‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 65 sur 102 · MORGAGNI · texte numérisé non relu

MORGAGNI

(voy. aussi la Lettre dixième) , sous la rubrique douleurs de îHt. La quinzième Lettre esl curieuse par Thisloire de la phthisie calculeuse el granuleuse el des concrétions pulmonaires (vojex aussi la vingl-deuiième Lettre). Les Lettres vingt-trois & yingt-si prouvent combien le diagnostic et la valeur des lésions anlomiques des affections du cœur était peu avancé ; cependul combien* d'efforts Morgagni avait faits pour élucider ces questions 1 Du reste il ne faut pas toujours s'en fier aux titres des lettres ; elles contiennent parfois plus ou moins que le titre oe promet, par exemple les lettres sur les aflections des organes de la poitrine et celles sur rapoplexie, où, pour le dire en passart, Morgagni commet la singulière erreur de prendre les morts npides, dans la peste du vr siècle, pour des apoplexies [iMi deuxième). Il paraît croire aussi (cinquième Lettre et dans h cinquante-deuxième), que la sanie pouvait se transporter di poumon au ci fine, ou descendre du poumon dans les voies orinaires. Dans la même lettre il admet aussi que les humeurs eofttiennent de l'air, croyance généralement reçue de son leopf; mais il sait les désordres que cause la pénétration de l'air dai les veines {ibid).

Les Lettres j au nombre de soixante-dix, sont divisées endoi livres ; les maladies y sont étudiées a capite ad calcem. Lesbi^ toires et les nécropsies sont accompagnées de remarques trèsvariées où les recherches de l'érudit se mêlent souvent lo réflexions (rarement les explications) du médecin. L'esprit à lecteur esl sans cesse attiré et toujours maintenu en éveil.

Du temps de Morgagni on attaquait l'anatomie pathologique, comme on avait ridiculisé la circulation, comme on se moqnede rhistologie. On prétendait (1) que les causes des maladies sofll inaccessibles à nos sens parce qu'elles consistent dans des cor formations cachées de particules dans leurs liaisons, leurs moovcments, et dans les forces qui produisent ces mouyemenlsetctf liaisons. Mais lors même, objecte Morgagni, que cela serait mit les eflets de ces causes n'échapperont pas à nos sens, car ifc se portent sur des parties manifestes, et les changements que doo5

(1) DédicBce du III* livre, au « ^rand ■ Sénac.

rr L*AlfàTO)nB PATflOLOGIQUB. 1071

■tâtons sont des causes internes évidentes de la plupart des adias. Mais chacun, ajoute-t-il,/ti^«, diaprés ce qu'il n'a pas mème^ que ce qui existe dans un autre est superflu^ parole li spirituelle que profonde, qui s'adresse aussi bien aux déiteurs de l'érudition médicale qu'au contempteurs de tous progrés qui les gênent ou les humilient. Cette admirable senie, je voudrais la voir gravée en lettres d'or à l'entrée de nos es» de nos cliniques, de nos laboratoires I

m Lettre quarante-neuvième sur les fièvres est un véritable cànwriuum où Morgagni a rangé plusieurs maladies qui ne pouiDt trouver place ailleurs, parce qu'elles n'ont ni causes, sur- \ ni siège déterminé, car il ne veut pas mettre dans la classe fièvres les maladies fébriles localisées, ce qui est un progrés ftUe, comme on voit. — Cette lettre renferme quelques obserons de fièvres lentes ou hectiques, d'amaigrissement ou mar^ p de fièvres intermittentes, de leur traitement. N'ayant rien le bien précis à dire, Morgagni se livre aux explications, mais, même temps, il fait justice des autopsies fantastiques rapporm dans le Sepulchrelum. Dans l'observation d'une femme qui, ^dire de Valsalva, avait une fièvre ardente, et, selon l'avis de irgagni, une péripneumonie, il est question d'un bruit qui se 0Sê dans la poitrine pendant la respiration^ comme si une mtière y était en mouvement. C'est une auscultation à distance, m il y a plusieurs exemples chez les auteurs à propos de la ■îpneumonie, mais qui n'a jamais conduit à l'auscultation im- Uiale et directe. Les lettres qui suivent sur les tumeurs et les iiiQres^soit à la tète, soit aux autres parties, sont pleines d'in* ^ et fort instructives. Morgagni traite longuement des anéliines primitifs ou des anévrysmes faux consécutifs ; il insiste ^ le savant Haller et le c grand Molinelli » sur le rétablisse* ^t de la circulation collatérale après la ligature d*un tronc î^pal. Ses idées sur l'opportunité et les conséquences du PHn ne sont pas très-nettes, mais les observations qu'il rap- 'te doivent fixer l'attention (1 ) .

^) Voy. le réramé et lu critique des opinioni lei plas répandues sur l'opération trépan, dans Texcellent mémoire de M. le baron Uippotyle Larrey, fntHolé t

1072 UORGAGRI \

Les ouN rages de Morgagni sont de ceux qu'on ne doil jamais négliger quand on écrit l'histoire et qu*on étudie, soitranalomie, soit la pathologie.

Alhert de Ilaller (1708 — 1777), issu d^une famille patricieoiM de Berne, est une des plus grandes figures, un des plus nchla caractères, un des hommes les plus respectables, un des sansts les plus accomplis de ce xvni* siècle, qui a été si fécond en personnages célèbres, aussi bien dans la médecine que dans les antres sciences. Travailleur infatigable, Haller n^aurait pas po dire comme Trajan : o Ami, j'ai perdu un jour, a S'il voyage en flrilande, en Angleterre, en France, en Allemagne, c'est pov s'instruire; s'il se repose de ses occupations actives, c'est poff étudier; il se délasse d'une fatigue par une autre ; il est kbkr improbuSy\e travail opiniâtre, fait homme. 11 fut du petit nomkre de ces enfants précoces qui n'ont pas démenti dans l'âge flfr|)p leurs premiers succès. A huit ans, il avait déjà extrait deux aSk articles des Dictionnaires de Bayle et de Moréri.

Nous le voyons tour à tour orientaliste distingué, anatOBUk diligent (si diligent même qu'il fut obligé de quitter Paris, pnv qu'il empestait ses voisins en disséquant), physiologiste coisommé, botaniste habile, le modèle des bibliographes, (k érudits et des historiens, très-versé dans la médecine et Uds- li^ rurgie, bien qu'il ne se soit jamais livré à la clientèle propremeit 1^^ dite, poète à ses heures de loisir, administrateur inté|Ri |i)^ vénéré, mais aristocrate jusque contre ses propres intérêlsll)» h^ De plus, Haller a été en commerce épistolaire continuel <^ |> l'Europe entière (2), et les plus illustres sociétés se sont bit* K^

Étude sur h trépanation du crâne dans les lésions traumatiques de la tête, PW j V^ 1869 (extrait des Mémoires de la Société de clârurgie),

(1 ) On peut lui reprocher un peu d'intolérance dans les questions reUgi^*' mais lui-même donnait l'exemple des plus rigoureuses obscnanccs; aosii, ■#' son ardeur pour l'étude il se résignait à ne pas se Uvrer aax œunw !«*■* le dimanche, jour rigoureusement observé par les protestants.

(2) Mon ami, M. le professeur Haeser^ de Bresiau, mo. mande qa'il s'occiV'^ ce moment de dépouiller, pour la publier^ cette vaste correspondance, coaiv** i^^ la bibliothèque de Berne.

le

APPRÉCIATION DE SES TEAfAUX. 1075

mnear de le compter parmi leurs membres. C'est surtout

mme anatoroiste, comme physiologiste et comme érudit qu'il

nt le premier rang, non-seulement parmi ses contemporains,

lis pour la postérité la plus reculée. Les Elewnenta physiolo^

te carporis humain^ où la physiologie est traitée expérinien-

emenl et historiquement, sont un monument impérissable

]oel on ne peut comparer que la Physiologie de Burdach,

dbeureusement inachevée ; les Icônes anatomicae passent à

le titre pour un des plus beaux ouvrages en ce genre, un des

miniers où la nature ne soit pas déûgurée par le crayon, où les

rties soient présentées dans leurs rapports naturels ; les Dis-

faiiones et les Opéra anatomica renferment des recherches et

I découvertes importantes : critique de Coschwitz qui avait pris

p artère pour un nouveau canal salivaire; origines du nerf in-

pcostal {grand sympathique); racines du canal thoracique ; des-

fpUon de J'épiploon et du tissu cellulaire ; structure du dia-

pragme ; de la respiration dans ses rapports avec la circulation;

t les vaisseaux coronaires du cœur, sur ceux des vertèbres;

Momie et physiologie comparées, etc.

Les Bibliothèques anatomique^ chirurgicale^ médicale ^ de

ndque, en 8 volumes in-A"", forment le plus vaste réper-

e de bibliographie critique qu*on ait jamais publié ; Haller

at lu, tout analysé, tout jugé avec un suprême bon sens,

parfaite équité et une pleine connaissance des choses dont

riait On ne sent jamais mieux le prix de ces Bibliothèques

\ moment où elles vous font défaut, c'est-à-dire à la fin du

siècle, à l'époque où mourut Haller ; on se trouve alors

iiide; on erre un peu à l'aventure, ou bien il faut re-

i un nombre considérable de bibliographies partielles,

^ procure difficilement et dont aucune ne vaut celles de

Une des plus utiles entreprises qu'un libraire pourrait

il était appuyé par l'État, et par de nombreuses sous-

s (qui certes ne feraient pas défaut), serait de fondre les

Hbliothèques de Haller en une seule, de conserver l'ordre

gique en ajoutant les dates connues de naissance et de

\T les divers auteurs, eu corrigeant certains titres on

es, en comblant les lacunes, surtout pour l'antiquité et

THÉORIE 01 l'IBRITABIUTÊ. 1075

non que ce système soil demeuré entièrement debout, mais parce qu'il a donné l'impulsion à toutes les recherches subséquentes.

Il est évident, d'après la définition même qu'Haller en donne, que rirritabilité n'est pas autre chose que la cantractilité ; mais il la distingue de l'élasticité (1). Voici celte définition : c J'appelle partie irritable du corps humain celle qui devient plus courte quand quelque corps étranger la touche un peu fortement. En supposant le tact externe égal, l'irritabilité de la fibre est d'autant plus grande qu'elle se raccourcit davantage. Celle qui se raccourcit beaucoup par un léger contact est trés-irritable ; celle sur laquelle un contact violent ne produit qu'un léger change-» ment l'est très-peu. J'appelle fibre sensible dans l'homme, celle qui, étant touchée, transmet à l'âme l'impression de ce contact; dans les animaux, sur l'flme desquels nous n'avons point de certitude, on appellera fibre sensible celle dont l'irritation occasionne chez eux des signes évidents de douleur et d'incommodité. J'appelle insensible, au contraire, celle qui, étant brûlée, coupée, piquée, meurtrie jusqu'à une entière destruction, n'occasionne ^mcune marque de douleur, aucun changement dans la situation du corps. Cette définition est fondée sur ce que nous savons tfju'un animal qui souffre cherche à soustraire la partie lésée à la

use offensante; il retire la jambe blessée, il secoue la peau si la pique» et donne d'autres marques qui nous prouvent qu'il

offre. »

Les nerfs ne sont pas la base de tous nos solides, comme le

^nilait Boerhaave, et, par conséquent, toutes les parties ne sont

sensibles comme il le prétendait également ; c'est précisé-

nombre d'eipérienees (il en rapporte 567 tVi extenso^ qui constituent le xième mémoire) sur les animant vivants ; mais on peut dire qu'il ne les a faites a>cc une ettrùme « répugnance, comme il le dit, et par l'euTie de contribuer i ^**^ité du g^enre humain ». Sa sensibilité était telle qu'il n'a jamais pu se décider ^ **!*© une opération, quoiqu'il ait été dix-sept ans professeur de chirurgie. '^ ' (^} C'est une force morte qui appartient aux corps inertes, comme aux corps orga- ^«« considérés sous le rapport purement physique ; il y a de plus, pour les tissus, /<ferce intégrante ou de contractilité, ou encore vitale, et la force nerveuse ou de ^^^Uoiiy agent puissant et permanent d'irritation.

1076 haLleb.

ment ce que démonlrenl les expériences (1). La grande senâbilité de la peau dépouillée de Tépiderme est si exquise, que Haller l'a prise pour le degré fixe de cette propriété des tissas. La chair des muscles n'est pas sensible par elle-même, maissealement par les nerfs qui y distribuent la multitude de leurs ramuscules. Les expériences répétées plus de cent fois sur les tendons des divers animaux ou de l'homme, et en particulier sur le tendon d'Achille, prouvent, contrairement à l'opinion de la plupart desauteursy que ce tissu ne jouit d'aucune sensibilité, parce qu'il ne reçoit pas de nerfs (voy. plus haut Leeawenhoeck, p. 689) et qu'il n*est susceptible non plus d'aucune contradiïité. C'est donc à tort qu'on redoute tant les plaies des tendons, et qu*on a si longtemps hésité & en faire la suture lorsqu'ils sont divisés. Les aponévroses, les ligaments, les capsules arti* culaires, le périoste, et môme, en dépit de Bagliyi, la doremère (2) et l'enveloppe des nerfs sont dans le même cas qoe les tendons. Les quelques lignes que je vais transcrire résumai la théorie de Haller :

c Les nerfs, qui sont la source de la sensibilité, en ont emmêmes une très-grande. On ne peut se représenter qo'apfà l'avoir vu l'état de douleur et d'anxiété dans lequel onmetw animal en touchant, en irritant ou même en liant quelque iorf* L'expérience m'a appris qu'en liant quelque rameau considérable, non-seulement de la huitième paire, mais même des a* trémités, des chiens périssaient au bout de quelques jours; ce qui m'a fait craindre encore plus qu'auparavant ces ligatoresdfl nerfs si ordinaires dans les amputations. Le nerf coupé et irrili au-dessous de la section n*a point occasionné de sensaliofli l'animal, preuve que la douleur ne se propage pas par anastomose d'un nerf à l'autre. Nous avons vu que les parties sensible du corps sont celles qui reçoivent des nerfs, et les ner&eoi' mêmes. En interceptant la communication entre une partie^ '^

(1) Haller se servait, pour éprouver la sensibilité ou rirritabilitc, diifoo*?*

la chaleur, de Talcool, du scalpel, de la pierre inrernale^ de Tacide sulforique «* * j '* beurre d'anlimoine.

(2) Haller n'admet dans le cerveau que des mouvements commuaiqvtf F'' ** mouvement de la respiration et qui existent seulement quand le cràae est wi^ 1 vg

St.

THÉORIE DE L'IRRITABILITÉ. l^H

son nerf, on la prive sur-le-champ du sentimenl ; c'est un fait prouvé par des expériences connues et qu'on peut voir dans mes Commentaires sur Boerhaave. Il n*y a donc que les nerfs de sensibles par Bux-mèmes, et toute leur sensibilité réside dans la partie médullaire, qui est la substance interne du cerveau, à laquelle la pie-mère fournit une enveloppe. L'irritabilité est si différente de la sensibilité, que les parties les plus irritables ne sont point sensibles, et que les plus sensibles ne sont point irritables. Je prouverai l'une et l'autre de ces propositions par des faits, et je démontrerai en même temps que l'irritabilité ne dépend point des nerfs» mais de la fabrique primordiale des parties qoien sont susceptibles.

€ Les nerfs, ceux même qui sont l'organe de toutes les sensations» n'ont aucune irritabilité. Cela paraîtra étonnant, mais cela D*cn est pas moins vrai. Si l'on irrite un nerf, le muscle auquel Il se distribue entre sur-le-champ en convulsion. Je n'ai jamais Yu manquer cette expérience, et j'ai souvent fait entrer en con- Tubion par ce moyen le diaphragme et les muscles de l'abdomen dans un rat, et les jambes de devant ou de derrière dans une grenouille. On peut voir les expériences concordantes de Swamncrdam, et en les faisant j'ai trouvé, comme M. Oeder, que l'ir-

' rilation d'un nerf ne communique de mouvement qu'aux muscles auxquels le nerf va se rendre, et qu'elle n'ébranle point ceux qui tirent leurs nerfs d'ailleurs. J'ai aussi remar<)ué constamment que la convulsion du muscle avait lieu quand on irritait le muscle avec on scalpel, et qu'elle ne se fait point quand on y emploie les cor-

* Toaifs. Mais pendant qu'on irrite les fibres charnues du muscle, il n'arrive point de contraction dans le tronc du nerf. Je m'en aais assuré plusieurs fois dans les chiens et surtout dans les grenouilles; quelque irritation que j'aie donnée au muscle, elle n'a jamais communiqué de mouvement au nerf. J'ai fait ensuite la même expérience que M. Zinn a faite à Berlin ; j'ai appliqué un instrument de mathématiques, divisé en très-petites parties, le long d'un nerf d'un chien vivant, de façon qu'il me fit apercevoir les plus petites contractions; dans cet état j'ai irrité le nerf, il est resté parfaitement immobile. Ces expériences prouvent, pour le dire en passant, que la force d'oscillation qu'on (les iatromécani*

407S RALLfeB.

ciens) avait attribuée aux nerfs n*est pas conforme à rexpérience. La peau, qui est le siège de Tattouchement, les membranes nerveuses de Testomac, des intestins, de l'urëthre, n'ont aucane irritabilité, et il faut bien prendre garde de ne pas confondre avec cette propriété une espèce de mouvement vermiculaire dû à h corrosion, queThuile de vitriol ou l'esprit de nitre communiquent aux nerfs, aux artères, à la membrane de la vessie, à la vésicule du fiel. Cette corrosion n'a rien de commun avec la vie, elle subsiste vingt-quatre heures après la mort, et cela prouve évidemment qu'elle n'est point une suite du sentiment. L'irritabilité n'est point non plus proportionnée à la sensibilité; l'estomac est extrêmement sensible, les intestins le sont moins, aussi n'éprou* vent-ils pas d'aussi vives douleurs dans un homme vivant, et cependant je les ai trouvés plus irritables que le ventricule. Le cœur, qui est extrêmement irritable , n'est que peu sensible, et en le touchant dans un homme qui a ses sens, on lai procure plutôt un évanouissement que de la douleur. »

Si Haller n*avait pas confondu l'irritabilité avec la contractilité, il se fût assuré que l'irritabilité vraie est une propriété élémeotaire très-générale et qui n'est pas limitée à un seul élément aoatomique(i). Quant à l'indépendance de l'irritabilité hallérienne par rapport aux nerfs, puisqu'un muscle se contracte, soit quand on a lié ou coupé les nerfs qui s'y rendent, soit après sa séparation du tronc de l'animal, soit que Tanimal ait succombé depuis peu, cette indépendance, dis-je, a été pleinement confirmée, et d'une manière bien plus exacte encore, par les expériences de M. Bernard avec le curare qui anéantit complètement toute pro-

(1) W irritabilité, disent MM. Littré et Robin dans leur Dictitmnaire de mrd^

cine, etc., est un terme très-général qui désigne les divers degrés de ractifité viUle,

c*est-à-dire des propriétés élémentaires dont Jouissent les éléments anatomiqo^ <^

qui sont représentées par la sensibilité et la contractilité. G*cst Bichat qai § k»

placé le mot irritabilitéy pris au sens hallérien, par celui de contraetiHti : osé'

tractilité animale, celle des muscles soumis à la Tolontc ; contractilité or^nuifit

sensible, celle des faisceaux striés du cœur et des fibres cellules ; c*est aussi i »

dernières que s'applique le nom de contractilité insensible. — Haller a netten^'

séparé rirritabilité ou contractilité de la sensibilité, ce que Oiisson n*afait bit f*

^M obaou^ément.

THÉORIE DB L'IIUTABILITÊ. 1070

priété quelconque du système nerveux (1). Cela prouve bien aussi, contre les animistes et les vitalistes, comme Haller lui- OQéme le remarque, que ce n'est ni l'âme même divisible à l'infini, ni un être métaphysique quelconque qui peut présider aui mouvements.

Haller a très-bien distingué les phénomènes d'élasticité qui se passent dans la peau, le tissu cellulaire et d'autres tissus analogues, de la contractilité musculaire. Ses expériences ne lui ont rien appris de certain (faute d'une méthode plus délicate) sur la contractilité des artères ou des veines (2) ; mais il admet celle des chylifères, dans lesquels il soupçonne l'existence de fibrilles musculaires (3).

Tous les muâcles sont contractiles, mais les uns plus et plus longtemps, les autres moins; au premier rang se placent le cœur (sans qu'on puisse affirmer lequel des deux ventricules ou oreillettes est le plus irritable) et le diaphragme ; puis viennent les intestins et les muscles oesophagiens dont la contraction est quelquefois plus longue que celle de tous les autres muscles, le diaphragme excepté. Haller conclut aussi du faible degré d'irritabilité des muscles de l'abdomen comparée à celle des intestins qye les muscles contribuent très-peu à l'expulsion des matières fiscales. En somme les parties vitales musculeuses sont plus irritables que toutes les autres.

Les physiologistes modernes accepteront difficilement la détermination faite par Haller du siège de l'irritabilité, ou mieux de la contractilité : < Les fibres musculaires étant composées d'éléments terrestres et d'une mucosité gélatineuse, on peut demander dans laquelle de ces deux parties l'irritabilité réside.

(i) Oa sait atgourd'hui que les éléments musculaires ne sont pas les seuls qui ■BÎeot doués de contractilité ; on cite, par exemple, les spermatozoïdes, les cils iribralUef des épitbéliums, etc.

(2) Dans une thèse soutenue à Nancy, en 1770 (Dissertation sur la dilatation dbff artères et la sensitnlité), Artbaud prétend que le pouls ne went pas de la ^iVij|sJlr« maîf de la locomotion des artères.

(3) HaUer regarde Y érection comme un phénomène de conlraclilité ; mais il n*a fm leconun le véritable siège de cette contractilité qui réside surtout dans les faiscitnx musculaires de la vie organique dont sont abondamment pourvues les veines ^ Umu érecUhî,

1 OSO HALLEB.

II parait que c*est dans la partie gélatineuse, parce qa*eUe tend à se raccourcir quand on Tétend, au lieu que la terre, qui est le plus sec de tous les corps, ne change jamais de figure pa^eU^ même, et qu'étant extrêmement Triable, quand ses parties sont une fois séparées, elles restent constamment dans cet état Cette idée est confirmée par ce fait que les enfants, chex qui la gélalinosité domine, sont beaucoup plus irritables que les adultes. Li vivacité de leur pouls, qui fait lAO vibrations par minute, peidant que celui des vieillards n*en fait que 60 ou 65, le praoïe évidemment. Une autre preuve encore, c'est que les parties les plus solides et les plus terrestres de notre corps, les os, les dents, les cartilages, n'ont aucune irritabilité, et qu'on la fait perdre aux parties les plus irritables en les privant de leur mucus par le dessèchement. >

Haller ne s'attribue pas la première idée de rirritabilité ; il t même, à la fin de son mémoire, donné une brève histoire de cette question (1) , et cité les noms de Glisson d'abord (sans peut-être lui payer un assez large tribut d'éloges. — Voy.phis haut, p. 650 suiv,), de Bellini, de Baglivi, de Boerhaave, de Woodword, de Stuart, mais il omet Sténon (voy. plus haol, p. 676 et suiv.). C'est de 1789 à 1742 que la théorie de l'irritabilité a pris une forme définitive dans Tesprit de Haller; en tout cas c'est lui qui a démontré ce phénomène dans tons ses détails par une expérimentation habile et presque toujours positive.

Prudent et réservé, loin de bouleverser la physiologie et h pathologie, il se contente de dire que probablement il en résultera quelques changements dans ces deux sciences ; c'est même ceUe simple prévision qui l'a engagé à mettre tant de scrupuleuse exactitude et de précision dans ses expériences. Il n'a pas

(1) En 1751, Zimiucrmann (l'auteur d'un traité De la so/itude), soaélêTe,Hi parent et son ami, avait publié une dissertation De irritabilifate où il àoaat k résultat dos recherches déjà faites par son maître et des siennes propresw M* autres points il y discute longuement et savamment les opinions de Biglivi «rki mouvements de la dure-mère ; il y examine la question de saToir ù U ttÊtU^ des nerfs réside dans la partie médullaire ou dans le névrilène ; il tient psvt> partie médullaire. Pour lui^ comme pour Haller, Vultimum moriens c'est le rftV.

THÊOBIB DB L*IR11TABILITÊ. 1081

non plus donner une explication de ces deux propriétés, biKié et la sensibilité ; il le déclare dans un passage qui d'être cité : c Quelle est la cause de ces deux propriétés? ioi quelques parties en sont-elles douées pendant qu'on trouve pas à d'autres? Ce sont des problèmes théorétiques ne me promets (sic) point de résoudre. Cachées yraisemnent dans la texture des dernières molécules de la mabors de la portée du scalpel et du microscope, tout ce que (al dire là-dessus se borne à des conjectures que je ne lerai pas. Je suis trop éloigné de vouloir enseigner quoique t de ce que j'ignore ; et la vanité de vouloir guider les dans des routes où l'on ne voit rien soi-même me parait derufer degré de l'ignorance. »

I s'il a été peiné de voir les tentatives hardies et prémaqa'on avait faites pour rattacher toute la pathologie à ces Aénoménes, il n'a pu retenir son indignation de chrétien savant devant les conséquences que de La Mettrie s'éru permis de tirer de la connaissance qu'il avait eue, 16 fortuitement, des recherches de Haller sur l'irritabilité. M. de La Mettrie a fait de l'irritabilité la base du sysqn'il a proposé contre la spiritualité de l'âme {Vhomme m, n. 18, 22). Après avoir dit que Stahl et Boerhaave ne nt pas connue, il a le front de s'en dire l'inventeur; mais par des voies sûres qu'il tenait tout ce qu'il pouvait savoir )ns d'un jeune Suisse qui, sans être médecin et sans ir jamais connu, avait lu mes ouvrages et vu les expé- 8 de l'illustre M. Albinus; c'est là-dessus que La Mettrie a ce système impie, que ses expériences mêmes servent à r. En effet, puisque l'irritabilité subsiste après la mort, s a lieu dans les parties séparées du corps et soustraites à ire de l'âme, puisqu'on la trouve dans toutes les fibre* ilaires, qu'elle est indépendante des nerfs qui sont lesstid^ le rflme, il parait qu'elle n'a rien de commun avec cette qu'elle en est absolument différente, en un mot que tmy é ne dépend point de Tâme, et que par conséi|ueMriflie point rirritabilité. »

1082 THÉORIE DB L'iRRITAlILlTt.

Je donne ici, comme résumé des recherches si nomba Haller, le tableau qu'en a dressé Tissot en tôte de sa irai

Parties sensibles»

Le cenreau^ les nerfe par leur moelle cl les parties suivantes par les nerfo.

La peau, les muscles, l'estomac, les intestins, la vessie, les uretères, Tutérus, le Tagin, le pénis, la langue, la rétine, ^e cœur, mais moins que les autres muscles. Les viscères et les glandes n'ont que très-peu de nerfs et, par conséquent, très-peu de sensibilité.

Parties irritables.

Le cœur, les muscles, le diaphragme, le ventricule (estomac) et les intestins, les vaisseaux lactés, le canal thoracique, la vessie, le sinus muqueux, l'utérus, les parties génitales dont l'irritabilité a quel- extrêmement faible et qui ( que chose de singulier. irritation très-forte.

Parties insetmbk

L'épiderme, le tissu d graisse, les tendons, les i tant celles qui enveloppent que celles des articulations; la pie-mère, les ligaments, et le péricrâne, les oë^ Il cornée, Tiris. Les artères c ne sont sensibles que dans qi droits où elles reçoivent des

Parties fion irritaèk

Les nerfs, Tépidcrme et h membranes, les artères, les tissu cellulaire, les viscères, dults excrétoires n'ont qu'oM i

Parties qui sont tout à la fois sensibles et irritables.

Toutes celles où Ton trouve des nerfs et des fibres musculeuses ; les n cœur, tout le canal alimentaire, le diaphragme, la vessie, l'utérus, le parties génitales.

Les recherches si neuves, el surtoul si concluantes beaucoup d'opinions traditionnelles, ou de préjugés, ou d ries fondées àprion^ ne pouvaient manquer de susciter d breux contradicteurs à Haller. Quelques-uns sont mesi paraissent avoir cherché la vérité; la plupart sont ou pr d'avance (comme le P. Pétrini), ou complètement étrange expériences (Whytt, Delius), ou s'en rapportent à des m vres, et naturellement ils sont presque tous violents, in injurieux même (par exemple Bianchi, Girard, etc.). o renseignés (par exemple Le Cat) (1). llaller leur a répond

(1) Voy. Le Cat, Traité de l'existence de ta nature el des propriitts^ des nerfs, et priftapalentent de son action dans le mouvement musculaire i

WBMB. 1068

iitanl de modération que de fermeté dans ses Réponses à quél^ ues objections {MhV). Non-seulement il se défend^ mais sa onne foi est si grande qu'il se corrige lui-même s'il reconnaît De erreur, et qu'il cite 'tous les auteurs qui, avant lui ou en lême temps que lui, avaient émis des propositions analogues ou Binbhbles aux siennes. C'est une justification très-instructiTe tir le ton qui y régne et par les renseignements historiques (if elle fournit.

. Weber, dans une bonne et impartiale dissertation sur la sen- ABité et l'irritabilité morbides des parties (1). a montré que, Hs plus souvent les propositions de Haller sont vraies en ce qui )iebe la sensibilité ou la non-sensibilité de la plupart des parties I corps humain, à l'état sain, ces propositions ne sont pas tou*- VMY acceptables dans la maladie ; que quelques-unes môme sont Kmetes pour les parties saines.

insi Weber cherche à prouver, soit d'après ses propres ations, soit d'après celles d'auteurs dignes de foi, que le cellulaire, la graisse, le poumon, le foie, la rate, les reins, ^Értères, les membranes du cerveau, les tendons, insensibles ^^tat sain, sont très-sensibles quand ces parties sont enflâmes ; mais il ne serait pas difficile de montrer que Weber ou «ntorités se sont trompés parfois sur le siège même de la ^eur, sur son point de départ, sur ses causes premières, sur

mécanisme. Cela est manifeste pour le poumon, par exem- •^ Quant à l'irritabilité, il n'est pas moins certain qu'au sens Ctentractilité où l'a prise Haller elle n'existe ni dans le tissu Salaire ni dans la peau, et que Weber a pris les phénomènes ^sdaires Ae palpitation, dhorripilationy pour h contractilité.

, qui rend fort difficile et obscure l'histoire de l'irritabilité

^Arienne, c'est «{ue les uns, se tenant dans les limites déter-

par les expériences de Haller (or ils étaient dans le vrai).

**<a/îaiw sur la sensihUiié des méninges^ des tendons^ etc., et sur l'irritabilité f. Berlin, 1765. — Haller eut aussi i se plaindre de de Uaen^ et il s*en même i l'empereur François Joseph IK

Voy. Historia sensibilitatif et irritabilitatis partium morh., à la suite de tatiode inîtiis et progressibus doctrinae irritaàilitaiit, Uaiae, 17S3, in-S«,

1084 TRÊOBIE DE L*IBBITABILlTi.

ont conservé au mot irritabilité le sens de coniraciiliti; tan^s que les autres ont appliqué ce mot non à une propriété, mais i une modalité beaucoup moins déterminée, la faculté d'être trrà^ c'est-à-dire à la surexcitation des propriétés vitales, ce qai peot alors devenir toute espèce de chose et surtout une question de sensibilité. Aussi n'a-t-on pas manqué d'attribuer cette propriété à tous les tissus et à toutes sortes de phénomènes. Gertâinemeot, en ce sens, le précurseur le plus immédiat de Bîchat pour Fatension des mois irritabilité ou cantractiliié , et de Broussais poor celle du mot irritation^ c'est Jean-Louis Gauthier, de Bresbn. Dans une thèse rare (Halle, 1703), De trrittibilitatis notim^ natura et morbis^ Gauthier soutient que la plupart des phénomènes physiologiques ne dépendent pas des forces physiques oi mécaniques, mais des forces vitales, lesquelles ne résident pu uniquement dans le système nerveux ; il admet que la contmtilité n'est pas exclusivement propre à la fibre musculaire, mais, comme Weber, à presque tous les autres fibres, en particofar à la fibre cellulaire (1), et cela indépendamment du système ner veux. Pour lui la contractilité est, pour ainsi dire, une manifei' tation de l'irritabilité, ou, si Ton aime mieux, une portion fe II forces vitales. I

Gauthier défmit la fièvre et les phénomènes qui la caractéri- l^ sent une augmentation de Tirrilabilité du cœur, des artères e( i\ de tous les vaisseaux. C'est l'irritabilité de quelques-unes des h parties du système vasculaire qui produit l'innammation. Cba It les hypochondriaques il survient souvent des ardeurs loeùl»^ l!^ surtout dans l'abdomen, lesquelles proviennent d'un excès d*inv r^ tabilité d'un rameau artériel. Les hémorrhoïdes et les autres coi* 1 1^ gestions paraissent avoir la même cause. Les spasmes dépendeil I i^ aussi d'un accroissement de Tirritabilité. G'est encore parai* ^^ affection primitive des solides, en particulier du foie, que s* ^ produisent les maladies de la bile et leurs suites, par exempl^'^

fièvre bilieuse. ^

Tissot, le traducteur des Mémoires de Haller sur la semiU^

(1) Il donne presque autant d'importance que Bordeo à ce tissu, mais ei Ml'*' çant à un autre point de vue. f i^

CAUTHIER, TISSOT. 1085

iiabilitéf n'a pas manqué, en se fondant sur ce principe, . soi y que la pathologie est sous la dépendance de la phy* », de tirer des conséquences pathologiques très-générales it physiologique limité; aussi Tissot dans sa Préfacé aux res de Haller est de ceux qui, à leur insu et pour les I delà cause, prennent le mot irritabilité dans son sens le inéral d'excitabilité. Voici trois passages qui prouveraient n le célèbre médecin de Lausanne s'était trop hâté dans dosions :

façon d'agir de l'opium, qui a enfanté tant de systèmes s et chimériques, qui a occasionné tant de disputes, sans (O être déterminée. Test enfin depuis qu'on connaît l'irri- ; ce n'est ni en divisant ni en épaississant les humeurs, laltant ou en absorbant les parties sulfureuses, ni en répriarchée furibond^ ni en liant le fluide nerveux, que l'olit dormir ; c'est en diminuant l'irritabilité de toutes les , excepté celle du cœur qui n'est que très-peu, le plus t point afl'aiblie par ce remède. Toute action des muscles les sens se trouvent enchaînés dans un sommeil tranle cœur seul et le poumon, l'un parce que son irritabilité )int altérée, Tautre parce que son action est indépendante itabilité ; le cœur, dis-je, et le poumon continuent leur nent tout comme auparavant ; les viscères qui sont dans o poumon continuent leurs fonctions ; celles de Testomac intestins diminuent ; et l'on déduit de là dans quel cas i convient pour arrèler les évacuations trop abondantes : land elles dépendent de la trop grande irritabilité des s ; est-elle trop faible, les narcotiques nuisent; ce grand c sert de base à toute la pratique de ce remède ; et la ont il agit rend raison de tous les symptômes qu'il occa-

isque l'irritabilité dépend du mucus, et que ses difTérenU sont proportionnels à la consistance de ce corps singulier, est d'autant plus grande qu'il en a moins, pour en guérir il faut rendre au mucus sa consistance nécessaire* Ln !8 sont donc les seuls remèdes qu'il faille employer; kt 0, les purgations, les sels, les eaux minérales (an

1086 THiORIE DE L'IHIITABILITÊ.

la plupart), les aqueux doivent être bannis, et l'on doit leur substituer le régime, Texercice, les frictions, les ligatures, les astriagents légers, les vins aromatiques, etc.; et la pratique ayant cofr firme tant de fois l'utilité de cette méthode, n'est-on pas endrotl d'en conclure la vérité du système qui l'explique, et que H. M Haller n'avait proposé que comme une conjecture? L'âge i|ij donne la fermeté au mucus diminue cette excessive mobilitii aussi on voit tous les jours les femmes hystériques cesser de l'iU à un certain âge ou l'être beaucoup moins. Il est on poilt au delà duquel la consistance du mucus est un mal, parce qai l'irritabilité est trop faible pour que les mouvements puissent N faire par les causes ordinaires; cet épaississement étant b wàk inévitable de la vieillesse, la vieillesse conduit nécessaireoMi à la mort, qui n'est qu'une cessation de tout mouvementidli la vieillesse plus d'irritabilité, sans Tirritabilité plus detncmil' ment, sans le mouvement plus de vie. La nature fait dans kl tendons l'effet de la vieillesse ; et, quoique composés de fibni musculaires et continuation des muscles, leur trop de coinpactf empêche qu'ils ne soient irritables. Ce phénomène bien exanlK pourra peut-être servir à faire connaître en quoi consiste l'irrilibilité du mucus ; les explications dans lesquelles je viens d'ealitf fournissent celles d'un grand nombre de phénomènes eteoiduisent aux véritables règles de la pratique dans bien des cn^ sur lesquels jusqu'à présent on n'en avait que de très-fansiei.

<( La théorie des fièvres, celle des inflammations, en un id^ de toutes les maladies qui dépendent d'une augmentation è circulation, seront fixées désormais, puisque la cause de la cirei' lation connue conduit à la connaissance de celles qui peunit l'augmenter ou l'affaiblir. Le sang devenu plus acre est pirH même plus irritant, l'acrimonie produira donc la fièvre; ell* différentes espèces d'acrimonie, Tordre de leur génération, odii de leur évacuation, le lieu où le stimulus exerce principaletfO' sou action, formeront les différentes espèces de fièvres. Il r^ encore des découvertes à faire sur l'irritabilité, surtout relilit'* ment à la force des différents stimulus, qui dépend peut-être^ plusieurs causes ; plus on en fera, plus il sera aisé de rei^

GAUBinS. — PATH0L061B DE L'IRRITABILITL 1087

ion de tOQs les mouvements qui dépendent de cette pro- Ué. »

Test dans les Imtitutiones pathologiae medicinalis (1758, ôenrsfois réimprimées et traduites) deGaubius (17 05-1780), Beidelberg, d'abord élève de Boerhaave, puis partisan de l^r, qu'on trouve les applications suivies (1) du système de iUbilité à la pathologie (2).

'ouvrage est essentiellement un traité de pathologie gêné- (S); l'auteur n'y traite pas des maladies individuelles ou lûées. La maladie est un combat de la nature pour sa )re conservation (§ 51).

nisquela maladie n'a pas d'autre siège que le corps, sa cause irtient au corps et doit y être cherchée, quoique, par suite (ionimerce étroit de l'âme avec le corps, l'âme puisse avoir j quelque influence. C'est au médecin d'observer cette in-

' lltb fort mélangées, comme on va le reconnaître par le bref exposé de la ioe de Gaobiaa.

Umer (1 727- 1 799) est entré dans la même voie. Ce médecin regardait comme l|B«t force vitale et irritabilité (y compris la sensibilité) et action nerveuse.

rapproche de Stahl en ce qu'il mettait cette force ou ces forces sous la idaoce de Vâme. — J. de Gorter (1689-1762)^ auteur d'un très-grand nom- 'oavrages, a insisté sur la doctrine de la force vitale et des esprits; il recon* lit chef les plantes un principe de mouvement analogue à celui qui préside Mettons de l'orgauisme animal. Pour lui^ ce principe de mouvement n'est pas niquet mais dynamique et indépendant de l'àme aussi bien que du fluide ner*

En ce sens, il devient presque un des précurseurs de Haller. Les Institutions sont rédigées sous forme de propositions aphoristiques, comme de Boerhaave. Si le tableau est mauvais, le cadre pourrait encore servir aiyour • , eu* U est très-méthodique. Après quelques considérations présentées à la de G&lien sur ta nature des maladies, leurs causes, leurs symptômes, Gaubius I d*abord les maladies les plus simples des solides et celles des liquides^ dans ^lUitité^ leurs qualités et les erreurs de liei* ; ce sont là les maladies élémen- , pour ainsi parler . — Puis viennent les maladies composées qui dépendent mnces nuisibles (aUments^ boissons, air, abus des remèdes, pestilence). — Les èines comprennent les vices des qualités sensibles des excrétions^ des actions , des sens troiiblés et de la douleur ; les vices de la force motrice^ des moulie vitaux, des fonctions naturelles, de celles de la génération . L'ouvrage de ne se termine par l'examen des diflcrences que présentent les maladies au à leur origine, à leur siège, à leur cours, à leur degré, i leur caractère, à roDoetic

1088 GAUBIUS.

Ouence, au philosophe de l'expliquer (§ 65) (1). On ne poumil pas mieux séparer les deux domaines. Au § 99 Tauleur partit, mais pour un moment seulement, se ranger sous le drapeaa de l'animisme. L'organisme humain n'est pas une simple machine; il y a l'esprit qui, averti des souffrances du corps, emploie les forces dont il dispose dans ce corps pour repousser l'eniieiDi; le corps lui-même possède une excitabilité qui devient con8e^ valrice de ce corps; cette excitabilité, modérée dans Félit de santé, s'exalte sous l'inQuence de la maladie et se livre i (Ténormes efforts pour résister.

L'analyse chimique du corps est bientôt Taite (§ 130 et soir.): c'est du sec mêlé à de \ humide. L'humide, qui est de l'eto, e< chargé de maintenir les parties dans l'état de souplesse; le w est le solide qui se compose'de trois parties : Tinflammable qie le feu consume, est le siège de la chaleur et tempère racriinoBe; le salin que l'eau absorbe, est le moyen d'union entre Teanelk phlogistique ; le terreux, base de la machine, résiste an feu fli à l'eau. Tout cela est mélangé exactement dans Télat de sarié. Le solide vivant est ce qui est doué de la force vitale (§lMet suiv.)* La force vitale (ici Haller fait place à Stahl) est la faeaU de pouvoir entrer en mouvement au courant d'un irritant etcdk de sentir ce contact ou cette sollicitation. L'une réside dans les fibres musculaires et l'autre dans les nerfs; mais tous les \Tn\xA ne produisent pas les mêmes effets, et tous les hommes ni tooM les parties d'une même personne ne sont pas aptes à répoodreds la même façon aux stimulants; — de là les tempéraments, l0 idiosyncrasies; — de là l'action puissante du degré d'irritibOiti et de sensibilité pour la santé ou pour les maladies. La foitt vitale peut pécher par excès ou par défaut : la première est fi^ ritabilité (le mot est ici détourné du sens physiologique de HiUer); la seconde, la torpeur (§ 189); le juste milieu est la santé.

L'irritabilité est une si grande sensibilité du solide vivant qi'i

(1) Voy. sa première Dissertation de regimine mentis (1747) où il «ccor^H* d'action au corps sur l'Ame que de puissance à Tàmc sur le corps; dastUv conde, épouvante par l'assentiment que lui avait donne LtMetirie, il^Ueki<*^ de physiologiste pour prendre celui de philosophe, et il s'égare au HÛlieii de étdt mations en s'eflbrçant de déplaire à son approbateur.

rAIBOLOGIE M HBlfTlMint, It8!9

atre, aai raoiiidres slimohots, en des moareniails oossîdenH les qai troubleat le juste équilibre des fonctions § 190 sut.). 'esl la force connae et Fapplication de rirritant qui donne h lesore de rintensité des raouTemenls. Cette irritibitité occupe Ml tout le corps, d'où aussi Faction sur Tesprit, — la fiéne par leaple, — soit quelques-unes de ses parties, — une inflammaon locale. Les caractères de cette irritabilité sont la tension de i fibre, une grande agilité des sens, des humeurs ténues, acres, ne circulation active. D'où Tient tout cela? De Thérédité, du Sglaie, etc., de la nature de Tesprit. La torpeur ajustement is qualités contraires ; de sorte que dans ce cas les irritants nlurels n'ont même pas la puissance de produire les mouYe- HSBis nécessaires au jeu des fonctions.

Après cela Tiennent les maladies des cavités, en tant que ca*» liés, et non comme se rattachant à des états pathologiques plus inéraux, si ce n'est à l'irritation ou à la torpeur. 11 y a des diilations qui produisent les tumeurs, des relâchements (obstrueipns, ecchymoses, sécrétions, etc.), des défauts de cohésion. m maladies instrumentaires des solides sont les plaies» les jteasures, etc., ou maladies chirurgicales venues de causes soli Mêmes, soit internes.

- La seconde grande classe des maladies appartient aux fluides. In peut les rapporter : l"" à un défaut de cohésion (trop ou trop ), soit qu'il y ait trop de matières solides dans le crassamen" du sang, soit qu'il s'y trouve trop d'eau ; 2'' à la séparation Pan ou de plusieurs des éléments des liquides, comme les sueurs, m urines, la salivation ; S"* à un plus grand ou moindre degré Pacrimonie. 11 y a un acre mécanique qui tient à la forme des particules, et un acre chimique qu'on ne peut reconnaître à la îne, mais qui dépend de la constitution intime des liquides. La ^tridité naît d'une espèce d'âcreté ammoniacale ou alcalesccnte. I y a des causes innées de ces âcretés et des causes qui tiennent luz aliments, aux milieux où l'on vit. Rien n'agit plus efficacenent pour produire ces âcretés que les vices de la coction. D'où viennent ces vices eux-mêmes ? Du défaut de tonicité.

Gaubius étudie en particulier les maladies de chaque humeur, chyle, sang etc.; il s'étend longtemps sur la formation mécanique

DÀRSHBOLG. 69

1090 QUELQUES REMABQUBS SUB BIGHAT.

de la couenne. Il reconnaît comme constituant le sang, outre le esprits, le sérum, les globules rouges et la fibre (fibrine). Le défaut d'exacte proportion de ces trois éléments sert à expliquer la formation d'une foule de maladies. C'est du sang que se sécrètent la plupart des Quides qui peuvent être eux-mêmes altérés par la quantité ou la qualité, de sorte que ces viciatioos engendrées par les états morbides en produisent d'autres i leor tour.

Sous ce titre, quantitas humorum vitiaia^ Gaubius étudie partout lapléthore et lacacochymie; c'est-à-dire la sural>ondâoce(le sang ou des liquides blancs.

Gaubius semble avoir travaillé à réunir tous les systèmes et k contenter tous les sectaires: Galien, avec les généralités sur la pathologie; HofTmnnn, avec la mécanique; Stahl, avec rime: surtout Ilaller, avec l'irritabilité; Boerhaave, avec lesefreorsde lieu; enfin Borelli, avec les mouvements désordonnés des liquides.

Tel est le résumé delà pathologie générale de Gaubios^ec ce qui concerne les causes prochaines ou les causes intimes d^ maladies; le reste nous oiïrirait trop peu d'intérêt pourqî? nous nous y arrêtions.

La théorie de Bichat est par certains points Irop voisine de cell^ de Haller, et la dislance qui sépare ces deux hommes n'est («5 assez grande pour que nous ne fassions pas ici une légère iofnction à la chronologie en rappelant sommairement les opinifls du créateur de Tanatomie générale.

i< La vie, dit Bichat (1), est l'ensemble des fonctions qui my tenl à la mort. » C'est là une définition qui ne nous apprend riei sur l'essence de la vie, et qui nous la fait seulement connaître pâ? une de ses fins contingentes ; ou plutôt c'est une vraie pétition d^ principe qui revient à dire : la vie n'est pas la mort; ou :'' mort n'est pas la vie. Mais passons et suivons l'auteur dan»' I développement de ses idées : Il y a deux vies ; l'une commune rA

(' ) Hcchrrches phy.fioiogtquef sur la vie et la mort, édition de Magondie dif^l" Œuvres cowplHos de Bichal. — Voy. nussi les Considérations gènèrah,^-^-* Tableau de la physiologie qui précèdent VAnatomie générale.

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