‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 7 sur 102 · DÉCOUVERTE DE LA CIRCULATION DU SANG · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE DE LA CIRCULATION DU SANG

par l'artifice si bien réglé des valvules, des fibres, et de tout le reste de la structure du cœur, enfin, par bien d'autres raisons; considérant, dis-Je, combien est abondant le sang transmis [au cœur], combien cette transmission est rapide Je me demandai si [incessanmient épuisé] le sang pouvait [incessamment] être renouvelé par l'aliment ingéré; Je compris alors que les veines seraient épuisées et vides, et d'autre part, que les artères se rompraient par l'invasion d'une trop grande quantité de sang, si par quelque cbemin ce sang ne retournait pas des artères dans les veines, et n'arrivait pas jusqu'au ventricule droit du cœur.

tt Je conmiençai aussi à croire que peut-être le sang avait un certain mouvement circulaire; plus tard, Je reconnus que ce mouvement exittait réellement, et que le sang sortant du cœur se répandait par les artères dans toutes les parties du corps, sous Timpulsion du ventricule gauche du cœur (comme dans les poumons par la veine artérieuse [artère limonaire] sous l'impulsion du ventricule droit), et qu'ensuite par les petites veinesj il arrivait dans la veine cave, jusqu'à l'oreillette droite, de la même manière qu'il est ramené des poumons par l'artère veineuse (veines pulmonaires), au ventricule gaucbe, ainsi que je viens de le dire. »

La démonstration ultérieure du mouvement circulaire repose sur trois arguments que Ilarvey appuie par des calculs célèbres et par des expériences ingénieuses (1). Ces trois arguments sont : Le sang arrive sous Timpulsion du cœur en telle abondance, d'une manière si continue et sans solution de continuité, de la veine cave dans les artères, qu'il ne peut pas être fourni par les aliments (2), et de telle sorte qu'il passerait tout entier en peu de temps [des veines dans les artères]. — En second lieu, le sang, continuellement, uniformément poussé par les artères dans les membres et les parties, y entre en beaucoup plus grande quantité qu'il ne faut pour leur nutrition, ou que la masse totale n'en pourrait fournir; — enfin et semblablemenl, de chaque membre, les veines ramènent perpclucUemenl le sang au cœur. Ce qui prouve, dit Harvey un peu plus loin, que les artères ne reçoivent rien des veines, mais au contraire que les veines reçoivent des artères, c'est qu'à la mort, c'est-à-dire après le dernier coup de piston, les artères sont vides, parce qu'elles ont tout envoyé aux veines

(1) Chap. n et suiv.

(2) Àb assumpiis suppeditari, — C'est-à-dire que les aliments ingérés ne suffiraient pas à le remplacer, au fur et à mesure qu'il s'épuise, s'il se consumait sur place et s*il ne revenait pa» sur lui-mênio.

HABYBT. Bit

qui se remplissent et qui n'ont plos la force de pousser vers le cœur ce qu'elles onl reçu.

Ainsi qu'on le voit, dans ces preuves de la circulation générale, le raisonnement joue un rôle 'assez important, maiji c'est un raisonnement dont l'observation directe et les eipériences (1) sont le vrai point de départ. Quoi qu'il en soit, et quelque spécieux que paraissent les arguments de Harvey, en les isolant bien entendu des expériences et de l'observation, on pouvait y répondre, et l'on y a répondu suffisamment en apparence pour faire prendre le change à beaucoup d'esprits prévenus. Soyez-en donc bi6n convaincus, Messieurs, c'est par la méthode expérimentale et non par les procédés logiques qu'on a découvert la circulation, la petite comme la grande.

Nous voici arrivés à un point délicat de cette histoire de la circulation. Le célèbre physicien Boyie assure qu'il tenait de Harvey lui-même que la première idée de la circulation lui fut inspirée par la découverte de Fabrice (2). Ce serait donc la disposition des valvules, leur forme, leur nombre, leur place, qui auraient été le germe de la découverte de la circulation ; en d'autres termes, c'est à l'anatomie que reviendrait le premier honneur d'avoir réformé la physiologie. Mais, à l'assertion de Boyle, reproduite par la plupart des historiens de la circulation, il faut opposer le silence absolu de Harvey lui-même sur cette particularité dans son Exercitatio /', notamment dans le chapitre treize, où il parle des valvules, décrites pour la première fois par Fabrice d'Acquapendente, « très-habile anatomiste et très-vénérable vieillard », ou peut-être par Jac. Sylvius, d'après Riolan. Il est évident que l'argument tiré de la disposition des valvules

(1) Par eterople^ la ligfature de la veine cave ou de l'aorte au-dcisous du cœar ; Touverture ou la ligature des vaisseaux cardiaco-pulmonaires; la ligature des veines pour la saif^née.

(S) n faut noter ici que M. Flourens a réduit à néant les prétentions élevées en faveur de Sarpi pour la découverte des valvules et d'une partie de la circulation. If. le docteur Brullé de Dijon, dans une Note pour servir à Chisioire de la dktm^ verte de In circulation; Dijon, 4854 (Exit^aifs des Mémoires de t Académie)^ est du même avis.

Page 1