‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 87 sur 102 · MALADIES GOUTTEUSES · texte numérisé non relu

MALADIES GOUTTEUSES

Traité des maladies goutteuses (1). La goutte est un état spécifique dont la nature nous est inconnue ; il faut, pour que cette maladie se développe, qu*il y ait disposition particulière de la constitution, et faiblesse relative des parties où elle se porte. L'état goutteux des solides serait dû à la force de situation démontrée (!) par Barthez dans les muscles et les tendons, et supposée dans les autres tissus. — Toujours des assertions en l'air. Ce qui fait croire i\ Barthez que la goutte est un état spécifique, c'est rinanité des traitements généraux, même en tenant compte des indications fournies par les états fluxionnaires ou autres éléments de la maladie, et au contraire le succès de certains 5/9^ctfiques; il admet du moins, à peu près comme les modernes, mais dans d'autres termes, et sans avoir bien conscience de ce qu'il avance, un état particulier des humeurs, surtout du sang qui laisse échapper plus de matières terreuses, lesquelles se portent surtout vers les os.

Puis voici que, sans que rien l'y convie, intervient le principe vital, qui, modifié danslagoutte (comment modifié?), fixe les mouvements toniques des fibres (voy. aussi note p. 35) et enraye les mouvements intestins des fluides qui concourent si puissamment à rendre exacte la mixtion de leurs parties constituantes; de là la désagrégation de ces parties. En vérité ce principe vital ferait "beaucoup mieux de se tenir tranquille, ou d'agir vigoureusement dans le sens contraire du principe de la goutte. Mais qui le crée ce principe goutteux? Si ce n'est pas le principe vital, c'est l'organisme lui-même. F)h bien, si l'organisme peut faire la goutte, il n'a pas besoin du principe vital pour produire les symptômes ou les causes déterminantes de la goutte ni pour rien autre chose.

laVîDciblc des deux points d'ultachc, la contraction musculaire ng^it sur ces deux points à la fois^ et que, si l'une des insertions est Axée, l'autre fera tout le chemin, (i) Cet ouvrage u*aeu qu'une édition. La prétendue seconde ne consiste que dans le renouvellement du titre. — Je ne parle ni des Consultations de médecine (1810)^ iBOvrc d'une authenticité douteuse ; ni de celles que Lordata publiées en 1820 et ^ui n*ont pas une trè^rande valeur. — Dans Observations sur la constitution épidémif/ue de Vannée 1756, dans le Cotentin^ Barthez se montre bon observateur, et f|C méprise pas encore les fuits parMcuU^r? (voy. plus |«iut, p. iQ90, note 1).

ilM GRIMAUO.

Le rhumatisme goutteux (mal distingué deVinfiammatoire) est une maladie congénère de la goutte.

Le traité de Barthei est divisé en trois livres : goutte des articulations; rhumatisme, ou alTections, soit congénères, soit seulement analogues ; goutte des viscères, consécutive à la goutte articulaire. C'est surtout au point de vue thérapeutique que Bar- Ihez s'occupe de la goutte. Si Ton compare ce qu'il dit sur le traitement de la goutte chaude ou fluxionnaire avec les iiiétbodei actuelles, on constatera que le traitement est trop actif» troppep turbateur, surtout en ce qui concerne l'emploi des émission! sanguines locales ou générales. Je ne puis pas m'empécberde remarquer, à propos du traitement de la goutte, qu'un desplm récents auteurs qui ont écrit sur ce sujet, Garrod (traduit par MM. Ollivier et Bergeron) n'a fait mention qu'en passant du livre de Bai'thez, oii il y a cependant des prescriptions à disculer(par exemple l'emploi de l'eau froide) , où l'on trouve aussi un historique de la question et des détails pathologiques à consuiler. Après tout nous n'avons pas tant de monographies de la goutta pour qu'on les oublie.

Il y a un chapitre qui doit particulièrement attirer Tattenliofl; c'est celui où Barthez traite delà goutte compli(|uée avec une maladie primitive. Il est clair que dans ce chapitre Barthez a pris pour des complications de simples coïncidences. Il valait k peine d'examiner ces questions; il vaudrait aussi la peine * f montrer que le diagnostic différentiel du rhumatism^^ eldeb r*" ' goutte a déjà été traité par Barthez. — Les remarques sur la goulK 1 interne ou rétrocédée exigeraient aussi un examen critique;/ signale ces questions aux savants traducteurs de Garrod.

Quoique élève de Haller 1) d'abord, puis de Barthez, et qflt* qu'il ait été le maîliv de Dumas, Grimaud (1750-1789), auquelj' '^ dois faire ici une petite place puisque nous sommes à MonlpÉr lier, Grimaud n'en fut pas moins un rétrograde, du moins un éJprit flottant. Habile professeur, peu recherché par la clientèle* cause de sa timidité et de sa gaucherie dans le monde, il était tofll

-ZIï

rr

(1) Grimaud a publié une thèse iuau^urale^ eu 1776, sur l'irritabilil^ o" <* tractiliU; miiscuiairc clans ses rapports avec la sensibilité.

GRIMAUD. — DUMAS. litS

ri l'étude; il essaya une étrange alliance» entre le solidisme nodernes et l'humorisme des anciens. Cette alliance parut e si mal justifiée, que l'Académie de Pétersbourg n'osa pas er à Grimaud un prix pour son second mémoire sur la nun comme elle Tavait fait pour le premier (I). solidisme de Grimaud avait beaucoup d'analogie avec celui »rdeu; toutefois s'il ne multiplie pas comme lui les orga* », il multiplie les forces, comme Van Helmont, ce qui it au même. 11 voulait qu'on n'étudiât les maladies, et en ïulier les fièvres, que par les phénomènes apparents sous îis elles se produisent ; mais il les regardait comme des inconnus daqs leur nature. Aussi la description des sym- ^ est ce qui fait le grand mérite de son Traité des fièvres (2). a Cours complet de physiologie (1818) est utile à consulter Mirce que la physiologie de Grimaud est honne en soi, mais que le Cours résume assez exactement l'état de la science )ment où il a été publié.

gré la force naturelle de son esprit et ses connaissances ^s, bien qu'il eût quitté un instant Montpellier pour Paris, is-Louis Dumas (1765-1813), successivement professeur fen de l'École de santé de Montpellier, ne put jamais se rasser complètement des doctrines un peu surannées de ud ; il admet des forces fictives et abstraites plutôt que des réelles et expérimentales. Ainsi, il compte trois forces : de réaction vitale ; d'assimilation ; de résistance. C'est une )n qui lui appartient, mais que personne n'a voulu adt après lui. Sa division des systèmes organiques vient de u et donne la main à celle de Bichat. Sa classification des les est aussi défectueuse qu'il est possible et ne repose sur principe fixe. N'ayant aucune homogénéité, représentant les doctrines, cette classification porte la marque d'un sme désespérant : maladies produites par altération des ^rces ; maladies par altération de la sensibilité, de l'irrita-

•st le seul ouvrage, aTec sa thèse, pobiié de son Tivant.

bUé d'abord en 1818, puis, en 2* édition, en 182A, par Lautiioit, am

LUd. La meilleure édition est celle en 4 toI. in-S^, 1815, ^ Duiiuit*

et sur les tissus organiques, mais sur les éli^menls à-dire sur la douleur, la phlogose, distincte de la périodicité, etc., doctrine qui conduit touldn

des spécifiques (1).

En Allemagne c'est J.-Chr. Reil (1769-1813) sentant le plus accrédité du vitalisme; il proci Hidler, de Bordeu et de Bichat ; il sépare Irès-ne (domaine de la psychologie) de la matière (dor siologie;; il est donc aussi autobiologisle; enfii de localiser toutes les fièvres.

Érasme Darwin, qu'il ne TauL pas confondre temporain, commel'afail le rédacteur d'un jour venait surveiller mon cours au Collège de Fran< win (1731-1802) est brownien en physiologie, i gie il professe une doctrine opposée. Pour lui n'est qu'une branche de la physiologie. 11 u'ac pensée ail pour se produire un autre instrumcn lions; c'est une irritation, doctrine qui lui valui et les calomnies du libertin, mais religieux John

Darwin était philosophe, physiologiste, poète el avoir fait sa fortune par la clientèle el par un do se retira à Derbv où il fonda une sorte de Sociél

ÉRASME DARl^iN. 1l97

loates les maladies à l'abus des stimulants et à vanter les calmants et les délayants. Tous deux avaient tort, et tous deux cependant eiprimaient une partie de la vérité.

Le principal ouvrage de Danvin est sa Zoonomie ou système des lois universelles de la nature vivante^ ouvrage qui a été traduit en français, en allemand et en italien. Loin de chercher, comme Barthez, dans la diversité des forces vitales une raison pôar imaginer un principe de vie plus général, il trouvait que tous les objets dont se compose la nature avaient une certaine analogie, et que tous obéissaient à certaines lois identiques ; il était tout prés de deviner la loi de substitution des forces. 11 se rapproche des mécaniciens par ses opinions sur le mouvement; , toute la vie se résout, selon lui, en des mouvements. Mouve- , ments primitifs : irritation interne, gravitation; — mouvements chimiques : nutrition; — mouvements vitaux , par exemple circulation, locomotion, pensée. Les mouvements vitaux sont des mouvements secondaires ou communiqués par les stimulants extérieurs, ou par l'irritation externe. — Vous voyez qu'il y a du L Brown et du Broussais dans le célèbre physiologiste anglais. Il admettait quatre classes de maladies : excès, diminution ou rétrogradation des mouvements irritatifs, sensitifs , volontaires ; enfin des mouvements associés. Les principes thérapeutiques sont en rapport avec cette bizarre théorie : les médicaments nutrien^ iia maintiennent l'activité des mouvements irritatifs; les inci^ taniia augmentent cette activité; les revertentia la rétablissent; les imminuentia la diminuent. Darwin, au rebours de Brown, compte plus de maladies aslhéniques que de maladies sthéniques ; car la dernière classe de médicaments n'est donnée que pour mémoire. En cela , il se rapproche à la fois de Cullen et de Broussais, en mettant à part la théorie de l'incitation interne et externe.

SoMMAiiB. — Hiftoire de li médecine pratique lu iviii* siècle. FnuMe (hmk c( quelques luteurt de moindre importance) ; Italie (Torti» Bonieh, etc.) ; Aifiê' terre (Huxham, Pringle, Lind, Fother^l, Fordyce, Uel»erden> Cbenie, Jenaer, Baillie^ etc.); Allemagne (Ecole de Vienne : Van Swieten^ de Haen, Stotl, ÀTtriibrugger, etc.). — Société royale de médecine de Paris. — De Tétat de la médediK et de la chirurgie en Espace.

Messieurs,

Enfin , Messieurs , nous quittons les systèmes pour n'y plos revenir (1) et nous abordons l'histoire de la science positive au xv!!!"* siècle. Nous commencerons par la médecine interne, et ce sera presque un acte d'humilité que nous commettrons, car la France n'est ici représentée que par quelques noms , tandis que ritalie, l'Angleterre et l'Allemagne offrent à nos études les personnages les plus distingués dans nos annales : Torli, Borsieri; Mead, Freind (dont nous avons déjà parlé à propos de l'ialromécanisrae; voy. plus haut, p. 875 et 879), Huxham, Cheyne, Pringle, Lind, Heberden, Fordyce , Fothergill ; Fowler (j 736-1801) , dont le vrai titre à figurer dans l'histoire est d'avoir préconisé l'usage de l'acide arsénieux contre les fièvres intermittentes ou rémittentes; 6rant(2); Floyer, médecin très-

(1) Hahnemaiin appartient en effet au xix* siècle.

(2) Les Traités des fièvres (1771-1775) de Grant (mort en 1786) sont rédiges dtprès les doctrines humorales et iatrochimiques, et en partie d'après les principes «ie Sydenham. Les fièvres sont étudiées surtout dans leurs rapports de causalité eiàt modalité avec les saisons; elles sont communes ou ^/(/(fmtçue^, c'est-à-dire qu'eikf» sont régulières et attaquent un grand nombre de personnes^ ou qu'eUesse manifc5teai irrégulièrement ; alors elles sont en général contagieuses. Les aflections epiiU-in»ques saisonnières (fièvres proprement dites) sont donc distinguées des maladies épidt^ miques qui tiennent^ soit à un primipc contagieux sut generis^ propre à certune* ''ontrées, et que les rapports commerciaux ont importé dans d'autres pajs (pe>lt'.

^^c> etc.), soit à des combinaisons accidentelles qui peuvent se produire parti«t

MÉDECINE PRATIQUE AU ITIII** SlfeCLE. 1199

laborieux, connu surtout par son Traité de r asthme (1); Timmortel Jenner, dont aucune discussion, si savante, fi pat^ sionnée qu'elle soit , ne diminuera la gloire ; Van Swieten, de Haen, Stoerck, StoU; Stark (17Ô3-1811), dont je recommande surtout rffi5/oir« du tétanos {\77S et 1781); Murray (1740-1791) si justement renommé pour son Apparatus medicaminum et par ses nombreuses dissertalions académiques; Avenbrugger(2), les deux Frank (3), Quarin ; Strack (1726-1806), auquel on doit

(fièvres des camps, des prisons^ des vaisseaux). Les fièvres saisonnières sont en général inflammatoires pendant les saisons froides^ et putrides pendant les saisons plus chiudes. — La classe des maladies dites pestilentielles est asseï confuse, et ma milieu des discussions théoriques qui font perdre ù notre auteur l'idée de décrire l*aflection^ il n'est pas aisé de reconnaître toujours de quelle espèce il s'agit. On entrevoit du moins, en raison des milieux où elles se produisent^ la fièvre pétécbiale^ le typhus fever^ et la fièvre typhoïde. Grant a aussi décrit deux épidémies de grippe en 1775 et 1782. Les Traités des fièvres ont été traduits en français, par Lefèvre de Villebrune, de 1773 à 1776.

(1) Ce traité^ publié pour la première fois en anglais, en 1698, a été traduit <leux fois en français. L'auteur avait souffert lui-même une partie de sa vie de cette cruelle maladie. Floyer a voulu « faire un précis de ce que les.auciens ont écrit sur Tastbme, mais eu s'accommodant à la manière présente de philosopher; quant aux méthodes curalives de ces mêmes anciens, elles subsisteront toujours, attendu qu'elles sont fondées sur la nature même et confirmées par l'expérience, o L'asthme est un resserrement et une coustriction des bronches, suite de l'enflure de l'estomac et des membranes du poumon dans reffer\escence du sang. L'étiologic (causes déterminantes) est fondée à la fois sur l'humorismc chimiatrique et sur la théorie des flatuosités, des cacochymies et de l'effervescence. Les indications thérapeutiques découlent ualurellement de ces données. — On doit encore à Floyer, entre autres écrit'*, un traité Sur Pusnge des bains froids (1697; — on doit préférer les édit. de 1702 ou des années suivantes) que l'auteur préconise pour presque toutes les maladie^. Cet ouvraff^e^ où Floyer moutre un peu de charlatanisme^ contient quelques recherches historiques sur le baptême par immersion, et sur les Uaiiis cbei les anciens.

(2) Je mentionne seulement les monographies^ érudites sans doute, mais fastidieuses par la prolixité^ le mauvais style et le peu de critique, que Schurig (1688- 1 733) a publiées sous les titres de Spermatoloyia, Chylologiu^ Siaiographia, etc.

(3) J.-P. Frank (1745-1821) et Jos. Frank (1771-1841). Ces deux auteurs appartiennent plutôt encore au xix^ siècle qu'au xvlll^ Aussi je n'en parle ici que pour mémoire et pour recommander d'abord comme un ouvrage éminemment pratique ï'£pitome de J.-P. Frank (1792-1821), traduit en français par Gauderetu; puis, comme une véritable bibliothèque médicale (par l'abondance des reoieignaments

1200 MÉDECINE PRàTiQUE ktJ XViU* SIËCXB.

de bonnes Observations médicinales sur diverses maladies épidémiques ou sporadiques; R.-A. Vogel (1724-1774) qui a écril avec talent et en homme expérimenté sur presque toules les parties des sciences médicales; Werlhoff (1699-1757), un de médecins les plus érudits de l'Allemagne^ après Triller et Gniner, et célèbre surtout par ses études sur les fièvres intermittentes (1732) et sur les maladies charbonneuses, les anthrax, les varioles (1735); Zimmermann (1728-1795), enfin Hureland (1762-1836), si renommés, l'un pour son Traité de la solitude, l'autre pour VArt de prolonger la vie.

Et chez nous, en mettant h part les créateurs de systèmes, quel grand clinicien pouvons-nous opposer à celte vaillante cohorte étrangère? Chirac (4650-1732), plus fort sur les raisonnements chimiques etmécaniques que sur l'observation (I), homme dont le caractère est peu sympathique; Hecquet (1661-1727], ialromalhématicien, médecin très-bienfaisant, janséniste ardat, et écrivant plus pour plaire aux gens du monde ou pour soutenir d'âpres controverses que pour faire avancer la science (2); if- 1^ dry (1658-1742) qui est surtout un polémiste (3) de talent s»< l*^ doute, mais d'un caractère équivoque ; Astruc (1684- 1706), cr 1^ lèbre plutôt comme historien et polémiste (4) que comme difli- 1**^

historiques et bibliographiques) les Praecepta praxeos medicae univen» * Jos. Frnnk (1821-1835), traduit, mais assez mal, en français par Bajie ^ V Encyclopédie des sciences médicales,

(1) Il faut surtout distinguer son fraiï^ (ouvrage posthume) des fièvres mtSf*' l^t et pestilentiel/es, 1742; ses Consultations^ trad, en français en 1744,'"' |*Uu Observations sur les incommodités auxquelles sont sujets les t^uipages dtti'^ seaux ^ 1724.

(2) Plusieurs de ses écrits sont encore recherchés par les curés de ulligt****^ bonnes femmes.

(3) Son traité De la génération des vers dans le corps de thomme^ etc-, ^T^ avec les Éclaircissements, 1704, lui a attiré plus de sarcasmes que d'ék)fe$. ' Dumoins^ dans les divers écrits qui sont la contre-partie de ceux de Hecq«tJ> quelquefois raison contre le rigorisme de ce dernier. Andry s'est montré un \f^ cable défenseur des médecins contre les chirurgiens (voy. plus baut^ p. 283).

(4) Voy. surtout ses Recherches pour servir à r histoire de la Faculté drmi^ | j* '^ de Montpellier, 1767, et sa Bibliographie des maladies vénéricnHeSj où il!* H* de travail que de critique. 11 se montre ardent défenseur de la conla(fiood>*'^ Dissertations sur la iteste. Quoique un peu iatromécanicicn, Asiruc ciplifl'**'' digestion par une fermentation.

PINBL. 1201

cieDy mais dont on consulte encore les traités Sur la maladie vénérienne (17â0), Sur les iumetirs (1759) , et Sur les maladies des femmes (1761-1765); Lieutaud (1703-1780), assez habile dans Fanatomie normale, mais qui n'a su tirer presque aucun parti des nombreuses ouvertures de cadavres qu'il a faites (1); Sauvages (1706-1 767), qui est, par sàNosologiamethodica (1768), Tun des précurseurs de Pinel. La Nosologia est fondée, pour la théorie médicale, en partie sur les idées de Boerhaave, et pour la méthode, sur le système de Linné (2).

Je ne chercherai pas à cacher que Pinel (1755-1826) m'a tou* jours beaucoup embarrassé. Si personne n*est tenté de lui mar* chander les éloges qu'il mérite, à si juste titre , pour les ser- TÎces éminents qu'il a rendus aux malheureux aliénés, et pour la réforme du régime des hôpitaux, de la Salpètrière en particulier (3), il n'est pas aussi aisé de porter un jugement favorable ^or ses doctrines médicales. A lire un peu superûciellement, dans Jes Préfaces de la Nosographie philosophique (1797) et de la jtfédecine clinique (1802), ses professions de foi, ses déclarations ^e principes^ les règles qu'il trace pour la récolte des Observa^ ^ons^ on est un moment séduit par le ton affirmatif, par un style ^Msez vif et entraînant, et l'on croit avoir affaire à un homme E^iés-positif; puis, lorsqu'on veut pénétrer plus à fond dans sa f^^Qsée, on y trouve une foule de considérations d'un vague déliant, et dans les déductions pathologiques un manque absolu

bases solides.

^on, Pinel n'est pas un clinicien dans la légitime acception

oe mot ; c'est un naturaliste^ et la preuve je la trouve dès les

P^^'^nières lignes de la Nosographie. Que penser en effet de cette

: 0 La vraie médecine , celle qui est fondée sur des prin-

!S qui consistent bien moins dans r administration des médi^

^^y Essais anatomiques, etc., 1742. L'édition de 1776-1777 a été donnée par I qui y 1 ajouté beaucoup de uotes. Lieutaud a rectiné beaucoup d'erreurs de low; — Précis de la médecine pratique^ 1759; — Historia anatomica medica If numerosissima cadaverum humanorum exiipicia, 1767.

^^) Je parle plus loin de la Société royale de médecine.

Pinel avait été devancé par le Mémoire de Tenon Sur ics hôpitaux, 1788.

«ABUfBBBG, 76

1t02 MÉDECINE PRATIQUE âU XVUI* SIÈCLE.

camentsque dans la connaissance approfondie des maladies

doit èlre reprise et cultivée avec les bons auteurs , comme une branche de Thistoire naturelle? » Tout pour Pinel, élève, malinspire, de Condillac, consiste à appliquer la méthode danaly%e à la médecine (1) • Classer les maladies^ semble être le but suprême auquel doit tendre la médecine. Il s*agit bien, en vérité, de résoudre ce problème posé par Pitcairne : Une maladie éiani donnée^ en trouver le remède ; ce serait montrer bien plus de présomption que de lumière et de sagesse (2). € Rabattons de ces •prétentions exagérées, prenons plus de circonspection et de réserve, descendons au problème suivant qui est bien plus mesuré et plus circonscrit : Une maladie étant donnée y déterminer ton vrai caractère et le rang qu'elle doit occuper dahs Un taUemt nosologique, » Grande consolation pour les malades, et grand avantage pour les médecins! Eh quoi, la médecine ne serait que Yart de guérir! Fi donc! Rlle à de bien plus nobles destinées!

Certes on ne saurait nier que Pinel a contribué plus qu'aucun de ses devanciers à tirer du chaos la nomenclature médicale; mais sur quelles données de pathologie générale l*epose sa cbufsificalion (3)?

Pinel affirme que les maladies ne sont poiilt des écarts ni de$ déviations de la nature, qu'elles ont un caractère évident de sta-

(1) De ce que la méthode anatytique a conduit direnes Sciences M^n le profr^ il ne s'ensuit pas qu'elle soit exactement et uniquement la source de ceai et b mcdecinc, surtout prutiquée à la façon de Pinel.

(2) IMus loin, dans celte même Introduction à la Sosoyraphie^ Pinel fait jn^'i des préff'/ttîons iftèrnjK'utùjurs exatjrréeSy comme si la maladie n'était qu'une n>^ de mécanisme..., comme s'il était |)os$ible d'entraver en grénéral ou de sntpendr son cours, et qu'il fallût toiyours admirer la puissance et les ressourres fécond ^ la médecine ! — En somme, et quoiqu'il s'en défende un peu mollement, di nsit, Pinel arrive à ïa placidité des Stahliens. (Voy. aussi Clinique, sect. II, § 3, iollieii'' du traitement; méthode agissante et expectante)^ et comme Stahl ou Hofflouopu \oudruit exclure les médicaments exotiques au profil de la médecine naturelle «^ domestique ; cependant^ malgré sa bonne envie, il n'y put pas complètement rrwnr

(3) Duiis un volume publié en 1772 (2° édit.) Cnllcn, sous le titre de Sff*^ nosoloyinc methodicac^ etc^ a donné le conspectus des Nosologies de SauTiffN <^ Linné; de Vogel^ et la sienne propre, pour laquelle il a emprunté di\er)¥$ iH4ii«^ à Sauvîi^'os. Il faut ajouter les Nosoloffit's de Sagar, de Nietiki, de Selle, df M*bride et de Van den lleuvel.

PlREL. f203

bilîtéy si Ton ne trouble point la marche de la natore. Une observation attentive les fait envisager comme des changements passagers dans les fonctions de la vie, et manifestés par des signes extérieurs avec une constante uniformité pour les traits prindpauXy et des variétés innombrables pour les traits accessoires. Plus loin, il ajoute que la maladie ne doit pas être considérée comme un tableau sans cesse mobile, comme un assemblage incohérent d*aflections renaissantes qu'il faut toujours combattre par des remèdes, mais qu'elle forme un tout indivisible, un ensemble régulier de symptômes caractéristiques et une succession de périodes avec une tendance de la nature le plus souvent favorable , quelquefois funeste. Aussi dans Texercice de la médecine on peut à peine trouver une maladie qu'un homme judicieux ne puisse déterminer et dont la description ne soit consignée dans quelque ouvrage ! Je vous le demande. Messieurs, qui oserait aujourd'hui signer de telles propositions et de si absolues? Pinel lui-même n'est pas très-assuré de l'unité et de rindivisibililé des maladies, car l'impression qu'il éprouve en entrant dans une salle d'hôpital, c'est € une image de confusion et de désordre » (1) sans parler de la fluctuation d'opinion, de l'incertitude, de Pembarras extrême qu'il ressentit lorsqu'il fut appelé à exercer la médecine dans les hospices (d'abord à Bicètre et, plus tard, h la Salpétrière) (2). Cependant c'est en 1798 qu'il affirmait la sûreté et la £icilité du diagnostic < pour un homme judicieux », et déjà il avait passé plusieurs années dans l'étude et dans la pratique de la médecine.

Quoi qu'il en soit, la nosographie repose particulièrement sur les manifestations extérieures des maladies et non sur l'analomie jpathologique, ce qui est déjà un très-grand vice de construction; ide plus, Finel soumet les maladies aux mêmes opérations que les naturalistes font subir aux plantes et aux animaux; il forme des loadres inflexibles pour les classes, les ordres, les genres, les espèces, en procédant par a'bstractions successives. Puis, méconmaissant des analogies manifestes ou des dissemblances non moins

(1) Médecine clinique (1802). Des fièvreu ; considérai, préliminaires» (S) /6tdL Introduction.

1204 MÊDEGIME PBATIQUE AU XVIIl* SIÈCLE.

évidentes, il forme des groupes artificiels (1), en s'en rapportant aux apparences et non aux réalités. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, il brise le faisceau si naturel des fièyres iolerroiltentes dans le désir qu'il a de rapprocher la fièvre tierce des fièvres gastriques, la fièvre quotidienne ou quarte des fièvres muqueuses continues ou rémittentes, les fièvres intermittentes pernicieuses des fièvres ataxiques continues (2). La thérapeutique y perd beaucoup, et la pathologie n'y gagne rien. Les six ordres de fièvres, fondés sur des affections da système circulatoire, sur l'irritation de l'estomac ou du duodénam, ou de l'intestin, ou sur l'atonie de ce conduit (atonie qui envahit rirritabililé des muscles), sur les désordres du système nerveoi causés par une lésion profonde de l'irritabilité et de h sensibilité, enfin sur des circonstances particulières de mortaliti, de contagion et d'une aiïection simultanée des glandes, ces ordres, dis-je, sont tout à fait factices ; on en peut juger parce simple énoncé. Je pourrais multiplier les exemples pour prouver les vices de la méthode, mais ce quej'cnai dit.suÂBt pour montrer qoe c'est bien, quoi qu'en dise Pinel, c un jeu de rimagination i.

Les applications qu'il a faites de sa méthode dans la Climque, ne font guère que confirmer ce jugement. Quelle différence entre rÉcole de la Charité, inaugurée par Corvisart, et V École de h Salpêtrière dirigée pur Pinel! Dans l'École de Pinel, les autopsies n'ont presque aucune valeur (3), le diagnostic ne repose sur aucun moyen physique, la thérapeutique est à peu près insignifiante. On ferait un praticien avec les ouvrages de Sydeoharn, avec ceux de Stoll, ou même de Baglivi, jamais avec les écrits de Pinel (/i).

(1) Voy., par exemple^ de déplorables conrusions dans la classe des fièrresp*tvldes-adynamiques,

(2) Quoi qu'en ait dit Pinel (§ 97 de la Nosographie) la dësignation des fièrref ntcrmittcntcs par leur type n*a pas été proscrite, et il est probable qu'elle sen longtemps encore acceptée.

(3) Dans la seconde section, sous le titre Nécrologie, on trouve de belles phn^e i^ur les autopsies faites en présence de plus de cinquante élèves ; mais ces phrar^ n'instruisent pas quand il n'y a rien au bout.

(4) M. Dubois (d'Amiens), secrétaire perpétuel derAcadémie de nicdecioe («ovef on Discours, aussi ingénieux que littéraire. Sur ie degré de certitude en médecin*

TOBTL 1205

Je reprends maintenant, et par nationalité, les auteurs les plus importants dont j'ai donné la liste plus haut (1) .

Torti (1658-1 7 Al) fut un des plus ardents réformateurs de la matière médicale et un des plus habiles promoteurs de la médecine clinique rationnelle ; il s'attira la haine des apothicaires et des galénistes; mais, l'impulsion une fois donnée, il n'y avait plus moyen de résister. De tous les médecins italiens, et même de tous ceux du xviîi* siècle, c'est certainement Torti qui mérite le plus d'éloges pour sa défense active et victorieuse du quinquina el la distinction des diverses classes de fièvres intermittentes simples ou pernicieuses (2). On peut le regarder comme le second inventeur, après Sydenham, du traitement des fièvres intermittentes par récorce du Pérou ; il a signalé l'imminence du danger des fièvres pernicieuses, le moment opportun, l'usage des doses élevées quand cela est nécessaire, et prouvé que les cachexies qui

dans Bulietin, t. XXXH, p. 1128 et suiv.; 1866-1867), porte sur Pinel un jugement qui ne diilcre pas de celui que je viens d'exprimer après une étude attentive de tes œuvres principales. — Quelque temps après la lecture de M. Dubois, M. le docteur Bouvier, membre de l'Académie^ a relevé le gant (Bulletin, t XXXllI, 1868, p. 384 et suiv.), et cherché dans un Mémoire fort habile à réhabiliter à la fois l'^oo^ de santé qui, je crois^ n'était pas en cause directement^ et la mémoire de Pinel comme clinicien. Sur ce dernier point, j'ai le regret de l'avouer, mon savant et excellent eoUègne ne m'a pas convaincu. Je ne m'en rapporte pas aux phrases de Pinel, mais aux faits, aux résultats positifs, je veux dire à la métliode de classer les maladies, ou nosographie et à la clinique. Pinel a^aît les meilleures intentions du monde et le plus grand souci du salut des malades confiés à ses soins ; mais pour ma part, je ne voudrais pas d'un tel médecin, si philanthrope qu'il soit.

(1) Je note encore les Adversaria et consultationes (1714) de Lanxoni (1663- 1730) ; les Œuvres (1716).[surtout la Pyretologia (1701) et le traité De lue venerea, 1689 (l'auteur tient pour l'antiquité de la maladie), de Musitanus (1635-17U), prêtre napolitain et médecin ; les Recherches historiques et pratiques de Fantoni (1675-1758), sur la fièvre miliaire, 1747 et 1762. U même auteur avait donné, en 1699, 1701 et 1746, de curieux recueils é^Observationes anatomicae.

(2) Therapeutice specialis ad fehres periodicai perniciosas, 1709. L'édition de 1756 contient une Vie de l'auteur, par L.-A. Muratori, et les Hesponsiones ad Kamaxmum, Le premier et le deuxième livre renferment l'histoire du quinquina, les opinions des auteurs sur son emploi ; le troisième et le quatrième sont consacres a l'exposition de sa méthode et au récit des nombreuses observations qu'il a recuei - ^ies ; le cinquième est consacré à une discussion sur les indications et contrc-maiçations de l'emploi du quinquina dans les fièncs continues ou pseudo-continues.

iDM MÉDECINE PRATIQUE hV XTIU* SIfeCLB.

suivent les Cèvres intermittentes ne viennent pas du quinquina, Il a aussi nettement reconnu les contre-indications du quinquina d^ins certaines fièvres continues et continentes. Helvetius aviit imaginé d'administrer ce médicament en lavement; d'autres, après l'avoir réduit en poudre impalpable» l'appliquaient en topique sur les mains. Torti (V, vi, à) regarde remploi des topiques comme une méthode ridicule ; quant aux lavements, il ne leur accorde presque aucune eiBcacité et ne veut s'en servir que dans les cas où il est absolument impossible de faire prendre quelque chose au malade par la bouche; car, dîtril, mieux vaut essayer un moyen d'une efScacilé problématique que de rester inactif devant un danger pressant. Gela était vrai du quinquina en poo* dre, ou de sa macération ou décoction, mais cela n'est plus mi du sulfate de quinine.

Borsieri de Kanilfeld (1 726*1785) est un des hommes qui ont lutté avec le plus de courage et de succès contre Tadversilé; il dut tout à l'énergie de sa volonté et à la droiture de son caractère. Ses Institutions de médecine (1781-1785. Voyez surtoot l'édition de Hecker, 1826) sont en ce genre le livre le plus complet et le plus sensé qu'ait produit le xviii* siècle. Ce qui distingue particulièrement cet ouvrage (outre qu'il est parsemé de renseignements historiques et bibliographiques), c'est qu il esl fondé sur Tobservation de la marche et des symptômes des maladies. L'auteur, clinicien. avant tout, a tenu peu de compte des systèmes ; mais il accepte en partie la doctrine de l'irritabililé. Il a groupé les maladies en classes naturelles, telles qu'elles se dessinent et s'individualisent dans les cas les plus ordinaires. Les indications thérapeutiques sont tirées des mêmes considérations, ou plutôt elles dérivent d'un empirisme raisonné, c'est-à-dire de rjixpérience qui prend pour base l'observation attentive des résullals obtenus et des rapports les plus apparents entre les maladies et les remèdes.

Lorsque Borsieri quitta la chaire qu'il occupait à Pavie, ilfu^ remplacé momentanément par Tissot (1728-1797), Tissol, 1^médecin populaire dans le meilleur sens du mot, le médecin littérateur par excellence, et qui dut toute sa réputation, toute sa vogue, à un certain bon sens médical, à un caractère facile, à ud

BOBSIBRI. — TISSOT. — <i GHEYNE. 1S07

Style coDlanl (1). Aussi mauvais professeur qu'il était bon praticien, Tiflsot n'a pas de doctrine, ou plutôt il a sueoessivement toutes celles qui s'imposeot. Son plus grand mérite est d'avoir, par une traduction française, vulgarisé les Mémoires de Haller sur rirritabilité. Des nombreuses productions de Tissot, dont la réunion ne forme pas moins de onze volumes in-8% il ne reste, comme des ouvrages de Berquin, rien, rien qu'un vague souvenir d'estime. Tissot, c'est le Berquin de la médecine.

Il serait aisé de ranger Cheyne (1671-17iS) parmi les iatromécaniciens, car sa doctrine sur la fibre (2) concorde en grande partie avec les principes de Bellini et de Pitcairne; toutefois les opinions de ce médecin touchant la constitution du corps animal sont trop originales ou, si Ton aime mieui, trop excentriques et trop mélangées pour que je n'aie pas cru devoir le séparer des antres iatromécaniciens (3).

(1) Yoy. daus Médecine , histoire et doctrines , ce que j'ai dit do TisMl, à propos de ton Traité de la santé dm gens de lettres.

(2) De natura fibrae ejusque laxae sive resolutae morbis, J*ai gous les yeux l'édition de Paris, 1741. L'auteur établit d'abord que les flbrcs sont composées d'une molUtude innombrable de fibrilles ; il tient surtout compte de Vélasiiciié de la libre; au § ô il énumère les affections de la fibre qui donnent lieu aux maladies, soit par elle-même, soit par les canaux qui en forment le tissu. Quant aux maladies chroniques il les rattache à la fois aux vices des humeurs et aux alténtioDS de la fibre. Les maladies nerveuses, fixes ou passagères, sont caractérisées par un vice, soit de la sensibilité, soit du mouvement aboli, ou affaibli, ou perverti, en mettant à part les mouvements désordonnés, spasmodiqucs, convulsifs ou contractifs. Les impressions et les mouvements sensoriels ou psychiques dépendent de la corrugation et de l'oscillation de la fibre. — Cheyne admet le fluide nerveux. — La vie n'est, selon lui, que l'exacte circulation des fluides et Tintégrité des parties solides ou fibreuses ; dans la pratique on doit, en conséquence, tenir compte des parties solides, et c'est surtout par le régime qu'on parvient à maintenir et à rétablir la Mnté. Lui-même, en raison de son état valétudinaire, avait fait une longue et minutieuse étude de la matière alimentaire. — Le traité intitulé : Fluxiouum met/todus universa , sive quantitntum fluentium leges generaliores, ad Pitcarnium^ 1703, est un travail purement mécanique et mathématique : « études creuses et stériles », c'est Cheyne qui le dit lui-même. ~ Dans le Tractatus de infirmorum sanitate tuenda^ il n'y a aucun principe qui ne se trouve dans sa Méthwte curative,

(3) Voy. Natural methodf of curing tlœ diseasei\ etc., 1742 ; trad. en françaii», e|i 1740, par de la Chapelle, qui y a joint la description, l'histoire et la méthode de la fameuse transfusion du sang.

De» le début de si MMode euntit^ {ttèfleiims^ etc., § l),

Ctieyne moolre son |»eiidiant, liaiîié oepoiduit pour quelques-

uues des idées de Suhl. Les facallés natoreiles de rrrre, Saper-

cetoir^ de vouloir^ etc., leurs difléreots d^;rés ei leurs dîfféreotes

modiftcatioDS SacUciié^ de sofodié^ de désir^ sont, dit-il, essea-

tiellement et uuifonnément inhéraits à lai rahstaoce spirituelle,

cliacune dans Tordre et le degré qui leur est propre, quelque

espèce de corps que ces bcolles animeiit oo vlrifienL Quand

l*âme ne fait pas éclater ces qualités essentielles et innées, cela

vient des bornes étroites ou elle se troore resserrée par la nature

de la matière grossière qui l'enTeloppe, el pau* les lois du corps

qu'elle anime ou vivifie ; obstacle étranger, mais insurmofllaUe

au degré de son activité et de sa mobilité propre (I).

(Jieyne admet la théorie de \ évolution; pour lai (§ 2) ranimai est aussi parrait, aussi complet dans son état lombagim

fi) (ihcyne (voy, § 32) ne pertbte pM avec uoe inébranlable coosUnce tel ('(•H viu>ii purement «piritualistes^ ctr il iûi bientôt intenrenir U coostitntion mtm fin Ny«li>nif) nerveux pour expliquer les niiances et les gràccà de la pensée. Jetm»n'i« ici (U* curieux pasMge : a A cause que le cerveau est pulpeux, et quelesoerii Noiil fort IArli(*ii, il y en a qui se sont imaginé que ces deux espèces d'orgases u'i''lni(*nt point du tout propres à recevoir ni à communiquer des vibrations oaéei uuduialiom^ sans faire attention que la grande activité de ces substances rtàk (liuiH U'K nuMubrancs, dont chaque fibrille nerveuse ou chaque nerf infinitésimal est rii\cloppô; ilt( sont tous enfermés et liés^ pour ainsi dire, dans un sac mcmbraocai (III il H Hoiit attuclu's ensemble par des filets de même espèce. Or tout le monde nit (liic (lt« tous l(*s corps il n*y en a point de plus élastiques et de plus propres à trse»nicllro dos vibrations, que les membranes. On ne peut guère douter que leur sab- «Irtuco interne soit cellulaire, comme la moelle de jonc, et qu'elle ne soit uniipicnuMildcslinêo À faire la sécrétion d'une substance lactée^ que quelques personnes pei nttoulixcA appt'llent htfuitie nerveux; substance qui sert à entretenir leur élastidté, leur volubilité, v[ la propriété qu'ont ces membranes de pouvoir exercer des vibraliouit, en quoi consiste toute leur vertu mécanique. Les grâces» la facilité et l'éléi ^ance «le l'action de penser consistent dans la souplesse^ dans la culture et dar rexercico habituel de ces organes nerveux^ de la même manière précisément qae Ton acquiert les grâces du corps, les manières aisées et les façons aimables par «a exercice convenable et par des actes répétés. Pour mettre en action notre faculté de |»oiiaer, il uo\ia Ikut faire usage de cette espèce d'exercice intellectuel, et fairt;jovfr ces glandes nerveujtes, de même que, dans l'acte de la vision, nous nous serrons dri ' muscles |mur étendre et diriger la prunelle à des objets qui sont à aae veiiablc, a

CHEYNE. 1209

permalique qu'il l'est dans son état adulte ; mais il ne com- Qce à être un homme que dans ce dernier état, lorsque ses lUés spirituelles^ en agissant sur les organes matériels de son ps, n'y trouvent plus d'autre opposition que celle qui procède limites de la matière ; c'est-à-dire quand ces organes euxmes sont complets, développés et revêtus de V incrustation les téguments qui leur sont propres, et dans lesquels l'ani- [ doit continuer son existence pendant tout le temps près- . parla nature (1).

)u'esl-ce que cette incrustation qui revêt les organes? L'au* r l'a trouvée dans son imagination (2), et il nous en explique 30 la nature, du moins les usages aux § 10 et suivants. [ l^a tunique ou la croûte qui couvre les fibres primitives et Irices, est destinée à les mettre en état de supporter sans ikor et sans violence les situations où elles doivent se trouver 18 la suite; à leur servir de gaine, à le^ défendre et à garantir r délicatesse, leur sensibilité et leur petitesse extrême, de la "été, delà rudesse et des injures des corps qui nous environit dans cet état de caducité et de délabrement où se trouve la aeure que nous habitons.

» La surface extérieure des viscères n'est pas seulement reifcrte de tuniques et de membranes particulières qui sont les cicipaux organes de leur activité, et qui les défendent des ires des fluides ou des solides trop grossiers, ou de l'élément 18 lequel nous avons à vivre dans ce monde , mais encore 4]ue fibrille particulière, quoique d'une petitesse qui approche L'infiniment petit, et proportioncule linéaire d'un solide, pour ^ dire éthérien et spirituel, est revêtue d'une tunique qui lui propre, pour la mettre à couvert de tout ce qui pourrait lui re, et la rendre capable de servir d tàme en qualité de véhi- ?y pour en porter l'action aux différentes parties du corps, et porter à cette même âme l'impression des objets externes qui ivironnent. Le tout est enveloppé d'une membrane tellement

.)Voy. aussi s 7.

t) U ne peut ^èrc s'agir^ en cflet^ du tissu cellulaire qui^ pour certains organes,

^IH» à peu près, rofficc dilribuc à riocrustaliop*

|tf« «ÈDECI5E PtâTlOrE AU XTIII* SIËCLE.

coD$4niite. que plus les fluides qui l'environnent sont grosÀers et f4iB ils h compriment plus elle croit en épaisseur, plus elle deTÎcnt serrée et compacte, ainsi qu'on le voit à la paume des mains el à la plante des pieds des gens qui font habituellement d*^ traTaui rudes, de même qu'à la peau des pauvres gens et de c»ui qui ne sont poiot couverts I

» Chaque glande transpîratoire , chaque conduit excrétoire, faisant sortir uoe goutte de matière visqueuse que Pair comprime, cette goutte s^aplatit et sendurcit en forme d'écaillé, afin de couvrir les oritices des glandes transpiratoires qui sont audessous. Cette écaille, semblable aux tuiles d'une maison, laisse son entrée ouverte, et nésanmoins, par un mécanisme menreSleux, elle la défend contre les injures de Fair trop grossier et trop piquant, qui est l'aliment des animaux terrestres. La peaa ou la cuticule de l'homme est entièrement composée de cas écailles qui s'endurcissent au besoin. On remarque dans les aai* maux aquatiques un mécanisme analogue à celui-ci : c'est oae espèce d'écaillés minérales plus dures qui mettent leurs teadras fibres à couvert des impressions trop fortes de Teau, élémeat plus dense et plus pesant que celui des hommes. Il est donc clair que la mucosité et la cuticule sont d'une nécessité absolue, TiuK pour humecter et l'autre pour mettre à l'abri des agents eiteraes les fibres délicates et sensibles. »

Voici maintenant :§ ô et 6) ce que Cheyne pense de la comp^ sition élémentaire du corps el de ses forces primordiales :

c Tout ce que l'art le ; lus parfait de l'analyse a pu découvrir jusqu'à présent sur la composition intrinsèque des corps, se r^ duil à nous apprendre qu'ils sont composés : 1° desoufrcy A'hmif ou A^esprit ou de la matière du feu; 2* de sel ou de particote dures el solides qui ne peuvent être bien dissoutes que dansTe^o: 3° iVair ou d'un fluide sec, rare, élastique ; 4* d'e/iw, c'est-à-dir? d'un fluide plus dense, sans élasticité el qui a la propriété ^^ inoniller; 5** de terre, c'est-à-dire d'une substance grossiép?. inaltérable, permanente, qui est la base el le ciment desquatn» espèces de matière précédentes. La variété infinie des corp^ loules leurs apparences diverses, peuvent uniquement procéJer du mélange el de la combinaison de ces matières, prises^

GflEYMB, 1211

loaotité et eq proportions différentes. Je ne reconnais parmi les grands principes d'action» dans les corps petits ou grands, qvie; 1"* V attraction ou la répulsion avec ses différentes lois; 2*" yélas-^ ficité ou la réaction; 3*" h fermentation ; h'' làchaletdr^ lefet4 ou sa matière et sa cause (1). >

La théorie de la nutrition (§8 suiv.) n'est pas moins singu-r lière ; par quelques points elle se rapproche de celle des iatromécaniciens ; par les autres, elle est une conception a priori de rasteur lui-même.

c AÂn d'être nourri pendant quelque temps et de faire les fonctions animales, c'est-à-dire d'être en action de vie, il parait qq'il suflSt absolument que la grandeur des particules destinées à la nourriture soit proportionnée aux oritices qui les reçoivent, Bjlisî qu'aux oritices excrétoires, ou que ces particules ne soient pfl3 plus grQ9se3que le diamètre de l'ouverture des vaisseaux où elles doivent couler, afin qu'elles puissent entrer avec facilité diUEis les canaux qui leur soqt propres, et y être charriées où i| convient; car dans les endroits où elles se trouveraient d'un trop grand diamètre, elles y causeraient nécessairement des obstructions, de la douleur, et enfin la mort ou la destruction de la machine. ]Elles peuvent être moins grosses que ces orifices nos aucun inconvénient, niais il ne faut pas qu'elles le soient plu$. >

Cbeyne conclut que, si les particules des aliments étaient rédaites en leurs atomes primordiaux et indivisibles, elles ne seraient pas en état de réparer les pertes, de rétablir les ruptures, on de remplir les vides qui se font perpétuellement dans le corps par les seules actions de la vie et par celles des fluides qui nous envifonnent. De plus, en raison de leur solidité et de leur degré d'attraction qui croît à mesure que leurs particules deviennedtplus petites, jusqu'à ce qu'elles aient atteint les dernières limites de leur division, elles s'attireraient les unes les autres et se réduiraient ma cristaux ; par conséquent, elles formeraient des corps d'une composition différente de celle qui constitue la chair et le

(4) En tont ceci^ Cheyne s'appuie fort souvent sur les ouvrages de Bryan Ro- Uwon. Voy. plus hant, p. 881.

iî*2 MtDECniE PEATIQrE AD XTUr SIËCLE.

Poar Cheyne, cette maaière de conceToir VatimeBl ne rc^ pas au simple étal de spécalation ; il en lire des conséquences pratiques, qu'il cherche même à appover sur des expériences de Geoffroy relatives h la quantité de maûére nutritive que conliennent les diverses espèces d*aliments. Il admet donc que les jwlicules les plus propres à la nature sont celles qui ont une composition et une grandeur moyennes, uue texture rare, poreuse e« spongieuse, ou qui tiennent le milieu entre les particules composées de soufre et de sel, et celles qui participent plus des autres élémenU, c'est-à-dire de l'air, de Feau et de la terre .ce sont les plus petites particules intégrantes des substances animales et végétales. C'est une des raisons pour lesquelles les ligoeors fermenlées, les esprits etles fluides distillés(l), de quelque espèce qu'ils soient, sont si contraires, si dangereux ou si funestes aox corps des animaux. Quant i la chair des animaux, il faut préiërer les viandes blanches, jeunes, tendres ; le lait (?oy. $ 26) , le pan, les végétaux (2) , fournissent ensuite les meilleures substances poir lanutrition.il est vrai qu'un tel genre d'alimentation nedoDDe|tts une très-grande force, parce que ces substances se digèrent pte vite que les autres et sont plus fugitives ; mais elles corrigefil merveilleusement l'acrimonie des humeurs, procurent pliisdVsance dans les fonctions, et un bien-être complet.

La coclion des aliments dans l'estomac (§ 22 ; voy. aussi 27» semble être le résultat d'une action douce, d'une chaleur modérée, d'une coction aidée, pour la transformation en substance animale, par la grosse glande de l'estomac (pancréas?) et par les anires

(1) tt La même chaleur qui fait mûrir les raisins et les fruits tardifs cooUaoïit à agir sur eux^ quand on les comprime et qu'on les enferme, est cause de leur fermentation, moyennant quoi leurs particules séparées et dégagées se meltnu ^ action, et par leur attraction propre et leur pesanteur cUes tendent à se diftriburf dans leurs difierentes classes ou leurs différents ordres : après qu'une grande ptrtit des particules terreuses, aériennes et aqueuses s'est dissipée^ les sucs comoKiiA*^ & devenir vineux; parla une plus grande quantité d'esprit inflammable $'yiiAit>'> s'y concentre (§ 17). »

(2) « Les substances animales et végétales diffèrent principalement dans les pr^ portions des principes élémentaires de sel^ de soufre^ cTair, tfeau et de ierrf, i» y sont contenus. Les deux premiers principes, le sel et le soufre, dominent àin les substances Qnimaies; dans les végétaux^ c'est l'/iir, Veau et la terre (§ 19).»

CHBTNB. 1213

glandes plus petites, conjointement avec l'action musculaire des membranes, des artères et des veines; à quoi Cheyne ajoute plus loin l'action musculaire des premières voies et de l'abdomen. Quant à la conversion du chyle en sang, elle est due à Faction du c moulin pneumatique, » c'est-à-dire du poumon, et du nitre de Tair. La couleur rouge des globules (1) vient < d'une certaine grandeur des particules superficielles, > de l'air et du nitre. Le sang, du reste, ne reçoit sa dernière perfection (Sylvius de le Boe est aussi à peu près de cet avis ; voy. plus haut, p. 552) que dans des glandes particulières.

Perdant un moment de vue ces vaines hypothèses sur les conditions de la nutrition, Cheyne entrevoit les bonnes doctrines à propos du sang (§ 28). < Ce sont, dit-il, les globules rouges qui font la partie grumeleuse du sang; on en trouve même beaucoup dans la sérosité qui sont d'une couleur plus blanche; et il y a apparence que ces derniers globules sont les vrais globules de la nutrition, qui servent à boucher les crevasses des fibres, à en réparer les pertes, et à épaissir les fibrilles primordiales. Quand la sérosité devient grossière ou lixivielle, la plus grande partie de ces globules rouges se compriment, se crèvent ou s'aplatissent; moyennant quoi les grumeaux devenant sombres et noirs, ces globules perdent leur première beauté, leur couleur, leur grandeur et leur forme originelle. Les globules d'huile et de vinaigre que l'on mêle avec beaucoup de rapidité présentent un modèle bien évident de celte opération de la nature. >

De la théorie des aliments à celle des médicaments, il n'y a pas loin, et Cheyne franchit vite la distance. 11 est d'avis (§ 36) que les médicaments agissent principalement par leurs qualités les plus éminentes et les plus sensibles. < Comme ce sont des corps mixtes, la propriété qui domine le plus en eux, et celles des molécules intégrantes qui y abondent le plus, sont principalement

(i) « Les globules du sang se forment dans les gros troncs des artères et des ▼einçs^ même dans les intestins et dans les réservoirs du chyle, par l'attraction innée de leurs parties les plus fines ; une particule centrale ou d'air le plus subtil, ou de lel» ou do soufre attirant à elle toutes les molécules qui se trouvent dans la sphère de son attraction, c'est une nécessité mécanique qu'elle devienne un globule (§ 28). >

at 'la'oii ▼ (innsià^rt en taéàtmoB. ^ fTtst ipisv près ropîoioiide Calien. Q en «^ des partkaics iotiîfrsDlo «ïe« m^klicameiits c.mme de celles des alimeats; daas leurs op^ntionâ elles se brisent et «e dniseat : mais ensuile elles se nssemblent en partie danâ les artères eapOlftires, dans les TÎscéres et dans les gtudes, povr <erTir aax dif^reats osafes de la nature ; elles consenot toajoars leors qualités priarîpales et dominaBles, ainsi qn'oi robsenre «oovenf par le goftc, la eoQleur et Fodeor des sécrflions '!>.

Les tié^resi sect. II. ch. m, § 1^ sont caraetérisées par no mouttnent excessif da saag /nif>aTeaient que décèle le pools dont k dérangement provient de la snrabondaoee des globules demoff trop denses et trop tenaces), et par Famertame de b bouciic. Celte araename p<'>assée à ses dernières limites accuse une forte acnmonie des humenrs, et caose les fièTres putrides.

Hniham lo9S-!75S) est on des meilleurs obsenrateon (k r Angleterre. Il vivait i Plrmoath. Son Traité des /Sèvres cAnmarqnable par la part qn*il accorde i réiémeni inflammatoire. n prescriTait le qainquina comme antiseptique dans h pelilf ▼érole, ainsi qne Brown le fit pins tard. Il emplorail bardioKfll l'opium dans les inflammations, toutefois après les évacuatiosî sanguines. On lui doit aussi une très-bonne description (1757) de Tangine gangreneuse, maladie qui semble avoir commencé i sénr de 1610 à 1620, et qui ût en Angleterre de très-grands raTagts au xvui* siècle; il la traitait par le quina, l'acide sulTurique^ d'autres remèdes analogues. 11 a décrit une espèce de typbus appelée ^rre lente fterf:euse (FBvxham.

Pringle (1707-1782), élève de l'École de Leyde, plus aï»» que lluxliam, a exercé sur de plus grands tbéâtres, a occupé d^ postes plus éminents, et a rendu de plus grands services à l'Angleterre en appelant l'attenlion du gouvernement sur Thygièfides hopilaux, des camps et des vaisseaux. Son ouvrage Suri^ maladies des armées (1762) a si peu vieilli que M. Perrier,njédecit

1; Parnii lc*9 médicaments qui répondent le mieux aux Toe? de Cherif, il*en a point de »upérieur au mercure ; c'e^t «la vraie panacée cherchée psnk^' contre left maladies héréditaires^ les raiblesset, les putridités, et le« maladw^*^ nique»*

HUIfiAM. — PRIMGLB. — LIND. — HBMRDfiN. I3l5

principal de l'armée, a cru devoir faire réimprimer une ancienne traduction française (1771), en l'accompagnant d'une longue étade complémentaire et critique (1). Pringle, longtemps attaché aux armées, ne parle que de ce qu'il a yu et obsenré, Surtout dans les Pays-Bas pendant les campagnes de 17 i2 à 17i8 (guerre de la succession d'Autriche). Le traité est divisé eu trois parties : de l'air el des maladies des Pays-Bas ; des maladies des armées en général ; observations sur les fièvres inflammatoires rémittentes, suivies de recherches sur les fièvres des hôpitaux et des prisons. Les Expériences sur les substances septiques ou antiseptiques ne sont pas trés-rigoureuses ni toujours très-probantes, en raison du temps où elles ont été faites (2), cependant elles méritent qu'on ne les oublie pas tout à fait. Pringle a été attaqué avec plus de véhémence que de justice par de Haen, esprit jaloux et emporté ; le médecin anglais lui a répondu très-pertinemment et avec calme.

Lind ( — 179â) a voulu aussi aussi être utile aux armées de terre et de mer en publiant son célèbre Traité du scorbut (175Î, traduit en français par Savary ^n 1766), traité si rempli de renseignements historiques et de bonnes observations cliniques, qu'il sert encore de guide aux praticien^. C'est un de ces livres qu'on peut appeler impérissables; car ils repôseï^t moins sur dés hypothèses que sur un grand nombre de documents authentiques. Les médecins anglais qui exercent sur les flottes, dans les camps ou aux colonies, semblent avoir présents à l'esprit les modèles et les exemples que leur ont donnés Lind et Ringle. On doit encore à Lind Un Mémoire Sur ta santé dès marins (1757) et un ouvrage important Sur les maladies des pays chauds (1768).

On range communément W. Heberden (1710-1801) parmi les grands cliniciens de l'Angleterre ; il semble qu'en efi'et il a été fort recherché par la clientèle de Londres; toutefois, ses écrits

(1) Peut-être le texte n'est-il simplement qu'un tirage extrait de V Enq/dopédie wtédieale, publiée par Bayle.

(2) On sait que Pringle traitait la dy«euterie (où il reconnaissait beaucoup moins d*efpèces que Sydenham) par un mélange de quinquina et d'opiuih ; il crojait^ par suite de ses expériences, que l'opium retarde la putréfaction. Il a beaucoup contribué à propager l'usage de la liqueur de Van Swieten contre la syphilis. — Les éruptions pourprées, dans les Heures graves, lui semblaient être te résultat d'tuM crise el non du traitement échauffant ou sudoriflque exagéré.

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FOTflBRGILL. — FORDTCE. 1217

faisance envers les pauvres, par sa générosité princiérc pour le progrés des sciences naturelles, que par son heureuse pratique dans la ville de Londres.

Georges Fordyce (1736-1802), ami de Cullen, et élève de rÉcole de Leyde, aussi habile physicien et chimiste que savant médecin, a publié des recherches neuves et précises pour le temps, sur la température des animaux (On experiment on keai, 1787). Dans un autre travail {A treatise on the digestion of foodf 1791), il range la nutrition sous l'action des lois vitales, enlevant presque entièrement cette fonction à la mécanique et limitant Tintervention de la chimie pure. Le même George Fordyce a aussi publié une série de très-importantes dissertations Sûr la fièvre simple (éphémère), 1794 ; Sur les fièvres miermittenteSy tierces régulières^ 1795 ; Sur les fièvres intermiiienies irrégulières y 1802; et Sur leur traitement ^ 1802; Sur la fièvre continue^ 1798; et Sur son traitement^ 1799; enfin Sur les fièvres continues irrégulières^ 1803 (ouvrage posthume). Les Élémetits de médecine pratique (1767-1791) sont divisés en deux parties : Histoire naturelle du corps humain; Méthode de traiter les fièvres et les inflammations externes. Quoique très-courte, l'histoire naturelle, ou physiologie, du corps humain prouve que Tauteur est un savant éloigné de presque toutes les vaines hypothèses.— De William Fordyce (1 724-1792), je ne connais que son Traité des maladies vénériennes, 1767 (l'auteur préconise le mercure même dans la gonorrhée, et il blâme Sydenham de purger dans cette affection) et les Fragmenta ehirurgica et medica, 1784, où Fordyce traite brièvement des abcès du foie, des maladies de l'anus, de l'asthme, des calculs biliaires, du danger des ceintures de mercure usitées contre la gale, do cancer, de la colique, de la dysenterie, des fièvres inter* mitlentes, de l'hydropisie, du rhumatisme, de la saignée, etc. Le plus souvent une ou plusieurs observations parliculières, donnent lieu aux diveifes remarques ou notices. Fordyce a aussi

cépbftlc, It consomption, rhydrophobie, Vnngine de poitrine, et remploi de divers médicamenis. Le 3* volume contient une longue vie de Fothergill^ écrite par Gaming.

DAinnao. 77

1218 MÊDEGlNfi PRATIQUE AU X\UV &1ÈCLE.

aussi publié, en 1778, un ouvrage qu'on dit très-pratique Sur r angine gangreneuse.

Macbride est surtout un nosologiste (1) qui plus de dix aos avant Pinel avait appliqué, en invoquant Tautorité deSydeabam, à la classification des maladies , la méthode analytique (II, \) employée dans les sciences naturelles; il a des classes, des ordres, des genres, des espèces (IIl, 2) ; il distingue les symptômes en essentiels et en secondaires (III, 1) ; c'est sur Teiaiueo de ces symptômes qu'il fonde sa nosologie, imitée du resie de celle de Cullen (2). Or, si l'on veut bien se reporter à ce que j'ai dit plus haut de Pinel (p. 1201) , on verra que des deux côtés ce sont à peu près les mêmes principes, ce qui ôte à Pinel même le mérite de la nouveauté.

Dans sa physiologie, Macbride ne veut ni tout expliquer par le mécanisme, ni attribuer l'omnipotence à l'âme ; mais il n'est pas très- ferme sur ses opinions; ici (I, 3), il soutient que les fonctions du système nerveux échappent aux raisonnements mécaniques ; là (I^ A), il admet volontiers que ce système est, comme le fluide électrique, le siège de vibrations continues et à l'aide desquelles, sous le ministère de l'âme, se transmettent même le^ impressions ou les sensations et s'opèrent les mouvemenU; ailleurs (I, 3) il reconnaît comme premières puissances dans l'économie animale C attraction et la répulsion électives (il les appelle forces inaniviées) et l'irritabilité qui est une force viuk inhérente aux fibres musculaires. Ce sont les divers élatsdeb fibre qui constituent la diversité des tempéraments (II, 2). U maladie n'est qu'une série de phénomènes opposés à ceux de b

(1) Meihodical introduction to the theory and practicc of-Ote art of 1772. Trad. en français par PetiURadel, 1787, sur la 2« édit. — VioH''^ dans V Éloge de Macbride, le Yante beaucoup comme accoucheur et comme chiBi*< Voy. pour ce dernier point ToUTrage suivant : Experifnentat essais m thef^ wing subjects i l. On the fermentation of the alinientary mixturts» il* 0* * nature and properties of fixed air, III, On the res^^tive powers and mtM»ff '^ actiny of the di/fcnnit kinds of antiaeptics, IV, On the Scurvy ; with a yr*»*

ror tri/ing new methods to prcvent or cure the same^ nt sea, V, On the th<^'^

power of (Juick-Lime (chaux \ivej, 17G4.

(2; \o). sur Its ciassificutioHs été pathologie^ Uuhier et Hardy, Tmtie fiff"^

taire de pathologie^ 2« cdiU, t. Jl, p. 1 etsuiv.

MAGBRIDE. — BAILLIB* ii21Q

santé ; Macbride en a même dressé le tableau sur deux colonnes (II, 1). Les maladies sont divisées en générales, locales, sexuelles et maladies de l'enfance ; ces quatre classes se subdivisent en ordres, qui à leur tour comprennent des genres, lesquels se fractiennent en espèces; il y a même, en outre, des variétés. L'auteur a donné une exposition critique des nosologies publiées avant la sienne.

Les méthodes thérapeutiques sont au nombre de cinq ; car les indications à remplir se rapportent à l'augmentation, on i la diminution, même à la suspension des mouvements du système vasculaire ; aux désordres du système nerveux ; à la correction des matières nuisibles qui existent, soit dans les pre* miéres voies, soit dans la masse des humeurs ; enfin à régula'^ riser les sécrétions augmentées, diminuées ou perverties.

Je n'ai rien vu qui fût vraiment digne de remarque dans la pathologie spéciale. Il sufGt de dire que c'est un instructif et substantiel résumé de l'état de la médecine en Angleterre surtout, et que la thérapeutique y tient une place assez importante. Macbride ne dissimule pas, du reste, qu'il a pris un peu partout et qu'il n'y a guère que la rédaction qui lui appartienne ; il cite les auteurs qu'il a mis à contribution. Les seuls ordres de maladies que Macbride ait traités sont les fièvres, les inflammations, les flux, les maladies douloureuses, les incapacités et privations, les affections spasmodiques, les maladies mentales et les maladies humorales.

Voici quelques propositions tirées de la préface de VAnatomie pathologique {The morbide anaiomf/y 1793 et 1797; trad. de l'anglais sur la 2< éd. par Ferrai), de Matthew Baillie (1761-1823). Quoique la connaissance des altérations pathologiques ne conduise pas avec certitude à la connaissance de l'action déréglée qui les a produites, ces altérations bien observées doivent servir de base à toute théorie pathologique. Nos progrès dans la connaissance des maladies doivent garder une certaine proportion atec l'étendue et l'exactitude de nos connaissances en anatomie pathologique. Distinguer les altérations de texture, souvent confondues, permet une observation plus attentive des symptômes lui accompagnent les actions morbiûques, perfectionne le dia-

1220 MÉDECINE PRATIQUE AU XVIll* SifeCLE.

gnosticy et fournil le moyen de corriger les théories hasardées. Baillie appelle Touvrage de Morgagni un livre étonnant (stupendons) et dont aucun éloge ne peut égaler le mérite, quoique la description soit trop générale ou contienne bien des détails accessoires. L'auteur étudie successivement Tanatomie pathologique des organes cardiaques et pulmonaires, de la glande thyroïde, du larynx, de l'abdomen , du tube gastro-intestinal et de ses appendices* des organes génitaux urinaires, enfin du cerveau. En général, c'est bien de Vanatomie morie^ c'est-à-dire de Tanatomie à peu prés stérile, en ce sens qu*il y a peu de remarques sur l'état du malade durant sa vie; de plus, les descriptions sont trop brèves. — Un bel atlas {i SOS) accompagne l'ouvrage, mais il a le grand défaut de n*étre pas colorié. — Je n'ai point à parier ici d'un autre ouvrage du même Baillie, publié en 1825, et intitulé Lectures and observations on medicine ; cet ouvrage appartient au XIX* siècle.

A moins de deux siècles de distance l'Angleterre a produit les deux hommes qui ont rendu le plus de services à la science et à l'humanité : Harvey et Jenner. Par ses principaux écrits, Jenncr (17â9-1823) appartient au xviii* siècle (1); toutefois la grande controverse entre la vaccination et Tinoculation (dont il faudrait également faire l'histoire) date des premières années du \\t\ mais ce sujet, si vaste par lui-même et qui vient encore d'être agrandi par les discussions retentissantes qui se sont produites à TAcadémie de médecine de Paris, mérite un examen particulier; je ne voudrais donc pas elQeurer ici un tel sujet qui rentre mieux d'ailleurs dans une histoire de la pathologie, histoire que je me propose de rédiger très-prochainement puisque j'en ai rassemblé les immenses matériaux à travers des milliers de volumes. Lors des Conférences historiques de la Faculté de médecine de Paris (1865), M. le docteur Lorain a pris Jenner p(Mir sujet de son discours; j*y renvoie volontiers pour la biographie scientifique de l'inventeur de la vaccine, de l'élève privilégia du célèbre J. Hunter, et pour l'esquisse de l'histoire de 1 inocula-

(1) l'ne Vin très-détuillée et Ircs-bifii fuite tic Jciiiior a été publiée eu à<*^ volumes par John Baron. Londres, 1827.

JENNEB. — VAN SWIETBN. 1221

tion et de la vaccination, en mettant toutefois en garde contre les conclusions de l'auteur relativement aux origines historiques de la variole ; notre honorable confrère n'a pas consulté les ouvrages les plus récents et les plus accrédités, ouvrages qui reculent de beaucoup, pour l'Occident, la première apparition de cette maladie.

Nous passons maintenant à la fameuse école clinique de Vienne (1), où l'on rencontre tant d'hommes supérieurs, peu cependant qui aient acquis plus de renom que les médecins anglais ou italiens que nous venons de signaler. Le mérite capital des médecins de Vienne consiste moins peut-être dans la nouveauté des aperçus et des résultats que dans l'importance qu'ils ont donnée à l'étude de la médecine clinique et dans la généralité de leurs écrits.

Van Swieten (1700-1772), Hollandais d'origine, élève particulier de Boerhaave, dut aux petites misères qu'il eut à subir comme catholique d'être choisi pour médecin par Marie-Thérèse. Il n'usa de son grand crédit que pour fonder et faire libéralement doter une école de médecine clinique à Vienne ; il fut le soutien, le directeur de cette école. S'il ne fut guère que l'écho des doctrines de Boerhaave dans ses écrits et son imitateur dans la pratique , il se montra du moins un homme des plus érudits et il a rendu un immense service à son maître en commentant les Apho^ rismes (2).

Dans ses Constitutions épidémiques observées à Leyde (éd. de Stoll, 1782), Van Swieten remarque que les maladies les plus fré-

(1) Voy. pour rhistoire de cette École (formée à rimitation de celle» d'Ulrcclit »t de Leyde, établies en 1636, l'une par Van der Straten, et l'autre par Heurnius) le savant travail de Hecker dans Geschichte (1er neuren Heilkunde, Berlin, 1839. L'auteur donne la Vie de Van Swieten, de Haen, et de Stoll; il analyse méthodiqoement et juge leurs ouvrages. Les autres célèbres médecins ou chirurgiens appartenant à l'École de Vienne (pur exemple Plenck, Plencis; Trnka, dont les nombreuses et savantes monographies sont bien connues, Stoerk, Crants, Collin), durant le xv»i« siècle, trouvent aussi leur place dans cette étude. Des notices bioip«phiques et une ample bibliographie terminent le volume.

(2) Voy. plus haut, page 901, notç i.

122î^ MÉDEDINE PRATIQUE AU X9lW SIÈCLE.

quentes ont été les fièvres bilieuses aboutissant souvent aux putrides, et que les aphthes se développaient surtout quand on avait omis les purgatifs et les vomitifs; il tire ses indications dessjmptômes; il n'use pas de vésicatoires, mais de fomentations avec le lait et le savon dans les pleurésies bénignes, et se montre du reste opposé aux vésicatoires dans les maladies aiguës, excepté dans Xarthritis. Puis, chose étrange! il ne veut pas de quinquina dans les fièvres automnales, qu'il traite volontiers par des dissolvant salés et les amers ; dans les fièvres tierces il purge six heures avant l'accès; il prescrit l'opium après l'accouchement; dans la première période delà variole il saigne légèrement et administre des boissons délayantes en abondance.

Van Swieten eut pour successeur Stoerck (1741-1803) comme directeur de l'École de Vienne. On doit à ce médecin une série d'ouvrages fort remarquables sur les propriétés ei l'emploi thérapeutique de la ciguë, de la stramoine, de la jusquiame, de l'aconit, du colchique et de la pulsatille (1). Mais ni le nom de l'auteur ni les médicaments nouveaux qu'il préconisait ne se répandirent d'abord au delà de l'Autriche. La thérapeutique resla en effet plus longtemps encore engagée dans les vieilles forrnule> que la médecine dans les vieilles théories.

Les deux élèves les plus distingués de Van Swieten furent de Haen, Hollandais de naissance (1704-1776), et StoU (1742-1788), qui tous deux devinrent rivaux. De Haen n'a dû sa renommée qu'à son seul talent de praticien, car il n'avait aucun des avantages extérieurs qui assurent le succès; il supportait mal b contradiction, montrait beaucoup de morgue et portait envie i toutes les réputations qui, sans menacer la sienne, pouvaient du moins Tégaler. A cela prés, c'était un homme bienfaisant, honoré pour la fermeté de son caractère. Sa mort, comme aussi celle de StoU,' fut un deuil pour la cour et pour la ville.

(i) Son Annus medicuff (1779-1790) renferme «ne foule de malériaut prccitu» pour l'histoire des maladies aiguës et chroniques. — Les Vraccepta mrdttyj'pnfh"' traduits de l'allemand, par J.-M. Emschosulen, 1791 (2« édil., en 2 vol. in-^^ sont un manuel de médecine pratique, surtout un Mémento thérajjeutn/u*^ rioij»!" de formules et destiné plus particulièrement aux médecins qui exercent dan* 1^ armées et à la campa^^ne.

STOEBCK. — DE HAEN. 122S

La méthode de de Haen consiste non pas à décrire les cas les plus importants, mais à donner un résumé systématique et critique de presque tous les faits qui se sont présentés h son observation, jour par jour, heure par heure ; il notait tous les phénomènes, les changements dans les fonctions, les lésions de diverse sorte, les doses et les effets de chaque médicament Son livre (1) renferme plus de mille observations. L^auteur s'excuse de paraître on homme singulier, attendu qu'il n'a pas les opinions de tout le monde ; mais il ajoute finement que c'est seulement auprès des gens mal instruits qu'il aura cette réputation ; car, dit-il, lorsqu'on lit les monuments de notre science on voit à quelles conditions et comment s'opèrent les progrès.

Ses modifications aux idées reçues portent principalement sur les/iêcres malignes, la fièvre nerveuse^ les règles relatives aux émissions sanguines et le traitement prophylactique de la peste. D'un autre côté, de Haen ne craint pas de changer d'opinion quand il quitte l'erreur pour la vérité, et il se déclare prêt à discuter scientifiquement avec toute personne qui voudra bien accepter un débat sérieux.

De Haen insiste sur la distinction des maladies en bénignes et en malignes : distinction féconde pour la pratique, mais qui, il faut le remarquer, n'est que secondaire pour la théorie; car le fond, la nature des maladies ordinairement bénignes et qui deviennent malignes, n'est pas changé pour cela ; il n'y a que des circonstances particulières ajoutées ; quant aux maladies qui sont ordinairement malignes d'emblée, elles le sont en raison même de leur constitution, car la bénignité accidentelle des maladies malignes n'altère pas non plus leur nature. De Haen semble le reconnaître lui-même, puisqu'il dit que depuis réphémère tout peut être malin, et depuis la peste tout bénin.

Le peu ou le trop d'intensité des causes n'est pas ce qui détermine la malignité ou la bénignité des maladies, comme le croit de Haen. Nous ne connaissons pas assez la nature des causes, leur poids dans la balance, ni leurs rapports avec les symptômes pro-

(1) Ratio methndi, etc., 15 vol. in-8", 1758-1773. In excellent index est «goûté à l'ouvrage.— De Vi|riliis, dans sa Bibliotheca rhirurgicn^a mié tout ce qui dans le Ratio medendi se rapporte à la chirurgie.

122a MÉDECINE PRATIQUE AU XVin* SIÈCLE.

duits pour établir une exacte proportion. Telle cause, en apparence petite, peut produire une jQèvre typhoïde, une pneumonie grave; et telle cause, grave en apparence, n'entraîner qu'un rhume de cerveau. Au surplus, quoique, en théorie, malin pour de Haen soit synonyme de grave, en réalité c'est un mot synonyme de septique.

De Haen donne une énumération, en général juste, des maladies qui ordinairement sont bénignes (Gèvres intermittentes; mais cela dépend du pays ; et les fièvres inflammatoires); et celles qui le plus souvent sont malignes : fièvres exan thématiques. — Les signes de la malignité sont indiqués d'après Boerhaave; ils consistent surtout dans la dépression des forces, dans les efllorescences cutanées, dans les déjections anomales. Notre auteur fait l'application de ces principes aux maladies suivantes: variole, rougeole, scarlatine, peste.

De Haen a plutôt vanté l'anatomie pathologique qu*il ne s*efl est servi; cependant il a décrit et fait figurer quelques cas rares.

Les premières parties du Ratio medendi sont consacrées à des généralités sur le régime, la thérapeutique, les crises, les urines, le sang; on y trouve aussi une comparaison des méthodes d'Hip* pocrale, de Sydenham et de Boerhaave; puis l'auteur aborde le détail des maladies, mais sans ordre, et en suivant moins rigoureusement que StoU la méthode analytique : par exemple : colique dite du Poitou, calculs, fièvres malignes, anévrysmes, coxalgie, apoplexie, fièvres exanlhématiques, épilepsie, hydropisie, cardialgie, etc. Ça et là se trouvent des dissertations sur réJectricité, les médicaments, l'irritabilité (contre Haller).

De Haen dans son Ratio medendi s* ndresse aux gouvernants autant qu'aux médecins; il pense que la science médicale intéresse l'État autant que les malades. Il signale les questions sociale^ engagées, et la nécessité de tenir les citoyens dans les conditions de santé que réclament la vie publique comme la vie privée. Il insiste particulièrement sur l'urgence qu'il y a de présener les populations de la variole à l'aide de l'inoculation ; de prendre des mesures contre les épidémies et les endémies. S'il ne se fait pas d'illusion sur l'inanité de beaucoup de? nuesures que Von

DE HAER. 4225

peut prescrire, du moins il veut qu'on mette toutes les bonnes chances de son côté, et il invite ses collègues à lui venir en aide. Il s'occupe aussi des noyés, des moyens de les rappeler à la vie; delà salubrité des eaux potables qui laissaient tant à désirer à Vienne.

' Parmi les monographies dues h la plume de de Haen, il faut distinguer celle Sur la colique du Poitou^ que je n'ai pas pu me procurer (1) ; puis la Dissertatiim sur les hémorrhoîdes^ où il étadie les causes finales et les causes prochaines. La cause finale est un salutare molimen ; les causes prochaines sont une âcreté du sang qui excite les vaisseaux, une impulsion accidentelle ou permanente des veines hémorrhoîdales et qui cause des modifications dans la circulation. — Causes particulières : suppression d*hémorrhagies naturelles {menstrues)^ ou accidentelles, pédé*' rastie, usage trop fréquent des sangsues, etc. Les hémorrhoïdes servent particulièrement contre la pléthore et la cacochymie ; leur suppression a de graves inconvénients; ces considérations sont tirées en partie d'Hippocrate. De Haen reconnaît aussi les inconvénients qui peuvent résulter d'un flux trop abondant ou non nécessaire et purement mécanique ; il se montre ici très-peu Favorable à la doctrine slahlienne.

Dans une autre dissertation, dirigée en partie contre Pringle, de Haen demande si la miliaire et les pétéchies sont le produit i'ane crise ou d'un mauvais traitement ; il pense que le second :as est le plus fréquent ; mais il est évident que dans cette disserlalion Fauteur confond les exanthèmes critiques ou accidentels ]ai se produisent dans certaines maladies, et ceux qui font partie ntégrante ou essentielle d'une unité morbide, comme sont la lèvre miliaire et le typhus pétéchial. On voit aussi par la division des fièvres combien peu de Haen avait le sentiment de la lélimitation des maladies, puisqu'il semble considérer parfois a vraie fièvre miliaire comme un accident de la fièvre éry- (ipélateuse, ou de la fièvre scarlatine. Pour la miliaire en particulier il montre une ignorance complète de son histoire; il confond trop souvent la miliaire proprement dite avec les érup-

(1) Elle ^9| %m^ doute résuipée. d^ns B^tio nmlendi,

1326 MÉDECINE PRATTQITB AU XVOI' SIÈCLE.

lions miliaires et celles des femmes en couche, inême avec le pourpre ou les éruptions pourprées.

Stoll (1752-1788) était un excellent praticien« fort bon observateur des symptômes et delà marche des maladies ; mais il n'avait qu'une très-mauvaise physiologie, celle de Boerhaave ; et mieux vaudrait, pour l'avancement de la médecine clinique, n'avoir point de physiologie que d'en avoir une mauvaise.

Les principaux ouvrages de Stoll sont : l"" Baiio medendi, en sept parties (177^1700), dont il existe des traductions françaises partielles par Gorvisart et Mahon. — S"" Les Préleçom sur diverses maladies chroniques, 1788-1789. — 3* Les Disserte^ lions sur les maladies chroniques. — h^ Enfin les Aphmmts (1786) qui ont été commentés par Eyerel. ^— Séduit par la forme aphoristique que Boerhaave avait si bien mise en œuvre, Stott a refait et corrigé la partie des Àphorismes du professeur de Leide qui traite des fièvres.

Stoll, grand admirateur de Sydenham, qu'}l prend pour guide, divise les fièvres de la façon suivante: stationnaires, qui régnent pendant un certain nombre d'annés; — annuelles, qui reviennent chaque année; et saisonnières; — fièvres inflammatoires, comprenant presque toutes les maladies locales inflammatoires; par exemple la pneumonie, la pleurésie (1), les affections cérébrales, etc. ; — fièvres bilieuses, qui jouent un grand rôle dans sa pathologie ; fièvres pernicieuses; — fièvres intermittenlei;

— fièvres épidémiques intercurrentes : variole, rougeole, sca^ latine; — fièvres nouvelles, inconnues; — fièvres sporadiques: celles qui apparaissent hors de leur saison ; — fièvre de lait:

— fièvre puerpérale; fièvre hectique comprenant la phlhisif pulmonaire (2).

(1) M. Perrot (Voy. Conft}rence.f sur Stof/, (iaiis Conféren*'*'s' hiHorùjuei "• '' Faculté ih méfffcme de Paris) a dinUngué dans les pncumonu'S décrilc« par St*»ll 1ns pnettmonirs' inflatnmaluirejt ; la bilieuse ou fausse inflammaioit*e {embant* •»• fièvre gastrique^ ou catarrlii; hronchiquc avec embarras gastrique); enfin U «*-'•'' qui est vraiment une pneum«)nie bilieuse avec prédominance gastrique.

(2) Outre les inlluences générales qui embrassent presque toute rétiologie, i^''' admettait encore une sorte de prédisposition individuelle.

STOLL. i3}7

Vous voyez que pour StoU la fièvre était rélément principal, le ^terminatif de la maladie locale. Aujourd'hui c'est l'affection cale qui est le déterminatifde la fièvre. Le Eaiio medendi est un recueil d'observations, comme celui s de Haen, avec des différences marquées : Stoll insiste sur les institutions météorologiques de Tannée ; il donne mois par lois l'indication des maladies; chaque année forme une partie; la suite des descriptions nosologiques se trouvent les ouvertures 3 cadavres et des Excerpta ex necrologiis qui constituent une spéce de statistique mortuaire; le tout e^ semé de dissertations >éciales.

Analysons une partie, afin que vous jugiez mieux de la mékode. En janvier 1776, varioles graves ; à la fin de janvier, avec ibtissement de la température, inflammation du parenchyme limonaire d'emblée ou pleuropneumonie ; — en février, contilation des pneumonies, malgré la douceur presque subite de température ; — en mars de grandes alternatives, et finalement le véritable épidémie de grippe^ décrite sous le nom de fièvre iarrhale; il y eut des complications de pleurésie et môme de leumonie ; quoique Stoll ne donne pas son vrai nom à cette aladie, il l'assimile à l'épidémie de 1580, laquelle a parcouru le partie de l'Europe en y causant passablement de ravages. I 1788 Huxham avait décrit une épidémie semblable. Au mois d'avril, froid humide d'abord, froid sec ensuite : aucoup de pleurésies et de pneumonies bilioso-inflammatoi- B (1) ; les remèdes souverains étaient dans ce cas, non pas la ignée, mais les expectorants et le tartre stibié ; il prescrivait yo- Qlîers l'émétique en lavage. Les vésicatoires eurent aussi un and succès.

Messieurs, lisez Stoll, lisez-le attentivement ; sans doute vous y apprendrez pas toute la médecine, mais vous y appren-

(1) StoU iaiift6 lur les complications bilieuses ou gastriques pour presque toutes \ maladies subiuflaromatoires, et même pour certaines affections franchement Oammatoires. Gen*est cependant pas un /mmortWe dans le sens ordinaire du mot; n'appartient à aucune secte, et prend de tous les systèmes ce qui lui semble vrai utile. Ce simple titre de Hatio medendi, le désir de guérir^ premier et principal ity est peai^tre encore mieux justifié ehei Stoll que chex de Haen.

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