‹ Histoire des sciences médicales v. 2Chapitre 112 sur 130 · SON CARACTÈRE COMME MÉDECIN ET COMME HOMME. 47S · texte numérisé non relu

SON CARACTÈRE COMME MÉDECIN ET COMME HOMME. 47S

médecin, comme chimiste (1), comme physiologiste (2), enfin comme anatomiste (3); il aimait véritablement la science et les malades. Malgré les emportements de son caractère et de son imagination, il avait, autant qu'on pouvait l'avoir de son temps, le sentiment de la dignité médicale ; mais la nature de son esprit, le peu de solidité de ses connaissances, ne pouvaient le faire sortir

(1) Je n'oserais pas affirmer qu'il soit, en ce genre d'études, un grand inventeur; toutefois il avait, plus que Paracelse, le sentiment des combinaisons et des dissolutions des corps. Fraenkel {Vita et opiniones Helmontii^ Lipsiac, 1837, p. 15) écrit: « Chemia disciplinarum sola est cui ccrte non attulit damna, si non vera emolumenta tribuit. » — Après avoir rendu hommage aux recherches de Van Helmont sur les gaz et à l'usage qu'il a fait de la balance, M. Chevreul lyoute: « Tout en reconnaissant ce que la science doit à Van Helmont, il importe d'insister sur le peu de place que les faits donnés par l'expérience y occupent; ce sont de faibles lueun dans un système d'idées classées conformément à l'esprit le plus absolu que puisse manifester la méthode a priori. » {Journal des Savants, février 1850, p. 7& et suiv.) M. Hoefer, dans son Histoire de la chimie (2* édit.), Paris, 1869, t. 11, p. 134, est plus favorable à Van Helmont. Il pense aussi qu'il a eu l'idée du Uicrmomètre.

(2) Van Helmont n'est certes pas un physiologiste dans la rigoureuse acception du mot; il est même, sous ce rapport^ bien au-dessous de Galien ; on peut seulement dire qu'il est plus sensé que Paracelse, mais non pas plus vrai, dans l'idée qu'il se faisait de la vie ; quant à la connaissance des fonctions spéciales dont Paracelse n'avait pas la plus petite notion, Van Helmont est souvent, quoiqu*il le nie et quoi qu'il fasse pour le déguiser, le disciple de la tradition ; quand il s'en écarte, c'est pour se laisser guider par des théories a priori, non par l'observation ou les expériences.

(3) Van Helmont ne donne pas, comme Paracelse, le change sur le mot anatomie; il sait ce que désigpne ce mot, mais non pas précisément ce que vaut la science qu'il représente; il estime grandement Vésalc {Jus duumviratus, 32, p. 2d5; De fiatibus, 43, p. 340), moins peut-être pour lui-même qu'en reconnaissance de sa polémique contre Galien. Toutefois, il semble bien que Tanatomie n'était aux yeux du médecin brabançon qu'une étude purement spéculative : il croit en principe que l'anatomie, après mille ans et plus d'existence, n'a pas appris aux modernes à mieux connaître et à combattre plus sûrement les maladies (Ignotus hospes^ 90, p. 404 ; cf. PraefatiOf 12^ p. 388) ; il admet à peine qu'on puisse en Urcr un meilleur parti ; même il attaque l'anatomie descriptive au nom de sa physiologie {Ignota actio regiminiSy 32 et suiv.^ p. 269). Dans Ignotus hydrops (9 et suiv., p. 408 et suiv,), il prouve qu'il ne sait, lui, user de l'anatomie pathologique ni pour le diagnostic différentiel ni pour le traitement des hydropisies, quoiqu'il fasse, au milieu d'une foule de distinctions subtiles, quelques bonnes remarques dans ce traité où il rapporte l'histoire d'une épidémie caractérisée par l^ développement de l'hydropisie. ' — U ose affirmer que, sur des centaines ^'hydrotw'^^es il ^*^^ a pas vu un seul chei qui le foie tùi aflècté !

klh VAN BELMONT.

du cercle où l'avait renfermé son amour exclusif (1) de la pyrcH teohnie {Philosophus per ignem). N'oublions pas non plus de remarquer que ridée d'une réforme est entrée dans l'esprit de Van Helmont, comme dans celui de Paracelse, bien plus par la thérapeutique que par la pathologie. C'est l'insuffisance réelle ou supposée des moyens de traitement conseillés par les anciens; c'est en même temps l'engouement pour l'alchimie, panacée universelle, qui le? a conduits l'un et l'autre à bouleverser la pathologie, de telle sorte qu'ils avaient changé arbitrairement, et a priori^ le traitement traditionnel, sans connaître mieux que les anciens ni la nature des maladies, ni le rapport qui existe entre les actes pathologiques et les actes physiologiques (2). Une telle réforme peut être comparée h un véritable sépulcre blanchi I Elle est aussi frappée de discrédit par son origine même : c'est à la suite d*un rêve que Van Helmont s'est décidé »'i embrasser la carrière médicale ; c'est à la suite d'un autre rêve qu'il renonce à jeter ses ouvrages (3) au feu; c'est encore en rêve qu'il a construit toute sa doctrine thérapeutique (4); jamais Galien, qui avait toujours un songe à son service, n'a été aussi loin. Cène sont ni les expériences sur les médicaments, quoiqu'il vante Yoptica notio, ni la physiologie, ni même l'anatomie pathologique, dont il n'a tiré presque aucun parti, qui ont guidé Van Helmont; c'est Dieu, c'est le père des lumières qui lui a ouvert les yeux de l'âme. Dieu qui a in*-

(1) a Louonifc ù Dieu très-bou, qui m'» appelé à la pyrotechnie, eu dçhors dt U lie (ies autres proressions. La cbiniie, en effet, a des principes qui ne reposent pw lUr des syllogismes, mais que la nature apprend à connaître et qui se manifestent par le feu, » Pharmacopolium ac dispens. modernum^ 32, p. 37 1« Voyes aussi Lithifu», ni, l,sur la puissance occuUo du feu,-* Cf. aussi Physica Aristotel,^ 9'llj p. Ai.

(2) On doit remarquer que Van Helmont a plus innové en physiologie qu*cn pathologie ; c'est par son idée de la vie, quoique souvent étrange, qu'il domine Paraeelse et même ses contomporaini, Paracelse a plus insisté sur les explications cbi*miquûs de la vie, Van Helmont sur les explications dynamiques.

(3) Van Helmont ne donne point de titre précis : « Gum pcrlegissem hune meum laborem^ conientumque lihri^ uno volut puncto, comprchendissem in Intellcctu al^ stracto, etc. » [Confessio autoris, 1, p. 11); et, plus loin, 13, p, 13: « Decrefi hune iibrum igni sepelire... nisi altéra intellectualis viiio se mihi obtulisset.»

(A) Ce révc se trouve non dans le Pharmacopolium^ mais dans PoMas medicaminum^ 3 et suiv., p. 377 et suiv.

ft76 VÂN HELMONT.

Assurément ce n'est pas dans le Traitement magnétique des plaies qu'il faut chercher les fondements de la renommée de Van Helmont; c'est là qu'il explique les miracles des saints par une vertu magnétique, trahissant ainsi la science pour ne pas être accusé d'incrédulité ou regardé comme un esprit-fort Ce faux-fuyant ne l'a pas sauvé de Tinquisition.

€ C'est à l'influence du magnétisme animal, conservé dans Tétole de saint Hubert, qu'il attribue la guérison miraculeuse et la préservation de la rage par l'imposition de cette étole sur le malade (1). C'est à Texistence du magnétisme animal encore qu'il attribue la puissance malfaisante des sorcières. »

€ Une dame sujette à de fréquents accès de goutte faisait disparaître la douleur aussitôt qu'elle allait s'asseoir sur la chaise

beaucoup, à mon avis, la mesure permise, et les rapprochements des idées de Vta Helmont avec les idées modernes sont souvent hasardés. Puis on voudrait trouver plus de citations et surtout des renvois précis aux divers ouvrages de Van Helmont, car l'auteur se contente^ en tête de chaque chapitre, d'indiquer d*une manière générale les écrits dont ces chapitres sont un résumé, de sorte que, si Ton ne connaît pas bien Van Helmont, il faut le relire presqu'en entier pour contrôler les dires de H. Mandon. — M. Rommelaere procède tout autrement^ quoiqu'il ne soit pas un admirateur moins passionné^ moins partial ; il cite tous les textes sur lesquels il s'appuie ; il a multiplié les divisions et donné de l'œuvre de son héros une idée plus complète. Cependant^ bien des détails essentiels auraient pu figurer encore dans ce travail vraiment érudit ; le lien des idées^ les intermédiaires qui font mieux comprendre l'ensemble de la doctrine manquent assez souvent. — Je crois que l'Académie de médecine de Belgique rendrait un vrai service à l'histoire, et même à Van Helmont, si elle provoquait la publication d'une nouvelle édition de ses oeuvres, où Ton prendrait soin d'indiquer tous les antécédents de Van Helmont^ où l'on discuterait le bien ou le mal fondé de sa critique des anciens, où Ton rapprocherait sans cesse ses idées de celles de Paracelse, où l'on ferait, en un mot, la part exacte de ce qui appartient à ses prédécesseurs ou a ses contemporains et de ce qu'il peut revendiquer légitimement comme conception originale ou comme meilleur emploi. Cette édition, imprimée en caractères moins fatigants que ceux d'Elzévir, devrait être accompagnée d'un index, ou plutôt d'un lexique complet, et contenir l'indication de tous les passages parallèles d'un bout à l'autre de l'œuvre. Van Helmont vaut la peine qu'on prendrait^ car il est un document historique d'une tout autre valeur que Paracelse. Si l'on réimprimait Paracelse, ce serait bien plus pour la langue que pour les idées; par son langage et malgré une détestable syntaxe, il appartient au grand mouvement national provoqué en partie par Luther. (1) De magnefp vuin, curât. ^ 39, p. 601.

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