‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 30 sur 102 · SYDENHAM · texte numérisé non relu

SYDENHAM

A vrai dire, dans Sydenham (1) toutes les maladies qui ne sont pas rranchement localisées ou bornées h quelque partie du corps, comme la pleurésie (2), la Tausse pneumonie (3), le rhumatisme, l'esquinancie (mot qui désigne des maladies diverses), la fièvre érysipélateuse (érysipcle idiopathique, surtout celui de la face) (A), sont des fièvres inflammatoires, catarrbales, putrides, éruptives, dysentériques (ô) ou intermittentes. Les fièvres régnent ordinairement sous forme épidémique ; les maladies localisées avec fièvre sont ordinairement sporadiques ou intercurrentes; cependant elles peuvent aussi revêtir le caractère épidémiqae ou stationnaire. Sous la rubrique fièvres, il faut ranger la peste, le typhus, les fièvres malignes (<5), péripneumoniques franches, catarrbales (y compris la dysenterie et toutes les formes de bronchites), éruptives (7), la fièvre simple et l'inflam-

vaefebrù ût^neMU (1685) contient, entre autres clioses, la description d'une maladie qui semble avoir beaucoup d'analcj^ie avec une g^rippe compliquée et qui de\it'nt ^rave, surtout si Ton insiste sur les ccliaufTants. Vo\ez particulièrement §§ 5 et 23. Sjdcuhara remarque (§ 23) que, malgré le caractère un peu intermittent ou du moins rémittent, et contre toute attente, le quinquina échouait. — Cf. sur l'épidémie de grippe dclG75 en Augletcrre, Thompson, Annnis of influenza.,.. in Greut BrîtaiHm I»ndres, 1 852 (publication de la St/rù-fi} (Jr St/ticnham) .

(1) Voy. Olaerv, med,, V, vi et VI, i.

(2) Contre laquelle il ne connaît pas de meilleur et de plus merveilleux traitement principal que les saignées ù haute dose, di'S le déhut^ pour apaiser rinflam* mation du sang. Obscrv, mer/., W, m, G et sniv. Il en est à peu près de même pour le rhumatisme aigu, mais non pour le clironique. VI, v. Au § 2, Sydenliuui cherche à distinguer la goutte du rhumatisme. — Il est é>idciit, par réiiumératioii des symptômes, que, sous le nom de pftfuréiO', il faut soum ut entendre la péripneumonie. {Obferv. merf.^ VI, m, 1 et suiv.)

(3) Maladie asseï mal déterminée; mais on voit pur le détail des symptômes, sortout par le traitement où le snn^ est três-ménajjré, oii les pur^ations sont préconisées, qu'il no s'agit pas d'une \raie pneumonie. {Obscrv, mCfL, \'\, iv.)

(i) Certes, voilà bien une maladie qui rentrerait mieux, d'après le système de Sydenham, dans les fièvres stationnuires que dans les intercurrentes!

(5) C'est flans la dysenterie et dans Us petites vendes qu'il préconise la (iî'fnriton Unnche. (Obnerv. mnth^ IV, m, 10 elvi, 0.)

(6) Elles sont mal dis! ingiices i\<i la pest»; {ofn-rn; inP'L, II, ii. 1.) Plusieurs traits épars paraissent se rapjMirler, st»it au typhu^-rever, soit à la nè\re typhoïde.

(7) 1^ scarlatine est rangée, <ui ne sait trop pourqu<ii, parmi les maladit's intercurrentes. Sydenham ne s'arrête pas sur cette maladie, il ne lui oppose que le ré-

750 SYDENHAII.

maloire. De ces distinclions , il résulte pour le traitement une grande diiïérence, car dans les fièvres stationnaires les manifes* talions locales ne sont que dos symptômes ou des accidents, tandis que dans les flùvres intercurrentes ces manifestations sont esscnlielles, attendu qu'elles tiennent à une inflammation particulière du sang et propre à chaque maladie. D*où il suit qae dans les fièvres stationnaires localisées il ne faut pas employer la méthode (|ui convient aux affections essentielles, mais celle que demande la fièvre dont elles sont les symptômes, en changeant seulement quelques petites choses. Contre les affections essentielles, le plus urgent dans le traitement, c*est de rafraîchir le sang et de bien évacuer la matière morbifique qui s*est fixée sur un point, par exemple sur le gosier dans l'esquinancie. Cei vues, prises en gros, sont ingénieuses, séduisantes même, sa^ tout au point do vue pratique; mais il ne faut pas vouloir trop entrer dans les détails, car l'établissement, la classification, les caractères de ces genres et espèces de maladies ne sont certes pas h Tabri de tout reproche. Le langage technique s'éloigne beaucoup de notre manière de voir, mais en somme cela revient à dire, par exemple, que les pneumonies qui régnent épidémi(|uement doivent être traitées différemment des pneumonies sporadiijues, accidentelles pour ainsi parler, ou que les pneumonies qui viennent si souvent compliquer la grippe récla* ment d'autres soins que les pneumonies d'emblée. On reala^ quera aussi combien est subtile la méthode indiquée (1) pour reconnaître au début la nature, des fièvres continues épidémiqoes indépendamment de toute localisation quelconque, ou pour dis* tin^^uer les maladies essentielles d'avec les symptomatiques (^)- Malgré tous ces dérauts, qui tiennent bien moins au vice de la méthode, considérée absolument en elle-même, qu'à Tinsuffisance des moyens pour l'appliquer régulièrement, je ne fais pas dirHculté (le soutenir que le médecin intelligent qui pi*endrait Sydenliam pour seul guide guérirait plus de malades et commet-

^'iiiio L't Il's M)ill:^ liviiiôiiiqui's, à l'L'Xi'lu!<iou lie tout traiteiucut actif. £u général} c'e^it \\i \rai truiU'iiioiil.

(1) Ob^t;rv, invd,^ V, Vl, 3 et suiv.

(2) OW/u. ,,/ec/., VI, I, G.

STOSNHAM. 73t

I moins de fautes, de méprises ou d'erreurs dommageables t celui qui suivrait les Van Ilelmont, les Sylvius, les iatroliniciens et tous les fameux réformateui^ du xvir siècle, ^e du xvlIl^ Puisqu'il n'était pas facile alors d'arriver au pioslic local, mieux valait s'en tenir à la nosologie hippocra- |e qu'aux subdivisions imaginaires de Sylvius. «gs remarques suivantes sur la variole (1) et sur diverses res maladies confirment , j'en ai l'assurance , cette manière roir.

«es petites véroles épidémiques et régulières commencent en kéral vers l'équinoxe du prinlemps, les irrégulières dès le is de janvier (2). Les varioles sont discrètes ou confluentes. ,fe auteur a étudié avec un soin minutieux la marcbe compa- ^ve de ces deux espèces de varioles ; il suit pas à pas le dève- ^ment des pustules; il n'oublie pas de noter que, pour les ioles simples, l'appareil fébrile tombe en même temps que se - ^'éruption (3) ; il énumère toutes les complications qui peuvent ^enir; il dislingue en praticien consommé (4) la fièvre primifc ou de suppuration de la fièvre secondaire pulride ou de relation. Sydenham insiste pour qu'on ne pousse pas à la sueur, pme c'était et comme ça été si longtemps l'habitude ; il attribue ette fâcheuse méthode les pétéchies, la malignité et la mort; Lse d'un régime et d'un traitement rafraichissants, lors même

^ Voy. Observ, med,^ III, ii^ anuées 1667, 1668, partie de 1669.

feï) Sydcahain généralise trop volontiers des observations relativement, mais non

'-Jument exactes sur Tépoque de L'année où apparaissent les affections qu'il ap-

^ épidémiques; ces questions de chronologie saisonnière ont été rectifiées avec

bjogrès etreilcnsionde la statistique médicale. — La petite vérole est, au dire de

^oham, une maladie nouvelle; la raison qu'il en donne {OLserv. tned,^ \, iv,

K.6}, c'est qu'Uippocrate ne Ta pas décrite. 11 admet qu'il y a des maladies non-

^s et des maladies éteintes, parce que les alU'^rations secrètes de l'air >aricnt

■ftot les siècles.

^) 11 a fait précisément l'observation opposée pour la rougeole; il ne manque

«de remarquer aussi que les rougeoles retentissent le plus ordinairement sur les

C^bruncs muqueuses, tandis que les phénomènes calurrliuux sont l'exception pour

^tite vérole. Voy., par ex., Observ, ttied,^ IV, y, où il établit très-bien le dia-

^tic différentiel des deux affections.

^) SfU'flula monit,^ I. La partie qui regarde la petite vdrole.

132 SYDËNHAM.

qu'il y a de la diarrhée (1). Quoique Sydenham déclare quilne sait absolument rien de la nature de la variole (§ 80), il penche à croire qu'elle consiste en une inflammation particulière da sang et qu'elle se compose de deux temps : la séparation cl V expulsion de la matière morbifique;la fièvre produit la séparation ; cette séparation une fois opérée parrébuUîlîon du sang, h matière se répand dans les pustules qui lui livrent passage en se rompant. Pour ces deux opérations, il ne faut ni brusquer niestravcr la nature (2); ce n'est pas l'œuvre du premier ^enude bien traiter la variole, maladie assez insidieuse et qui expose à la fois la vie du malade et la réputation du médecin.

Au chapitre troisième de cette même troisième section (voja aussi I, II, 16), Sydenham décrit une fièvre variolique sans variole et qui a régné concurremment avec les petites véroles eipandad le même temps ^ c'est-à-dire pendant les années 1667, 1668 et partie de 1669. De même pour les années 1669-1672 (8), i admet une fièvre dysentérique sans déjection, mais caractérisée par des sueurs abondantes.

Laissant de côté quelques rares explications, tribut payéib mode , écarlan t aussi quelq ues moyens thérapeutiques mal justifiéSi

(1) li permet même nu malade de se lever si le peu d'intensité de VénipUM (t la saison le permettent.

(2) C'est ce qu'il confirme dans son Épitre ù Guillaume Colle, qui se iMitt^ régime rafraîchissant dans les varioles discrètes^ et des narcotiques^ surtout dttfixf diacode, de préférence an laudanum^ dans les varioles conflucutcs. Dans st'réfMSf^ Sydenham renouvelle expressément la recommandation de ne pas retenir to^JM*' les malades au lit dans les varioles bénignes^ mais surtout nu début et quiad** pense que la variole sera confluente, parce que le lit pousse aux pustnki ë ^ et suiv.).

(3) Ohwrv. med., IV, i. Ces vues sur les fièvres ^arioliques et djsentêri^ persistantes sont certainement trop générales; elles tiennent à un esprit wif» prévenu et à des eri'curs successives de diagnostic ; mais on y rectinnait rinflW de? mahulics épidémicpuM sur les lièvres qui ne sont pas nettement candérisées. — On admet, et encore n(»n sans hésitation, qu'au milieu d*une épidc«* de variole il y a <iuei(|ues individus qui éprouvent tous les symptômes de It fif"* variolique sans pustules, ou du moins avec une ou deux pustulcti «(ce qui Bi*e»t arrivé à Thôpital de l)ij<»n dans une grande épidémie qui régna parmi les sokbt<: mais de là ù la proposition de Svdenham il y a une distance immense.

SYDHNHAM. 733

on esl étonné de rencontrer tant de traits frappants de vérité, tant de conseils excellents en un siècle où se sont produits les excès do dogmatisme en médecine, où régnait le délire des hypothèses pour expliquer les maladies, en un siècle où Ton vantait Ilippo* crate sans même sogpçonner en quoi consistait- la méthode l'observation ; dans un pays où Willis, Uuncan, Fioyer défendaient l'iatrochimisme, où Pitcairn et Colo introduisaient Tiatromécanisme. Dans cet examen si attentif dos constitutions médicales en général et de chaque malade en particulier, on reconnaît l*émineni praticien qui, en 16S0, écrivait au docteur Brady (1): « Dieu a réservé pour un pclit nombre d'hommes supérieurs Timmense privilège de pouvoir contribuer à améliorer la santé publique... Quant à moi, j*ai toujours pensé qu'il valait infiniment mieux trouver le moyen de guérir inéme la plus petite maladie que d'amasser les trésors de Crcsus. » On reconnaît bien aussi, en lisant son œuvre d'un bout à l'autre, le médecin qui écrivait» dans la Dissertation épistolaire adressée à Cole (§ 56) : «t \]a médecin qui n'a pour se régler que son imagination ne peut guère que se tromper; celui qui passe son temps à forger des systèmes sans consulter les faits, perd sa peine, n'avance pas la pratique et ne saurait man(|uer de s'égarer lui-même tout sn jetant les autres dans l'erreur. >

Cène sont pas 1& de vaines paroles inscrites sur un drapeau pour protéger toutes les fantaisies de la niélliodc à priori; Sydenham, je n*ai pas manqué de le dire et même de le prouver, ne s*est pas Bomplétemenl affranchi dos explications, mais en général, sur* lout après la description de la première constitution, c'est sur les observatiom et non sur les explications qu'il règle la thérapeutique; dans la recherche des indications, il s'occupe moins de la nature intime des maladies que des phénomènes ou syniptAines qui révèlent l'état général de l'organisme, et il épie les moindres effets des remèdes employés pour juger s'il faut les suspendre Jes modifier ou les continuer. Sydenham, je ne crains pas de l'ailirmer, a fait pour la pathologie, avec un peu moins de sûreté, parce que la question est beaucoup plus compliijuée, ce

(1) EpMota I resjwnàon'a, *2«

nh STDBNHIM.

que Harvey a fait pour la physiologie, ce que Técole ilalienne et l'école hollandaise ont fait pour l'anatomie. I

On a prétendu (1) que Sydenham était non le successeur [ d'Hippocrate, mais le précurseur de Rademacher, un mystique frotté d'honuBopathie ! Je vous demande. Messieurs, si jamais Sydenham a ressemblé à un pareil homme. Sydenham est le précurseur des StoU, des de Haen, des Stôrck, des Franck, des Huxham, des Pringle, même des Corvisart et des Laenncc, non qu'il ait trouvé le diagnostic local, il en était même fort éloigné, mais parce qu'il y a conduit en ramenant à l'observation attentive et continuelle des malades.

Pourquoi Sydenham a-t-il conservé un renom si grand, non pas seulement auprès des historiens de la médecine, mais parmi les simples praticiens? Ce n'est pas assurément qu'il fût doué d'un génie hors ligne ; c'est tout simplement parce qu'il était lui-même un praticien de premier ordre, c'est parce qu'il a trouvé de bonnes méthodes de traitement, fondées sur des indications rationnelles et non sur de vaines théories; c'est parce qu'il a observé la nature, et que loin de la défigurer, il s'est tonjours efforcé de la peindre sous des traits reconnaissables : les faits demeurent, les théories passent. Il y a longtemps que lei coryphées deTarchéisme, de la chimiatrie ou de l'iatromécanisme seraient à peu près oubliés de la foule des médecins, si Thistoire attentive n'eût recueilli et pris leur nom sous son patronage ; mais, n'eût-on jamais écrit une histoire de la médecine, les échos de la tradition auraient transmis aux âges futurs le nom de Sydenham.

(1) Kissel dans Janus, 2^ sûric^ 1851, I, ii, p. 268^ cl la Héfutation, pir Tbie^ felder^ 11^ m (1853), p. A2G. — Kissel insislc parliculièrement sur la division do maladies en espèces. Mais il n'avail pas bien compris l'idée de Sydenham, qui veut seulement dire: il y a, dans chaque maladie, des caractères généraux et des caractères spéciaux, comme dans les familles de plantes; ce sont les caractères spéciaux qui constituent Tiudi? idualitc et qui règlent les indications particulières.

SovHAiiE : Orifrine», dcveloppementi:, iliiïusinn, lransroriiisitioii< (lol'iitniiiiécauisiiio.

— École iUlienne : Snnctoriii^; Bim'lli; Bellini; Ri^'U\i ; Hniiiiisr/ini: Lniirisi; DeSanriri»;Gii|riielinini; îliihclntti; (>i*tcroiizo Mnz/iiii ; nazicnlino; HiTiinuilIi.

— École ■nglaise : Archihald Pitcairn ; W, Cole ; Keill ; Meud^etc. — Apparition de ViatromêcaDisnio en Franco. — Srs ttéhuts en llollando et en Allonia^rne : BnerliaiTC, Hoffmann. — I.e* ReinciN iVohwrvatio/i.i nicdirales et chiriir^'ii-ali's au ZVii* siècle. —De l'ëtatdc la chirurgie durant ro siècle.

Messieurs,

Nous n'en avons pas encore fini avec le xvn' siècle ni avec toates les théories médicales (|iie ce siècle a cnFanlccs. D^Jà, à plus d'une reprise, V'»us avez enlendii le mot iatronirctmisme (on disait aussi ialroniathvmatique)\ il cunvicnl ici de définir le mot et de faire eonnailre la doctrine on élndianl ses principaux représentants, qui appartiennent particulièrement à Tlialie et à TAngleterre, où les sciences pliysitpjes èiaienl en Riand honneur. L'iatromécanisme n'est autre chose c)uc Texplication dos mouvements organiques, même des plus intimes, et rlos maladies par les lois de la mécanique, de la statique, et de rhydrauli(|uo avec le concours des formules aIgéhri(iuos (1). C'est une réaction, en physiologie, contre les faculfvs mitufc/Ies de Galion, et Varthéisme \ en pathologie, contre la chimiatrie et les excès de Thumorîsme.Galienest complètement sacrifié; mais Ilippocrale trouve encore des défenseurs dans cette secte.

On rattache ordinairement celle doctrine au fameux Sanctorius (1561-1636), à Tauleur de la Médecine statique. 11 est vrai que la théorie de la perspiration insensible fait partie de riatroméca-

(l) P*r e\. Bnrelli De mo(u anwinfi; pars H*, cap. xvi, prop. 101, nunpnrc rculomAC A un pressoir; sa force chez certains «rnllinacc» e^t de 1350 IImvs; lu nutrition, les sécrétions, sont des opt-ralions tout à fait niôcaniques. — Voy, Marey, Phtf^ioi. de la drcul. du sang^ p. 90 : Fmce du apur.

736 lATROMÉCANISME.

nisme (1), mais seulement à titre d'accessoire. L'iatromécanisme a une bien autre généralité que la médecine statique; cette doctrine procède de tout un ensemble de connaissances physiologiques étrangères à Sanctorius, qui a écrit avant la publication du livre de Haï vey {VArs statica est de 1614) , et à plus forte raison, bien avant les grandes découvertes faites en anatomie et en physiologie dans la seconde moitié du xvii* siècle. L'iatromécanisme se propose d'embrasser à la fois toutes les fondions et toutes les maladies; il sort directement, par Borelli et d'autres, de lMca6f^mt></^/ Cimento (2). S. Sanctorius {Sanctorio Sanctoro) de Capo d*Istriai s'est borné à rattacher les maladies aux troubles de la perspiration insensible, qu'il distingue soigneusement de la transpiration (1, 21 et suiv.), et pour cela il a passé une partie de sa vie dans une balance, aHn de déterminer les moindres changements de poids en plus ou en moins (3).

Voici les principales propositions du livre de Sanctorius ; quand on les mettra en regard de l'exposé de la doctrine iatromécanique, on reconnaîtra aisément qu'il est difficile de faire sortir Borelli) Bellini, BagHvi, Pitcairn, Cole, etc., de la balance du professeur de Padoue, quoi qu'assis sur cette balance, comme sur un trépied, Sanctorius ail rendu quelques bons oracles d'hygiène que les iatromathématicicns ont précisément négligés. — Si chaque jour dans le corps s'opérait l'addition de ce qui manque, et la soustrac'

(1) Voy. pur ix. Borolii De mottt anim,, pars 11, cap. xv. II montre l*il1lpo^ tance qu'il y a ù étudier le rapport dos niouvcmcnls de nutrition et des mouvomealf d'élimination {motus tiutri/ivi e[ molu'i clestructiii), Iai vie de Tanimal consistées un mouvement perpétuel des particules ori^^aniqucs. Les dej^rés de la vie et U perfection dos animaux se calculent sur la rapidité môme de ces mouvements; et justement Borrelli dit à propos de ce double mouvement que le corps ne saurait êlit comparé ù une construction quelconque, mais ù un fleuve, à la flamme^ ou iunt légion eu marclic (prop. 188).

(2) Voy. plus haut, p. 698, note 1.

(3) D'abord professeur à Padoue (iCil), il se retira en 1624 à Venise, «r rinvitation du Sénat. La première édition de VArs Sfuictorii Santoni De medkitm statistica, a paru à Veni.-c en 1614. Dans mes citations, le chiffre romain représente la section, les chiffres arabes, les aphorismes. — I/ouvragc est divisé en sept sections : De ponderutione inscnsiOUi j^erspiratiouis ; — (jfc aère ci aquû;^ ék cibo eipotu ; — de somno et vigilia; — de exenitio et quiète; — de veriet^; ^^dt anuftt a/fectibus.

n de ce qui est en excès, la santé perdue se relrouvcrail aiscsnt, ou la santé présente se conserverait toujours. — Le méan qui a seulement égard à la nourriture alimentaire {addition) aux déperditions sensibles, et qui ne sait pas ce qu'on perd 3tidiennement par la transpiration insensible, ce médecin-là mpe ses malades et ne les guérit pas (I, 1-2). — La transpiion insensible est ordinairement plus abondante que toutes les icoations sensibles réunies. La transpiration insensible s'opère r la surface cutanée et par la surface pulmonaire; elle varie i^anl les aliments, le pays, le temps, Tûge, les maladies, les Losyncrasies. Si l'on absorbe en un jour buit livres d'aliments, I en dépense environ cinq par la transpiration insensible 6,7).— Il fautparticuliérement surveiller les rapports de poids tre les aliments ingérés, la perspiration et les évacuations senties. Si Ton reconnaît par la balance un obstacle à la perspi- Lion, il faut s'attendre à quelque trouble. La transpiration lensible mêlée de sueur n'est bonne que si elle remédie à lelque grand mal (I, 9 et suiv.).

Les meilleurs signes d'une bonne santé sont de se sentir plus [er, bien que le poids du corps n'ait pas diminué (I, 30), et éprouver pendant la nuit une perspiration assez abondante sans eur (I9 62). Les premiers germes des maladies sont reconnus us sûrement par l'altération d'une perspiration anormale que r la lésion des fonctions (I, â*2).

L'aateur expose ensuite quels signes de maladies donnent les rables de la perspiration, et quelles sont les circonstances inrieures {C occupation de forfjanisme à la digestion ou à (|uelque acaatioQ thérapeutique, la diversion ou distraction des luieurSi par exemple la douleur, la diminution des forces), ou térieures (flux, vomissements, habillements, chaud ou froid, fc, exercices, remèdes intempestifs, etc.), qui entravent la perjralion en employant les forces ailleurs (1). Sanctorius pense que les hommes comme les femmes deennent plus pesants au milieu du mois, et (juc chez eux la crise

(1) Il esl dommage que Sanctorius n'ait pus connu l'IiydroUicrapie; il aurait pu ronner beaucoup de ses idées sur l'action du Troid et Taire de curieuses obser- Kmnu lur les fooctions de la peau.

MUtnvuc. 47

738 MÉDECINE STATIQCE.

qui les allège, s'opère par des urines chargées. C'est là leurs règles (1, 65, 66). — Moins le poids varie d'année en année, meilleure est la santé (I, 69). — C'est le renouvellement quotidien delà chair chez un animal vivant qui l'empêche de se corrompre (1, 80). Si les vieillards n'atteignent pas l'âge delà décrépitude, c'est qu'ils perdent par une mauvaise hygiène les forces nécessaires pour la perspiration (1,85).

N'oublions pas cette remarque, que confirment la polyurie el le diabète : quand on urine plus qu'on ne boit, on transpire peu ou point (I, 91) ; ni celle-ci : la lipothymie soulage dans les grandes lièvres en amenant la transpiration (1, 98).

Si la médecine statique était absolument vraie, s'il fallait s'astreindre à toutes ses exigences, si elle était la seule voie de Stilut, l'univers devrait se résigner à passer sa vie dans une balance, et les hommes n'auraient pas d'autre occupation que de peser ce qui entre dans le corps et ce qui s'en échappe! La vie ni la santé ne vaudraient les embarras et la servitude que coûteraient leur entretien et leur conservation. Mais cette médecine n'est pas plus vraie d'une façon absolue dans ses applications à la pathologie que dans ses principes.

On trouve quelques bonnes remarques dans les six sections consacrées à l'hygiène; encore ces remarques n'ont-elles rien de très-nouveau, et sont entremêlées des propositions les plus étranges. Par exemple, dans la section troisième, où Sanctorius étudie les circonstances les plus minutieuses qui dans le boire ou dans le mang&r peuvent influer sur l'état et la quantité de la perspiration (car la perspiration insensible est un résidu de la troisième coction, celle qui se fait dans les glandes et les viscères, III, 8i), nous lisons : Les flatulances ne sont qu'une ce?'taine matière perspirable brute (111, 13). — Pourquoi périt-on de faim, si le sang ne manque jamais dans un individu vivant ? Parce que le sang abandonne le cœur pour se porter dans le vide de l'estomac (111,17). Et puis, celui qui voudrait se conformera toutes les injonctions de Sanctorius, ne mangerait guère plus à sa table que Sancho à celle de l'île de Barataria.

Pourquoi les personnes affectées d'une maladie pernicieuse guérissent-elles 7 Parce qu'elles peuvent disposer de plusieurs

degrés de poids compatibles avec la santé ; les maladies en eflet enlèvent en moyenne, plus ou moins, trente livres, suivant la corpulence et suivant la durée de la maladie (I, 81). — La transpiration insensible supprimée détruit la vie non-seulement des parties principales, mais aussi d'une partie infime : des parties principales, par exemple l'apoplexie pour le cerveau, la palpitation pour le cœur, la polyémiepourle foie, la suffocation pour l'utérus, et, pour une partie infime, la gangrène (1, 86). — Pourquoi la perspiralion insensible est-elle empêchée dans la fièvre intermittente? Parce que l'humeur peccantc est à la périphérie du corps (1, 95). — Le tétanos vient de ce qu'on a fermé l'issue de la plaie du nerf (I, 99). — Rien ne nuit plus aux ulcères malins que les topiques qui gênent la perspiration (1, 117). — Les aphorismes 126 et suivants sur la peste, que l'auteur attribue avec raison non au contact, mais à la contamination de l'air, renferment un conseil excellent quand on peut le suivre sans honte pour soi, ou sans dommage pour les autres : celui de fuir le plus vite et le plus loin possible les lieux infectés ; mais la bonté de ce conseil ne prouve rien pour la bonté de la doctrine. — Sanctorius, outre divers préceptes que tout le monde recommandait en temps de peste, donne celui de célébrer les oflices divins en plein air et non dans les églises, afin de ne pas accumuler des gens déjà infectés el des gens sains dans un espace étroit; il veut dans une même maison séparer les pestiférés de ceux qui ne le sont pas; enfin on doit se défier des chirurgiens étrangers, qui sont d'autant plus satisfaits que les ravages de la peste sont plus étendus ; des remèdes internes, dont aucun n'est bon ; des volailles achetées aux marchés, parce qu'elles sont certainement touchées par des gens qui ont le germe de la maladie (I, lAO).

Vous comprendrez, Messieurs, après ces extraits, que nous ne paissions pas partager les élans d'enthousiasme de Baglivi (1)«

(1) PraefaL ad canones tie mrfh'ctna fto/idorum, el canons C, 9, 10 (où Rà^U\ 00e dire que la médecine statique et la découverte de la circulation sont les doux pôle« de la fraie médecine); 27, 31^ 41^ 44 et 60, où il anatliématise ceux qui blasphèment contre Hipporrate, Sanctorius^ Har\ey et Duret. Cr. aussi Prfuis Metftoa» I9 yh, 7. -— De nos jours, on recommence h peser les malades.

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