‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 63 sur 102 · STAHL. — PATHOLOGIE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

STAHL. — PATHOLOGIE SPÉCIALE

devenues impropres k la circulation el auraient profondément altéré la sensibilité, sont repoussées vers d'autres organes et définitivement chassées des parties, siège de la congestion. »

Ainsi la congestion est un mouvement tonique actif; Yobstrtic^ iian, un phénomène passif et négatif de toute activité (§ 6) ; de sorte que l'acte congestif répond à une destination finale (§ 9), qui est l'allégement de la masse sanguine, ou effort hémorrhagique entravé (§ lA). U y a (§ 20) quatre espèces de congestions : les congestions simples et tendant à Thémorrhagie avec plus ou moins de succès; les congestions dont l'action est trèsétendue et qui changent volontiers de place (affections rhumatismales); l'inflammation^ enfin les douleurs résuhant de la distension des tissus.

La troisième partie de la Pathologie de Stahl s'appelle Patho^ logie très-spéciale^ parce que l'auteur y étudie les véritables maladies très-particulières, ou plutôt les causes, les symptômeSy la marche et le traitement très-particuliers des maladies ; il examine d*abord toutes les maladies hémorrhagiques spéciales, l'hémoptysie pbthisique (1), la toux, sous lequel nom on entrevoit la bronchite et la pneumonie, l'hématémèse (avec ou sans mal hypochondriaque, deux affections ordinairement conjointes); les vomissements noirs, les hémorrhoïdes, la sciatique, qui procède d'une congestion ou d'un flux primitif et surtout rétrocessif des

(1) h' hémoptysie est consiilcri'c commo un moyoïi p!u8 ou moins facile ct/rawotaVlp employé par la nature pour combaltre la congrestion pulmonaire. Les diverses éruptioDF ou tumeurs sont aussi pn*senlôcs comme des efforts l'on^i^stirs salutaires, •iiui que le démontrent les dangers des rétrocessions. La goutte (c'est Stahl qui l'a découvert le premier I) \ient souvent d'efforts bémorrlioïdaui éloignes, opiniâtres, mal dirigés et ne pouvant pas atteindre leur but naturel (cliap. i) ; le rhumatisme (•ffection propre à la pléthore) est une maladie rare dans ses attaques violentes ; ce n'est qu'une vague et indécise tendance générale vers la congestion et l'hémorrhagie, avec altération constitutive des humeurs avant la congestion ; les métastases y eoat fort redoutables, ainsi que les engorgements (chap. ii).

<^uoiqu*il ait prétendu plu» haut que Phémoptysie congestive est salutaire, il dit ici qu'on ne peut pas la néglig«T sans eiposer le malade à avoir des ulcère% à U poitrine; pour lui elle est prtîeurscur, non suite de la phihisie, qui est une affection du poumou, tandis que la lièvre hectique ne vient pas nécessairement d'une leUe came locale.

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licmorrhoïdcs, les vices de la mcnslruallon ; riiyslérie el Vhypochondrie, comparées ensemble et qu'il regarde comme deux aiïeciions identiques; l'une est le mal des TemmeSy Tautre celai des hommes (i); rbématurie; la néphrite; les hémorrhagies pour causes externes; les hydropisies; la cachexie^ l'œdème, suite des suppressions de flux; les hémorrhagies anomales on incongrues, par exemple eu égard à l'âge; les saignées intempestives (2). Puis viennent les diverses afTections congestives et inflammatoires : céphalée, coryza, odontalgie, otalgie, abcès, aposlèmes, ophthalmies, parotides, angines, vomiques, abeès des mamelles, gangrène, sphacèle, ulcères, furoncles, anthrax, cancers. En troisième lieu, Stahl s'occupe des affections spasmodiques : arthritis, hémicranie, odontalgie, contraction des tendons, paralysie, apoplexie, délires, les difl'érentes formes de b folie, la rage; il termine par les poisons. Que de maladies mtfquent dans cette nosologie dressée par l'esprit de système! Ce n'est pas à dire qu'il n'y a pas quelques enseignements utiles i recueillir çà et là dans cette Pathologie très-spéciale^ mais 3s sont rares, tant les discussions hypothétiques dominent sur les idées vraiment pratiques. Du moins il ne faut pas perdre devoe qu'il y a dans ce traité un certain nombre à' observations qaioe sont pas tout à fait à dédaigner (3).

(1) AfTections sœurs et congénères. L'hystérie est plus grave, plus fréquente àm son existence absolue et dans ses attaques^ eu égard au temps, que l'hypocboodrie. Toutes deux appartiennent au genre spasmodique.

(2) L'auteur, partisan des saignées opportunes^ rapporte plusieurs cas curieai^ saignées intempestives, — Voy, De sanguisugarum utHitatCy 1699; Venotsectmù patrocinium, etc, 1698; De phicbototfua, 1701 : contre vau Hclmont (tôt. plu haut, p. 525 et suiv ); De venacsedione in morbis acuiis^ 1703; De venaesectto'^ in pede et aliis cor})oris partibus, 1719 : partisan de la révul>ion.

(3) Le CoUegium casuak (1734) se compose de cent deux observaiiotUf v« commentaires. Une histoire de maladie doit comprendre, suivant Stahl, ks àf constances ou phénomènes spécifiques perpétuels, et les phéuomènes accideiteii» individuels, variables; on aura grand soin de ne pas les mélanger et deleortfigner à chacun sa place, de bien marquer les dépendances, de reconnaître V9f^ et le patientj les diverses espèces de causes, le subjectum médiat ou mmii^ V affection formelle, la proto- et la deutéropathie. Quant à la thérapeutique oa s'i*' quiétera de la disposition générale de pureté et d'impureté du corps, en csaa^ rant si cet état peut ou non entretenir la maladie, et la proportion de puiMiac^

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S'il me fallait porter un jugement général sur Stahl, je dirais que Stahl est un esprit chagrin, atrabilaire, jaloux; un écrivain obscur; c'est un Van Helmont, moins l'illuminisme et la chimialrie ; c'est un Paracelse, moins la grossièreté du langage et avec an esprit beaucoup plus élevé et mieux cultivé (1) .

Au milieu des trois cents ouvrages, mémoires ou dissertations qui composent l'œuvre de Stahl, il y a au moins une page à retenir, une des plus belles qui aient été écrites au xviii* siècle, où la tolérance n'était pas à l'ordre du jour dans les Écoles de nddecine, une de ces pages qui sous la plume d'un inventeur de système prennent une importance singulière, puisqu'on y réclame àiergiquement pour les autres la liberté de penser et d'écrire qa*on a prise pour soi-même (2).

c La liberté de penser et celle de livrer à la publicité ses propres opinions ont une raison d'être quasi identique. Peut-on ■ner, en effet, et n'est-il pas au contraire fort évident, que bien ilea choses, je ne dis pas seulement inutiles^ mais souvent très-- 0muvaises, sont aussi livrées à l'impression et répandues dans le public? C'est là, du reste, un inconvénient qui devient plus

9m- ttalâdie à rapporter l'impureté gcnéfale, ou à la corriger et à révacuer, sous i*«ction des efforts de la nature qu'il faut bien se garder de troubler mais se contende diriger. Puis Stabl examine les deux méthodes thérapeutiques, la dogmatique ''empirique ; il appelle cette dernière tumultueuse ou tcmcrairc, aveugle , stuî» Enfin on s'attachera à éloigner tous les reliquats de la maladie pour qu'elle ■^Tienne pas. — Les observations sont rangées à peu près a capite ad calcem ; la ion des faits est malheureusement très-courte et le plus souvent insuffisante, que les commentaires analytiques {resoiutio) et les développements théori^ {exegesis) sont très-longs et rédigés sous une forme scolastique fastidieuse. |^ int quelques remarques pratiques sur l'emploi de certains traitements et sur particularités des maladies sont à noter dans ce CoUegium, Voy., par ^^^*>^lile, les observations d'ophthalmie, de dysenterie^ de paralysie de la langue» ime convulsif, d'hypochondrie, d'hémorrhoïdes, de tremblement de la tête, de

pétécbiale, etc.

C^ > Voy, rar les partisans et les antagonistes du système de Stahl, Sprengcl, Hù- ^^ 4k.la médecine, t. V, p. 227 suiv. de la traduction française, et Haeser, <i^ ^'^CAlf éer Mediein, % 507. Si je n'étudie pas ici tous ces auteurs, c'est qiMr rUt^ *** n'aundt pas grand'chose à y gagner, et que, du reste, il en est |AiiM«iicr *^^Hil parmi les Anglais, que je n'ai pas pu me procurer, ^^) Voy. ftécUmatùms et défenses, § 3.

I IK i

tolérable dès lors qu'on peat aussi penser librement dans un tout autre sens, de manière à dévoiler par des raisonnements contraires toute la turpitude et la vanité des opinions nuisibles, et à porter des jugements plus rationnels et plas sains sur les mêmes sujets.

> Quoique l'on soit généralement persnadé qn*il sertit bien plus avantageux de ne point tolérer les choses inutiles^ ineptes^ oiseuses^ suspectes ou évidemment pernicieuses^ et de les étouffer, pour ainsi dire, à leur berceau, néanmoins un examen nn peo attentif nous montre clairement qu'une telle pensée ne serait pas raisonnable du tout, et que son exécution rencontrerait de très-grandes difficultés.

» Et d'abord, sérieusement parlant, qui est-ce qui aurait le droit de juger de la valeur réelle des écrits, et de détermioer s'ils méritent ou non d'être livrés à la publicité? En seooid lieu, autant d'hommes, autant de goûts difTérents, et, à cause même de la variété des études particulières, les sujets que l'of traite, à moins qu'ils ne heurtent de front les bonnes mœnrs, peuvent paraître aux uns mal fondés et d'une futilité flagrante, tandis que d'autres ne les croient pas indignes du grand jour et du bon accueil des lecteurs. Ajoutez à cela qu'à cause de It diversité des caractères, les esprits naturellement méchants, frivoles, insouciants et ineptes trouveraient toujours de quoi satisfaire leurs goûts dépravés et leur mauvaise nature, lors méoe qu'ils seraient privés de nouveautés; tandis que d'autres esprits plus solides et de meilleure trempe, véritablement occiqp^ de leur objet, bien loin de se laisser séduire par des exemples aussi scandaleux, savent au contraire en tirer avantage pour tenir ei éveil, exciter et exercer une excellente nature, afin de soumettre plus aisément à un libre examen et à une sévère discussion ces doctrines erronées et mal comprises.

» Pour ce qui est de la liberté dépenser et d'écrire considérée en elle-même, puisqu'on ne peut raisonnablement exercer vtt juste répression contre elle> il me paraît peu équitable de soi* trer une si grande sévérité envers quelques personnes, sartoi^ envers les esprits superficiels et médiocres, par exemple; taftii$ qu'on ne veut ou qu'on ne peut pas comprimer la liberté de

STAHL. » LlBStTÉ DB PEN8^ iÔSA

eeux qui se distinguent par un plus grand mérite. Nous avons une preuve bien saillante de ce fait dans certains écrits publiés depuis deux siècles et ayant tous pour titre : Défeme de la vérité religieuse. En effet, tandis que les uns préféraient demeurer dans une croyance calme, modeste et sans bruit, persuadés que les vérités religieuses sont trop claires d'elles-mêmes pour avoir kesoin d'appeler l'éloquence à leur secours, les autres, entraînés par une opinion contraire, ne cessaient de publier à ce sujet des ouvrages fastidieux et de se livrer à des explications qu'on avait cent fois répétées.

c Ceux qui ne peuvent souffrir aucune défense ni aucune cen« sore en pareille matière , profitent de ces circonstances pour inspirer des doutes aux personnes peu instruites, mais justes et sans prévention, en leur disant que la cause religieuse a sans cesse besoin des appuis de l'éloquence. Ils s'efforcent en même ■emps d'agir auprès des personnes plus expérimentées, en discréditant la science et les mœurs de ceux qui prennent intempestivenent la plume en sa faveur. C'est pourquoi, puisqu'on ne peut pas ou qu'on ne veut pas réprimer certains écrivains, il me Moible que Ton ne saurait, sans violer l'égalité du droit et Bmler aux pieds la justice, persécuter et tourmenter ceux qui se ■roavent dans la même catégorie, en invoquant contre eux tantôt l'aotorité des lois, tantôt celle des mœurs.

c Je laisse donc chacun libre d'examiner mûrement la queskloDf et de juger s'il est réellement équitable de supprimer et de réprimer indifféremment tout ce qui n'a point un caractère mmbversif au point de vue de la morale publique et des lois mgeiaieSf et ce qui ne s'élève pas directement et ostensiblement eontre la bonne police des cités. Il serait plus sage et plus raisonnable, en pareil cas, que l'on priten sérieuse considération (si Koatefois il est permis d'espérer une saine appréciation) les meilleurs ouvrages, et que ceux qui sont le plus convenablement écrits fassent mis au jour, soutenus et propagés par les soins de Tauhenlé, qui userait de tous les moyens possibles pour assurer ^or succès, afin de faire tomber dans un juste discrédit les productions ridicules et sans but louable. Mais il nous semble ^ pasieriarif et d'après l'expérience, que ce projet ne saurait

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avoir un résultat satisfaisant, vu que nos espérances seraient évidemment déçues, et que a priori ce serait là aussi un vœu défectueux et inique, attendu qu'il serait peu raisonnable et injuste même d'espérer ou de mendier, pour le triomphe de la vérité, des secours intempestifs et étrangers. Mais c'est là un soin dont se charge la Providence, qui ne manque jamais d'agir dans ce sens, au moment opportun* pour réaliser le triomphe de la vérité ; il lui suiBt de fournir un petit nombre d'exemples, en suscitant, quand l'heure décisive a sonné, quelques hommesqui servent d'instruments à son œuvre et qui aient assez de force et de volonté pour se dévouer tout entiers à la lutte. Il résulte de là qu'il est très-convenable de consentir de bonne grâce, comme l'on y est contraint par la nécessité, à abandonner à leur heureuse destinée l'appréciation et le sort ultérieur des bonnes choses qui ne manqueront pas bien certainement, en leur temps, de couronner d'une auréole de lumière ce qui est vraiy ce qui est d'nae réalité positive^ ce qui, à cause de son utilité^ a déjà été consacré par des éloges mérités. >

SoMiLAiiE. — Morgagni et l'anatomie pathologique. — Haller et la théorie de l'irritabilHé. — Bichat et les propriétés des tissus. — Gaubius et les applications de U doctrine de rirritabilité à la pathologie.

Mbssuubs,

Quand on suit avec attention la marche de la médecine au XVII* et au xvni* siècle, on est péniblement frappé de voir quels obstacles la routine, les préjugés et surtout Tesprit de système opposent ici par la force d'inertie, là par une véritable violence, à rétablissement des bons principes, au triomphe des bonnes mélhodes. La physiologie n'a pas plutôt fait une conquête qu'on i la tourne en ridicule pour la précipiter dans l'oubli, ou qu'on l'attaque avec passion, ou qu'on s'en sert de travers pour y rapporter toute la pathologie, sans s'inquiéter si d'autres découvertes ne contredisent pas les conclusions qu'on se hâte de tirer, sans songer que si un point est éclairci, beaucoup d'autres res* tent dans l'obscurité. Hier c'était la chimie qui voulait tout expliquer, aujourd'hui c'est la mécanique ou Vanimismet demain ce sera V irritabilité^ un autre jour la stimulation , enfin en dernier lieu V irritation; et toujours ainsi. Il faut arriver jusqu'à notre époque pour entrevoir la domination de la pure et solide méthode expérimentale, qui, toujours en quête, ne se presse pas de formuler des lois, mais se contente de rapporter d'abord les faits pour en tirer plus tard des principes. Remarquons aussi que le rôle des nationalités est changé : tandis qu'autrefois la France se faisait remarquer par une véritable torpeur, secouée de temps à autre par quelques systèmes étrangers, elle est aujourd'hui, on peut le proclamer bien haut, à la tête de l'Europe pour la physiologie et pour la médecine clinique. L'Angleterre marche à peu près notre égale dans la voie de l'observation

nm moÊGkGm

attentive des maladies ; mais Tltalie renaît à peine de ses désastres qui ont entraîné la ruine ou du moins raflaiblissemenl de l'esprit scientifique; quant à rAllemagne, elle reste encore trop en proie, sous apparence de physiologie et de médecine positifes, aux mauvais conseils de l'imagination, aux suggestions de l'esprit d'aventure.

Au xvnr siècle, l'Europe médicale est partagée entre le roéeinisme ou le solidisme et l'animisme. Çà et là apparaissent quelques disciples de Sydenham , je veux dire des obserrateurs désintéressés de la nature. Au milieu de ces disputes de mots, de ce cliquetis de systèmes opposés, il faut prêter une oreille attentive pour entendre la voix sinon éloquente, du moins grave et ferme de Morgagni (1682-1771), le rénovateur de ranalomie pathologique (1). Depuis le traité Des lieux affectés de Galiei, il ne s'était rien produit en ce genre, dans la littérature médicale, d'aussi important, d'aussi décisif, que les Lettres sur b recherche par Fanatomie des causes et du siège des maiadks (1761). L'illustre professeur de Padone avait préludé à ces Lettres y œuvre de sa vieillesse, parles Adversaria anatomm (1706-1719) (2), où à côté des témoignages innombrables d'oite science aussi profonde que lumineuse, on regrette un pea trop d'âpreté dans la discussion, surtout contre Manget et Biancbi ;— et par une foule d'autres travaux de critique, d'érudition, d'aoatomie {Epistolae anatomicae^ écrites en partie à propos du traité de Valsalva sur l'oreille, etc.) et de médecine pratique, qui M

(l)Une des meilleures Vies de Morga^^i est celle qu'a écrite Tiisot, etqu a^ reproduite en français, en tête de la traduction française des Lettres sur la cn»^ et le siège des maladies, par MM. Desormeaux et Destouet.

(2) Dans ce recueil tout est neuf ou mieux étudié que parles prédécesseurs de)l<^

gagni. Nous signalerons en particulier les recherches sur le larynx, les ▼oiesiMi!'

maies, les muscles de l'œil, le côlon et son appendice^ les caïités articulairef fi^

glandes qui s'y trouvent, les organes génitaux mâles et femellen, les YalTak* *

cœur. Morgagni n'a pas de rival dans la description et la délimitation des mvàti'

1 a signalé un grand nombre de variétés ou d'anomalies. — On sait que VkitHif

de Morgagni n'est qu'une dissolution cadavérique des cellules oo globoks qai ^

ment la couche pigmentaire de la face antérieure du cristallin, appelée aiun f^

de Morgagni^

ET l'anatomis pathologiqub. lOM.

avaient déjà fait une juste réputation ; mais ce sont les Letires qui ont mis le sceau à sa renommée et lui assurent les bonunageg de la postérité (1) •

Ce n'est pas tant dans la multitude des faits rassemblés par Morgagni que dans le profit qu'il en tire pour justifier ou asseoir le diagnostic pendant la vie d'après les lésions observées après la mort, que git le grand mérite des Lettres. Les histoires de maladies ont été rédigées et les autopsies ont été faites en partie par Valsalva (2), en partie par Morgagni lui-môme. C'est une œuvre analogue à la Clinique de N. Tb. Lerminier et d*Andral ; Morgagni est l'Ândral qui a fécondé ces matériaux, qui a su en tirer les enseignements les plus précieux (3).

Comme le déclare trés-judicieusement Morgagni dans sa préface et dans sa dédicace du premier livre, à Trew, les nécropsies ne peuvent servir que si elles sont faites par un bômme expérimenté dans la clinique, habile dans l'anatomie normale (4), et si elles sont accompagnées de l'histoire détaillée de la maladie ;

(i) Ttbarrani (1702-1780), maître de Mascagni, à Bologne, a dédié à Morgagni, km. 1751, ses Olfservationes anatomicae (}e possède la seconde édition de 1753) qui flWifeniient nne série d'intéressantes observations d'anatomie pathologique rélatiTes à cai de clnnirgie ou de médecine (par eiemple, fracture des vertèbres prise pour Iniatioo ; anéTrysme faux ; bypertropbie du cœur ; bernie crurale), et un plus fpfmad nombre de remarques sur différents points de l'anatomie normale que Tabarmni a étudiés avec une rare habileté et une érudition critique remarquable. L'ouvrage «si accompagné de planches.

(S) Dans la dédieace du II« livre à Bromûeld, après avohr célébré les progrès fféeentt de Tanatomie pathologique et les services qu'elle a rendus, Morgagni déclare fn'il a voulu, par piété pour son maître et pour être utile aux étudiants, sauver de roubli et de la ruine les précieux papiers de Valsalva, afin qu'ils n'eussent pas le de VAnatomie médicale de Harvej.

(3) Les Lettres de Morgagni, où la chirurgie tient une asses grande place, sont un de détails qui échappe à l'analyse. Je n'y relèverai que les points de doc- ; malf il y fiaudra revenir à chaque instant quand nous traiteront de l'histoire miladiei.

(â) EusUchi, au rapport de Morgagni (dédie, du V« livre, à Meckel], se plaignait dTavoir trop négligé l'anatomie patliologique qui fait connaître les causes des mala- I, pour l'anatomie normale. Morgagni lyoule qu'il est sans doute regrettable qu'un B grand anatomiste ne nous ait pas doté d'un recueil d'observations faites sur cadavres, mais que l'anatomie normale est le flambeau de l'anatomie pathologique, lortout quand elle est pratiquée par un homme aussi distingué qu'Eusiacbi.

iota IIOBGAGin

hors de ces conditions (1), ranatomie pathologique est stérile, puisqu'on ne peut pas distinguer ce qui est morbide de ce qui ne Test pas, ce qui est cadavérique de ce qui estreffet de la maladie, puisque surtout on ne peut pas rattacher les lésions aux symptômes; à quoi peuvent servir en effet les plus belles descriptions prises sur le cadavre, les plus belles planches dessinées et coloriées d'après nature, si nous ne savons pas de quel état elles sont la suite, et quels désordres fonctionnels elles ont prodoits pendant la vie? En quoi une telle anatomie pourrait-elle avancer le diagnostic, fournir des lumières pour le pronostic et diriger la médecine dans la thérapeutique ? C'est tout au plus de Thii* toire naturelle, mais à coup sûr ce n'est pas de la médecine ctnique.

L'anatomie pathologique (2) est la description et la représentation des altérations et des métamorphoses de toute nature qoe /la maladie développe dans les humeurs, les tissus et les organes. Nul spectacle plus triste et à la fois plus instructif pour le médecin que ces eicès, ces diminutions, ces transformations de tissus, ces aberrations de forme et de structure, ces déplacements d'organes ; rien qui montre mieux les difficultés de la médecine d en même temps ses ressources inGnies; rien qui dise plosélo* quemment quelle est la misère de l'homme et la puissance destructive de la nature ; rien enfin qui nous enseigne avec plus de sûreté quelle est tantôt l'extrême faiblesse et tantôt l'extrême résistance de l'organisme. Qui pourrait, tant les ruines hamaiotf jettent d'effroi dans Tâme, assister sans émotion, même qaas' on y apporte la passion de la science, à ces autopsies où se révèle tout ce que la maladie et la mort ont de plus repoassaot? Quel médecin ne s'instruirait en retrouvant sur un corps maJitenant inanimé l'explication d'une partie des phénomènes qu il i observés pendant la vie? 11 confirme ou redresse son diagnostt par l'examen méthodique des produits de la maladie; il raUsck

(i) Conditions qui. manquent le plus ordinairement dans le Sejmkhrehm^ Bonet et Maiiget^ ainsi que Morgagni le remarque dans une critique un peu n't' mais justifiée par de nombreux exemples. Morgag^ni a signé la paix aver Umf^ . quand celui-ci eut fait ameude honorable.

(2) Voy. mon ouvrage intitulé : la Médecine, histoire et doctrines, p. 121.

ET l'anatomie pathologique. 1085

nons locales à un état plus général de Féconomie, et puise ces recherches de précieuses et plus certaines indications peutiques pour Tavenir. Qui ne reconnaît aussi à ces traits saux quelamaladiea empreints en nous combien il encoûte vivre et combien pour mourir? Comment expliquer que la uisse subsister pendant de longues années lorsque d'efbles lésions ont envahi les organes les plus essentiels, ou I mort survienne avec la rapidité de l'éclair quand un léger ihement de sang déchire la substance cérébrale, qu'un caillot me dans le cœur, qu'une bulle d'air entre dans le torrent latoire ou qu'une goutte de quelque poison subtil pénétre répiderme ? Devant de tels accidents, la médecine reste iminle, tandis qu'elle peut, la nature venant à son aide, ipher des plus graves désordres, ou les arrêter dans leur he. Ce sont là des mystères qui épouvantent ou qui étonrhomme du monde ; pour le médecin ce sont de perpétuels s d'étude qui chaque jour le conduisent à de nouvelles con« » dans les régions de l'inconnu.

I fallu passer par les autopsies timides, inintelligentes et sou« fimtastiques des premiers anatomistes de la Renaissance, agnana, Benivieni, Benedetli, et par bien d'autres essais 8 de Vésale, de Plater, de Schenk, de Bonet, etc., pour rer à Morgagni, le véritable créateur de Tanatomie patholoe. Pour la première fois, dit M. Lebert, on voit un homme e et sévère s'écarter des anatomo-pathologiques de son 18, toujours à la recherche du merveilleux, pour s'occuper questions même les plus élémentaires. Ses descriptions laites avec une exactitude inconnue jusqu'à lui. Toutes bis que les documents qu'il possède le lui permettent , Hfronte les symptômes observés pendant la vie avec les llats de l'autopsie , et sa tendance à pénétrer le mode de %tioii et la nature des maladies se fait jour à chaque page de ^elires sur le siège et les causes des maladies démontrés par ^mne.

^pendant ni l'analomie pathologique elle-même, ni l'observa^ clinique, ni le diagnostic expérimental ne purent arriver à rands progrès aussi longtemps que firent défaut les moyens

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physiques et chimiques qui servent à reconnaître les makdio. De telle sorte que Tanatomie pathologique resta pendant long* temps encore lettre morte; ou, si vous aimez mieux, elle ne fat que l'histoire naturelle des maladies. Mais tant de recherdiei péniblesetpoursuivies avec patience par ceux-là mêmes qui n'en pouvaient pas tirer grand parti, furent tout à coup fécondéesptf les travaux de Bichat sur Tanatomie des tissus, et par la déeooverte à jamais mémorable de la percussion el de l'ausculution, 1 laquelle sont attachés les noms célèbres d*Avcnbrugger, de Cmvisart et de Laennec, découverte dont les aiodernes ont tiré ni si admirable parti et qui fait la gloire de l'École de Paris, ioff* tôt qu^avec l'oreille ou avec le doigt on put reconnaître sorli vivant ce que révélait la dissection sur le cadavre, la description des maladies et par conséquent la thérapeutique entrèrent dim une voie toute nouvelle, puisqu'on était en état de suivre le ari II et de le combattre pied à pied. Aussi Ton se prend à fréaùrm h pensant combien de malades ont. dû périr bien moins parmlir [i^ de l'impéritie du médecin que par l'insuffisance de la médecin alors que les plus graves affections (celles de la poitrine et eds du cœur, par exemple) naissaient et se développaient damMf replis cachés de l'économie, sans que le praticien le pluseï^ menlé pût même en soupçonner l'existence ou la nature. 1^

Mais la dissection ne suffisait pas à dévoiler les traces Itffi» 1^ ^^ profondes et certainement les plus graves de la maladie, l^'^hxi^ rations primitives des soUdes et des liquides lui échappai^! 'li pj chimie et la physique ont dû intervenir à leur tour;riDï**piî j^ des tissus fut pénétrée par la lumière intelligente dumicroscV^ et les réactifs saisirent dans nos humeurs les nuances les |As' gilives de la maladie. C'est ainsi que la mort, livrant fofc^ ses secrets, voit chaque jour rétrécir ses domaines parlesn^ mêmes qu'elle ne cesse de produire dans notre économie*

Donc, sans anatomie normale point d'anatomie patbolofir' sans l'une et l'autre anatomie, point de diagnostic certain «^^ tionnel, soit du siège, soit de la nature de l'affection ; tf"! moyens chimiques el physiques mis au service du diap*** des autopsies, insuffisance absolue des dissections et i^^^^^^ complète dans la thérapeutique. On peut déplorer cette inik'^

ET L'ANATOMIB PATBOLOGIQUB. 1M7

li préside au développement de chacune des parties de ; mais en même temps on ne saurait trop admirer corn- (ue progrès arrive en son temps et en suscite de nou- 38t un grand enseignement pour l'historien ; il y respecter le passé et à ne pas désespérer de l'avenir, ir les trop vives ardeurs et à relever les courages

ni revient à plusieurs reprises sur les services que peut idre Tanatomie pathologique. — Elle sert à la physiolonlrant le rapport qui existe entre les lésions des or- » troubles fonctionnels ; elle est même capable de faire des usages qu'on ne connaissait pas et de rectifier les ^mmises dans les fonctions que Ton attribue parfois armt h un organe (1). —Plus d'une fois elle a démontré étendues monstruosités ne sont que des déplacements es de quelques parties ; par exemple on a pris bien sou- 'un troisième testicule ce qui n'était qu'une hernie ) dans le scrotum (2).

ladies sont si nombreuses, elles ont des causes si mult si diverses (3); elles sont si manifestement sous la !:e des lésions organiques, qu'il n'est pas possible ni Dnnaitre ni de les traiter si la dissection des cadavres évèle pas le rapport entre le mal, ses symptômes et set 18 on aura rapproché, confronté des histoires de mala* 8 autopsies, mieux on sera instruit sur les causes (4);

ice du livre V^ à Meckel.

43. Cette lettre est fort curieuse ; on y trouve un historique fur la nature des hernies. Morgagni y soutient, avec VaiNta ) dans les hernies le plus ordinairement le péritoine o'^p efois les hernies des rupture»), mais relâché, disl4;ud«^ at de la hernie. — C'est Verheyen qui l'un des prciiiM»«

ladie, dit Morgagni, n'est pas simple comntf mmi Krences produites par beaucoup de caoiMi« t opposées.

gni prend trt»p souvent peut-être les eftsU y«mk ■'est pas reao qu'on trouve daot le |(Wii^)M^<

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