‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 43 sur 102 · ROBINSON. — PATHOLOGIE. 88S · texte numérisé non relu

ROBINSON. — PATHOLOGIE. 88S

après quoi il donne le moyen de ramener dans les maladies aiguës ou chroniques ces divers phénomènes à leur élat naturel, qu'ils soient en excès ou en défaut. Il étudie les diverses circonstances (chaleur, humidité, âge, sexe, etc.) qui diminuent ou accroissent la consistance du sang ou la résistance des fibres, en insistant particulièrement sur les propriétés astringentes, resserrantes de Va* cide de Pair. Reprenant et complétant par de nombreuses expériences diverses propositions de Sanctorius, Robinson établit que la santé parfaite requiert, pour une stature donnée, une certaine quantité de sang proportionnelle au poids du corps, de sorte qu'une personne arrivée à Tâge adulte [grown persan) doit tou« jours conserver à peu près le même poids pour jouir d'une bonne sanlé(prop. hh).

De là tout un système de pathologie (prop. AO): la cause immédiate des fièvres est un changement dans \di consistance et la tex* iure du sang, changement produit par les causes éloignées : chaud, froid, excès dans le boire et le manger, excès ou défaut d'exercice, troubles dans les sécrétions et les excrétions. Au début des fièvres, le sang est plus consistant que dans la santé ; l'air froid ou rintermission des exercices, soit du corps, soit de Tesprit, commandent une diminution de la chaleur du sang, d'où résulte une augmentation de sa consistance ou densité. Au début des fièvres, la quantité des parties solides du sang (parties salines, terreuses, huileuses) est en proportion plus grande, par rapport aux parties aqueuses, que dans Tétat de santé. Ordinairement le poids du corps augmente au commencement des fièvres, et celte augmentation est plus forte en hiver qu'en été, dans les contrées froides que dans les chaudes, chez les personnes qui ont des fibres résistantes que chez celles qui les ont faibles. Quand les causes éloignées ont produit un changement dans l'état du sang, la fièvre qui s'allume en conséquence devient c un grand inslrument » dont la nature se sert pour dépurer le sang altéré, le ramener à son élat naturel, surtout en excitant la chaleur et le mouvement; or, il n'y a rien qui prévienne ou détruise mieux les obstructions et mène à une crise plus salutaire que la chaleur et le mouvement I C'est aussi la doctrine d'Hoffmann.

Le traitement consiste tout naturellement à faire de telles éva^^

88& lATROMÉGàNISUË. — ÉCOLE ANGLAISE.

cuaUoDS, à prescrire un tel régime et de tels médicaments, que la fièvre pourra opérer d'une manière parfaite la dépnratîon du sang. Robinson examine, eu égard à leur propriété de diminaer le poids du corps, Tabstinence, la saignée, les purgatif, les tomitifs, les sudorifiques, les vésicatoires {blistering\ la matière du régime. — Dans les fièvres intermittentes (communément appelées agues)^ la consistance du sang chargé d'impuretés est moindre que dans les fièvres continues (1) ; néanmoins on commence par les évacuations, et, quand le malade a subi plusieors accès, on administre le quinquina à doses rapprochées, mais assez fortes; une once ou deux au plus suffisent pour une per* sonne adulte. Ce médicament rend la vigueur aux fibres et la consistance au sang, active le mouvement de ce liquide et la contraelilité des vaisseaux, surtout quand il est mélangé avec quelque substance acidulé et astringente (2) .

Dans un autre traité publié à Londres en 1762 et qui a pour titre : Observations on the virtues and opérations of medicine, Robinson ajoute de nouveaux principes à ceux que je viens d'analyser pour expliquer le mode |d'action des médicaments. Apres avoir rappelé dans sa préface que toutes les parties des animaux sont composées de substances volatiles ou fixes, solides ou fluides, il ajoute : « Quand on sait combien les corps changent, eu égard à la dimension et à la densité des corpuscules qui concourent i leur composition intime, on comprend combien sont changées les puissances attractives et répulsives des particules ; et en reconnaissant combien ces particules changent, on apprécie quels changements elles produisent en tant que médicaments. Si b dimension des corpuscules est diminuée, leurs propriétés et ac* tions n'en seront que plus augmentées. »

Au début même de son livre, Robinson émet cette proposi* tion : les propriétés et actions des médicaments dépendent des propriétés et des forces de leurs petites particules; cette dépet-

(1) Gomme la plupart des ialromathématiciens, Robiason attribue le rciooriil accès à ua reliquat de matière fébrile^ qui n'a pas été dompté et eipulsé par m crise complète.

(2) Voy. plus haut^ page 86^, Note t.

WlNTRINGRAll. — PATHOLOGIE. 885

inee a pour cause Téther élastique et la lumière, d'après la )Clrine newtonienne sur laquelle noire auteur discute très-Ion* lement.

Ce traité, quoique fort curieux, ne brille pas par Tordre : loteur y rapporte successivement des expériences sur la fibre nscalaire qu'il a vue, comme l'avaientdéjàditHarvey et d'autres, llir pendant la contraction et rougir pendant la rémission; — ir les changenients que subissent la fibre, le sang et les autres lides misen contact avec diverses substances (l),sur l'influence i eés mêmes substances administrées à l'intérieur chez l'homme L les animaux. On trouve aussi une section spéciale sur l'action 38 Yomitifs relativement au mouvement du sang et des observaons de malades & l'appui ; des t<ibles de proportion pour le poids écifique ou la densité du cruor et du sérum; — enfin des relerches touchant l'influence que la contraction musculaire erce sur la circulation.

Dans ce même ouvrage (p. 25), Robinson altrilme la chaleur I corps au mouvement vibratile de ses parties, lequel mouveènt est causé par la même espèce de mouvement de l'éther élas- ]àe logé dans les pores; à son tour le mouvement de Téther est :cîté par la lumière, par la volonté ou par d'autres causes. Dans

n mémoire intitulé : A Dissertation on the food and discharges ^ human bodies, Londres 17A8 (p. 108), il attribue la chaleur 1 sang h son mélange avec V acide volatil de Cair. La chaleur A proportionnelle à la quantité de cet esprit animant [enlive- \ng 9pirit)y reçu par le sang dans un temps donné.

CUflon Wintringham, le fils, a résumé dans ses Commentaria p marbis quibmdam (deux parties; Londres, 1782 et 1791), ne pratique de quarante années tant à Londres que dans les lobourgs, et dans les hôpitaux militaires. Cet ouvrage, qui se impose d'une série de six cent trente-huit propositions aphogliques concernant surtout le diagnostic, le pronostic et le traiiment d*un grand nombre de maladies, échappe à l'analyse. Je )lëve quelques-unes de ces propositions : La mort subite proient, le plus ordinairement, comme le prouvent les aulopsieSi

(ij Voy. pins haat, p. 856, note 1.

886 lATROMÉGANlSME. — ftCOLE A!fGLAI8B.

de polypes ou de concrétions dans le cœur (11). — Dans les violentes angines inflammatoires, on peut recourir avec succès à la saignée de l'artère temporale, puisque les fortes hérno^ rhagies nasales, naturelles ou artificielles, les guérissent le plus souvent (16). — Les saignées, soit de la veine jugulaire ou de l'occipitale, soit de Tartére temporale, sont d'un grand secours dans les affections cérébrales (17. — Voy. 22 pour les affections des yeux). Dans les propositions 37 (vomissements) , AO (diabète), 59 cl suiv. (saignées et aspect du sang), 32& (fièvres aerveuses et ardentes), A45 et suiv. (obstructions), 638 (inflaoïmation di sang), on trouve, pour ne citer que quelques exemples» plusieurs traces des doctrines iatromécaniqucs. — Dans les fièvres inter mittentes (pernicieuses?) où l'intensité du froid fait craindre li mort du malade, l'auteur se borne à prescrire des moyens internes et externes qui peuvent pousser à une sueur violente (âS). — Dans les plaies par armes à feu, s'il survient de la fièvre sans motifs apparents, c'est qu'il se forme quelque collection purulente (78. — Voy. 145,lâ6etli7). — Le typhus pourpré des camps esl presque toujours accompagné d'hémorrhagie (118). — Winlringham a très-judicieusement remarqué que souvent au début la fièvres intermittentes simulent les maladies inflammatoires (32^). On trouvera de bonnes remarques (prop. 342 et suiv.) sur te maladies des femmes enceintes ou nouvellement accouchées, et sur la pratique des accouchements; sur la variole (381 et suiv.. et 622 et suiv.) — L'auteur s'étonne grandement qu'on ait proscrit la saignée dans les dyssenteries, surtout dans les dyssenleries des camps (/i20). — Extrême danger des dyssenleries accompagnées d'aphlhcs et de pétéchies (421). — Wintringham areconno sur le cadavre des ossifications de certaines (nonnullae) valvule? du cœur, qu'il avait soupçonnées pendant la vie (601. —Voy. aussi 603-605) .

J'ai trouvé à la Bibliothèque impériale un travail de CliM Wintringham (sur le titre Winterigham) le père ; il a pour titre' Commentarium nosohgicum morbos epidemicos et aeris vari&' tiones in urbe Eboracensi (York) ab anno 1715 asque ad fine» anni 1725 grassantes complectens. L'auteiir insiste 3ur (a fH-

WINTRIN6HAM. 887

quence et la marche de certaines maladies épidémiques ou sporadiques, eu égard à la température de Fair^ circonstance trèsimportante dont les médecins, sans en excepter Sydenham, n'ont pas assez tenu compte au dire de Winlringham. Il rapporte de nombreuses variations barométriques et thermométriques.

Les maladies qu'il a observées sont particulièrement les varioles, les fièvres rémittentes et inlermiltentes, les fièvres inflamaiatoires, et certaines fièvres nerveusesdu genre de Thystérie, accompagnées de vertiges, de tendance au sopor, de tremblement des tendons, de sueurs à la lêle, au cou et à la poitrine. Ces fièvres revêtaient parfois le type intermittent.

On surprend çà et là dans cet ouvrage des traces manifestes d'ialromécanisme, ou du moins de solidisme; l'auteur insiste sur la rigidité des parties solides, les vibrations des fibres et la viscosité du sang, phénomènes produits par la sécheresse et source de maladies inûammatoires.

Sommaire. — Suite de Thistoire de riatromécanisme. — Ecoles hollandaise

et aUemaiide. — Boerhaave et HoOïnann.

MESftunjBSy

Il est temps d'abandonner l'Angleterre (1) pour suivre la btr tune de rîatromécanisme en Hollande et en Allemagne. Ici niNi sommes bien forcé par l'histoire de rompre ce fameux triamvirât que les historiens se sont plu à ^former et qui doroiae

(1) Il faut au moins mentionner, ne fût-ce que dans une note, VAnaiamia cereiri (Leydc, 1750), de Henri Ridley, membre du Collège des médecins de Londres, <l élève de TÉcolc de Leyde. Ridley, pour Tanatomie du cerveau, suit en partie Wik' et surtout Vieussens; quant à la physiologie, en particulier, pour le naouTementte muscles (gonflement des fibres sous rafflux des sucs nerveux), pour les sens et lis sensations, il appartient à rÉcolc iatromécanique . Il se sépare très-nettemait <k Willis, en ce qui concerne l'influence que ce dernier attribuait au cervelet dais li production des mouvements involontaires (chap, xvii). On lui doit, sur la stnidai* du cerveau et de ses annexes, plusieurs observations neuves, ou des rccherrhes ptai complètes que celles de ses devanciers. Ainsi, il nie (chap, ii) les glandes de la pi^ mère, admises par Willis; il connaît (chap. iv) Tincurvation de l*artère vertébitk; il a découvert, sur un supplicié, les lymphatiques des plexus choroïdes (chap. vu]; ils soumis à un nouvel examen (chap. n), après Bidloo et Bohn, la membrane intttwàdiaire entre la pie-mère et la dure-mère ; il sait qu'elle appartient au cerveaaeti la moelle; elle est rétiforme; il la compare pour les formes au péritoine* etpoorli structure, à Tenveloppe de l'humeur cristalline. En conséquence, il propose de l'^* peler arachnoïde. Il a bien décrit (chap. v] les sinus de la dure-mère, et euptiticulier le sintis circulaire ou coronaire, — Niant (chap. vi) les mouvements qn'ai* ^ attribués en propre à la dure-mère, il pense que ceux du cerveau, et tecfmâûtf ment de ses membranes, sont produits par les pulsations du réseau artériel de la buts mais il croit encore (chap. viii) à l'existence du rete admirahUe chez l'hoaM^ quoiqu'il y soit beaucoup plus petit que chex les animaux, et il suppose qu'il mK du cÂté interne des carotides. <— Vin/Untlibulum est creux chex les grands ■■!■«> et plein chez l'homme. — On doit aussi à Ridley un recueil d'obsenratioos sar lefiri je reviendrai un peu pliui loin, quand je parlerai do ce genre d'ouvrage*

BOBRHAÂVË. 889

ate la première partie du xviii* siècle : Boerhaave (16<1S-17SS), iffmann (16A0-17i2), Stahl (1660-1784). Les premiers travaux Boerhaave (à Texceplion de sa Thèse, d'un discours sur Kpire et d'uoe Disputafio de distinctione mentis a corpore^ \ 6M) lartiennent au commencement du xviir siècle; sa théorie est tho d'un iatromécanisme (1) mêlé d'hippocratisme et de chiitrie (2) à peu près comme celui de Baglivi. Quant à Hoffmann, 1 système est tout au moins un solidisme très-franc, greffé sur Iromécanisme» et très- manifestement opposé à une doctrine ., véritable métempsychose de X Archéisme^^t produisait pour première fois avec éclat en Allemagne dans les écrits de son al, Slahl. Nous ne pouvons donc pas achever l'histoire de Iromécanisme sans nous occuper de Boerhaave jet d*Hoff-

e n'ai pas besoin de vous rappeler, Messieurs, de quels bon trs, de quels hommages, de quel respect Boerhaave a été oaré durant sa vie (3) ; vous savez tous que l'affluence des diants était telle à Leyde, qu'on fut obligé d'abattre les rem-

l) J*ai nppelé plus liaàt (p. 850], que PiUairne, pendant son séjour à Leyde, t été no des maitres de Boerhaave.

I) BoerhaaTC a publié, en 1 701 , son Orutio de comniendnndo studio hippocraticf»; \10l, une antre Oratio de usu ratiocùiU mechanici in medicina ; enfin, pour îfcr le deMÎD de sa doctrine, un troisième discours en 1718 : De chemin suoi wm expurgante, — Sa Thèse (1693) a pour titre : J)e uti/itate inKpicipndorutn in Hê eaKtementarum ut signofum (urines, faecos, crachats) . I) VOratio in memoriam Boerhaavii de Schultens, 1739, 4^, est faligantc par icoDfulsif et haletant. Cette 0/*A//ocouiincncc, se continue et finit par d'eiclamation. La Vie que de la Mcttrie a jointe a sa traduction des //tf/t- M# ée médecine est beaucoup plus calme et plus instructive. — Quelle réserve iltt paroles, mais quelle admiration, quelle recouuaifsance bien senties éclatent K de U brève appréciatiqp de Haller! Ou cm peut dire autant de V Eloge é par Fonienelle. — > Parmi les autres biographies, je signalerai celles de ma, Londres, 1743, 8*; de Ebert, léna, 1843. — On sait que le célèbre pro- «rde Leyde avait été destiné au ministère évangélique, et qu'entre autres rai*

(me accnsatîon de spioosisme) qui l'ont décidé à embrasser la carrière médî- .. •■ doit probablenient compter la guérison qu'il avait opérée sur lui-méMi^

nicèffe i la jambe. — De même Van Helmont (voy. plus haut, p. 469), lirr 4» » faéri de U gale, en dépit de tous les Galénistes, s'éUit fait auMil6t élvdiMr ié«lerinr.

890 lATROMÊGANlSME. — ÉCOLE HOLLANDAISE.

parts de la ville pour y bâtir des maisons ; vous avez également lu que des extrémités du monde on écrivait à M. Boerhaave t» Europe; enfin vous n'ignorez pas les prodigieux éloges qu*ont faits de cet homme illustre après sa mort. A Dieu ne plaise qoe je veuille ici troubler ses mânes, ni donner une fausse note dans oe concert de louanges dont le bruit arrive jusqu*à nos oreilles. Cependant je ne puis pas, je l'avoue en toute franchise, m*eipliquer cet enthousiasme universel par les écrits de Boerhaave, même par ses deux ouvrages réputés classiques : les Institu* i tioîis de médecine (première édition 1708), et les Aphorisme 1 (première édition 1709). Il faut que la renommée sans égak J de Boerhaavc lui soit venue de la noblesse de son caraclén; I de la simpUcité de ses mœurs, de son désintéressement, A I ses vertus, du vif sentiment de ses devoirs, de son immense étt E dilion, de l'élégance, de la lucidité de son enseignemeo(,^J^ sans doute aussi des succès de sa pratique, quoi qu'en sieniSÊ^ d'injustes critiques appartenant à l'école de Bordeu. ^^^^1]il Aphorismes et dans les Institutions il n'y a ni profoodAI^ ni rien qui dépasse la mesure ordinaire de l'esprit bufflii; l|.,' ni la forme n'est nouvelle (1), ni la doctrine n'est subliffle^l^ ': inouïe ; il me semble même que le commentaire du disciple lJ>|k Swieten vaut beaucoup mieux que le texte du maître. A • Lv. , Van Swieten on se sent plus instruit, plus praticien <IoV*l»:r^|^

avoir luBoerhaave. Les cinq premières sections Ae%Aph(^'^ d'Hippocrate ont bien plus de grandeur, attestent une réOeii* plus pénétrante et un esprit plus élevé. Galien, si Ton ene«H*|ii,. les expHcalions exégétiques et les renseignements hislori(|* à l'inverse de Van Swieten, a plutôt affaibli l'effet des^ rismes qu'il n'en a augmenté l'éclat.

Je ne voudrais pas rester dans le schisme sans iranquillistf^ conscience en vous entraînant à ma suite. Lisons donc enseP quelques pages des Institutions et des Aphorismes, \^^ ouvrages les plus renommés de Boerhaave.

Les histitutiones embrassent la physiologie générale etr

(1) Co qui a surtout contribué ù rimuicnse popularité de ces deux a^^ h c'est l*enchatnenicut rigoureux et la clarté dos propositions aphorîstiqiiM. |v

BOEIHAAVE. — PHY8I0L0GU. 891

ciale, avec les notions d'anatomie nécessaires pour comprendre le mécanisme des ibnctions (1); la pathologie, la sémiotique, l'hygiène, la thérapeutir|ue générales. Cet ouvrage s'ouvre par une esquisse de l'histoire de la médecine ; et quand il arrive à Harvey, Boerbaave s'écrie : « Désormais la médecine peut être cultivée en dehors de toute secte, car elle est dirigée maintenant par des découvertes certaines faites dans Tanatomie, la botanique, la chimie, la physique, la mécanique et par les faits de la pratique (prop. 19). > Certes on ne saurait contester ni le nombre ni la grandeur de ces découvertes au temps de Boerhaave; mais, comme on l'a vu, l'usage qu'en ont fait les médecins, sans excepter Boerhaave lui-même, prouve bien que les plus belles inventions en anatomie, en physiologie et même en mécanique, Be servent pas beaucoup h l'avancement de la médecine, quand '^^ one clinique sérieuse ne vient pas en aide, et quand, loin de ^^ rester dans la voie de robscrvalion et de l'expérience, on met jirécisément à profit ces inventions, soit pour appuyer des hypo- ^^ f faéses déjà anciennes, soit pour en former de nouvelles sur la L f 4>h3fsiologic ou la pathologie. Il semble en vérité que les grands ^ anaiomistes et les grands physiologistes du xvif siècle, ainsi que j^^ Jes promoteurs du progrès des sciences positives^ n'ont pas eu jjp ^'•ulrc office que de permettre aux médecins de se livrer à tous ^les écarts de leur imagination. Cela lient certainement à ce que ;.A; •• médecins, depuis longtemps habitués à raisonner et non pas 5ii ^^ervcr, acceptaient, souvent sans les comprendre, et toujours flB^^^« les vcrilier, les résultats de recherches qui devaient leur ï'^'^tir les yeux et leur révéler la vraie méthode. >! ' ^erhaave insiste avec juste raison sur la distinction du moral * du physique, tout en montrant rélroile union et les mutuelles «•^^■^pathies du corps et de l'àme ; mais il ne veut pas qu'en ^^ ^decine on se mette en quête ni des dernières causes ni ^ ^ premiers principes ; il faut s'en tenir à l'expérience. Puis,

^tt^^^ ) Les dcicriptions anatotniqiies sont tirées à peu pr^s cvcliisivoiiiciitdes auteun ^i^^^îques du temps. -— liocrlKune itvuit assisté aux cours dcNuck ; il avait fait aussi ni^ *<|oes dissections, mais il avjiit appris l'anatomie surtout dans les livres. — Les ^iutiones sont une nouvelle preuve do l'iuipuixsancc de la meilleure anatomie ^ reformer la pliysiolo^e^ quand les observations et les expériences n'intcr?ieu- ^^ pas dirertemrnt.

8112 lATROMÊGAMISME. — ÉCOLE HOLLANDAISE.

dès le début de la physiologie, il nous montre dans le corps humain tout un assemblage de pièces mécaniques (1) , au milieu desquelles Tâme ne trouve pas grande place.

c Les solides (2) sont ou des vaisseaux qui contiennent les humeurs, ou des instruments tellement construits, figurés et liés entre eux, qu'il se peut faire, par leur fabrique particulière, certains mouvements déterminés, s'il survient une cause moovaïite. On trouve en effet dans le corps des appuis, des colonnes, des poutres, des bastions, des téguments, des coins, des leiners, des aides de levier, des poulies, des cordes, des pressoirs, èa soufflets, des cribles, des filtres, des canaux, des auges, des réservoirs. La faculté d'exécuter ces mouvements par le moyen de ces instruments s'appelle fonction ; ce n'est que par des lois mécaniques que ces fonctions se font, et ce n'est que par ces U qu'on peut les expliquer. — Les parties fluides sont conteBM dans les solides, mues, déterminées dans leur mouveoerii mêlées, séparées, changées. Elles meuvent les vaisseaux avec 19 instruments qui sont liés avec eux ; usent, changent leurs parM et réparent les pertes qu'elles y ont causées. Ces actions se m selon les lois hydrostatiques, hydrauliques et mécaniques. H doit donc les expliquer conformément à ces lois, quand oiv venu à bout de connaître auparavant la nature de chaque » j meur en particulier, et les actions qui en dépendent uniqaeflNA autant qu'on peut les découvrir par toutes sortes d'expérienccij (Aph. 40 et 41.)

Plusieurs forces concourent à la digestion (Aph. 58 et m] d'abord une opération préliminaire, la mastication; jxà^ forces chimiques : salive et sucs gastriques qui développert commencement de fermentation ou de putréfaction; les mécaniques, c'est-à-dire la compression opérée sur les par la vigoureuse contraction des tuniques très-réststantêi l'estomac ; ces forces sont mises cerlainement au. premier par Boerhaave, surtout chez certains animaux et diezl'l principalement en ce qui concerne les aliments solides, M'

(i) Ce passage semble imité de Baglivi. — Voy. plus haut, p^ 786. (2) J'emprunte la traduction donnée par de la Mettrie, Paris, 1746^ V^-^ pour les citations un peu loufoi^^.

ri

BOERHiATt. — PHYSIOLOGIE. 893

pas qu'ils puissent être dissous par les actions chimiis, quelque puissantes que soient les tuniques sionia- ;s ne réussiraient pas seules à accompli rieur office; il y er: 1° la chaleur continuelle du cœur, du foie, de la rate, ;, du pancréas, du mésentère, des artères, des veines, »t des parties qui environnent l'estomac et qui lui comnt de tous côtés la plus grande chaleur qu'il y ait dans

2" les battements sans nombre de tant d'artères proche

distribuées à l'estomac, au diaphragme, à l'épiploon, , au foie, au pancréas, au mésentère, au péritoine; lentes vibrations de l'aorle qui est située sous l'eatomac ; ndes esprits qui sont peut-être ici en plus grande quann aucun endroit du corps; 5° la compression contikiproque, forte, de presque tout le péritoine, compresluite par le jeu du diaphragme qui a une très-grande (Apli. R6.)

lave déclare ensuite, comme conséquences naturelles, !ule chaleur de l'estomac ne produit pas la digestion, a pas d'dcreté vitale dans ce viscère, que les acides n'ai-

à la digestion, mais que l'interposition de l'épiploon . est une prévoyance de la nature contre les froissements

pu subir l'estomac par la compression des muscles

aident au broiement des aliments I .rs du chyle est également expliqué par des causes mé-

(I), dont la plupart sont étrangères aux chyliféres les (I 124 suiv.). Voici la composition de ce Jluide : le qui entre dans les vaisseaux lactés passe donc sans sur n'être que la production des aliments solides; car

humeur composée de salive, de la fine mucosité de la des deux liqueurs de l'œsophage et du ventricule, de la que, de la bile hépatique, du suc pancréatique, de l'hu- Bphaliquc des intestins, de celle qui est exprimée des K Peyer, et peut-être d'une grande quantité d'esprits,

jlDiiiiaDl que pciur rnttion et la l'orïe Ju ïiEur, DwrLunve n'oit dilô ■nicien, inali Mulemuiil \é*t,le, Lower, Eustaclii, Hujsch. Plua loin livBellinivliIuPiluaicDe.iiu'iUiaTenldéiluirt: d'unii rofoii mertcilleura ■ <tca piirlic« de leur alniclitrF, ■

S9tl lATROMÉCANISIliî. — ÉCOLE HOfXANDAISE.

fournis par tous les nerfs qu'on trouve sans nombre en ces endroits. » (Aph. 106.)

Après quoi Boerhaave condamne également la chaleur coctrice du ventricule ; son flcreté vitale, naturelle et volatilisante ; rArchèe de Van Helinont ; la bile alcaline qui change le chyle adde « alcalescent, salé, volatil (Sylvius) ; Tàcreté de la lymphe dn pancréas et son bouillonnement prétendu avec la bile ; une précipitation qui purifie le chyle; les facultés péripatétiques, galéniqaes. chimiques ; les bouillonnements, les effervescences, les fermefitations et une infinité d'autres hypothèses chimériques, qui sont pernicieuses et condamnables, par rapport aux règles de pratiqnr que leurs auteurs en déduisent.

L'hématose (transformation du chyle en sang) est opérée M §k. par l'action directe et chimique de l'air sur le sang, mais par b mouvements de broiement, d'atténuation, de dissolution qoei^ poumon et l'air impriment au liquide (mélange de chyle ëè sang) qui circule dans les vaisseaux pulmonaires (Aph. 201). b perfection de l'hématose est en raison de la force du pouiaei; une fois qu'il a passé des artères dans les veines pulmonaireiik chyle, moins pressé, reprend son propre ressort, se raréfii^ peu plus et arrive dans le ventricule gauche troublé, écunoetf' d'un rouge vif (204, 205, 207) (1). Boerhaave ne veutpaspta* la théorie de Borclli (cf. plus haut, p. 769) que de oelk Lower (voy. plus haut, p. 693), ou de celle de Sylvius, t*if*| en partie plus lard par Robinson (rafraîchissement parle nilK l'air) ou des galénistes (rafraîchissement, et expulsion des nosités). — 11 semble n'admettre que comme une cxceptioa prés quelques expériences de Huysch « le premier horoiM monde pour découvrir, exposer et conserver les plus petiU seaux du corps, « de Sylvius et de Sv^ammerdam, que l'air pénétrer dans les vaisseaux. (Aph. 201203, 210 et 211.)

Boerhaave partage l'opinion des iatromécaniciens, et de en particulier, sur les transformations (atténuation, p tio7iy etc.) que le sang subit en arrivant au cerveau pir^l^'^

(1) Ia rate (323 et suiv.) est à peu près, pour Boerhaave comme pour: uu sceoud foyer dMiématoso, à l'instar du poumon. Voy. plus loin, p* 89l>

BOBBBAAVË. — PHYSIOLOGIE. S95

ssement de son cours ; ce qui le rend plus propre lions, du fluide nerveux particulièrement, plus im- I concrétions, et plus en harmonie avec la mollesse du Apb. 235). Quant à la théorie des sécrétions, théorie ndes proprement dites et les ganglions lymphatiques

confondus, où les radicules nerveuses jouent toujours elle est, à quelques détails près, la même que celle des DÎciens (voy. Aph. 241 suiv.).

slaoce de Tartère au cœur, sa situation par rapport au u tronc dont elle sort, sa différente complication {cornla multiplicité de ses circuits?), ses diverses divisions hnités, la différente vitesse du sang par son canal, sa a du rameau particulier au tronc, la différente force le, externe et interne, le séjour dans la cavité commune, uite sa distribution dans dés lieux dont la structure \ nature des humeurs, la séparation ou Tcvaporation 18 les plus liquides de l'humeur dont la sécrétion s'est li autant de causes qui séparent non-seulement du g différentes humeurs en divers lieux, mais qui, après ition, en changent encore la nature d'une façon sur-

(Aph. 263.) — Ces causes, qui sont différentes en di-

du corps, seules ou combinées, se trouvent réellement tes d'une fabrique qui tombe sous les sens ou s'en dérec une parfaite évidence par des lois mécaniques ccrpar la connaissance que tout le monde a ou peut aiséir de la nature des humeurs. D'où l'on comprend qu'il i de sécrétions que d'humeurs qui en sont la matière, re une infinité. (Aph. 25&.)— «Pour les expliquer, il n'est

nécessaire d'imaginer des pores de figure diverse, , immuable, surtout parce qu'il répugne aux lois de la l'il y en ait de tels, et quand il y en aurait, qu'ils agisil — U est encore moins permis d'avoir ici recours à snnents. > (Apb. 265 et 256.)

larquera toutefois que, contrairement à la doctrine gé- Ql reçue, Boerhaave croit (Aph. 245 et 247), d'une I leurs dernières ramifications les artères se divisent en 'es de rameaux: les sanguins et ceux qui sont chargés

896 lA r A0MÊGAMISI1£. *- ÉCOLE HOLtàRDAlSE.

de porter aux glandes les humeurs qui constituenl les diverses sécrétions, et, d'autre part, que les artères versenl directemeit dans les glandes, et non à travers les pores, la matière des diverses sécrétions. II admet de plus, avec Ruysch (Aph. 246), te artères lymphatiques sans valvules, et des veines lymphatiqnei avec valvules.

Les fonctions des nerfs dépendent des sucs ou esprits nerven fournis par le cerveau et la moelle, et non pas de simples vibrations (1). La substance des nerfs et l'exactitude de la représentatioi sensorielle des objets s'opposent également à cette opinion. L'cei ne peut pas voir ces fluides si subtils, mais la raison les coofoil; cela suffit (Aph. 285 et suiv.). — Comme tout l'orgaoîsme n'ed qu'un entrelacement de vaisseaux, la veine porte constitue vm partie de la substance du foie (Aph. 339), et les lobules du foieii sont qu'un enroulement des derniers ramuscules de cette veîMil de la veine c^ve au moment de leur anastomose. C'est de la porte que partent les radicules du canal hépatique qui foonilk l,j^ bile hépatique. La bile peut refluer dans le foie et être wA à la veine cave ; mais c'est un cas pathologique. La bile ié point un excrément ; il y a deux sortes de bile : bile hépili^ et bile cystique, laquelle est un croupissement de la bile Mf^ tique dans la vésicule. — Le foie est, par l'action de la bile les aliments, un viscère destiné à façonner le chyle plutôt qdj façonner le sang. — La rate, organe d'hématose, a poQrofi| de préparer les éléments de la bile que doit fabriquer le foie; h sang, en passant par la rate et le système de la veine porte, 'i'| vient deux fois veineux et deux fois artériel, avant de retoi au cœur (Aph. 338 et suiv.). Ce tissu d'hypothèses, parfois eii'l tradictoires, est souvent inextricable.

Dans la physiologie deBoerhaave, quelques-unes des demi-vî^j tés et presque toutes les erreurs du temps se sont domié f vous, et on n'y trouverait pas, je pense, une opinion persoii^ fondée sur l'expérience. Je ne pousserai pas plus loin \^st^^

(1) Bocrhaave (Aph. 263) admet avec Malpighi et Wepferla structure glia'^ {yésiculeuse) de la substance corticale du cerveau; et il explique par li ]kûjj^ des sucs nerveui. — 11 adopte nuésiles opinions de Vieussens sur la kxwiM^\ la substance médullaire, par une sorte de prolouKement den fibrilles du fMirii

Banm'ATS. --^' PAtUOLOGIB G&IÈAAEE.' * MT

èette partie des InsiiiHiions {\); j'ajoute seulement que, selon (rtraave, la vraie et unique cause du mouvement des rousdes, t le fluide nerveux (Aph. A03), que la matière nutritive, ment des parties solides est non pas le sang rouge, tout i ■ HBpropre à la nutrition (2), mais le chyle changé en un imqui est peu à peu, en circulant avec le sang, subtilisé au ré du fluide nerveux. Ce sérum, prétend-il, remplit le même ie que le blanc d'œuf durant Tincubation (Aph. Aii etsuiv.). int souvent se mettre l'esprit à la torture pour retrouver, à ers le prisme de l'imagination de Boerhaave, qui rend les Is les plus nettes à peu prés méconnaissables, les théoriesphyogiques émises avant lui par les autres médecins mécaniciens.

oos retrouvons presque tous les principes de l'iatromécale dans la pathologie générale de Boerhaave. En voici quel- B échantillons (3) :

L*air trop chaud dissipe les parties les plus humides des yeux, •airines, de la bouche, de la trachée-artére ; desséche les pevaisseaux de ces parties, épaissit davantage le sang du poun, empêche par ces deux causes Taction de ce viscère, fait Ire (rfusieurs maladies qui en dépendent, emporte les humeurs Bfnes qui sont toujours les plus ténues; brûle, pour ainsi e, les internes qui restent, dissipe leurs particules les plus biles, rapproche, condense, dessèche les plus lentes; il dimi- \ donc sans cesse les parties aqueuses, spiritueuses, salines, ililes; au contraire, il augmente les parties salines flxes, les les grossières et tenaces et les huiles acres brûlées et envepèes dans les autres, ainsi que les parties terrestres fixes ; il accumule, les unit et en fait des masses irrésolubles : ce qui

:) ht» Aph, &8 1-694 »ont consacrés aux »em externes et internes (sensations), et au sommeil; a la respiration (il nVst question que de sou mécanisme^ qui en dépendent, voix, etc.^ enûn à la ^'uération. ^Vov. plus haut, p. 821, la théorie de Guglielmini.

) Je les choisis dans VÉtiologie^ et je ne crois pas devoir m'arrètersur les autres ctde U pathologie générale; attendu que 1rs principes qui y sont exposés se ■feat dans les Aptiotismrs^ et que le mode d'exposition ne diffère pas de fBi est adopté dans presque tous les ouvrages du temps^ d'après la tradition dque.

•AUHlcac. 57

898 lATROMÉGAIIISlUk — ftOOLB WOÊMJÊKÙiOÊà.

donne lieu à Vimméabilité des humeurs, à VaUongement et î Tafiaiblissenieiil des solides et aux effets qui s^ensuitenl, à Vobstruction, au dessèchement, à l'inQammation» au défaut de oootion, k la putréfacliou, à la constipation, à la soif, à la elraogurie, aux urines rouges, aux humeurs jaunes, à des maladies aiguës chaudes, sèches, et principalement au dérangement des foD^ tions du genre nerveux et lymphatique (Âphé 7A6). > ji

< L'air froid raccourcit les fibres solides, les condense, \m 1 1 donne de la force ; de là, il augmente leur action sur les Ira- 1 1; meurs; mais le dégel dissout et détruit les flbres. Ce même lir | ; froid rapproche les particules des humeurs, les condense, d» 1 i sèche le poumon, le resserre et coagule le sang de ce TÎscéft;. 1 |i d'où naissent l'obstruction, l'inflammation, le dessèchement, Te^ 1^ soufflement, la toux, les rhumes, les catarrhes, la mucosité, fe 1^^ pus, la gangrène, le sphacéle; mais si en même temps oflff Iiîe donne une violente agitation, alors il se fait une si grande actûi I j et réaction réciproque des solides et des fluides, que cela proM li^ une atténuation, une transpiration, une voracité, une déliitf n extrêmes, des défaillances et la mort subite ; si, au contraire, tf Wkm reste en repos, exposé à un grand froid, il survient des eogotf^ 1^ disscments, des douleurs dans les membres, et le scorWli^ (Aph. 747). » |;

c Si l'flir est trop humide, il reiftcbe, dissout, affaiblit to fibres, surtout celles du poumon ; retient, augmente, accaiiri' la lymphe du poumon, empêche la transpiration de ce viscéis: d'où naissent encore des toux, des péripneumonies séreuses, A* diarrhées semblables, des engourdissements, des fièvres. S^i*^ joint une grande chaleur & l'humidité de Tair, il se bit ^ prompte putréfaction; si, au contraire, elle est aoooniNfik d'un grand froid, elle produit un amas de corruptions séretft' (Aph. 7A8). >

<( L'air trop sec occasionne à peu près les mêmes effisi ^ l'air trop chaud (Aph. 7âP) . n

« L'air trop pesant comprime tous les tuyaux et les haoKii du corps, surtout jdans le poumon, ce qui fait que le cœur Iro^ trop de résistance, que le mouvement des humeurs est iriV rompu, arrêté et comme suffoqué (Aph. 750). n

€ Si M mdme air est trop léger, comme il presse peu les vais- 8Mui et tes humeors» il les dilate, les raréfie^ cause par là des latneura^ des éruptions d'iiumeurs, des erreurs de lieu flsseÉ floboueesf et en oonséquenee les maladies. Il peut aussi moins vaÎAcre réiastioité des fibres pulmonaires qui résiste h leur dilatation ; d'où la respiration s'arrétei le sang s'amasse dans le poumon } on est saisi d'une péripneumonie prompte et de la fliort De €68 mêmes effets^ on peut déduire oeux de Tair dense et rire (Aphi 7b\)é >

Les causes internes, c'est-à-dire, celles qui tirent leur origine d'un Iroable dans le mouvement, ou d'une altération dans la cornposition des humeursi sont appréciées et expliquées d'après les mêmes principes, c'est-à-dire, plus ou moins expliciiement4 d'après les lois de la physique et de la inécani(|ue. — En voici la preuve :

€ Lorsqu'il se fait un trop grand mouvement des humeurs par les vaisseaux il produit la compression, le broiement, Tatténualion des humeurs, la chaleur, une disposition inflammatoire et les maux qui ont été déjà expliqués (Aph. 706 : dissolution des parties solides et liquides; dissipation des parties mobiles, spiritoeuses; inflammation du résidu des humeurs, etc.) ; leur cours trop lent produit des vices tout à fait semblables à ceux qu'on a exposés (7Ô9 : inertie des muscles, réplétion des cellules, développement de la graisse, etc.) ; surtout il n*est rien de plus dangereux que l'excès ou le défaut du mouvement des esprits animaux, par là toutes les coctions, sécrétions, excrétions, sont déran- ; d'où naissent mille sortes de maladies (prop. 783). » Quant à l'extrême fluidité des humeurs, elle cause de la dÎMipalion, de la consomption, du dérangement dans les sécré* tioDSy du rétrécissement dans les grands vaisseaux, de Taffaiblissement dans ces mêmes vaisseaux, de la faiblesse, des obslructionSf des ruptures, des suppurations dans les petits vaisseaux ; elle est principalement nuisible lorsqu'elle est accompagnée d'un grand mouvement et d'une forte acrimonie. (Aph. 78A.) » . € Leur trop grande ténacilé cause des obstructions, des exteniienr de vaisseaux, des douleurs, des tumeurs^ surtout aux glafldes et aux plexus artériels. Mais lorsque l'acrimonie est pa«

898 lATMMtQàllIlllli. — f itLâtlDânfe.

donne lieu à VimmAMtiié dr- ta diverse propotlîoti A^ ir^

raflaiblissement des loUdei / lS v.iisseaux se dèlTOsenV

struclion, au deflséchemr lit ensuite despuslules^i^

lion, k la puiréraclioHi ' nacèle, le cancer > desulcètei

aux urines rougeSi ^ ^ semblables. Or Vacrîmoiiie,

chaudes, sèchesi la ténacité (prop. 785.).)

tîons du g^nro r ^es, acides âpres» acides fermentèeî

< L'air fro* .ouses, acides laiteuses, alkalescentes, voladonne de 1 ju véritablement alcalines ; les honneurs salées, meurs; r ^^ saumure ou du sel ammoniac; les humeurs acres. froid •■,/*'^j,i7euses, aromatiques; enfln, les humeurs huileuse? et sW* V^. excitent une foule de maladies (prop. 786) • ilonl d' ,vHj^ive donne les détails (prop. 760 et suiv.).

jiprés des considérations générales sur la maladie , qui ^f le contraire de la santé» sur la nécessité de savoir, pour guérir les maladies, de quoi dépendent les Tonctions vitales, najorelles et animales, dont le trouble est précisément la cause des maladies; après avoir répété, mais & tort (car on ne connaît ni on ne peut pas atteindre la cause immédiate, eflîciente), avec h plupart des anciens, qu'il suffit dedétruire la cause de la maladie pour en opérer la giiérison, Boerliaave dans les Apfiorismes ajoute que, dans Fctude des maladies, on doit commencer par les pins simples, et que les plus simples sont celles qui attaquent la fîbre solide. Les fibres peuvent être trop faibles et trop lâches, ou trop résistantes et trop élastiques. — Sont-elles trop faibles et lâches, par exemple dans les vaisseaux, alors naissent les tumeurs, les croupissemonls, la putréfaction des humeurs exlravasées; ilfaat fortifier. — Sont-elles trop résistantes et trop élastiques, elles rétrécissent, raccourcissent les vaisseaux et les rendent impropres à la circulation des humeurs; il faut affaiblir. — 11) a des maladies des petits vaisseaux qui composent les grands, «^ des grands qui sont tissus avec les petits. — Il existe également pour les viscères des maladies de faiblesse ou de rigidité.

Qranl aux humeurs, elles demeurent crues ou subissent b coction assimilatrice. Il y a des maladies qui proviennent ifc l'acidité, d'autres de la viscosité, d'autres de Talcalinité des bu-

BOEBHAAVE. -* PATHOLOGIE SPÉCIALE. 901

riatromécanisme n'a jamais fait un divorce com-

himiatrie), d'autres, enfin, d'un simple Irouble

lorsque, pour une cause quelconque, une trop

'esprits animaux, envoyée au cœur, cause du

ictions, ou que ce viscère est irrité par le

\ chargé de matières nuisibles, salines,

.ocs, etc. La surabondance d'un sang pur

pDur cause tout ce qui donne trop de chyle et qui

«lie temps empêche l'atténuation, la dissipation et la perspi-

i*alîon des humeurs. La pléthore est accompagnée de dilatation

des artères et des lymphatiques, de compression ou relâchement

des veines, d'où résultent toutes sortes de désordres.

Au premier rang des maladies les plus simples parmi les maladies composées on doit ranger l'obstruction.

€ L'obstruction est une obturation de canal qui empêche l'entrée du liquide vital sain ou morbifique qui doit y passer, et qui a pour cause la disproportion qui se trouve entre la masse du liquide et le diamètre du vaisseau (Aph. 107). — Elle vient donc de l'étroite capacité du vaisseau, de la grandeur de la masse qui doit y passer ou du concours des deux (Aph. 108). — Un vaisseau se rétrécit quand il est extérieurement comprimé, par aa propre contraction ou par l'épaississement de ses membranes (Aph. 109). — La masse des molécules s'augmente par la viscosité du fluide ou par le vice du lieu où il coule (Aph. 110). — Et par ces deux causes à la fois, lorsque les causes de l'un et de Tautre mal concourent ensemble (Aph. 111). >

Rapprochons de Tobstruction l'inflammation et la fièvre et nooi aurons le cadre à peu près complet de la pathologie générale de Boerbaave (1).

(1) Je M dis rien des chapitres assez médiocres sur les plaies en général, sur les pUiM des dÎTenes régions, en particulier sur les fractures et les luxations, ni du chapllre mr la douleur, que Boerhaave attribue à une indisposition, surtout à une Inp gnade tensionde la flbre nerveuse^ laquelle prend son origine au cerveau. H aptarifent eneore à la Tieille école qui confond toute espère de libres avec les nerfs, •leffaMiqne le titiu fibreux proprement dit peut étre^ par conséquent^ directement la iiége d'une douleur. — On objectera peut-être^ contre le jugement que je porte eur lachîruivK de Boerhaeve^ que Louis^ le célèbre secrétaire perpétuel de l'Acadélaie de chirurgie^ a pris la peine de traduire cette partie des Aphorisma (Paris^

|0S UTBOMilIÀllItlfi. -^r- iOOLB HOfAIMllâllIL

L'inflammation oonsiite en oe que le sang rouge artériel qvi

croupit dans les plus petits vaisseaux est agile et pressé parle

reste du sang dont Ifi fièvre a accéléré le ipouvement (Aph. I7IV

rr-- Elle peut donc se foire ou daas les extrémités daa artères ISR-

guines ou dans les vaisseaux séreux lymphatiques ou dans ki

plus petits vaisseaux artériels, lesquels ne peuvent transmettre ki

globules rouges ou autres éléments grossiers des fluides qui ait

pénétré dans leur cavité par 1^ dilatation de leurs orifiees (Ap|.

879) • -^ Ainsi son siège est toute partie du eorps od se distribiMBt

des artères sanguines, et où les lymphatiques prennent leurs eii-

gines (Aph. 871) . — Par conséquent, les artères méflies, tai

veines, les nerfs, les membranes, les muscles, les glaqdes, les ^

les cartilages, les tendons, tous les viscères, et conséqnenHMSl

presque toutes les parties du corpi sont susceptibles de oe adi

qui aifecte la graisse plus fréquemment et avee plus d'opiii'

Ireté que toute autre partie (Aph. 174). — Ce croupissemiBli

pour cause : l*" toute compression, tension, contorsion, roptfM

contusion, brûlure, érosion, crispation, qui rétrécit tellemastii

extrémités coniques et cylindriques des vaisseaux, que le éii'

mètre de leur orifice devient plus petit que le diamètre du f/tt

bule de sang; la chaleur, le mouvement violent, tout asifi

étranger, les ligatures, toute pression, tout icre pris intériea^

ment ou appliqué extérieurement, le froid mordant, le fieH^

ment trop violent ou trop longtemps continué, toutes les astf

des plaies, des contusions, de Pérosion, des fractures, deshor

tiens, des obstructions (Aph. 876). — Cette mémestagnatioBi'

produite : 2<^ par tout ce qui bouche les vaisseaux, en y pA'

en même temps des Acres intérieurement ou extèrieurenH

comme sont les matières hiiileuses, salines. Acres (Aph. Kà),*

1768^ 7 vel. in-i2); mais il est mauirMte par la préface du ipaductou* loi mlmtt^

c'est surtout pour les Commentaires de Von SwieteR qu'il a prétemté oe triYlB*^

blic. 11 dit, en effet, dans sa prérace : o Les commentaires de Van Swietei étÊÊÊ^^ |*^

ritableinent les premiers principes de la chirurgie, car ils sont le résultai ds r<)^

vation et de l'expérience On donne abusivement le nom de prinetpet à dM triP

superflciels où l'on ne trouve que la définition des noms et la divisioa siili^

des iiLitières (or^ c'est le cas pour Doerhaave). Ces sortes d'ouvrages seraitite^

qualitiés par le nom de rudimeni%,ik —Louis vaqte ensuite le aaieif peefct'^

grande éruditiea de Vas Bwieten*

10IIH44VI. — PATHOLOGn (MCIALB.

'épaissît le sang: le mouvement eiceasif, la diasi-

ies les plus Quide», par les sueurs, les urines,

''^., les ichorosilés, les coaj^ulnnls (Aph. 377).

revue les diverses suites de rinflammatton:

'ne, puis il étudie le squirrhe (épaississe^

s humeurs dan» les glandes), le cancer

r le mouvement des parties environ*

nmer et prendre un caractère ma-

. nature de la fièvre; aussi faut-il

..iMiire les hypothèses hasardées à l'aida

Il ;i itiiilé de la découvrir. Or, à (|'Joi ces précautiona

v..iidui£ienl-elles Boerhaave ? A décider que la fièvre est caracté-

s^ Haée par le frisson, la rapidité du pouls et la chaleur, phéno-

^ ménaa produits parle croupissement des humeurs contenues dans

ht. peliU vaisseaux, et par l'irritation du cœur que cause le dés-

Ofdra des esprits nerveux ; — que c'est dans la seule vélocité du

f&als que le médecin puise ce qu'il sait touchant la nature de

^ h fièvre;— que la fièvre cesse par la mort , et qu'en somme la

^ fikvre est un eflTort fait par la vie, tant dans le froid que dans It

^ ohdenr, pour éloigner les causes de la mort.

^ .Saivent l'énumération et l'explication des symptômes et des

^ épiphénomènes de la fièvre : anxiété, soif, nausées, faiblesse,

*- ebaieur, délire» coma, sueur, convulsions, exanthèmes, etc.

" Quatre chapitres sont consacrés aux fièvres continue, synoque

^ ardente el intermittente, qui sont plutôt décrites qu'expli-

" quéea.

* Le cadre nosologique de Boerhaave ost très-simple; il est divisé en deux compartiments : les maladies aiguës fébriles et les maladies chroniques. Rien de plus factice que les subdivisions el les délimitations des diverses afTections. Que de maladies se caehent sous cette seule rubrique : phrénésie I Ce n'est pas non plos une observation clinique rationnelle qui a présidé à la classification des angines; on peut admettre des es(|ninancies ou ^ngipes aqueuses ou lymphatiques (qui sont appelées aussi œdémateuses oucatarrhales), mais il est difficile dosavoirce i{ue sontles

90& lATROMÉCANlSME. — ÈGOLB ALLEMAMIMB.

angines s(|uirrheuses. Rien n*est plus confus que le chapilre intitnlé: Esquinancies inflammatoires, Boerhaave parait avoir quelque idée de la laryngite suiTocante; il croit, avec Hippocrate (Èpid, 11, 2A), aune angine convulsive ou paralytique par suite d'une luxation, soit de l'apophyse odontoîde, soit d*une vertèbre du cou en dedans, tout en disant que cette espèce d'angine arrive fréquemment dans Tépilepsie, l'hystérie, Tliypochondrie (§ 818, 811)); enfin il confond sous le nom d*esquinancie toutes sort» de sufTocalions dont quelques-unes appartiennent à l'agonie.

Boerhaave distingue deux vraies péripneumonies, l'une causée par l'inflammation des artères pulmonaires, l'autre par l'inflanmation des artères bronchiales. Il confond en beaucoup de as (il ne pouvait guère en être autrement avant Auenbrugger et Laennec) la péripneumonie avec la pleurésie (quoiqu'il décriie à part cette dernière maladie) , car il regarde l'empyème comm un résultat de la pneumonie (1). La fausse péripneumoDie fA causée par la pituite. Avec Boerhaave, comme avec Sydenhan, du reste, il est difficile de se faire une idée exacte de cette nuladie. La paraphrénésie ou inflammation de la plèvre diaphnfmatique, ou même du centre nerveux du diaphragme, est ov maladie fréquente, incurable, selon Boerhaave, mais qui reste une énigme pour nous, à moins qu'il ne s'agisse tout simplement de la pleurésie dite diaphragmatique.

Les maladies chroniques naissent spontanément ou consistent en des reliquats de maladies aiguës ; beaucoup sont expliquées par les désordres chimiques des humeurs (scorbut, rachitis, rhumatisme) ; d'autres, par exemple les afl^eclions nerveuses (épilepsie, manie), le sont par les lois de la mécanique et tiennent au mouvement des liquides dans l'intérieur du crâne.

La petite vérole vient d'un miasme contagieux qui augmente la vélocité du sang; il agit comme un irritant inflammatoire (Aph. 13S2-1387). Ici, comme dans toutes les maladies de ce genre, la thérapeutique consiste à expulser le venin par la saignée, le relâchement delà peau et un régime léger (Aph. I39&).

(1) En d'autres tonnes, la vraie périprieunionie est pour lui une inflamuMtiii du poumon qui donne quelquefois lieu à une suppuration; car il dit« apb. 1I8I| que renipyèmeest un amas de pus formé entre le poumon et la plèvre.

Page 1