QUELQUES REMARQUES S0R BICHAT
les distingue des lois physiques (l).Les unes, sans cesse variables dans leur intensité, leur énergie , leur développement , passent souvent avec rapidité du dernier degré de prostration au plus haut point d'exaltation, s'accumulent et s'affaiblissent tour à toor dans les organes, et prennent, sousTinfluence des moindres causes, mille modifications diverses. Le sommeil, la veille, Texercice, le repos, la digestion, la faim , les passioas, Faction des corps environnant Tanimal, etc., tout les expose à chaque instant à de nombreuses révolutions. Les autres, au contraire, fixes , invariables, constamment les mêmes dans tous les temps, sont la source d'une série de phénomènes toujours uniformes. Compara la faculté vitale de sentir à la faculté physique d'attirer, voos verrez Tattraction être toujours en raison de la masse du corps brut où on l'observe, tandis que la sensibilité change sans cesse de proportion dans la même partie organique et dans la înéme masse de matière.
« L'invariabilité des lois qui président aux phénomènes physi* ques permet de soumettre au calcul toutes les sciences qui en sont l'objet ; tandis qu'appliquées aux actes de la vie, les mathématiques ne peuvent jamais offrir de formules générales (2). On calcule le retour d'une comète, les résistances d'un fluide parcoaraol un canal inerte, la vitesse d'un projectile, etc.; mais calculer, avec Borelli, la force d'un muscle; avec Keill,la vitesse du sang; avec Jurine, Lavoisier, etc., la quantité d*air entrant dans le poumon, c'est bâtir sur un sable mouvant un édifice solide par lui-même, mais qui tombe bientôt faute de base assurée I a
La physiologie moderne a donné un solennel démenti à la plupart de ces propositions ; et c'est justement en mettant à Fétude les problèmes dont Bichat déclare la solution impossible que le» iatromécaniciens ont rendu un vrai service à la physiologie.
(1) Bichal a été surtout frappé (et il ne pouvait guère en être autrement) pf les (lifTérences extérieures ou par les résultats de la mise en action des deui ordrrt de forces. Aujourd'hui on sait que les forces biologiques, quoiqu'elles Aécmàd ciijparlie des forces physico- chimiques, revêtent des formes sut generis, et qa'rfto sont dès lors distinctes de ces mêmes forces physico-chimiques.
(2) Beaucoup de phénomènes physiologiques (par exemple les mouTetnents ■«* ulaires) ne sont pas moins invariables que les phénomènes physiques.
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€ La physique, la chimie, continue Bichat (p, 109 et suiv.) se louchent, parce que les mêmes lois président à leurs phénomènesi mais un immense intervalle les sépare de la science des corps organisés, parce qu'une énorme différence existe entre leurs lois et celles de la vie. Dire que la physiologie est la physique des animaux, c'est en donner une idée extrêmement inexacte; j*aimerais autant dire que l'astronomie est la physiologie des astres. >
Non, certes, la physiologie n'est pas dans son essence ni de la physique ni de la chimie pure, mais à côté des forces biologiques spéciales, qui en procèdent, il y a dans les manifestations organiques des phénomènes directement chimiques ou physiques.
Je ne saurais, du reste, donner une meilleure et plus savante réponse aux propositions de Bichat sur la distinction des forces physiques d'avec les forces vitales, que de transcrire ici quelques passages de la préface que M. le professeur Gavarret a mise en tête de son ouvrage intitulé : Les phénomènes physiques de la vie (1860) :
c Les physiciens ont démontré que toutes les forces du monde inorganique ont une commune mesure , le travail, et changent sans cesse de forme, sans jamais rien perdre de leur énergie ; que la même quantité de force peut, suivant les conditions au milieu desquelles elles se manifestent , nous apparaître tour à tour sous forme de force vive, de chaleur, d'électricité, d'affinité, etc., etc. Cette grande et belle théorie de la réciprocité des forces, est-elle assez générale pour embrasser les manifestations dynamiques du monde organisé aussi bien que celles du monde inorganique ? doit-elle en un mot être acceptée comme uni verselle? L'étude des propriétés des éléments histologiques démontre que chaque élément, distinct par sa composition et par sa texture, est doué d'une activité propre dont tout démontre les rapports d*étroite solidarité avec les réactions physico-chimiques accomplies dans la trame des capillaires généraux. Ces activités nous 3ont apparues comme des modalités dynamiques spéciales déri- ^ani^ par voie de transformation et sans perte d'énergie , de ces réactions physico-chimiques, sans lesquelles il n'y a ni nulrilion
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ni développements possibles. Dans chaque organe de l'écoDomie, les activilés propres des éléments histologîques exécutent un travail spécial sous l'influence des conditions extérieures de milieu ambiant ; le travail de l'agrégat vivant n'est que le résultat de ces travaux partiels (1). Entre le monde inorganique elle monde organique, il s'opère donc un échange incessant de matière et de force. De ce principe découlent comme conséquences nécessaires, la légitimité de l'extension de la théorie de la réciprocilé des forces au monde organisé, en même temps que la déGnitioo des vrais rapports de la biologie et des sciences physico-cbi* miques. »
Bichat veut distinguer en deux espèces les propriétés de tout organe vivant : les unes tiennent immédiatement à la vie, commencent et finissent avec elle, ou plutôt en forment le pria* cipe et l'essence ; les autres n*y sont liées qu'indirectement et paraissent plutôt dépendre de I organisation, de la texture d6 parties. La faculté de sentir, celle de se contracter spontanément, sont des propriétés vitales. L'extensibiUté, la faculté de se refserrer lorsque l'extension cesse, voilà des propriétés de tissu?: celles-ci , il est vrai, empruntent de la vie un surcroît d énergie, mais elles restent encore aux organes après qu'elle les a abandonnés, et la décomposition de ces organes est le terme unique de leur existence. L'extensibilité et le resserrement n'appartiennent pas aux tissus en tant que vivants^ ainsi que llaller Tauit déjî\ remarqué ; ce sont des propriétés purement physiques qui se meuvent dans un grand nombre de la nature brute ou inanimée
Pour Bichat , les propriétés vitales se réduisent au mouvement (2j et à la sensibilité, mais il y en a d'autres reconnues ei
(1) Voyez, par exemple, ce qui regarde la contraction muscu/airr et \es «rt" ** du système nerveux, — Voy. aussi Ouiinus, Des forces dans Coryamsmt {9n^' des cours scientifiques, 42 février, 1870).
(2) Les plu8 belles pages de VÀnatomie yMérnle sont ceUos que Bichat t t'«*" facréos à l'étude nnatomique et physiologique des deux systèmes musculairf* * *• '- Tie animale et de la vie organique ; di^ttiuctiou qui, du reste, jiresl pas pâffiito»<* exacte au point de vue physiologique.
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admises par les modernes : forces distinctes de la faculté de sentir, laquelle, pour l'auteur des Recherches sur la vie et la mort y enibrasse presque toutes les fonctions. Par ce côté, Bi« chat se rapproche malheureusement à la fois des vitalistes, des mécaniciens et même de Brown. La contractilité n'est, à vrai dire, pour noire illustre physiologiste , et sans qu'il en ait pleinement conscience, qu'un mode de la sensibihté, de sorte que, en définitive, il n'y a plus (|u'une propriété vitale, cette sensibilité qui, à force d*étre compréhensive, devient un être de raison.— Quoi qu'il en soit, c'est par ses études sur la contractilité que la doctrine de Bichat confine à celle de Haller et en est un écho.
Bichat admet (ce qui est fort équivoque) deux espèces de mouvements, produits l'un par la contraction (suite de la contractilité), l'autre par la dilatation (mouvement de Tiris, érection des corps caverneux ou du mamelon). C'est en vain que Textensibilité active est ici distinguée de l'extensibilité passive, dont Tune tient à la vie, et l'autre à la seule qualité d'être un tissu ; c'est en vain aussi que Bichat déclare trop peu connaître le mouvement par extensibilité active pour s'y arrêter ; ce n'en Bsl pas moins une vue à peu prés entièrement fausse.
Il y a deux espèces de contractilité : l'une, animale, qui est Bwentiellement sous l'empire de la volonté; l'autre, indépenlante du centre commun (non pas précisément dans une vie complète), trouve son principe dans l'organe même qui se meut, icbappe à tous les actes volontaires et donne lieu aux phénonénes digestifs, circulatoires, sécrétoires, absorbants, nutritifs. Foules deux se lient à une espèce correspondante de sensibilité organique et animale.
< L'enchaînement (p. M\h) n'est pas le même dans les deux mpèces de facultés. La sensibilité animale peut isolément ;'exercer, sans que la contractilité analogue entre nécessaire- Dent pour cela en exercice : il y a un rapport général entre la ensatîon et la locomotion ; mais ce rapport n'est pas direct et ictuel; au contraire, la contractilité organique ne se sépare amais de la sensibilité de même espèce ; la réaction des conluite excréteurs est immédiatement liée à l'action qu'exercent
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sur eux les fluides sécrétés; la contr<ictîon succède d*une manière nécessaire à l'abord du sang. Aussi tous les auteurs n'ontils point isolé ces deux choses dans leurs considérations et même dans leur langage : irritabilité désigne en même temps et h sensation excitée sur l'organe par le contact d'un corps, et h contraction de l'organe réagissant sur ce corps.
à La raison de cette différence, dans le rapport des deux espèces de sensibilité et de contractilité, est très-simple : il n'yscd^ la vie organique aucun intermédiaire dans l'exercice des den facultés, le même organe est le terme où aboutit la sensation et le principe d'où part la contraction. Dans la vie animale, aa coitraire, il y a entre ces deux actes des fonctions moyennes, ceiki des nerfs et du cerveau, fonctions qui peuvent, en s'interroopant, interrompre le rapport.
)) La contractilité animale est toujours à peu près la mène, quelle que soit la partie où elle se manifesta ; mais il existe dans la contractilité organique deux modifications essentielles qv sembleraient y indiquer\ine diflerence de nature, quoiqu'il nV ait que diversité dans l^apparence extérieure : tantôt, en effet, elle se manifeste d'une manière apparente ; d'autres fois, qooiqiK très-réelle, elle est absolument impossible à apprécier par fa* spection.
» La contractilité organique sensible s^observe dans le cœor. l'estomac, les intestins, la vessie, etc. Elle s*exerce sur les masses considérables de fluides animaux.
)> La contractilité organique insensible est celle en vertu de laquelle les conduits excréteurs réagissentsur leurs fluides respediÈ, les organes sécrétoires sur le sang qui y aborde, les parties où s'opère la nutrition sur leurs sucs nourriciers, les lymphatiques sur les substances qui excitent leurs extrémités ouvertes, e(c- Partout où les fluides sont disséminés en petites masses, où ik sont très-divisés, là se développe cette seconde espèce de cootrac* tilité.
» On peut donner de toutes deux une idée assez précise, en comparant l'une à l'attraction qui s'exerce sur les grands agrégats de matière , l'autre à l'aflinité chimique dont les phéiomènes se passent dans les molécules des diverses substances*