‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 95 sur 102 · QUESNAY · texte numérisé non relu

QUESNAY

gent rarement les faits par le côté qui peut être le plus mstrucUf. La grandeur de la maladie et le succès de la cure est ordinairement l'objet qui les frappe le plus. Néanmoins on n'a pas toujours beaucoup de pari aux plus grandes guérisons. On n'y conlribue la plupart du temps qu'en satisfaisant aux préceptes les plus connus et les plus ordinaires. La nature seule doit parler dans les observations, mais son langage, lors même qu'on nous le rend fidèlement, est presque toujours enveloppé et ambigu, et même souvent trompeur; on ne peut l'interpréter que par le concours des lumières qu'une grande pratique' et une profonde théorie peuvent réunir. Il n'y a donc que les maîtres qui ont acquis les eonnaissances que l'une et l'autre peuvent procurer qui puissent démêler, dans les observations, la réalité d'avec les apparences; qui puissent y remarquer les mauvais procédés qui y sont autorisés par un succès équivoque et passager, et y reconnaître la bonne pratique dans les cas mêmes où elle n'a pas été favorisée par l'événement.

)> Ce serait donc tromper grossièrement les jeunes praticiens que de leur donner des observations particulières pour leur servir de modèles. Ils ont besoin d'instructions sûres et précises pour se conduire dans la pratique. Le meilleur et l'unique parti qu'ils puissent prendre, c*est de s'attacher aux maximes et aux régies établies et digérées par des maîtres qui peuvent employer sûrement les observations à réformer les préceptes mal conçus ou erronés, à vérifier ceux qui sont encore incertains, à marquer les bornes de ceux qui ne sont établis que d'une manière vague et indéterminée, à entrer par des exemples dans le détail des cas particuliers, qui ne peuvent être assujettis aux règles ordinaires, et dont on ne connaît point encore assez l'étendue pour être fixés et réduits en préceptes.

> Suivant ces réflexions, non moins savantes que judicieuses, M. Quesnay réduit la plupart des observations à la qualité de simples récits, de pures histoires de guérisons, telles qu'auraient pu les donner des spectateurs attentifs qui n'auraient été ni médecins ni chirurgiens. On peut regarder comme un devoir 1 attention de rappeler ces vérités lorsque l'occasion s'en présente ; car la juste sévérité avec laquelle M. Quesnay a parlé de celle ma-

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nière d'écrire les observations n'a pas déraciné la vice qu'il condamne. >

n n'est pas permis d'oublier' Goulard, chirurgien de Montpellier, qui a donné son nom à la solution d'acétate de plomb ; c'était pour lui un spécifique contre les maladies de Turétlire, y compris les rétrécissements. (17A6) . Aujourd'hui celte c eau merveilleuse > est généralement employée pour d'autres affections (1). Goulard ne pense et n'écrit que sur cette eau; aussi ses travaux, sans en excepter ses Œtwres de chirurgie ^ 1763 et 1766, sentent im peu le charlatanisme (2). — Rapprochons de Goulard un litbotomiste membre du collège de Saint-Cdme, et assez réputé, Allies, qui a mis au jour, en 1756, un Traité des maladiei de Furèthret canienant fariginâf les progrès, la guérisoti de plusieurs camosités^ rétention d'urine ^ et la cofnpositim de bougies de toute espèce. Encore un sujet qui mériterait une monographie historique spéciale.

La réputation de Le Cat (1700-176S) est des plus contestées et des plus contestables. Louis, dans VÉloge qu'il a fait de ce chirurgien, ne dissimule pas qu'il doit satisfaire d'abord aux éguit que méritent l'Académie, le public et la vérité, en parlant d'nn homme dont le premier souci a été celui de sa réputation, et qui ne savait ni profiter de ses fautes ni accepter la moindre critif|ue. Le Cat est un de ces esprits inquiets, jaloux, à Vaiïùi de toutes b idées nouvelles, de toutes les découvertes, de toutes les]questioo$ agitées (3) , pour en faire son profit et en tirer gloire, comme si

(i) Voy. Goulard, Lettre kU, de La Marlinicre sur les bougies eudiiites d'i^itmi de Saturne^ 1751, et Mémoire sur tes maladies de Vurèthre, 1746. — Allies, ùi»' son traité des Maladies de furet hre, préconise les bouges calmantes ou TondiBic contre la gonorrhée et les rétrécissements. La composition de ces bougies i^t ï»tquéo p. 118 et suiv. — On troufe aussi dans ce livre la critique des autres métb«>i^ employées pour le traitement des maladies de Turèthre.

(2) I^ chirurgien G. Arnaud (voy. plus liaut^ p. 1255) a modifié les forinuK-'': Goulard, d'après ce que dit Haller; mais je n'ai pas vu Topusctilc d'ArnaulJ, '• il est question de cette modification.

(3) 11 a même osé se mesurer avec Rousseau : Réfutation des discours de M. A^ seau^ 1752.

GOULàRO. — ÏM CAT. — EATATOK. — LOUBET. 1271

s'agissait de son propre bien, souvent aussi pour dénigrer les auteurs qui l'avaient instruit. Le Cat se souciait moins de l'approbation des juges compétents que des applaudissements des gens du monde ; il rechercha et obtint plus de titres honorifiques que de considération. Le nom de Le Cat se rattache surtout à Topération de la taille (1) et à quelques questions de physiologie dont nous avons parlé plus haut.

Ravaton est sans contredit un de nos plus habiles chirurgiens militaires. Son ouvrage Stir les plaies (T armes à feu et larmes blanches (1750 et 1768), malgré le peu d'ordre qui y règne, renferment de très-précieux matériaux, de bonnes observations et d'heureui perfectionnements à diverses opérations. C'est un de ceux qui ont le plus contribué à faire prévaloir l'amputation près des malléoles dans les cas où le pied seul est intéressé. Sa Pratique moderne de chirurgie^ publiée et annotée par Sue le jeune, en 1776, A volumes in-12, est le fruit d'une longue observation personnelle. L'auteur a trop de faible pour sep propres inventions, et se montre un peu sévère pour celles des autres; Sue a rectifié assez souvent ce point de vue partial ; mais, en somme, le livre est un des plus instructifs du xviii* siècle, et ▼aul mieux que bien des compilations plus savantes. — On sait que Ravaton a imaginé et propagé la méthode d'amputation à deux lambeaux.

L'ouvrage de Loubet Sur les plaies d'armes à feu (1765) a moins d'étendue et de réputation que celui de Ravaton, mais il n'en mérite pas moins considération ; l'auteur s'est particulièrement attaché à simplifier les opérations et les pansements (2)» —

(i) Lettre concernant V opération de la taille, 1749 ; Becueil de pièces sur r opération de la taille ; 1749-1752 ; Parallèle de la taille latérale, 1766. — C'est lui qui appelait le velouté^ les membranei muqueuses.

(2) Loubet veut qu'on débride les plaies d'armes à feu avec fracas, ou introduction de corps étrangers, qu'on enlève autant qu'on le peut, ces corps ou ces esquilles. En tout cas, il pousse trop à la suppuration. Il craint beaucoup les fusées purulentes et les clapiers. Les plaies des articulations sont particulièrement dangereuses; après elles viennent les plaies de la diaphyse des os ; celles qui intéressent seulement les chairs ne doivent pas inspirer autant d'inquiétude. Les plaies par armes blanches sont beaucoup moins redoutables que les plaies par armes à feu, quoiqu'il ne croie

1272 CHIRURGIE PBATIQUE AU XVIU* SIËGLE.

On doit aussi recommander le Recueil des observations de chirurgie (1753) de Délaisse, chirurgien à Montforl-rAinaury.

Les OEiivres posthumes (1783) qui comprennent les Mélanges de chirurgie (1760), V Essai sur la rage (1763); le Mémoire sur la taille (1763), mettent Pouteau (1725-1775), chirurgien de Lyon, au rang des meilleurs et des plus hardis praticiens, des observateurs les plus originaux de son époque.

On voit, en lisant ces auteurs, que les plus notables progrès de la chirurgie, comme ceux de la médecine, datent de Tépoque où les hôpitaux, ces grands centres de véritable instruction diniqae, sont ouverts aux maîtres et aux disciples.

« Les grands chirurgiens, disait Quesnay (Louis, Éloge de Quesnay^ p. 257), sont aussi rares qne le génie, le savoir el les talents. Le génie est la source des lumières; c'est rinstromeot universel; mais il est, pour ainsi dire, tel que le corps, il s'engourdit quand il est dans l'inaction. L'esprit qui n'a pas été cultivé est aussi incapable de distinguer les objets, d'en voir les liaisons, de suivre exactement le fil d'un raisonnement, que k corps est incapable d'agilité et de souplesse lorsqu'il n'a pasélé exercé. Il faut donc que l'esprit soit préparé pour entrer daoi la chirurgie comme il doit l'être pour entrer dans les autres sciences, c'est-à-dire qu'il faut porter dans l'étude de l'art les connaissances qui nous dévoilent les opérations de la nature. Sans ces connaissances, on ne saurait pénétrer jusqu'aux vérités (|ui forment les règles par lesquelles on doit se conduire dans la cure des maladies. »

L'anatomie et la chirurgie ont eu, grâce à Portai, leur histoire ou plutôt leur bibliographie analytique (voy. plus haut, p. lOlS); la chirurgie a trouvé dans Dujardin et Peyrilhe, au sein de l'Académie de chirurgie, des historiens qui présentent la soitt des faits suivant une méthode qui tient à la fois de rhistoire^ de la bibliographie raisonnée. Cependant V Histoire de la cki-

pas que ces dernières soieDt|veniineuses. Il signale les complications de la vért>le i^'^ ses plaies; se fondant sur ce qui arrive dans les panaris, il veut qu'on tcbè«e ii section des tendons endommagés par les pansements -, il*u8e volonliers de chirp lèche, et proscrit les alcooliques.

DCJARDIN ET PEYRILHE* 1^73

rtirgie depuis son origine jusqu'à nos jours (1774-1780), en deux volumes în-A*" (1), est loin de satisfaire aux exigences de l'érudition naoderne ; les auteurs^ quoique fort instruits et des plus consciencieux, n'ayant pas eu ni l'entière possession ni l'intelligence suffisante des textes, c'est un ouvrage à refaire.

Rapport (2) fait à l'Académie de chirurgie, le jeudi 12 mai 1791, sur le troisième volume manuscrit de THistoire de la chirurgie, par M. Peyrilhe. — Chargés par TAcadémie, M. Baudelocque V et moi, de lui rendre compte du troisième volume (3) manuscrit de V Histoire de la chirurgie par M. Peyrilhe, nous avons cru que la meilleure manière de justifier le jugement que nous devons porter, était de mettre l'Académie en état de juger ellemôme l'auteur en lui présentant une courte analyse de son travail.

Le manuscrit qui nous a été remis contient plus de mille pages d'écriture très-fine, ce qui parait devoir suffire pour la composition d'un ▼olume in-4" de grosseur ordinaire.

Dans le sixième livre, qui finit le second volume imprimé de V Histoire de la chirurgie, M. Peyrilhe a examiné l'état de la chirurgie depuis Galien Jusqu'à Paul d'Égîne, c'est-à-dire depuis le règne de Marc- Aurèle jusqu'à la prise de la ville d* Alexandrie par les Sarrasins. Dans le septième livre, qui commence le troisième volume, l'auteur considère l'état et la décadence de cette science depuis la prise d'Alexandrie, vers l'an fiùl» jusques à la fin du xvi« siècle.

Pour répandre quelques lumières sur l'obscurité qui couvre les anciennes écoles de médecine de ces temps reculés, l'auteur a réuni le peu de monuments qui nous sont i^esiés poui: éclairer l'enseignement général, et il parcourt les établissements faits à ce sujet chez les Égyptiens, les Juifs, les Grecs et les Romains. L'homme alors qui se sentait le talent nécessaire pour réussir dans l'enseignement, ouvrait une école qu'il transmettait, à la fin de sa carrière^ à celui de ses disciples qu'il jugeait le plus digne de lui succéder. C'est ainsi qu'Hîppocrate légua la sienne à

(i) L'ouvrage s*arrête au vi« siècle. Le manuscrit du troisième volume se trouve, dit-on, dans la bibliothèque de M. le professeur Paul Dubois. J'ai découvert le Plan de ce volume dans les papiers de TAcadémie de chirurgie qui font partie des Archives de l'Académie de médecine. Ce plan est présenté par Sue dans son rapport fait i l'Académie. Je transcris ici ce document inédit et inconnu ; il donne une idée exacte de l'étendue et de l'esprit des recherches des deux auteurs.

(2) Sue a indiqué page par page les différentes parties du manuscrit qu'il a analysées^ mais j'ai cru pouToir ici supprimer celte indication.

(3) Des rapports ont été faits sur les deux premiers volumes ; mais ils sont trèsbrefs et à peu près insignifiants. Ils sont également conservés dans les Archives de l'Académie de médecine.

1276 CHIRURGIE PRàTlQUE AU XVIII* SIÈCLE.

Polybe, son gendre; c'csl aïDsi que Platon, Arislote» Libaniui ettutreiM choisirent leurs successeurs, et que Lycon, qui succéda par testamenlà Straton, chargea ses amis de nommer le sien après sa mort.

Galien nous apprend que les médecins de l'École d'Alexandrie n'étùent pas plus instruits dans la pratique de la médecine que l'empirique ignorant que l'exercice seul a formé. C'est pourtant au milieu d'eux que Paul d'Égine, cet écrivain judicieux qui sut mettre à profit les préceptes d'flippocratc et de Celse^ qui quelquefois même s'écarta de ses modèles et substitua à leurs doctrines ses propres découvertes, qui enfin compila mmas qu'il ne composa d'après un plan qui n'appartenait qu'à luL M. Pejrilbe lui assigne la première place après Galien. Comme écrivain de médecioe il balance, dit-il, Celse^ et le surpasse comme écrivain en chirurgie. C'ft»t pour Justifier ce Jugement et faire connaître à ses lecteurs le talent de Paul d'Égine que M. Peyrilhe réunit dans jun seul faisceau les améliorations qu'il a portées dans l'art de guérir. C'est dans son livre de Teisection du fœtus que Paul Justifie la qualification d'accoucheur qu'il re^ul de ses contemporains, et qui fait parmi les médecins grec« son caractère distinctif.

Le siècle où vécut Charlemagne fournit peu de chose pour Thistoirede la chirurgie ; les efforts de ce prince pour chasser Pignorance furent inutiles. Les moines se maintinrent dans la possession de renseignement et de la pratique de la médecine, et aux ix*, x« et xi« siècles les ecclésiaitiques étaient à peu près les seuls qui sussent lire ; ils durent être ainsi les seuls qui pussent puiser dans les écrits sur l'art les moyens de guérisoD qu'ils renferment. Nous ne recueillerons pas dans notre ouvrage, dit M. Peyrilhe, l'aride et sèche nomenclature d'une multitude des ministres des autels qui cultivèrent la médecine dans les Gaules depuis le iv« siècle Jusqu'au xiv. La liste, ajoute-t-il, en serait trop longue et n'aurait pas môme, au défaut de l'instruction, le mérite de l'agrément. On y verrait des ahhés, des évoques, des cardinaux, des papes mt^me, qui, avec beaucoup de talents pour If^ur siècle, n'ont enfanté aucune production |ulile pour l'art de guérir, ( '. dont les compilations ou recueils do recettes sonl perdus depuis longtemps, ou sont restés ensevelis dans la poussière des bibliothèques claustrales.

Depuis Paul d'Égine jusqu'à Nicète, écrivain du xi« siècle, l'empiro d'Orient n'offre pas un seul médecin qu'on puisse placer avec honneur dans l'histoire de la chirurgie. On ne devrait pas sans doute s'attend^' que ces mêmes barbares qui avaient pris les mesures les plus rOflécliiV? pour étouffer Jusqu'au souvenir des sciences transmises à des peuples qîii n'avaient pas su les conserver, seraient ceux qui feraient croître le cr<''puscule du jour inespéré qui leur rendrait la vie et la splendeur dont elles jouissaient auparavant. C'est cependant ce qui est arrivé. Les Arabes recueillirent les faibles restes des sciences qu'ils n'avaient pu détruira et les transmirent aux peuples d*Europe préparés pour les recevoir. Vers

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la fin du vui* siècle, les califesy songeaot à conserver leurs conquêtes, crurent qu'un des moyens à employer était de protéger les sciences et les arts utiles. La médecine fut une des premières qu'ils accueillirent, en accordant des honneurs et des distinctions à ceux qui Texerçaient.

Les Perses, les chrétiens et môme les Juifs furent, suivant M. Peyrilhe, les canaux principaux qui portèrent la médecine chez les Arabes ; ce qu'il prouve par l'histoire de cette science chez ces peuples. H suit sa marche dans les dégradations qu*elle éprouve, et la conduit en Espagne, en Italie ' et de là en Grèce où elle végète Jusqu'à la renaissance des lettres au xvi« siècle. Un coup d'œil rapide sur la profession et le caractère des principaux médecins arabes lui fournit l'occasion de rapporter des anecdotes très-curieuses et très-intéressantes. Avant de passer à l'examen de leurs ouvrages, il fait quelques réflexions sur la manière dont la médecine existait chez eux ; il fait voir que le talent» le goût et d'autres circonstances, que nous ne sommes plus à portée d'apprécier, attachaient à la chirurgie certains médecins d'une manière plus particulière que les autres. Tels étaient les chirurgiens dont Rasi parle en cent endroils avec distinction, qu'il appelle ses confrères et de qui il convient d'avoir beaucoup appris. Avenzoar distingue le médecin-cbirurgien du simple médecin; c'est celui-là qu'il veut qu'on appelle lorsqu'il s'agit de grandes opérations, parce que lui seul possède les connaissances anatomiques nécessaires pour opérer avec sûreté. Avenzoar fait en môme temps la remarque que cette classe de médecins-chirurgiens était alors fort peu nombreuse, tandis que celle des médecins qui, suivant sa propre expression» fM guérissaient qu'avêc des moto, était fort abondante.

Mézué, Rasi, Avicenne, Avenzoar, Jésu Hali, Albucasis, tels sont les auteurs arabes dont M. Peyrilhe analyse les ouvrages avec cette clarté, cette précision qui caractérise le style du second volume de V Histoire de la chirurgie. Nous n'hésitons pas à prononcer que l'appréciation des travaux médicinaux et chirurgicaux de ces auteurs est faite de main de maître.

Les médecins arabes ne tardèrent pas à donner aux Siciliens le désir de connaître et d'étudier un art dont ils éprouvaient les bienfaits : peutêtre leur en fournirent-ils l'occasion en ouvrant des écoles particulières en Italie. Salerne était alors une ville considérable. Sa situation agréable, aoD port commode pour entretenir une communication nécessaire avec les Arabes d'Afrique et d'Espagne, appelèrent dans ses murs les principales forces des vainqueurs^ les principaux ofBciers, et avec eux les médecins grecs, juifs, arabes, qui avaient suivi les drapeaux de leurs conquérants. Ainsi naquit, suivant la plus commune opinion, la fameuse École de Salerne, la première de ce genre ouverte en Europe, et le modèle de toutes les universités qui se sont successivement formées. L'organisation du collège de Salerne est établie avec la plus grande exactitude dans VHiftoire de la chirurgie. L'auteur rapporte les principales preuves de son

1276 CHlRVfiGIB PRATIQUE AU XVIU* SIËCLL.

antiquité et fait connaître sa constitution, son ancienne célébrité, ses révolutions, sa décadence et sa chute. 11 jette uo coup d'œil rapide sur les premiers médecins qui l'ont illustré. Il passe de là aux chirurgiens italiens, Roger, Théodoric, Salicet et autres dont il analyse les ouTrage».

Tandis que ces chirurgiens établissaient la chirurgie arabe dans leur patrie, cette même science s'introduisait en France avec le secours de deux peuples, les Juifs et les Sarrasins, qui en étaient devenus les dépositaires après la ruine; d'Alexandrie. De là naquit l'École de Montpellier^ dont M. Peyrilhe trace l'histoire avec le môme soin quMl a employé pour celle de l'École de Salerne. 11 nous apprend qu'elle existait sans ordre, sans règle de discipline, lorsqu'en 1220 le cardinal Conrad Jeta les premiers fondements de son organisation.

Apprécié comme chirurgien et comme historien , Lanfranc joue un rôle différent dans ces deux États. On voit par l'extrait de ses ournges que les services qu'il a rendus à l'art, mesurés sur les coanaissaoces actuelles, sont. absolument nuls; que cependant l'importance de ces ouvrages n'est plus douteuse, quand on l'envisage comme l'étincelle longtemps attendue qui excita nos pères à l'étude de la chirurgie.

L'origine, le sujet, la durée et la fin jdes débats réciproques entre k Faculté de médecine et le Collège des chirurgiens de robe longue ne pouvaient manquer d^occuper une place distinguée dans VHistoiredilt chirurgie. Nous ne pouvons suivre M. Peyrilhe dans tous les détails que lui ont fournis des querelles aussi longues, dictées par la Jalousie et l'aotmosité, et qui n'ont pu finir que par la destruction d'une des deux com pagnies rivales. Contentons-nous de présenter les résultats des recherche; de l'auteur qu'il termine ainsi : Ceux qui reverront après nous les titre; allégués par les deux parties se convaincront, comme nous sommes convaincu nous-môme : 1° que les chirurgiens du Collège Saint-Louis, de robe, longue, ou vieux chirurgiens (car ils ont été connus sous ces trois dénominations), ont toujours eu, depuis le xiii" siècle jusqu'en 1*57, époque à laquelle le procès finit, une école latine et des lecteurs ou professeurs qui faisaient des leçons publiques; 2» que durant le mômeespâc? de temps les chirurgiens ont été en possession de conférer les grades df licencié et de maître à leurs candidats, quoique le titre ecclésiasliçnf de celte possession ne remonte pas au delà de 1579, les chirurgie» n'ayant eu jusqu'à cette époque d'autre autorisation que celle des édiB et ordonnances de nos rois; 3° que le Collège de chirurgie a joui dutitK de Faculté depuis le commencement du xiv® siècle, quoique ce titre ail été combattu et méconnu par le corps de l'Université, et que, reliti^^ ment à la puissance civile, le môme Collège a été de môme ordre et i joui des mômes privilèges que les autres Facultés; A» que les maîtres da Collège de chirurgie ont toujours exercé le droit exclusif d'examiner et d'approuver leurs candidats qui se destineraient au plein exercice de k chirurgie, ainsi que ceux qui se borneraient à quelqu'une (Je s^hnB-

DUJARDIN ET PEYRILHE. 1277

ches ; 5* enfin que les chirurgiens de Paris se sont toujours gouvernés par leurs statuts, et qu'ils n'ont jamais reconnu pour chefs et pour supérieurs que les deux chirurgiens du Châlelet de Paris et l'un de leuri membres élu prévôt, sans aucune dépendance réelle de la Faculté de médecine ou de l'Université.

M. Peyrilhe aurait bien désiré pouvoir laisser dans l'oubli ces vils instruments de l'ambition de la Faculté, ces éternels rivaux des chirurgiens ainsi que leurs suppôts, les barbiers; mais leur histoire ayant une connexion directe et immédiate avec celle du Ck)llége de chirurgie, il a fallu vaincre une répugnance légitime et tracer avec la môme exactitude rorigine, les progrès et les usurpations toujours favorisés par le méde* cins de cette société rivale jusqu'aux contrats de 1577 et ceux qui suivirent.

Lorsque parut Guy de Chaulîac, la chirurgie était opprimée par un double fléau, l'ignorance générale et la fureur des sectes. Ses ouvrages analysés prouvent les services qu'il a rendus à cette science. Ce fut vers l'an 1/^2 que prit naissance en Italie l'art de réparer certaines mutilations par des enie^ (greffes) que le mutilé prenait sur lui-môme ou qu'il empruntait à quelque malheureux porté par l'indigence à ce douloureux sacrifice.

L*histoire de la vérole et des chirurgiens italiens du xvi« siècle forme une grande partie du troisième volume de l'ouvrage de M. Peyrilhe; il revient ensuite en France et fournit une nouvelle carrière qui devient plus intéressante pour nous. Depuis deux siècles, dit-il, la France n'avait produit aucun écrivain de chirurgie qu'elle pût opposer à ceux dont ritalie s'honorait aux yeux de l'Europe entière, lorsque enfin le célèbre Paré vint effacer l'espèce d'opprobre que cette longue stérilité semblait jeter sur sa patrie; en décrivant sa vie et ses travaux, il nous fait voir que tout est prodigieux dans cet homme rare. Il le considère d'abord c jmme écrivain, ensuite comme chirurgien militaire, et enfin dans l'ordre de la société et dans la carrière des honneurs. On n*a jamais élevé à Paré un monument de gloire plus solide et plus durable que celui que lui consacre M. Peyrilhe dans son histoire.

Les disciples de Paré, Thierry de Hery, Franco, Pigray, Guillemeau, reçoivent aussi le tribut d'éloges dus à leurs utiles travaux dans l'art de guérir; l'analyse de leurs ouvrages en donne une idée aussi nette que précise.

Après s'être livré au plaisir de tracer les heureux effets de l'influence de Paré sur son siècle, après avoir fait connaître les grands chirurgiens sortis de son école, et ceux qui furent autant instruits par ses livres qu'échauffés par son exemple, M. Peyrilhe, revenant sur ses pas, examine et décrit l'état de la chirurgie chez les étrangers, en Italie, en Allemagne, et analyse les ouvrages de ceux qui se sont distingués par leurs écrits. Joignant les préceptes de l'art à l'histoire de ses restaurateurs, il avance

127B GHIBURGIE PRATIQUE AtT tTHI* SIÈCLE.

â'un pas fenne et soutenu yen la fin du xn* siècle, et prolonge ses recherches jusque dans les premières années du xvn*.

Voilà» en abrégé^ quels sont les sujets des recherches historiques, littéraires et critiques de TouTrage soumis à Totre examen. L'analyse que nous venons de mettre sous les yeux de l'Académie la rend autant {oge que nous du mérite et de l'importance du nomreaa travail de notre confrère* Nous ne parlons pas de la diction, parce que les preuves de l'auteur à cet égard sont faites depuis longtemps. Tous ceux qui saveot Urt conviennent que le second volume de YHistoire de ia chirurgie, pablîé avec l'approbation de l'Académie, présente le modèle d'un style oerveoi, élégant et harmonieux dans certains endroils, serré sans être obscor, abondant sans être diffus. îl ne dégénère pas dans la composition do troisième volume que nous venons de parcourir. Nous croyons donc et nous concluons que l'Académie doit revêtir du sceau de son approbation ce troisième volume de VHisUnrt de la chirurgie^ et permettre i VèateuT de prendre à la tête le titre d'académicien. — Baudelocque, premier. — F. Sue, second.

Les premiers travaux de Louis (1723-1792), sans excepter son Cours de chirurgie pratique sur les plaies dC armes à feu (17&6) , sont assez médiocres (1); mais son talent d'écrivain et son savoir chirurgical, la fermeté de son jugement se révèlent bientdt dans Èlo(jc de J. L, Petit (1750), dans la traduction des Aphorismes de chirurgie de Boerhaave (1767), dans un mémoire de médecine légale Sur la distinction du suicide et de Passassinat (1707 ; à propos de Taffaire Calas) ; dans un Recueil d'observations pmir servir de base à la théorie du contre-coup (1766), quoique les matériaux y soient pour la plupart empruntés à divers chirurgiens. On peut dire que Louis est tout entier dans les Hémoires de F Académie et dans les Éloges qu'il a prononcés aux séances publiques; c'est lui qui prépare les discussions, qui rédige les jugements, qui dicte les réponses, qui fait le choix des lecture^ et des morceaux à imprimer ; lui enfin qui donne le ton à ces Mémoires par les communications qu'il y a insérées sur les cal-

(1) Voyez cependant les Observations de l^uis sur Véievtrkiié, son artioo «itr l'économie et son utilité, 1747, où Ton rencontre d'intéressantes observatiimM^mv^uù Ion remarque en même temps que Fauteur n'avait peut-être pas toote rbabâfU^ ni l'expéricHce requises dans l'emploi de ce moyen, ni des connaissances suffinat^ pour bien distinguer les ca^ où convient l'électricité de ceux où eUe peat aairt oa rester infructueuse.

LCHJIS. — JRAN-LOrift rRTIt\ <)7tl

ciils^ sur rampnlalion (particulièrement sur Io8 moyonn ilo \\r%^* venir la saillie de l'os), sur lagrenouillcttc, sur loii liornlon iMninglées, sur la taille, sur le bec de liôvrn, sur la lironrlioloniio, ol sur vingt autres sujets. Une chaleur (|ui vient toujoum iln hi vowviction, et quelquefois d'un certain mouvement de |mHfiion(1), anime les dernières productions de Louis rt Irur dcmnc rolln autorité souveraine dont Petit et plus lard Dcsaull (Mirent «^Kidi*ment le secret, sous des formes moins littèrnirrH, mm pcul-^lrn mélangées de moins de hauteur ou d'amour-propni qun v.\u't Louis.

Quant aux Éloges de Louis, je ne trouve que ceux f\t* Knnlifnelle à leur comparer : compliments bien tourn/îs, M/lineH Uni!" ment indiqués, mesure, sobriété, élégance, réilexionn profondi*» ou délicates, parfois de l'esprit, toujours une raJMin infl<'xible cl jamais de rhétorique f 2); telles sont les qualilf's qui brillant thtivi la plupart des Eloges de Louis et qui lui as«<urent un^; pf:rpétu<'llr renommée (3).

Si j'ai parlé de Louis en premier lieu, c'est qu*ii a été le véritable organisaieur de TAcadémie de chirurgie; mais je dois revenir i J. L. Petit WékAlW}^ dont le nom est inséparable de celui du plus iJlustr*: de^ wrcrétaires p*:rp4tuel5 que cette compagnie ait eus.

Jamais peut-être livre n'a ^i^ attaqué av^r autant de riolenee sur les poîntç les rnoin* vainérabler = 5 • î"^ ^^ T-nitc des m^

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