quinquina et la critique des opinions vulgaires répandues contre ce précieux remède (1).

Si les modernes ne reconnaissent guère que des maladies individuelles, Sydenham tombait, en certains moments, dansTexcès opposé ; en eiïet, quoi(|u*il ait voulu assimiler la pathologie àU botanique et créer des espèces de maladies, comme on avait formé des espèces de plantes, néanmoins il n'en tient pas grand compte dans la pratique, car il admet des constitutions saisonnières qui durent une ou plusieurs années et pendant lesquelles les maladies qui |)araissent ont même nature et exigent môme traitement (2), de telle sorte que laspécificité consiste uniquement, pour les fièvres continues, à se présenter toutes sous certaines formes, suivant la constitution régnante. Ainsi, la fièvre est pneumonique, ou vario- Hque, ou rubéolique, etc. Jugeant la question particulière des constitutions stationnaires, M.Vignal, dans une bonne thèse de concours pour l'agrégation (S) , me semble avoir séparé asseï

(1) Brotoniicdu i>t sou digne élève, Trousseau, ne cessout de vanter rexccUcnce (les pivcuplos (le Sydcnlmin. — On sait aussi que c'est Talbor qui a ima^né en An- {j^letene il\n:iiluler les pré parutions «le quinciuinu et que cela lui a valu de grands sureès et une juste réputation. — Voy. aussi Cole, Sova hyftoth, nd expHc, fèhr, nterrn,\ édition de 1()93, p. 253.

(2) Sydeuhuni n'est pas toujours conslaut dans ses idées touchant la prédomi- \\A\\\:v. k\\\ rfvnùrul sur le partku/ivr. — On peut dire aussi, avec M. Fusler, qu'il y a non pas des alTeetions déterminées stationnaires^ mais des (fats patho/offiques «,ui sont compatibles a\ec t«uiles les maladies et rèirnent longtemps.

(3, VnmiKii't'r Sf/i/cufifnn et Sto// fi nppn** ier ftn/fuencff t/ui/s ont exercée iv h jnérieriHt^ prati'fuc. Monipellier, 1860, p. 25, 26. — D'autres dissertations ont été eonsAerées, par divers médecins, à l'exposition des doctrines de Sydenham- (iiunlcn, 77/. Sf/f/ruhfitn urbt'r si'inn liedeutninj in th'v heU^nden Kunst^ Berlin, 1827, iii-8. Ju{;eant Sydenham d'après les principes nua^reui de la philosophie de /'• .ifttare, 1 auteur le d«'(i}^ure complètement ; il lui prèle, à lui ennemi de la pbilositpltie, les idées Its plus prorondes, je >eux dire les plus creuses sur les malâdict et sur leur traitement. Sydenham, s'il revenait au monde, serait bien étonné d'avoir

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