PROPAGATION DE SON SYSTÈME
On rencontre encore des maladies générales qui dégénèrent en maladies locales, lesquelles sont la suppuration, les pustules, Tanthrax, le bubon, la gangrène, certaines tumeurs que Brown semble considérer, à la façon des anciens, comme des dépôts ou apostèmes (§ 7&2 et suiv.).
Messieurs, s*il n'y avait pas d'autre voie à suivre pour devenir médecin que celle qui a été ouverte par Brown et par tous les autres prétendus réformateurs systématiques dont nous vous avons entretenus jusqu'à présent, il vaudrait mieux se faire purement et simplement empirique ! Heureusement il y a une autre roule brillamment éclairée, c'est la clinique expérimentale et raisonnée, la clinique agrandie et fortifiée par une bonne physiologie.
Le nouveau système ne trouva pas grand écho en Angleterre, non parce que c'était un système et qu'il était nouveau, bien d'autres systèmes aussi mauvais avaient pris pied ou naissance sur le sol britannique, mais à cause de la mauvaise réputation du fondateur et de la violence avec laquelle ses rares adhérents prétendaient imposer et propager la doctrine du maître. A vrai dire, l'histoire n'a conservé que deux noms en Angleterre parmi les sectateurs décidés du brownisme, le nom de Jones et celui de Linch, l'auteur de la fameuse échelle des degrés d'incitation, véritable thermomètre de la santé et de la maladie. Si Brown ne Tut pas, comme il le souhaitait, un prophète en son pays, s*il mourut abandonne de presque tous ses compatriotes, ses idées se répandirent bientôt, et à peu près en même temps, aux deux extrémités du monde, dans l'Amérique du Nord par l'influence de Benjamin Rush (1745-1813), professeur à Philadelphie, en Allemagne par celle de Girtanner qui avait étudié le brownisme en Angleterre, et qui se l'était même d'abord, sans trop de scrupule, complètement approprié; plus lard J. Frank, Rôschlaub <1768.1835) (1) et surtout Weikard (1742-1803) contribuèrent
(1) La maladie, dit Rôschlaub, n'appartient qu'aux parties solides, parce que les liquides ne peuvent pus devenir malades, mais seulement se corrompre. — 1^ maladie DC nait pas, comme le veut Brown, par l'augmentation passive et l'épuisement iie rirritabililé, mais par la disproportion de l'irritabililé et des contre-coups pro-
paissamment à propager le système de Brown, après Vavoir amendé, les deux premiers au point de vue théorique et pratique, Weikard en Tacceptant tout entier (I). — L'Italie avait été initiée à la doctrine de Fincitation par les Rechercher de Jones, disciple de Brown; Pierre Moscati, Localelli, llasori (qui imagina plus tard le contro-stimulisme), devinrent successivement d'ardents défenseurs du médecin anglais. — En France Bertin et Fouquier ont. en 1805, traduit les Éléments de médecine; mais chez nous Brown fut bientôt éclipsé par Broussais.
duits par elle eu égard aux irritations influentes. — La sthénie^ ou, comme «>iprime RSschIaub, Vhypersthénie ^ nait d'irritations très-vioIentcs , qui açisseol subitement et par une grande incitabilité, tandis que VnsthAm'e naît en partie M a que \\ somme d'irritation {asthénie directe) est absolument faible; en partie de a que de \iolentes irritations succèdent à une irritabilité très-diiiiiiiiu'i'. Eaâa Rôschlaub attribue la mort à Tasthénic directe ou indirecte. — Néuiiniojns l\rreur fondamentale du système de Brown n*est pas corrigée par Rôschlaub : «luoique la Tîe continue à être un étit forcé, ses modifications n'étant appréciées que v« le mpport quantitatif ei non sous le rapport qualitatif (\\\\ est de beaucoup le pb* important, rirritabilité resta une idée logique, un chiflTrc. Rôscblaub lui-mèDr, conipronaiit les Tices de ce système, crut lui donner quelque force en lappuTaM sur la philosophie naturelle de Schelling ; mais c'était tomber de l'obscur (l.ius 1^ plus obscur oh^tcurum per oh^curius) ; la doctrine de Rô<cblaub <c pt-niii 'Iai* un mysticisme mêlé de tbéosophie.
(1' l/Allemafime, où la théorie de l'irritabilité hallérienne avait i^randr fa^'^T-
où Ton était déjà las de tous les systèmes qui s'y étaient succédé ; rAUcniain>> "^
Ton aime cependant les systèmes, à condition d'en changer sou\onl, et oh ;«
esprits étaient alors en pleine insurrection en faveur de la raifon et ilo la libert. k
penser, compte encore beaucoup d'autres adhérents au système di« Brown, «yst'-.iir
qui du reste séduit par sa simplicité; nous citerons particulièrement Marcu*, dim"-
teur de Thôpitalde Elamberg, et qui finit, comme ROseblaub, par donner dans ttuit'^
les dî\afations de la philosophie naturelle. — Je relève d'après Haeser [car jt*au
p.is pu me prtvurer la dissertation de Speyer et Marc : A. -F, Mnrcu^^ f>et.if »" '
yu rx c*^ sti! œurres, avec préface de J.-H. Klein ; Leipz. 1817, iii-8*, um* ruruiN
statistique de riiôpit^il de Bamberg) : il y avait en traitement durant l'aunt-e 1"'^^.
^ SO malade<, i6 atTectés de maladies sthéniques, 367 de maladies asthéniqut-*. •*
67 do maladies lotMles ; ce sont à peu prt»s les proportions de Brown. Des iu-iH'-
tion< founiii^ sur la quantité des médicaments administrés par Marins, on p««ï
c.*lculer qu\ n moyenne, pour chaque malade, ou a employé 1 dracbm»' dop'nn.
li>ô irranmu\4 de camphre, i omv de liqueur anodine de lloflmanii, 132 ;:rimn<^
do <v qvntsiirt\ 528 grammes de quinquina, plus d'une livre d'alcool reotitio, prt^-
quo autant de musc, de naphte, de vitriol, d'arnica, de valériane, d'elixir f«>rtiJi4«t
do Whytt. d'angelîque, de canneUe, etc.
PROPAGATION DE SON SYSTÈME. 1ii!|3
Je ne saurais mieux finir, Messieurs, celle histoire des systèmes médicaux qu'en vous citanl une page où M. Lillré cherehe à en monlrer l'utililé par le mouvemenl d'espril qu'ils provoquent.
€ C'est une lutte perpétuelle de systèmes contre systèmes qui s'entre-détruisenl, ce sont des terres incessamment remuées qui tombent de toutes parts. Quelques personnes ont pris cause dans ces inconstances et ces conlradiclîons pour repousser les avantages des systèmes el se prononcer contre leurs irruptions. Cependant les doctrines générales sont choses honnes et utiles; on t'en convaincra surlout et l'on en senlira la nécessité lorsqu'on réfléchira qu'en méJecine deux études ont toujours marché de front, la science el la pratique, le vrai et l'utile. Klle est double, en effet, et Celse ne la con)prenail pas tout entière lorsqu'il disait : Alimenta sanis cor pori bits agricultura^ sic sanitatem aegris medicina promittit. C'est un art dans ses applications journalières, c'est une science dans son ensemble. Reconnaître une pneumonie à ses signes, la traiter par les remèdes qu'a consacrés rcxpf rience, c'est là l'affaire du praticien. C'est là aussi ce dont ^inquiètent avant toul les gens du monde qui reprochent amè< rement à la médecine ses variables théories. Mais par delà ce cercle de la pratirjue est une autre sphère d'idées, un autre ordre de travaux et de recherches, partie scientifique à laquelle appartiennent les doctrines el les systèmes. Là on est à la quête de Futile ; ici à la quête du vrai ; là, on ne cherche que ce qui peut servir; ici, on accueille tout ce qui accroît la somme des connaissances. Rt qu'on ne dédaigne pas la science pour le positif de la pratique; car celle-ci s'éclaire sans cesse des lumières de celle-là ; et le plus souvent, ici comme ailleurs, l'utile découle du vrai. Ce n'est donc pas sans fruit qu'on étudie ces efforts renaisfliints de la médecine pour se constituer et se créer des lois; ce n*est pas non plus sans intérêt qu'on voit naître ces dominations de systèmes, s'écroulor ces empires scienlifij|ues devant les irruptions de doclrine> ou nouvelles ou régénérées, et naître d'intervalle en intervalle ces puissants esprits, législateurs temporaires à qui finit toujours par échapper la science mobile et progressive.
i\UU BROWM ET BROUSSAIS.
)) Aussi toutes les fois qu'on a voulu systématiser la pathologie, a-t-on commencé par réformer les doctrines physiologiques. En effet, on ne peut lier les différents faits pathologiques sans prendre là son point de départ. Brown a aussi commencé par faire sa physiologie, où nous verrons découler toutes ses opinions sur la génération des maladies et leur thérapeutique. > (Article sur Cullen, dans JoiinicU hebdomadaire de médecine, 1830, t. VI, p. 321 et suiv.)
Nous avons vu plus haut (p. 11 20 et suiv.), mais sommairement, par quels côtés Brown etBroussais se rapprochent ou s'éloignent l'un de l'autre. Au fond les deux systèmes ont quelques analogies par la théorie abstraite de la stimulation ; mais presque tout diffère dans le [point de départ, dans les détails et surtout dans les applications thérapeutiques. Broussais a pris soin, di reste, dans son Examen des doctrines médicales (S* édit., t. II, p. 3A5 et suiv.) de marquer longuement les dissemblances, et de montrer même comment quelques-unes de ses idées confinent plutôt à celles de Rasori, en ce qu'il admet comme ce roédedn, non-seulement des stimulants, mais aussi des contre-stimulaot> dont l'action est évidente et qui est la contre-partie de celle dîs stimulants, quoiqu'elle contribue, elle aussi, à entretenir la vie ou à rétablir la santé. Selon Broussais, les stimulants externes, c'est-à-dire tous les corps pondérables ou impondérables, sont ks principaux stimulants, attendu que les stimulants internes (l'eiercice même des fonctions, l'influence nerveuse, les passions, V^ tion musculaire) ne sont que la conséquence des stimulants externes, dont la privation fait immédiatement cesser la vie.
Cela n'est pas vrai absolument : en effet, quoique Torganisrae ait en soi des propriétés immanentes, elles ont besoin des milieux et d'une mise en activité pour se manifester, on ne saurait If contester ; cependant il n'est pas douteux que ces propriélés innées, que ces réceptacles naturels internes de stimiilatioi sont, en principe, supérieurs, comme l'avait dit Brown, auxsiimulants externes qu'on peut comparer à la clef de montre qoi rcmonie le mécanisme. Mais Broussais, pas plus que Bro^% n'avaient pris, comme fondement de leur doctrine ph)-siologi<|Be
BROWN ET BROUSSAIS. \\h5
et pathologique, Tidée des forces vitales inhérentes h la matière orgaDisée, forces dérivées en partie des forces physico-chimiques et qui, par de mutuelles substitutions et transformations, rendent compte de la plupart des mouvements de l'organisme.
Là où le dissentiment est à la fois le plus considérable et le plus manifeste entre Broussais et Brov^n, c'est dans la localisation des maladies. Brown professait a priori que toutes ou du moins presque toutes les maladies sont d'abord générales et qu'elles ne font que se /oca/t>er suivant diverses circonstances; au contraire, selon Broussais, qui a cru pouvoir déduire cette proposition de l'anatomie pathologique, toutes ou presque toutes les maladies (puisqu'il comprend la fièvre inflammatoire, les fièvres intermittentes, pernicieuses ou simples, les névroses actives* etc.) sont locales dans leur principe, et se généralisent par suite des réactions diverses. Aussi Broussais reproche-t-il à Brown d'avoir considéré l'économie en masse et non chaque tissu en particulier, étranger qu'il était c à la savante division > des tissus vivants établie par Bichat. Les phénomènes morbides n'appartiennent pas à tous les tissus, mais chacun de ces phénomènes (troubles de la circulation, des sécrétions, état particulier des muscles, etc.) appartient à un tissu distinct des autres.
Broussais ne critique pas moins vivement la théorie de l'incitabiliié,de sa diminution ou de son accumulation ; il essaye de démontrer, par l'observation clinique, que les mêmes causes peuvent produire l'asthénie et la sthénie ; que, par exemple, dans les maladies par faiblesse indirecte, Tincitabilité était souvent augmentée et non diminuée; que dans certaines maladies où Brown croit cette incilabilité en excès, elle est en défaut. 11 veut ensuite, pour prouver que l'incitabililé n*est pas uniforme daof réconomie, distinguer l'excitation générale de la matière luw^ veuse, des augmentations de force, d'excitabilité, ou de coop»lion sanguine; toutes discussions qui ont aujourd'hui f^sm pour nous la plus grande partie de leur valeur. — hrmmam combat ensuite l'idée de Vopportimité pour les maladie»: «inopportunité, ou n'est rien qu'un être fictif, ou est déjé ad «nmencement très-faible de maladie. h)n sommr*, celle appfiULs. revient à ce que nous appelons prédisposition mcriiâtu^. mf-