BELL1NI. — PATHOLOGIE
lation, en partie par les altéralions du sang, que ces troubles ou ces altérations naissent spontanément ou qu'ils dépendent de causes accidentelles. Du reste, toutes les maladies sont sympathiques ou idiopatbiques.
Si je m'arrête un peu plus longtemps sur le traité de Bellini, i)e missione sanguinis^ qui fait partie des Opuscula practica^ que sur ses autres ouvrages, c'est qu*il représente, h mon avis, font un côté de la doctrine iatrocnécaniciennc, la physiologie de la saignée, sur laquelle les aulrcs médecins de cette secte n'ont pas fourni autant de renseignements. C'est aussi la seule partie des ouvrages de Bellini où il soit question de la thérapeutique, et en particulier de l'action des stimiiU sur l'état du sang; car, dans les deux opuscules consacrés aux maladies de la tête et de la poitrine, on ne trouve que des descriptions et des explications. La doctrine du De sanfjuinis misfiione ne vaut assurément guère mieux que celle des précédents traités de Bellini ; du moins, on rencontre çà et là quelques points importants qui ont été de nouveau étudiés de nos jours par les physiologistes les plus habiles, entre autres, en Fr<ince, par M. Marey. Je livre les extraits et le résumé du traité De sanguinis missione à leurs méditations, espérant que quelques-uns, heureusement inspirés par la Muse de l'histoire, auront le courage de reprendre ces textes et d*en apprécier définitivement la valeur (1). Il leur appartient de juger on dernier ressort la physiologie iatromécanicienne ; quant a la pathologie, elle ne vaut pas la peine d'une discussion approfondie ; le peu que j*cn ai dit, d'après l'examen attentif des sources, me parait propre à décider l'opinion des médecins.
La tliéorie des émissions sanguines repose sur ces deux principes: dans l'état naturel, quand il n'y a pas de vaisseau ouvert,
(1) Les Uiéorics iatromccanicicnncs sont à la fois si fausses cl si obscures qu'après afoîr lu tou8 Igk textes^ j*ai voulu clicrclier quelques éclaircissements dans les Uftorienf mes prédécesseurs ; mais je n'en ai trouve nulle part de très-satisfaisants, ■i dans Spreogel qui erre à chaque page et qui a à peine enieuru les traités dont tt parle, ni même, si ce n'est pour quelques points de la doctrine de Borclli, dans les iloctes ottTrtges de Reozi (Histoire de la médecine italienne) y ou du vénérable Puccinotti dans son Histoire de la médecine.
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le sang coule à travers les artères, pendant la systole et pendant la diastole, avec une égale vitesse ; la force du courant est mesurée par le degré des efforts de la pression qu'exercent les pa^ ties qui environnent les artères (pression à laquelle Bellini attribue une grande influence) et par le degré de puissance du cœur contre les résistances que lui opposent la colonne sanguine contenue dans les vaisseaux et ces vaisseaux eux-mêmes. Le sang coulant à travers les artères fait effort contre le sang qui coule dans les veines, et, quelque faculté entraînante qu'on puisse supposer dans les veines, elle ne peut pas empêcher cet effort (1).
D'une série d'affirmations qui ne reposent sur aucune expérience (prop. 1), Bellini conclut que la rapidité du sang est plus grande après qu'avant la saignée; mais que cette rapidité est cependant moindre que celle qu*il possède pendant la saignée. Alors, en effet, tout le sang qui sort de la veine résiste difficilement au flux de celui qui se succède dans les veines et les artères qui leur sont continues, et presque tout le sang qu'appelle la saignée s'écoule. L'ouverture étant fermée, la saignée étant terminée, le sang qui succède à celui qui se dirigeait, à travers les veines et les artères, du côté de l'ouverture fermée, trouvera une plus grande résistance dans celui que la saignée attirait, et qui ne coule plus, que lorsqu'il coulait; ou bien sa rapidité sera moindre que lorsqu'il s'écoulait. La quantité du sang étant moindre après la saignée que lorsqu'il est tout entier dans ses canaux, la résistance sera, à la vérité, plus grande que durant la saignée, mais moindre que lorsqu'il n*y a pas eu de saignée. En d'autres termes, la rapidité du sang sera plus grande après qu'avant la saignée (ce que A. de Heyde a nié), mais moindre que celle qu'il possède lorsqu'il coule par l'ouverture de la veine (prop. 2),
Notre auteur se fait les plus étranges idées sur les effets qui peuvent suivre immédiatement la saignée ; vous allez en juger par une analyse de la troisième proposition (2).
(1) Souvent j'ai traduit le texte aussi Uttcraleinent que possible^ dan» la crainte (le donner à In phrase si embarrassée de Fauteur quelque entorse préjudiciable^ l'exacte compréhension de sa pensée.
(2) De son vivant, Bellini, renommé comme mathématicien, musicien, poète même, avait au contraire la réputation d'un très-mauvais praticien, ou du moiai
BEIXINI. — PATHOLOGIE. 777
Par la saignée seulement, et au moment même où elle est iliquée, tout le sang retenu dans les vaisseaux, devenu plus îde, moins cohérent dans ses parties, peut ôtre éparpillé {dimo- ■t), se raréfier, s'enflammer et fermenter d'une manière mer- Ueuse, de sorte que tout ce qui tient aux maladies, tout ce qui
digne de remarque et inattendu en elles, se produit aussitôt us le corps. Au moment même de la saignée il peut arriver, en Ire, que, sans cet éparpillement complet du sang, la séparation crition) de quelque humeur ou sa dérivation dans les canaux il enlièrement supprimée ou diminuée, qu'une autre humeur gmente, qu'une autre soit viciée dans ses qualités. Le pouls subit aussi toutes sortes de modifications (même des idi/ications qui ne seront pas perçues au toucher), en raison ; changements que la diminution du sang produit dans la ciration.
La saignée pratiquée sur une veine quelconque diminue la antité du sang, et, tout en augmentant sa rapidité, le refroidit rhumecte {le rend pitts liquide). Si, cependant, la nature du ig est telle qu'en raison de sa diminution il acquière de la char, la saignée pourra réchauffer et sécher. 11 est vraisemblable 3 le sang aura cette nature dans les âges, les tempéraments,
maladies, les pays, les saisons, le régime, etc., qui sont lads (prop. 5).
[1 en faudrait conclure que la saignée est contre-indiquée is ces diverses circonstances ; or, ce sont précisément celles i, le plus ordinairement, indiquent le mieux les émissions iguines. Bellini oublie de nous dire son avis sur ce point ^cial; il se contente de soutenir sa thèse à grands renforts
fastidieux arguments. Voici, cependant, ce qu'il pense sur pportunité de la saignée et sur le lieu ou on doit la pratiquer. On ouvrira la veine dans toute maladie ou l'on doit, soit dimier la quantité du sang, ou augmenter sa rapidité, ou éloigner enlever quelque chose qui adhère aux vaisseaux, ou donner
n praticien trcs-manicurcut. En ciïct, (i.ins ses oii\rap:es il scruit dirficilc de prendre une idée pratique di^nc d'un Sydenliain ou même d*un Ba^U\i; et tes ce dernier H*était cependant pas moins cn<?oué que Bellini de riatromécame; nuis il avait en même temps le sens médical.
778 UTROMÉGANISIIE. — ÉCOLE ITALIENlfE.
occasion aux particules qui composent le sang de se séparer, soit le modifier lui-même. Si la maladie demande une émission de sang, mais non sa modification, et que. cependant, il soit modifie par la saignée, on devra examiner (mais commentî) si ce changement nuit ou non au malade; s'il ne lui est pascoo traire, on passera outre et on tirera autant de sang qu'il est nécessaire; s'il lui est conirairc, on obviera à ce changement en donnant en boisson, aussitôt après la saignée, les liquides qoi peuvent le prévenir ou Tarrcler : des réfrigérants, par exemple, si le sang devient chaud (1), des émoUients s'il sedurcU^ei ainsi pour chaque espécû de modifications. Si la maladie est répartie dans tous les vaisseaux, il sera indifférent qu'on ouvre, dans n'importe quelle partie, ou la veine la plus ample ou lapins étroite, ou les capillaires. Si le mal quiexiire la saignée esilocil, il sera plus sûr d'ouvrir les veines issues du ironc commuai celles qui tendent vers le point î\ffeclé ou vers le côte opposé, que celles de la partie malade elle-mi^me. H est plus sûr encore de saigner d'abord d'une veine (|uelconque parmi celles qui vieinent d'un autre tronc, surtout si la région affectée se trouve i l'extrémité du corps, où la pression des parties est très-faible et où la rapidité du sang est diminuée; enfin des veines delà partie affectée, et .s'il y a quelque espace entre celle-ci et l'extrémité du corps, iJ sera plus avantageux de saigner dans cet espace, de façon que la partie affectée soit placée entre le cœur et l'endroit où se fait l'émission du sang. Il est moins bon de tirer do sang entre le cœur et la partie affectée; mais on agira très-sagement en pratiquant l'émission sanguine dans un lieu quel* conque autour de cette partie. Dans les maladies des viscèreii du poumon, par exemple, si le mal est limité au poumon, saignez du côté que vous voudrez; mais s'il se communique àb plèvre et à la poitrine, ou au tronc descendant de la veine cave, ou à ses rameaux ascendants (!), il sera prudent de saigner aussitôt de la veine du même côté, chaque fois que l'on pourra être assuré que la plus grande quantité du sang dont la dériva-
(i) C'est là une réponse, mais indirecte et incomplète, ù la question que je pou» tout a r heure (p. 777) à propos de la cinquième proposition.