‹ Histoire des sciences médicales v. 2Chapitre 108 sur 130 · livre II · texte numérisé non relu

livre II

CHIRURGIE : FLAIBS RÉCENTES. hhl

galénico-arabiques. Aussi nos modernes ne pourraient sanctionner le précepte suivant :

« le désire aussi que cy après les chirurgiens quittent leur commune façon de coudre les playes, et de les couurir après cela de blancs d'œuft auec bol ou farine, parce que telle façon est entièrement contraire à nature (i). C'est donc folie de s'y arrester veu que nature requiert seulement que la playesoitpreseruéede pourriture, et aydée par medicamens comme a esté dict, pour estre déchargée de ces excremens chacune fois qu*oa Tisite. » (1, 1, 2. — Voy. aussi le chap. iU-)

Trouvera-t-on la preuve d'une connaissance de Tanatomie et d'une science chirurgicale dans ce calcul ridicule sur la profon* deur des plaies où il n'est pas question de la nature des parties entamées?

• Il est certain que le membre qui est entièrement couppé, ou tellement qu'il ne tient plus qu'à la peau, ne se guérit iamais. Toutefois le iugement des playet profondes sera tel : le diamètre du bras (pour seruir d'exemple) estant diuisé en dix parties, si le bras est couppé outre le neufiesme point, on ne s'en pourra iamais aider encorcs qu'on le fist reprendre : mais il y aura plus d'espérance de salut, si la profondeur de la plaie n'atteint iusques au neufiesme point, ains qu'elle ne pénètre qu'au huictiesme ou au septiesme ou encore moins. » (1*19 3.)

Que dire encore des réflexions de Paracelse sur les plaies des nerfs, des tendons et des jointures?

« I..CS playes des parties nerneuscs ne sont iamais cause de paralisie,si ce n'est par la faute du médecin : car le nerf couppé, ni le ligament, ni le tendon, n'est point de resolution comme estant nerf, ligament ou tendon^ ains par faute qui a esté commise en la façon de vivre^ administration des medicamens, on autrement. Celles qui sont aux iointures se

(1) <t Tay souuenance d'auoir tiic fois cstî^ présent à la cure d'Toe playe, où Toyois les barbiers qui disoyent et ooncluoycnt de la coudre auec du filet de cordonnier et âe% sayrs de porceau, parce quMIsi crai^noyent que la soyc ne fùst pas assez forte : par où on peut iuger et cognoistrc l'ignorance et stupidité de tels personnages. Mais quant à toy, voici que tu feras : donne ordre à ce que tu sois fourni de bons remèdes suiuant nos préceptes, et en vsant comme l'auons enseigné ta laisseras faire nature, et tu luy \ erras coler et faire reprendre les nerfs, ligamens, tendons, la peau, et la cbair, sans y faillir, pourueu que tu y appliques nos remadei légitimes. • (I, i, id»)

lihS PARACELSE.

guérissent aisément, pourueu qull n'y ait point de perte d'os ; toutefois il les faut soigtieusemcut garder à ce qu'inflammation et flegmon n'y suruieiine, parce que si cela adueuoit, il osteroit Tesperaucc d'vue entière gucrison. » J, i, 3 et ii 17 ; 111, i, i.)

On pourrait au moins approuver notre auteur lorsque, dans le même chapitre, il semble conseiller de traiter les dialbéses en même temps que les plaies qui viennent les compliquer ou qui en sont la conséquence, si sa phrase était plus claire et s'il ne mettait pas aussitôt de la partie les spéculations astrologiques (I, I, 4, 6 et 6; et 11, 8, là) (1). On remarquera aussi (i, i, 8) des idées de bonne femme plutôt que de médecin sur les plaies empoisonnées ou venimeuses.

Lors même (|ue la Grande Chirurgie serait, comme le dit M. Malgaigne, plus calme que la Petite^ elle n*est certes pas plus modeste:

« Encores donc qu'aucune fois les playes semblent estre difficiles et rebelles au traictement, toutefois vous coguoistrez qu'elles obéiront toutes à mes remèdes et seront guéries. le désire encore d'auantage, que le chirurgien aye des propres remèdes aprestez pour toutes les parties du corps : car les empiriques ont toute gastée la médecine en appliquant à vne partie du corps les remèdes qui ont guéri vne playc en vne autre partie (2j. Ces bonnes gens en mesprisanl mes remèdes se defendenî, disans qu'auantque ie fusse on guérissait les playes. Je ne nie pas qu'on ne 1 aye fait deuanl moy, mais ie dy que de mile bles.'^ez que i'ay traiclé auec mes remèdes en vne armée après vne grande bataille, il n'y en a pas vn (au tant que nature le peut permettre) qui ait esté frustré de son attente, ou que j'aye perdu. I.es médecins ou barbiers au contraire en ont à grand'peiue guéri vn sur vingt Pourceste cause i'ay opinion que ce mien dessein sera approuuc par les gens sages. » (I, i, 10.)

« io publie et presche l'alchymie qui prépare les médecines secrètes par lesquelles on guérit les maladies qu'on lient pour désespérées ; puis donc qu'ils en sont ignorants, mes confrères ne doiuent estre appeliez ni chymistes ni médecins. Car les remèdes sont entre les mains et en la puissance des alchymistes ou des médecins : si en celles des médecins les

(1) « L'iulentioii do celui qui >eut tfiierir doit être de coiubaltre les étoiles, et lion de purger les humeurs. » [Grande Chir.y II, i, 11.) Voilà certes qui n'est pas sensé. Cela est précédé par toutes les rêveries sur la relation des ulcères minéraux avec les remèdes minéraux de toute sorte.

(2) Comme si c*ctait d'après la partie seulement qu'on délerminait le genre de remèdes !

CHIRURGIE ALCHIMIQUE. liU9

alchymistes les ignorent : mais si c'est en celles des alchymisles, les médecins ne Tont pas aprinse et ignorent les remèdes par conséquent. (k)mmentmeritent-ils donc d'estre louez. » {\, i, 13.)

« Les anciens alchymistes (1) ont esté si diligens et industrieux à ccrchcr et trouver des remèdes, qu'il me semble n'estre impertinent, ni mal fait d'en discourir : car encores qu'ils n'ayent pas tousiours atteint le but auquel ils nsoyent, toutefois il est manifeste, que leur labeur a dcscouuert de grans secrets en la médecine. Us ont essayé de (changer les plus >ils métaux en autres plus précieux, c'est assauoir en or et en argent, ce qu 'encores que ic ne die pas cstre impossible à nature, il est certain toutefois que telle transmutation est enueloppee de plusieurs difQcultez. Il n'y a personne qui doute, et qui ignore que le fer ne soit changé et transmué en cuiure, et le cuiure en plomb (I) Eux donc ayans obserué coste admirable transmutation, ils l'ont voulu transférer en l'art de médecine : et comme il aduint vne fois qu'estans mal soigneux de leur teinture, ils en laissèrent tomber en terre, laquelle fust tosl après dcuorec cl auallec par des poulies, ausquelles les plumes tombèrent dans peu de temps, mais puis après il leur en reuint des nouuellesplus belles que les premières : (ce que ie peux moi-môme tesmoigner.) Ils voulurent scauoir et expérimenter si elle consumeroit ainsi ce qui seroit de mauvais et superflu au corps humain, et ensemblement osteroit et arracheroit la cause et racine des vlcères : lequel essay n'a esté infructueux, n (II, I, 5.)

Il est certain que, dans divers chapitres, on trouve un emploi très-hardi, et quelquefois rationnel, descorrosifs minéraux f mais rien de cela n'est dirigé par la science des indications et par une clinique régulière; surtout rien de tout cela n'est aussi nouveau que Paracelse le prétend parfois. L'usage des huiles chaudes est également très-peu recommandable (2) .

« Tu ouyras souuent des chirurgiens qui se vantent de pouuoir remettre le nez qui aura esté trouué en la neige trois iours après auoir esté couppé, ou bien les doigts, et autre chose admirable. Et me souuient qu'estant en certain lieu, ie vis un barbier qui remit et attacha auec certain ciment l'oreille d'vn à qui elle auoit esté couppee, de quoy plu-

(1) Si Paracelse ne rend pas justice au y médecins, il moiilrc quelque égard pour les alchimistes. Voy. aussi cli. 8, sur l'abus du Diercure employé contre toute espèce d'ulcères qui ne sont pas des ulcères véroliques.

(2) On «lit que le hasard a conduit Ambroise Paré (ff hvï'CSj édil. Malgaigne, t. II, p. 127) à proscrire l'emploi de ces huiles d^,. .^ ^ça^umcttl des plaiei par arquebuses.

OARKmiEllG. '29

^50 t>ARACËLSE.

sieurs s'esmerveilloyent, mais la gloire et renommce dudit barbier ne dura guère qu'elle ne fust tournée en blasmo et moquerie : car le troisième iour roreillc tomba lors qu'elle commença de suppurer, tellement que le barbier fut faict la fable du peuple. Mais qui pourroit approuuer vne telle iaclance?» {Grande Chir., 1, III, 4, I, j, 1.)

Paracelse, qui plaisante si bien ses confrères, devait se rappeler qu'il traite de très-graves maladies par des amulettes; la jactance est de son côté autant que de celui des barbiers.

L'appareil que Paracelse préconise pour maintenir les frac* turcs, et les préceptes qu'il donne pour leur pansement, ne me semblent pas devoir être pris en grande considération par nos chirurgiens; ils y découvriront toutes sortes d'inconvénients.

0 Nous desirons et requérons que la fracture soit traictee et bandée chacun iour deux fois, tout ainsi que les autres playes, et qu*on n'vse point de cuissinets ni d'atelles, ains de nos instrumens, c'est assauoir des cercles de fer attachez à des auis (comme l'auons monstre à aucuns de nos disciples et qui ne se peuuent aisément déchirer par escrlt). Auec CCS instruments, tu conserueras les rompures après qu'elles sont remises, fort aisément en leurs places. Car ceci sera vn précepte général en toutes fractures simples ou composées : assaiioir qu'il les faut desbander et 7 appliquer les medicamcns et puis les rebander deux fois chacun iour, afin de vantillor la chaleur et donner air au membre blessé : et toutefois il ne faut pas que la fracture se remue, ni qu'elle soit serrée auec astellos : car si d'auanture on méprise nos préceptes, et qu'on ne les obserue pas, ains qu'on astelle le membre suiuant la commune façon, et qu'on le lie serré, il y a danger qu'il n'en aduienue beaucoup de maux, comme il faict bien souuent, assauoir inflammation en la partie; voire aucunefois gangrené et pourriture ou la mort, selon la diversité des lieux olfencez, la grandeur du mal et des accidens (1). Gril faut garder sur tout,, que le membre ne tombe en discrasie et iulcmperature, parce que difficilement on oste la pourriture qui la suit, ains se tourne souuent et conuertit en fistules ou vlceres profondes et puantes. Ce qui sera commodément évité, si (après auoir donné ordre à la manière de viure), on visite et desbande le mal deux fois chacun iour^ sans attendre à le débander iusques au troisième iour, comme ont coustume de faire les vulgaires cliirurgiens. Et encore qu'aucuns guérissent en ceste façon, il vaut mieux toutefois suiure nostre mcibodc,

(I) Sans doute tous ces accidcuts peuvent résulter d*unc déligation mal faite^ mais uon d'un pansement pratiqué suivant les règles de Tart, et bien surveillé.

Pour plus (le clarlc je donne , d'après Dariot (p. 93), la à-p^de l'appareil.

Kxi>li')nlinn iles fiijiii-es : A ri'prvuonU'iil 1rs niiucflut. — B sont les appiitluigiii siiiit à l'o|i|)4i<ili' l'uiii' du rnuin', et uint chaicuiic prrcôni pour r>v<<''' lii ]«iiiilt' ili-s M'rpi's. — C vA In sis |ioiir wircr l'aniicau autant ijuVri '■*■ iIl». ituiii'iuiKiil l'vM'muti ijui vA nu Liiul. — D r«|irë«>iilo l'uno dis ïi'r.-i>'i fiT. — t: iimtiiitrvIosilcuipolL'urGspnur toiii'lciiir In oniionui i|uarreiiWD<- r-'moristro IVsiToue nior luiiiiclK' iin imurra hnus»ur l'iuiiipau aiilaut quil^' i-xiirilinil. — t; Pst lu pk'lil [l'srniiif] inpi' li/cjucl In tcr^E l'rt nrri-»1if en l'im ■!■ ■ ^iiini'.'Liiv. — // niniistro lu! iiiiiiriiii!i nitjnrici'z avrr Ips lurgcsct poU-nor. ruD"' il iliitt osiri: iguRiid on i-ii «uni usi^r. — l repréKnIa l'itulrameat appliqu' ■ »•■ jiiniliv piiur tuiiir In grfic qui i-cloil rniupui'.

CHIRUnOIE. — EMPIRISME ET RAISONNEMENT. /i53

Je ne niulliplierai pas les extraits de la Petite ni de la Gf^ande Chirurgie, Ceux que j'ai donnés établissent suffisamment ce qu'on doit penser de ces deux ouvrages ; le seul intérêt qu'il y aurait, mais c'est un intérêt d'érudition ou de curiosité, serait d'abord de déterminer ce qui est authentique ou faussement attribué à Paracelse dans les appendices de ces deux ouvrages, puis de rechercher ce qui vient des écrits composés, sur la chirurgie, par les contemporains ou les prédécesseurs de Paracelse. — D'un autre côté, comme les deux chirurgies sont traduites en français, il sera très-facile d'en prendre, si on le désire, une plus ample connaissance. Je veux du moins terminer par un passage qui prouve à quel point on peut se faire illusion sur ses propres défauts etsur ses mérites. Paracelse se vante d'être empirique, et, en même temps, il blâme le raisonnement dont personne n'a plus abusé que lui, malgré son c empirisme ».

a Comme il y a deux méthodes, il y a aussi deux sortes d'cscholicrs : car les vns s'adonnent aux fantaisies et suiuent la leur, les autres ne suiuent que l'empiric (empirisme) qui seule est ioinctc à la vérité, au lieu que ce qu'on collige par ratiocination cbancelle bien souucnt : car nature peut et veut cstre cogneue par les seuls obiets des sens^ sans qu'elle aye besoin de ratiocination, comme nous ne cognoissons pas par raison ce qui est caché dedans les entrailles de la montagne, ains par les sens, qui sont csmeus par ce qui se voit, et nous manifestent aussi et declairent la nature des choses.

(( Ainsi il y a des ars admirables qui ont esté reuelez par le moyen de l'expérience aux choses minérales, ausquels on n'eust iamais sceu parucnir par raison : d'où est aduenu que les métaux ont engendré plusieurs ars. Puis que donc la médecine demeure et s'arreste en nature, tellement qu elle-mesme est la médecine, il ne la faut cercher ni aprendrc autre part qu'en nature mcsme, car tout ainsi que Fart du potier de terre a son eslre de la terre et du feu : et celui du forgeur de fer est du fer mesme et du feu par le moyen du marteau : l'artifice de faire le verre (>sl du feu et de la cendre : celui du drapier ou façonneur de draps est de la laine et du fuseau : celuy des orfeures est de l'argent ou de l'or et du feu : pareillement nature produit et engendre la médecine et tous les ars par l'expérience sans l'aide de la raison. le desirerois que les sophistes qui forgent tout par leurs raisons en délaissant l'expérience considérassent diligemment ces choses, afin qu'ils cessassent finalement d'offusquer et obscurcir la lumière de nature : et qu'ils se souuinsent que le médecin a esté crée de nature par le feu ; car le feu et le labeur des-

hid PABAKËLStî.

couiirenl les secrets do rmltire. Parquoy lout ainti qnelei Ibodeuislii l'or el l'argeal de lamioe par l6 moyen du feu. aiuflilasmedeciDtât»* lirer des corps les eecrcU, les misteres, et cxcâllentes essences par 1& i^ ralion du pur d'auer rimpur, raoyeDDarit le Teu el autres are vul niques, l/homme aussi qui plus est, aide beaucoup A la generalion médecin : car il desrouure de quels principes il est composé, par le mo de la resoluliim qu'il fait don corps par le feu. Le médecin aprent du que c'etl que riiommo et que c'est que médicament, et n'y s au CBUolIe que le fi>u, où on puiese aprendre la médecine. Parquoy possi qu'on coguuislra que nous u'auons pat dit sans cause au cummeauem do nostre traiclé, qu'il y a double méthode pour aprendre la medcci el pensons auoir persuadé aux médecins et leur auoir donné occasion penier à repurger la niedeciae des Cnules qui la maculent (l). •

It me reste maintenant à faire connaître deux traités, ce <!e la f/rosse vérofe, en dix livres (2) , et celui qui a pour titr Des ulcères et twnews contre nature, en sept livres (3) , irai' que le teste original ou la traduction latine donnent comi des annexes ou des parties (pars tertin et pars quarto') la G-rande Ckiruri/t'e. Dans le second traité, la théorie n nérale , touchant l'origine et la cure des ulcères, a reçu | plus amples développements ; on y trouve également la signait et l'astrologie. Ce simple énoncé nous dispense de réunir ici I extraits que nous avions préparés ; disons seulement que les chs latans et les rebouteurs semblent avoir puisé à pleines mai dunii les livres que Paracelse a écrits sur les ulcères ou dans ce qu'on a mis sous son nom.

L'importance du sujet m'engage à m'êlendre davantage sur premier traité.

« l'uur réprimer cl comprimer l'audace de ceux qui, depuis plusicu sièclosipar leur étalage orgueilleux, par leurs clameurs insensées cl 1

(1) Grmule Chirurgie, 11, u, 1.

(2) Le traité ea huit livres: De Corif/me, ilet caïuea, du traitement ttu n. I'rnn{-ai», parait apocryplic.

(3) De tujniH-ibaa, puiluiin ne utei-ribas murhi gailiet- — De ulteribua el (un, rilius jirieler nalui-nm, iKjilet» /t&riV.— Lrt pri^tiH'L'9 df ces àeux \mU-f sont dnU ileColmar, 1S2H. J'ni «ui>i l'iiililinn lutin.- ili; Ovni'vo, 1G&8,in-rul.

ft56 PARACEI^E.

Apres quelques colonnes d'invectives contre la pratique de> médecins de son temps (1), eu égard soit à toute la médecine, soit en particulier à la maladie vénérienne et à son traitement, surtout par le sain-bois, qui est devenu un objet de honteuse spéculation, soit à la recherche de ses causes humorales^ Paracelsc déclare que ces médecins allemands ou italiens sont incorrigibles pour trois raisons: ceux-ci, trop vieux, ne veulent plus rien apprendre; ceux-là s'occupent plus de remplir leur escarcelle que de guérir leurs malades; les autres, ennuyés par une nouveauté, sont si lâches, qu'ils ne veulent pas se déranger pour en prendre connaissance ; puis il continue en ces termes:

« D'abord, sachant par les charlatans et les empiriques que le mercure était pour ces maladies un mystère souverain, vous avez mis Joule vclw confiance en lui ; et pour dire la vérité, c'est au mercure seul que foule guérison est due (2), car la vertu mercurielle est seule apte à guérir,

(1) Voyez aussi, VII, i, les accusations portées contre les moines ambiHeux ei a\ides, particulièrement contre les Chartreux et les Observants ^ qui propagent W mal en \endant des remèdes détestables et impuissants.

(2) « Les vertus et proprietcz du Mercure cstans cogrnues et publiées, des sophbtes sont incontinent suruenus, lesquels y ont adiousté beaucoup de choses pour obscurcir ces vertus, encores qu'ils dient que ce soit pour le corriger, mais elles v sont du tout inutiles: car la fi^uerison entière (et ie te prie de me croire) çist et consisté entièrement au Mercure qui n'a besoin de correctifs. Ils ont ainsi chassé el ostè son vrny vsagre, hors des mains de ceux qui exercent la médecine, tellement qu'on prend à cestc heure, le remède de la veroUe, pour guérir toutes les ulcères : tontefois ic croy que chacun peut cognoistrc auec quel danger cela se faict : car puis que cène sont pas ulcères de verolle, on ne les peut guérir auec les remèdes qui luv sont propres. l'ay ditceci exprès, pour nionstrer qu'il ne faut pas vsurper les rcmedesde U grosse verolle, pour guérir les ulcères, auec tel et si grand dommage du public, ains qu*il leur faut appliquer et à chacune autre maladie, leur propre et peculicr rouiede. Car combien que les ulcères se changent aussi et se meslent auec autres maux toutefois si ce n'est auec la verolle (voy. p. 458), il ne les faut iamais traicter auec ses propres remèdes. le dy plus, qu'encores qu'on y vist quelque changement à cause de l'abus des femmes, toutefois il se faut abstenir de l'vsage du Mercure tant qu'on ne voye point de manifestes signes de verolle m Tulcere, parce qu'elle ne vient pas de causes naturelles seulement, ains elle a prins son commencement de la permission de Dieu : car tout ainsi que la peste n'est pas seulement cnioUe naturellement, ains est enuoyee de Dieu pour punir son peuple^ ainsi il faut estimer que la grosse verolle a esté enuoyee de Dieu pour punir cruellement les paijlars, et villains odultrres ; tellement que ie pen»f) que çtf feni MC(kcî||S $op|iistes

h5S PARACHf.SF..

Le deuxième livre est consacré à l'exposition des idées de Paracelse sur Yanatomie (1) et sur les relations de cette anatomie ayec la recherche de la cause matérielle des maladies. Dans le troisième, notre auteur parle, sous le nom de transplantation y en partie de l'origine éminemment contagieuse (2) du morbus gallicus^ qui renaît de lui-même, car la transplantation (3) de la maladie vénérienne vient toujours de la luxure; toutefois, ajoute-til malencontreusement (Ch. 1), il faut observer que la nature de ce mal est telle, qu'il ne se transplante jamais dans aucun corps, à moins que ce corps ne soit disposé à quelque autre maladie, soit externe, comme sont l'esthiomène, le cancer, la morpbée, l'cilopécie ; soit interne, comme la fièvre, l'arthrite, la paralysie [voy. plus loin, p. A60) d'où il prend naissance : il n*est pas nécessaire que la maladie préexistante apparaisse aux yeux ; une seule et toute petite étincelle suffit pour allumer l'incendie ; en conséquence, c'est la luxure qui transplante une maladie en une autre. D'où il résulte qu'il y a des pustules esthioméniques de vérole, d'autres paralytiques, quand les deux maux se rencontrent. Suivent des considérations, ou plutôt des divagations sur

(1) Vny. p. 370.

(2'i « Considérons en la vorolle d'où c'ost (iircst vonu son commencemoiit, cVsî ass.iuoir do rimpuditpie conittnclion et paillardise, d'ua ladre avec une fille, qui estoit desia infectée de bubons venereiques, laquelle a puis après iurocté tous ceux qui se sont ioints A elle : et ainsi reste contagion s'est esparse par tout, tout aiusi que les mulets sont issus i\(' l'accoupleinent des asues auec les lumens. Mais au commencement, le mal n'a esté contagieux que par le seul attoucbemeut tic la conioncliou venereique. Et qui niera qu'à l'exemple de cestc verolle, il u'y ait eu d'autres maladies meslees et accouplées ensemble, par la couionction impudique? Yen qu'il est manifeste à tous, que l'xsage des femmes est «:ûuse, >oire est la luere et racine de plusieurs et diuerses maladies bereditaires. Parquoy si se ioiguenl auec les ulcères^ il faut vscr de distinction, afiu qu'elles soyent plus aisément guéries^ par les propres remèdes qu'on y appliquera. Car rexperience a desia aprins, que Je Mercure est le souuerain et vnique remède, pour guérir toutes les vlceres qui sont meslees auec la grosse verolle, et partant qu'il faut auoir recours à luy. » (firauth Chi'r., Il, I, 7.)

(3) C'est-à-dire la communication d'un individu infecté à un autre qui ne l'est pas encore. Ce moi traii.f plantation signifie à la fois franwussion et tram for nuit ion ; le vice de luxure étant transmis, et se compli<inunt avec une autre maladie pour devenir le ma/ français; c'est une véritable grefTe. — Voj. p, 360-361.

Page 1