LE LIVRE DES ÊTRES : ÊTRE ASTRAL
des astres. Le feu qui brûle a besoin de bois, sans lui il n'est pas feu. Le feu est vie et cependant il ne peut pas vivre sans bois. Prenons un exemple assez bien approprié, quoique vulgaire et grossier : le corps est du bois, le feu est sa vie ; or, la vie vit du corps, le corps, à son tour, a besoin d'avoir quelque chose pour n'être pas absorbé par la vie et rester dans sa substance. C'est cela môme dont nous vous exposons Tétre, et cela vient des astres ou du firmament. Vous dites, et avec raison, que sans Vaîr tout serait précipité et que tout ce qui a vie périrait. Mais apprenez cependant qu'il y a encore un autre soutien pour le corps : c'est le corps lui-même qui, à son tour, soutient la vie. L'insuffisance ou le manque de ce soutien n'est pas plus tolérable que la perte de l'air. I/air, en effet, est contenu en lui et hors de lui (1). Si cela n'était pas, l'air se dissiperait. Le firmament en vit ; si cela n'était pas dans le firmament, le firmament périrait. Nous appelons cela le grand M. C'est ce qui donne la vie à toute créature, en quoi et de quoi est la vie. (Chap. 6 et 7.) — Les astres eux-mêmes ne donnent pas l'inclination, mais leur influence corrompt et souille le M, lequel nous transmet cette corruption. El c'est ainsi que se comporte l'être astral qui dispose par cette voie nos corps tant au bien qu'au mal. Si la nature du sang est telle qu'elle soit en opposition avec ce souffle, l'homme devient malade; celui-là n'en éprouve aucun dommage dont la nature ne lui est pas contraire: il en est de même de celui dont le tempérament est si fort, qu'il peut repousser ce souffle empoisonné par la pureté de son sang, ou qui a pris un remède capable de lutter contre les vapeurs délétères d'en haut. » (Chap. 8.)
On voit que si Paracelse a eu quelque idée des influencer naturelles^ il en use au profit d'une physiologie ridicule, et d'une pathologie générale non moins extravagante.
« Apprenez comment le souffle des planètes nuit à nos corps. 11 y a deft influences astrales par lesquelles M devient trop chaud, trop froid, aigre, amer, doux, arsénieux, et s'imprègne d'autres qualités en nombre infini. Cette altération produit celle des corps.... Les astres contiennent plus de poisons que la terre. Sachez, médecins, qu'il y a toujours un certain poison clans la production d'une maladie. Le poison, en effet, est le principe de chaque maladie, et toutes, sans exception, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, en viennent. Ceci admis, vous trouverez qu'on peut attribuer à l'arsenic seul d'abord cinquante maladies, puis cinquante encore, dont
(1) Ces propositions vulgaires sur la nécessité de l'air pour fivre, ou sur l'tnflaeiieê quMl exerce en bien ou en mal, sont entourées et gâtées par les idées les phis saugrenues. Paracelse, quand par hasard il tombe juste, semble prendre plaisir i obscurcir aussitôt sa pensée^ afin de mieux captifer Tanditoire ou le lecteur.
3f8 PARACEL^E.
aucune n'est Bemblable i\ rnuiro, quoique toutes viennent de larsen seul. Les maladies produites par le sel sont en plus grande quantité; puis viennent celles plus nombreuses qui sont eau séeif parle mercure; enfin celles beaucoup plus fréquentes enc(trc quo l'ont nailre le réalgar et le soufre (i). Je vous dis cela pour vous faire comprendre que c'est en vain que vous étudierez une maladie, si vous ne connaissez pas son origine, puisqu'une seule substance peut être la cause de tant de maladies.» (Ch. 9.)
Que pensez-vous maintenant , après cette phrase, de la pren^ière proposition du Paramire (yo)\ p. 390) touchant la recherche des causes? Mais qui sait si Paracelse ne joue pas ici et ailleurs sur les mots origine et cause? Quoi qu'il en soit, tout finit par être pour lui une cause universelle de l'universalité des maladies.
« Pour avoir une idée plus claire de cela, il faut savoir que nous n'accusons pas seulement Thiver et l'été de nuire à nos corps, mais que nous rendons aussi responsable une plani'te, une étoile quelconque, lorsque, dans son exaltation, elle pénètre dans M et le rend conforme à sa propre nature; ainsi, par quelques étoiles^ M devient salé outre mesure; par d'autres, il devient arsénicux, ou sulfureux, ou mercuriel. Kn cflet, les ascensions des étoiles sont favorables ou nuisibles à notre corps, si la distance n'empêche pas cette vapeur d'arriver jusqu'à nous. » (Chap. lo.)
« Sous un certain point de vue, nos corps représentent un lac, nos membres les poissons. Que si la vie qui circule dans le corps et dans tous les membres reçoit le souHle empoisonné des astres {comme cela arrive à Veau d'un lac), alors les parties inférieures (les poissons) sont afTectées par le poison. D'autres êtres astrals sont doués d'une cerlaiiie malignité qui fait que les uns nuisent seulement au sang, comme les réaltjariques ; les autres à la tête, coiiimc les mercuriels; quelques-uns aux os seulement et aux \eines, comme les seis; plusieurs produisent l'hydropisie et l'enflure, comme les operimenta (?) ; dautros, enfin, causent la lièvre, comme les amers, o (Chap. 11.)
11. De ente reneni {De Vvtre du poison), — « Nous avons reçu un corps exempt de poison; or, l'aliment que nous fournissons au n»rps (et qui lui donne accroissement et force) est mêlé de poison (2) : donc lo corps a été créé parfait, mais le reste non. Remarquez aussi que nous nous nour-
(1) Trois siibstancos compoM^nt tnnt l'iinminc : ce sont le soufre, le mercure et le sel; leur réunion forme la >ie et l'homme; d'elles sortent les causes, les origines, la connaissance des maladies; elles ont la double propriété de guérir vtt\v rendre malade. {Opus Poramirum, p. 57-60.)
(2) L'essence est ce qui soutient l'homme, le poison est ce qui le rend malade» (Chap, 6.) Voyex aussi plus loin, page ^12, De nat, rerum.