BELLINI. — PHYSIOLOGIE
mère (1), en verlu de la contraclililé naturelle des membranes, et| à ce qu'il semble, de l'excitation produite par le liquide sanguin et le liquide lymphatique (prop. 13).
Fidèle à son système sur l'action de l'air dans la génération, Bellini, et ici il se rapproche un peu de la vérité, soutient que, non-seulement il n'y a pas de ferments spéciaux pour expliquer les diverses sécrétions et les dissolutions de liquides et de solides, mais que Taîr est l'unique et vrai ferment dans le corps animal; toutcrois il ajoute aussitôt, quant aux sécrétions, qu'elles s'opèrent à travers les porosités artérielles par l'impulsion latérale du sang contre les parois de ces vaisseaux; ce n'est qu'une question de pression. Les glandes ne sont pas autre chose que l'enroulement des artérioles; de la diversité de forme des glandes résulte la diversité des fluides sécrétés; les maladies ne dépendent pas de raltération des ferments s[)éciaux et ne sont pas guéries par l'administration de remèdes spécifiques (2).
La seconde partie de l'opuscule De motii cordis est plus spécialement consacrée à l'explication, par les lois de la mécanique el de l'hydraulique, du mouvement du sang à travers les vaisseaux; comme leur forme est conique, il y a, pour ainsi dire, deux courants : l'un central et direct, l'autre consistant en une pression latérale sur les parois (3) ; les inflexions des vaisseaux sont une cause de diminution de rapidité (prop. 15 et suiv. — Voy. aussi De motu bilis^ prop. 25-29).
L^'opuscule De missione sangidnis {h) est consacré l\ résoudre
(1) Il faut, sans doute, lire dure-mère, — Voy. plus loin in Uïéorio do Bttîili\i sor les mouvement» de la dure-mère.
(2) De fermentU et giandnliSy prop. 32 et suiv.
(3) Il diviso les canaux en btjrfjues ou rernics d'un eôU>, couinic sont l'inteslin taerum et loi canaux aériens, qui se terminent flans le' poumon anx petits sacs clos (ré««c«/»)dc Malpifrlii) et en nnveiU à leurs deux extrémités, comme sont les vaisseaux. Lei uns »nnt cylindriques, les autres coniques, et i) en déduit la théorie de U marrlic des liquides (/> motu bili/i, prop. 30). 11 a montré que la bile coulait des rameaux vers le tronc et non du tronc vers les rameaux (/6iV/., prop. 31); il aurait pu faire la même observation pour les veines, les lymphatiques et les
chylifèrcs.
(à) Cet opuscule, tout à fait théorique, est distinct de l'opuscule portant le môme titre que celui que j'analyse p. 775 et qui se rapporte plus à la pratique.
PAEEHBnC. Ad
770 lATROBlÊGAllISME. — ÉCOLE ITALIEMME.
ce problème: étant donnés, soit le temps le plus long pondaol lequel Tliomme, dans son état naturel, peut vivre sans aliment^ et sans perdre ses forces ; soit la quantité quotidienne de la perspiration dans l'état naturel ; soit la consommation quotidienne du sang par l'accomplissement des diverses fonctions (1'^ déterminer la plus grande quantité de sang qui peut être soustrailf dans cet état naturel, et dans le même temps, sans déprimer ks forces et sans que le sang lui-même en perde.
Il est impossible de rien imaginer de plus futile et, parfois, de plus impénétrable que cette suite de raisonnements accumulés pv Bellini pour démontrer sa thèse et pour arriver à prouver qu'oo pourrait, sans abattre les forces, tirer à un homme, en trois joon» dix-huit livres de sang! Il semble même que Tauteur veuille coidure de là que la saignée bien ménagée, en plein état de suti {secioidtim Uiiitudinem sanitatis)^ peut non-seulement ne pu abattre les forces, mais les réparer (prop. AS et A A) . Cet écrit esl dirigé évidemment contre les détracteurs ou les preneurs avesgles de la saignée ; l'auteur cherche à établir, d'après la statique, des préceptes fixes pour les émissions sanguines.
Bellini pense que le temps qui peut le mieux faire juger deb force naturelle de la circulation, est le repos du sommeil; c'est surtout pendant le sommeil que le corps se refait par la nutrition, et surtout pendant la veille qu'il se détruit par la multiplicité des opérations qui causent despertes considérables (prop. 45). La force qui produit la circulation naturelle, c'est-à-dire, qii met en mouvement les muscles du cœur et de la poitrine, et préside à la contractilité \superaddUa ; voy. plus haut, p, 7(57-768) des artères, est contenue dans une quantité de sang beaucoof moindre que la masse totale de ce liquide (prop. 47 et AS) (S)*
Quant aux émissions sanguines, dans l'état de maladie on ea règle remploi sur celte double considération : la force circahtoire est la même ou plus forte que dans l'état morbide; alors»
(1) Lo sang Yicié de fa(;on à altérer les forces équivaut au sang normal, ■■' dont la quantité est moindre que celle qui est nécessaire pour entretenir les br(*> (prop. A2 et 50).
(2) On en donne pour preuve rexiguîtc des nerfs cardiaques et la petitcM ^ artères coronaires qni fournissent la matière de la force du cœur.
BELLIHL — PATHOLOGIE. T71
al donte, il faut saigner ; elle est moins forte» alors on doit [aminer où est plutôt le péril de vie, dans Tabslention ou dans pratique de la saignée; en tout état de choses, ne pas diminuer sang au delà de la quantité nécessaire pour entretenir les rces, surtout celles du système circulatoire (prop. 49). Tout la reste dans le domaine de la spéculation. Il en est de même >ar les stimulants (prop. 53) dont l'action est expliquée par le ipport de force, de faiblesse et d'exactitude des aspérités des »iix corps mis en contact, d'où résultent des contractions, des iStensions, des succussions dont la série varie à l'infini (1).
Les ouvrages pratiques de Beliini sont un peu plus compréeosiblesqueses ouvrages théoriques, et ils n'ont pas absolument irda toute utilité. Le traité Des urines renferme quelques innés remarques sur la trop grande importance que les tiroaneiens donnent à la seule inspection de ce liquide. Les signes le fournissent les urines ne sont ni très-certains, ni trés-sûrs, démonstratifs ; on n'en peut tenir compte que secondairement comparativement avec les autres signes ; on doit surtout bien nnaltre la qualité et la quantité ordinaires de l'urine chez \ individus en parfait état de santé, et ne pas se laisser tromr par des modifications accidentelles ou qui tiennent à des cir- DBlances tout individuelles ; car les urines peuvent varier dans le maladie, sans que cette maladie y soit pour rien. Les parties nslitaantes de l'urine sont des substances salines, terreuses, Teau commune ; les variétés normales ou pathologiques qui se oduisent dans la quantité, la qualité ou le mode d'émission ', Tarine tiennent à l'abondance plus ou moins grande de l'eau des particules solides dont la proportion exacte est détruite ;
^1) Dans l'opufcule De contractione naturali in lilio contractili {prop, bi), il est estkni de la comprcsnbilité et de la dilatation de l'air, de la dilatation et du oor mr enz-méines de l'eau et du mercuro, phéiiomèoen reconnus par les phy- (tas et qjiie Beilini UiToque à l'appui de la théorie de la cootractilité. Du reste, il ft 1a eomiràeiio et la distractio, partout, même pour la séparation du cruor et du um après la saignée. Dans le CorolUiù'e de ce même traité, déductions 12 et 13, lliai pense que dans tout mouvement il y a une certaine dépense et déper« ion de cbaleori une certaine dissolution et déperdition des parties, d'où la né- Mité de réparer cet pertes. Cette proposition mérite d'être remarquée.
772 lATROMÊGANISME. — ÉCOLE ITàLIENNE.
il ne faut faire intervenir en tout cela ni la coctian ni la bile. Les nuages, suspensions et dépôts ne sont que les parties constituantes de l'urine, lesquelles, n'étant plus soumises à ragitation du sang, occupent différentes places, suivant leur pesanteur. L'urine est un excrément de toutes les coctions ; elle provient surtout des boissons; aussi faut-il qu'il y ait entre le liquide ingéré et le liquide excrété une proportion naturelle. Il est diflTicik de savoir si Turine est une partie déjà transformée eu substance animale, mais séparée par la force de la circulation et par la chaleur, ou si la partie aqueuse de l'urine n'est que du liquide aqueux non transformé.
Comme Sylvius de le Boe, et dans le même sens que lui (voyei plus haut, p. 5A8), Bellini s'occupe de la sonorité des urines tombant dans le vase ; il l'attribue à l'intensité du mouvement d'émission et à ce que Turine contient des matières plus ou moins sonnantes et sèches, ou plus ou moins visqueuses et humides. Leâ poils, les cheveux qu'on prétend être rendus par l'urine sont des filaments détachés des reins altérés.
L'opuscule se termine par un recueil, avec commentaire, des passages relatifs aux urines qui se lisent dans la Collection hippo* cratique.
Il faut relever, quoiqu'elles soient ou trop absolues, ou ei partie fausses, et qu'elles ne reposent sur aucune expérience concluante, les propositions suivantes, dans l'opuscule Surit pouls (1) : le sang est envoyé par le cœur 5et// jusqu'aux cxlré' mités des artères, et les artères se dilatent sous la pression di sang ; aussi le cours du sang diminue-t-il de plus en plus depnis le commencement jusqu'à la fin des artères \ cependant Belliv admet que toutes les artères battent au même moment. Quant n mouvement de diastole des artères qui s'accomplit quand l'ondée sanguine les quitte pour passer dans les veines, il serait difficile de déterminer si c'est pour lui un mouvement purement passil ou s'il admet l'intervention de l'élasticité et de la contractilitê de ces vaisseaux (2) : € Séries arteriarum seu subito restitaetnr,
(i) Comme pour les urines^ Bellini examine aussi la doctrine ancienne. (2) Yoy. cependant plus haut, p. 7 70» et plus loin^p. 770, où il semble qa'iliti' question d*un« contraction des artères.
BBIXINI. — PATHOLOGIE. 77S
ea subito quodam moiu rapielur introrsum. » — Les signes mrnis par le pouls ne sont pas moins trompeurs que ceux qu'on mt tirer de Turine, car toutes sortes de circonstances non morides, et, en particulier, le degré d'intensité des mouvements du eur, peuvent le changer. Cela est fort exagéré, car on peut^ plus ordinairement, distinguer les variétés morbides des variés physiologiques du pouls.
Après avoir déGni les fièvres continues et les diverses fièvres itermittentes par la durée et par leurs caractères extérieurs, près avoir décrit, en se tenant dans les données traditionelles (1), leurs causes occasionnelles sous le nom d'ajitccedcntia, iars symptômes sous celui de conjtincta, leurs complications, ou turs suites, ou leurs reliquats (succedentia) , Bellini explique la ilure de la fièvre et émet les propositions suivantes : 11 n'y a pas i fièvre sans un vice du sang ; le sang est vicié eu égcird à son loovement, à sa quantité, à sa qualité, surtout eu égard à Texcès Il au défaut de cohésion ; ce qui peut tenir à une cause intrinsèque I à l'introduction d'un corps étranger, d'où les changemenis plus 1 moins nécessaires du pouls. Par exemple, la fièvre éphémère a )ur cause efficiente le ralentissement des mouvements du sang, ir suite de la diminution de la contraclilité musculaire, laquelle minution dépend d*un moindre afflux du liquide nerveux, quand est la tristesse qui est la cause de cette fièvre; la colère produit
même fièvre par des efi'ets justement contraires. De celte façon, 1 n'est jamais embarrassé pour fournir u toute chose une expliilîon. Les symptômes, les complications, ou reliquats, ou suites i la fièvre éphémère, sont une conséquence des troubles du lonTcment du sang. D'autres espèces de celte fièvre dépendent 'ane altération soit de la quantité, soit de la qualité du sang.
en est de même pour toutes les autres fièvres continues.
Voici maintenant, sur les fièvres intermittentes, des proposions qui rappellent, parfois en les exagérant, celles de Borelli ir le même sujet (2).
(I) 11 semble du reste, partout rcnseniblc et par la date de ses Opwcuia prnc- 90, que Bellioi était peut-être alors un peu moins exclusivement attache aux gmes de l*iatromécanisme.
(9) Voy. plu haut, p. 763.
77& lATROMÊCANISIIB. — fCOLE ITAUENNE.
La fièvre quotidienne intermittente est un vice dans la qualité du sang, vice qui, par une viscosité (lentor) adhérente aux artères (1), est apte à arrêter la chaleur; cette viscosité peut être entraînée par les artères ; mais, ou bien elle revient, ou il s'en forme de la nouvelle toutes les vingt-quatre heures ; de là le type quotidien. Dans la fièvre tierce, cette viscosité revient tous les deux jours» et ainsi pour les autres types; seulement, on doil admettre aussi que, dans les fièvres tierce et quarte, la viscosité est plus tenace que dans la quotidienne (prop. 31, 32 et 33).
Les causes des fièvres erratiques attestent qu'elles sont produites par des viscosités diverses mises en mouvement en différents temps el ne reparaissant pas à jour Gxe, ainsi que le démontrent tous les symptômes. Comme il arrive souvent que, par suite des viscosités qui produisent cette fièvre et ses accès, le sang, continuellement en proie aune chaleur contre nature, perd toute son humidité, il en résulte qu'il se dessèche entièrement et se trouve disposé à la viscosité qui produit la fièvre quarte. Si la chaleur n'est pas assez grande pour dompter le froid, il arriven que la fièvre quarte succédera aux fièvres erratiques, et les choses en demeureront là ; mais la fièvre hectique se montrera si la cbileur est, au contraire, prédominante (prop. 3â).
Les maladies de la tête et de la poitrine sont également expliquées en partie mécaniquement (2) par les troubles de la circU'
(i) Cetto viscosité est souvent invoquée aussi pour expliquer les fièvres coilt' nues, où elle est alors plus fixe et plus tenace.
(2) La fumée de charbon, dans l'asphyxie, agit par compression^ en suite deb dilatation du sang par la chaleur. — L'intermittence dans les battements du conrit des artères dépend de ce qu'un obstacle empêche le fluide nerveux d'arriver régt* lièrement au cœur : par exemple, si quelque chose comprime non entièrendl) mais un peu, les nerfs du cœur, et, ne permettant pas au fluide de marcher dTaie façon continue, l'oblige d'attendre que l'obstacle cède ou que Taccumulatiai et fluide en triomphe. ^La syncope est une interruption plus complète etplnsloigtc au cours du fluide nerveux. — Si l'on veut voir comment les modernes ont à letf tour déterminé les causes mécaniques de la syncope, et par quelles eipérieasv i^ussi délicates que précises ils l'ont fait^ on peut consulter les Leçoiu depêikêhff e^qpérimentale de 11^ le processeur Sée^ Paris, 1866, p. 209. — Yoy. p. 199, sur les troubles produits par un défaut d'équilibre dans U artérielle; enfin, p. 213, sur les palpitetions d'ordre d^imicooinôcaiiîqua.