MESSIEURS
On a écrit beaucoup de phrases pompeuses sur Stabl (IMI 173A); besogne facile quand on ne prend pas la peine de Urekl ouvrages dont on parle; on a porté beaucoup de jugementsé vers sur le système du promoteur de Tanimisme, mais peu de ci jugements sont solidement motivés; en général ce sont les philosophes qui ont eu la parole et qui ont défendu Stahl; or^ili) a pas de plus mauvais physiologistes (|ue les meilleurs phi^ sophes. La philosophie a une tendance naturelle, par lamâ^ physique, à créer ou accepter soit des êtres (comme Toot Ai Van Helmont et Barlbez), soit des dédoublements d'êtres (Slaft pour expliquer les mouvements de l'organisme; rarement A cherche dans la science la solution du problème ; c'est p.ir eicf* tion qu'elle invoque les lumières de l'expérimentation, de Tuatomic et surtout de la physiologie comparées; elle admet Ji^ cilement que la matière organisée ait des propriétés spécial inhérentes, qui entrent en activité en raison de certaines cowfr tions des milieux; il lui faut toujours un moteur distinct (|> incessamment touche le grand ressort.
Parmi les auteurs français (1) qui ont publié les travauito plus sérieux sur Stahl, je dois citer en première ligne M. Lascgï^ dont la thèse intitulée : Stahl et sa doctrine médicale (Paï*
18â(>) a commencé sa réputation d'écrivain et de savant (2); p*^
(1) Les Dissertations de Matthes, de G. Meineke et de K.-W. Ideler «ur Stilt* son système, n'oiïrcnt qu'un médiocre intéri^t.
(2) Voy. aussi sa Conférence sur Sfnhij dans Confér. historiques de tof*** de médecincj 1866. Je trouve seulement que M. I.asègue pousse unpeuloii*^ admiration pour Stahl, lorsqu'il dit : « Stahl s'est élevé aune teUe htotear***"
STABI. 10Î1
. Tissot, doyen de la Faculté dt?s lettres de Dijon, lequel, Î61, a publié : La vie dans P homme, où il donne une grande à l'histoire et à Texamen critique de l'animisme, recherches a reprises, sous une forme plus dogmatique, dans un autre ige, consacré à l'étude des principales explications qu'on a tes récemment de la vie (1). M. Tissot est favorable à l'anie. M. Alb. Lemoine, dans Le vitalisme ei l'animisme de Slahl ?y 1864), tient pourle vitalisme contre l'animisme, ancien ou rne. M. Saisset (Udme et la vie, Paris, 186d), résumant les s travaux publiés sur ce sujet, principalement ceux de kmillier (Du principe vital et de fdme pensante) , Tissot et linCy sépare les deux domaines : la vie intellectuelle et la rganique, et ne les rapporte pas h un même principe. Vien-* ensuite les nombreux cl longs commentaires de M. Blonao milieu desquels Stahl semble parfois étouffé, et dont té n'est pas toujours suffisamment justinée, quoique l'habile eleur, aidé de quelques-uns de ses amis, et en particulier de les professeurs Boyer et Tissot, ait tâché dans ces commen- \de rendre plus présente la pensée de son auteur. On y remarrop de hors-d*œuvre, de pages déclamatoires et d'allégations riques fort aventurées; par exemple (l. II, p. A2A,note i), que Pitcairne a consacré la plus grande partie de sa vie à coms Yiatromécanisme! Je crois que les commentaires qu'on a (à la traduction,* exacte d'ailleurs, nuisent plus à Slahl qu'ils servent; Stahl a perdu sa propre physionomie pour devenir nseigne de parti ; ce n'est plus qu'un porte-drapeau.
i*a «urtit le droit de produire aujourd'hui les opinions qu'il professait il y a ■■ siècle. » Le droit je ne le conteste pas, mais reste à savoir quel accueil on ptnni les savants à l'exercice de ce droit ; Stahl serait écouté comme on MO commentateur M. Bloudin ou la Revue médicale. Du reste M. Lasègue nge aucun reproche au caractère tliffîcilc de Slahl, à l'obscurité de sa penrincorrection de son style; et Blumenlmch a dit que si Hoffmann avait efliusé c*ett plutôt par la différence du caractère que par la supériorité de la doc« iir la clarté de l'exposition que par T inébranlable solidité des raisonnements. '^animisme, ou la matière et l'esprit conciliés par l'identité du principe et la U d^s fonctions dans les phénomènes organiques et psychiques (Pàrïiy 1865). I ta Psychologie expérimentale, M. l'abbé Bautain avait lui aussi imaginé une e fobftmnce intermédiaire entre le corps et l'àme.
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Pour ma part, je ne fais aucune Jiffîcullé de déclarer que che^ cher, en dehors de Torganismo lui-môme, un être quelconque pour cpxliquer la vie, me parait une conception de Venfance de Tari. Cela nous reporte à ces temps reculés où les hommeif m sachant comment se rendre compte des phénomènes de la naiiire, avaient un dieu, un demi-dieu, quelque génie particulier, oo simplement Taveugle fatum (1) pour expliquer chacune de ses feslalions. Il n'y a rien de plus grossier quun pareil procédé, qui éloigne plus des véritables recherches scientifiques qa'i pareille hypothèse, rien qui écarte plus Tcsprit de l'étude des forces naturelles à la matière organisée, rien par conséquent qui s'fl^ pose plus aux progrés de la physiologie (2). Tirons-nous du (Mt* blême de la vie comme nous pourrons, mais tirons-nous*eofff rétude de la vie elle-même, partout où elle existe ; ne nous déd» geonspasdu soin pénible de fournirdes explications plus ou oméi rationnelles en inventant une responsabilité étrangère, un étnfM suffit à tout et ne nous laisse guère que la peine de justifier Mfri* senQe. Or, cette peine, pour le dire en passant, est, si Ton s'a fi un acquiescement aveugle à la doctrine, presque aussi gnaitp celle que réclament les recherches poursuivies dans une irtv direction. J'ose affirmer que si l'esprit de parti religieoioib théologie pure ne s'étaient pas emparés de Vanimismti 9ÊÊ doctrine n'eût pas survécu à son auteur. A mon avis Vii^ de l'animisme et sa fausseté ont été victorieusement iétft
- (1) Stalil lui-mihne, dans la Disquùilio de inecanmni et organùmt taie (1700) «listin^^uc le hnsorff du destin dans les opérations delà nafyr*- '^î* est synonyme de nécessite Tatalc (mais régulière et coDforine à un bal/, àt^nl^ tion |>liysi(|ue) hasard désigne les créations ou les uiouvcments qui a'Mini'* fiuul, ni de positif, ni d'arrêté d'avance.
{2} On s^étonue à bon droit qu'un homme dont Fourcroy • écrit, eipii^ ses connaissances chimiques^ « qu'il avait fixé pour un demi-Mecle la tbctnt*' chimie, et qu'il en a%ail présenté l'ensemble le plus imposant^ le S|slêiie k lié elle plus étendu, » ait pu mettre au jour une doelriue physiologique et aussi hypothétique et aussi vaine. — Voy. aussi les éloges que Lavoisicr (iM'^ sur le lihlnyistiqiic^ p. 622 cl sui\. du t. II de ses (Jh'ui;rcf.f) donne âlaU«<^ étant un des patriarches de li chimie et ayant Tait une sorte de révolution ^''l •cience » par ses recherches sur la combustion, et la transoiissibilité i'u^^ nn autre de la propriété d'ôtre inflammable.
STABL. — PHYSIOLOGIE GÊHÊRALE. 1033
; (i), au nom de la philosophie par M. Albert Lemoine dans rage précité, par M. Saissel dans VAme et la vie^ et au nom physiologie par M. Vulpian dans ses Leçons de physiologie ^le et comparée du système nerveux (xiv'' leçon).
laniàrexposé de la doctrine de Stahl (2) (1660-178ik), je irai de le rendre aussi clair et aussi succinct que possible ; cela je le tirerai uniquement de ses œuvres, en me servant traduction de M. Blondin pour ceux des écrits du profesde Hallefqui ont déjà vu le jour dans cette traduction. ihl se plaint, dans une dissertation Sur les choses étrangères médecine (3), qu'on fait entrer dans la médecine trop de M qui lui sont étrangères et même nuisibles ; mais n^cst-ce iStahl lui-même qu'il faudrait adresser ce reproche? N'est-oe
Je place bien eutendu au premier rang des critiques du système de Stahl, les ff et fins de non recevoir de Leibniti, que Stahl a réunis et tâché de réfuter an ouvrage publié sous le titre dédaigneux de Negotium otiasum , et dont r a dit : Opwt metnphysicipotms sa^toris. Si je ne me trompe, et si je me place fait de vue physiologique^ Leibnitz (en mettant à part ses opinions souvent con* !Mbles^ et dont il se sert trop volontiers dans ses arguments qui sont ainsi en ! iDYalidés) a raison pour l'ensemble et pour beaucoup de points de détail du ie ; il a raison en un langage mesure, plein de déférence et de respect en- FlUnstre professeur de Halle. Stahl a souvent tort dans ses réfutations^ surtout i*il prétend que le mouvement n'est pas en la puissance du corps; il a tort en igago emporté, acerbe, injuste^ parfois peu sincère. Si j'igouto cette dure épi- , c*est que, selon moi, il résulte avec une certaine é\idcnce de la lecture du « de Stahl^ que, pressé par son Aristarque, son censeur, son adversaire, le il appelle Leibnitz^ il est roenu par une voie détournée et par des raison* bts un peu sophistiques, sur quelques- unes de ses opinions émises d'une façon Uwoiue : par exemple, à propos de la part de Tàme dans les mouvements c physiologiques ou pathologiques (doutes 20 et 27 de Leibnitz). Puis, comme :> remarquer M. Lemoine (p. 150 et suiv.), Leibnitz aurait eu beau jeu contre
dans la question de la matérialité de i'àme s'il ne se fût pas arrêté aux prêta pages de la Theoria medica vcra, car dans le chapitre de la génération, il de très- positivement l'âme comme divisible : puisque le mouvement est diviiln'y ap«tf de répugnance à croire que ie moteur lui-même est également divi-
et étendu par conséquent !
La Tic de Stahl, qui s'est passée presque tout entière à Halle, n'offre rien de 'ulier; elle a été consacrée au travail du cabinet et à la pratique. Les seuif ftots qu'on y puisse signaler, ce sont les différends de Stahl avec Leibniti et avec dUègue, Hoffmann.
Paraenesis ad aliéna a medica dootrina Qrcemkm^ ilW%
iOib DE L*ANIIIISIlE.
pas lui qui introduit de vive force la mélaphysique dans la physiologie, qui invoque à chaque page les principes de la philosophie spéculative dont il fait plus d*étal que des expériences physiologiques, de la dissection c minutieuse t des cadavres (1), de Thistoire naturelle de l'homme ou anthropologie? Toalceb ne sert de rien pour comprendre comment le corps peut recevoir des lésions et surtout de quelle manière il a riiabitnde de les recevoir. N'est-ce pas lui qui, dans celte même disse^(^ tion, tente de faire le procès h la physique (2), à la chimie (31 en raison des minimes résultats auxquels, après beaucoup de bruit, elles seraient arrivées? N'est-ce pas Stahl aussi qui blioe les médecins de trop s'occuper de la nature ou du corps pbja* que et pas assez des mouvements? Mais qu'a donc fait toale l'école mécanique? Ce qui le choque le plus, c'est que dans tooltf ces écoles physiques on ne s'enquiert pas même de la vie, de ce qu'elle est, en quoi elle consiste, d'où elle provient, parqorft modes ou quels moyens elle se maintient et subsiste. Ce qol blâme, c'est qu'on n'ait pas distingué le mixte du vivant, c'està-dire, la proportion du mélange des particules qui constitaeit le corps, de la vie elle même, et la corporéite' ou structure, deb vitalité, Slahl oublie que les iatromécaniciens ontcherchcfl donné une formule de la vie : seulement cette formule différeie la sienne. Personne en effet, si ce n'est peiit-êlie Van Betooit
(1) Il faut lire les §§ 27 et suivants de la ParanaesiJt, etc., pour jiijrcr jusq*-* paraît aller la prévention de Slalil pour une science qu'il ne connaissait 9^ ^ cherche à y pi'ouver, que Tanatomic délicate^ surtout en ce qui concerne l« ■** clés, est non-seulement inutile mais uuisihle à l'art médical ; par ronsêqoeitfk n'est pas indispensahle au médecin; elle ne fait pas partie intégrante de l'aili^ dical. C*est à n'en pas croire ses yeux quand on lit de telles pages.
(2) Au § 7 et suiv. Slnhl cherche, mais, à mon avis, sans y réussir^ à préci*r«*' formule qu'il adopte et qui était combattue par l'iatromécanisme : là où finitkl*?sicien commence le médecin. Voy. plus haut Pitcairne , p. 854.
(3) Au § 31 de la dissertation précitée, la chimie n'est pas mieux traitée q»el*'' tomie. Stahl dit que les chimistes n'ont jusqu'à ce jour rien, absolument rirt*^ couvert qui se trouve en parfaite harmonie, soit avec la vérité chimique, sait «^ avec quelques-unes des hypothèses qu'ils ont adoptées, bien loin qu'ib y âfi<^ montrer quelque rapport solide avec le caractère propre de I& rie bumùtt C* serait à peine vrai de Tiatrochimie poussée à ses dernières conséquences. -^^ aussi sa Uttre h Schroeck, président de l'Académie des Curieux delumtffff-
STAHL. — PHYSIOLOGIE GÊNËRALI. 1025
Sitec son archée et les théologiens, n'avait dit que c'est Tâme qui rassemble et maintient unies toutes les innombrables particules qai constituent le corps, et détermine ses tissus et ses organes. Or, c'est précisément de cette façon que Stahl comprend l'orgahisme. Stahl dit encore que jusqu*à lui on n'a connu ni la véritable utilité, ni Tiinporlance, ni Teflicacité, ni la dignité des sécrétions. Mais toute la pathologie ancienne, toute la pathologie iatromécanique et même chimique ont pour pivot une théorie des excrétions et des sécrétions !
Oui, il est vrai, s'écrie-t-il, que les modernes ont traité ce snjely mais si vaguement en parlant de la force mécanique, que c'est une spéculation dénuée de tout principe vrai et peu profila))le & la science et à l'art. Sans doule, la théorie mécanique D*esl pas suffisante, mais elle vaut bien celle de Stahl ; elle n'a pas tout au moins détourné les yeux des médecins de la contemplation de l'organisme pour les reporter vers les régions nuageuses de la métaphysique biologique.
On voit à peu près, dans cette dissertation (1), ce qui selon Stabl est étranger à la médecine : c'est justement ce qui lui rend le plus de service quand on en sait user; mais il ne dit nulle part ce qui est vraiment médical^ ce qui a avec la médecine un rapport € essentiel et naturel de connexité, de convenance et de réelle utilité > ; il se contente d'affirmer qu'on doit suivre la méthode naturelle établie sur une solide et infaillible expérience^
(i) «f Une chose qui depuis (li'jà longtemps mMnspire le plus profond dégoût^ s'écrie SUhl (Du mixte et du vivant, § 80)^ c'est cette démangeuisou inconcevable qn'ont les modernes de vouloir toujours se mêler de tout ; c'est cette manie prétenlieiiie par laquelle on agite, plutôt qu'on ne fait avec quelque résultat, une foule de choses à la fois, mais le tout sans succès évident; et ce qui est pis encore, c'est qœ les esprits^ une fois énervés par ces sortes d'études si hétérogènes les unes aux mtres^ non-seulement s'écartent^ même avec intention^ du but utile, et perdeut ■faMi de Tue l'enchainement naturel des rapports qu'ont les choses entre elles (le teal et véritable but qu'ils devraient sans cesse s'efTorcer d'atteindre dans leurs étadeê), mais encorP, perdant même de vue leur intention réelle et primitive, ils JgikniMint par le fait impropres aux choses sérieuses et à cette constance de l'es- Ipfftt ai nécessaire à la découverte et à l'étude continuelle des rapports intimes et jBfwiables que ces choses ont entre elles. Or, toutes ces digressions si vaines, et sans frein, tous ces écarts coupables d'une téméraire curiosité sont absoluit InoUles et même préjudiciables. »