SON MYSTICISME
de son frère. Cet effet, suivant Van Helmont, est dû à Tinfluence du magnétisme animal et nullement à l'imagination de la malade (1). >
c Un Bruxellois, ayant perdu le nez dans un combat, se rendit chez un chirurgien nommé Tagliacozzi. Ce dernier eut recours, pour le guérir sans difformité, à l'autoplastie, et emprunta le lambeau de chair au bras d'un domestique. Le blessé revint chez lui avec son nez d'emprunt. Treize mois plus tard, il fut tout à coup désagréablement surpris en voyant cet organe se refroidir et finir par se putréfier. Qu'était-il arrivé? Après bien des lamentations et des recherches, on apprit que le domestique au bras duquel le Bruxellois avait emprunté son nez, était mort au moment où cet organe se refroidit. » Van Helmont ajoute : « II y a encore à Bruxelles des témoins oculaires de ce fait (2). >
Ce n'est pas seulement dans la Cure magnétique des plaies que Van Helmont paye un large tribut aux idées superstitieuses ; il faut bien, par exemple, admettre, quoi qu'en puisse souffrir sa réputation (3), qu'il croit à la génération spontanée non-seulement des pucerons, des vers, des scorpions, etc., mais aussi des souris (A), ce qui ne l'empêche pas de se moquer de Paracelse (5), qui croyait qu'une cigogne cuite peut se changer en serpents, etc. Il admet une vertu toute spécifique dans les pierres, et souscrit aux cures merveilleuses de l'Écossais Butler (6). Il accorde, comme Paracelse, toutes sortes de vertus merveilleuses au crapaud contre la peste et l'hydropisie. Van Helmont tourne en ridicule les anciens, qui prescrivaient du poumon de renard dans les affections catarrhales du poumon (7), espérant que le pou-
(1) De magnet, vuln. curât,, 33, p. 599.
(2) De magnfi. vuln, curât,, 22, p. 598. (Citations extraites de Romroelaere, p. 331 et 332.) — Sur Tagliacozzi, voy. plus haut, p. 333.
(3) Aussi je ne comprends pas pourquoi M. Mandon^ p. 682, s'indigpne contre « rignorance ou l'injustice des historiens » , qui prêtent de pareilles idées à Van Helmout après « Tcclatante réhabilitation » du médecin de Bruxelles par Bordeu*
(4) Imago fcrmenti imprnegnat massnm semine, 8 et 9, p. 91-92 ; Ct. SchoU hum. pnsnva deceptio^ 64-66, p. 797.
(5) Schol, hum, passiva deceptio^ 65, 67, p. 797.
(6) Butter, p. 466 etsuiv.; Cf. Nntura contrar, nescia, 45, p. 141.
(7) Cmtos errans, 37, 38, p. 322-323 : « Ah! et miserom subut T^meâkon ^
A78 tAn âBtMONY.
mon d'un animal si rapide et si persévérant à là course rendrait l'activité au poumon du malade» ne craint pal (1) de prescrire et de prendre pour lui-même, contre la pleurésie, de la poudre de verge de cerf ou de taureau, et du sang de bouc, pourvu que ce sang soit tiré par la castration, l'animal étant suspendu ptf les cornes et les pieds de derrière étant attachés aux cornes! Ailleurs (2), il recommande un anneau métallique comme un remède souverain contre les hémorrhoîdes,la suiïocation, les affections utérines (hystérie?) et beaucoup d'autres maladies. Certes, Yan Helmont (3) pouvait affirmer que c'est une grâce sumatarelie qui donne de telles propriétés ; la science n*a pas de ces prétentions-là. Ouvres les ouvrages des grands cliniciens, des vrais réformateurs de ce même xvit* siècle, vous ne trouverei rien de pareil.
Pour expliquer ces cures merveilleuses, et sans doute pour encourager ceux qui y ont recours, Van Helmont s'écrie : c Les remèdes enlèvent les maladies non par la puissance de la contrariété, ni en raison de la similitude, mais en vertu d'un pur don de la Divinité, qui aide la nature, laquelle du reste est médicatrice d'elle-même (&).» Enfin Van Helmont a toute une classe assez nombreuse de maladies envoyées par Satan et par ses suppôts, les sorciers et sorcières : Injecta a sagis et a diabolo.
Faut-il tant louer le Supplément sur les eaux de 5/wi?Maîs, en vérité, il n'y a dans ce traité rien de bien neuf. Au moyen âge, du temps de Paracelse, au temps de Van Helmont lui-méuie, on trouve, je vous l'ai prouvé, plusieurs auteurs qui recommandent les eaux Terrugineuses précisément dans les mêmes cas que cent qui sont indiqués par Van Helmont (5) . Ces excès d*admiration
pulmone Tulpis, quo animalculum diuturni sui cursus potestatem quam TiTum possidebai, saccliaro post suam morlcm impeiiiatur. »
(1) Pieura furens, 3235, p. 210-211. Cf. Sextuplex digestto^ 75, p. 179. Voyex aussi les notes des pages &80-&81 à propos de la peste.
(2) De febribus^ u, 39, p. 745. — Voyez le traite In verbis, herbis et lapidibus est magna virtus^ p. 458.
(3) Pharmacop.j 5, p. 367.
(4) Cf. natura conir. nescia, 42 el Suiv. Voy. p. 500. Là, j'ai réuni plusieurs passages où le naturisme est beaucoup moins explicite; encore ici est-il tràs-aijttique.
(5) Notre auteur, comme chimiste, triomphe aiséftwat da SpmiÊtrWÊ de benry
SA GRANDE RÊPOtAÎIOR MAL ÉTABLIE. &7t
viennent trop souvent de ce qu'on ne compare pas; un auteur isolé est toujours plus grand ou plus petit que sa vraie mesure» Dans Déception passive et ignorance des écoles humoristes^ œuvre moitié polémique (1), moitié doctrinale, Van Ilelmont proscrit la saignée pour les raisons les plus futiles (2), et donne une théorie fantastique de l'ictère (3).
de Hecr; mais cela ne prouTc pas que son Supplementum soit lui-même pur de toute immixtion d^idécs fausses et de véritables rêveries religieuses ou alchimiques. — « Les systématiques de tous les temps arrangent les faits d'après leurs aiiomei et non leurs axiomes d'après les faits. Quand Van Helmont attaquait ses adTersaires, il sekitatt le Tidc de leurs hypothèses et les rentersait sans peine; quand il voulait y substituer son propre système, il ne s'apercevait plus qu'il s'éloignait sans cesse des règles sévères qu'il venait de tracer. » (Littré, art, précité; toy. p. à69, note S.) Van Helmont, qui, après s'être vatité de nettoyer les écuries d'Angias, avait écrit telle phrase si remarquable : « Naturae cognitio duntaxai ex eo desumitw^ quod actUy et rc ipsa est; qm'ppe quae fictis nuspiam meditationibtu consista m {Cautûe et initia naturaiium^ i , p. 27), prend rarement la nature sur le fait. — Ailleurs, Promissa ttnthorix^ I, 15, p. 9, il dit même : « Naturae cognitio pcr conjecturas puériles tentata quidem ab Ethnicis est, et minime unquam adepta !» et il se prend de commisération pour ces malheureux païens.
(1) Il combat la théorie des humeurs à peu près avec les mêmes armes que Paracclse ; cependant il y t^oule quelques raisonnements de plus, mais qui ne valent guère mieux, malgré sa prétention de les appuyer sur l'observation de la nature. Voici un de ces raisonnements (i, 25, p. 792) : « J'ai montré dans mes Physica (ne se trouve pas dans les Phyrica Aristute/is) que, ni par art ni par nature, l'eau ae l|M>uvalt être changée en air, et réciproquement l'air en eau. Si donc, dans le sang, là pituite représente l'eau, attendu que le cruor contient l'air (esprits?), jamais on ne pourra admettre l'existence d'aucune pituite mélangée dans le cruor; il n'j a par «Conséquent rien de vrai dans ce qu'on a enseigné jusqu'ici sur l'union des littmeun et des éléments, leur similitude, leur mélange, leur coraplexion et leur nécessité. » I>a théorie ancienne est inadmissible, cela est certain, mais il fallait plus que les arguments subtils de Van Helmont pour la renverser.
(2) Scho/ar, humorist, pasiivn deceptio, i, 86 et suiv., p. 801, 802; Cf. Pieum furent^ 31, p. 321, où il proscrit la saignée, au lieu d'en combattre seulement l'abus; Promissa authoris, 8, p. 8.
(3) Après une distinction tout à fait arbitraire entre le fiel et la bile, la bile Invention fVilile, pernicieuse, humeur fictive qui n'existe jamais dans la nature, l'aotenr continue (v, 13 et sniv^, p. 822 ; 34, 35, p» 824) : Tout ce qu'ils appellent bile, n'est ni de la bile ni du fiel, ni aucune des quatre humeurs fictives ; mais^ le fiel étant mis de côté, la bile n'est jamais qu'un véritable excrèmeid «VeTCortLre, et même teul à la fois défectueux et virulent, i^ a^\ est im« ^iscoilli i^une tnlMte (iriiUfeoe du» la nature dt U liqueur p|^g|()t**it| ^vV^ke «^ iWf*"»
680 VAtf HEUIONT.
Du moins il a le réel mérite d'avoir ébranlé, par quelques bonnes raisons anatomiques et médicales, la théorie ancienne des catarrhes (1), que Schneider devait ruiner, mais cette fois par des arguments sans réplique.
Le tombeau de la peste^ écrit sous Tinfluence d'un songe (2), renferme, au milieu des discussions les plus oiseuses, une réfutation de l'influence astrale (3), une apparence de distinction des diverses espèces de contagia ou virus pestilentiels (4) , enfin des
degré et tout à fait nécessaire. — L'ictère est dû à un ferment contre nature, c'est-à-dire à un virus excrémentitiel particulier différent du fiel et de la bile, et qui s'appelle choiera ou ictericus; cette maladie, que Van Helmont considère toujours comme une affection essentielle^ non comme un symptôme^ a. son nid depuis le commencement du pylore jusqu'à la fin du duodénum, quelquerois même un peu plus loin, car elle résulte d'un vice de la seconde digestion (Voyez au» Sextupiex digestio, 19 et sui?., p. 169 et suiv.). Suit une histoire étrange d*uB poisson en confirmation de ces opinions.
(1) Voyez une partie du chapitre 2 de la Deceptio et tout l'opuscule Catarrhi de/iramenia. Dans cet opuscule et dans Custos errans, 10 etsuiv., p. 208, on peut signaler quelques bonne? observations sur la sécrétion du mucus ou latex^ et tout le chapitre intitulé : Xenextou. On trouve aussi, dans le chapitre à de Scho/, hum» pass, deceptio, quelques expériences ù vérifier sur le poids comparatif des urines.
(2) « Puisque la nuit instruit la nuit, j'ai pensé qu'un songe pouvait contenir la science. Je soumets volontiers mes songes au jugement du lecteur (p, 830). »
(3) « Dieu n'a pas créé la mort; le ciel ne contient donc ni la mort, ni la maladie, ni le poison ou leurs causes effectives. » Mais Van Helmont croit aux amulettes (voyez Tumu/u9 pestis, p. 879), aux paroles (voyez le commencement de l'opuscnle In ver bis, herbis et lapidibus est mogna virtus) ; il admet des pestes divines ou diaboliques, p. 871-873; puis, eu divers passages, non pas seulement du traité De la curation magnétique des plaies, il tÂclie d'expliquer l'efficacité des amulettes par quelque vertu magnétique ou occulte. Les plantes et les métaux sont toujours des arcanes, et il leur attribue plus d'une fois des vertus imaginaires; il ne répudie une superstition que pour en épouser bien vite une autre. Van Helmont est né, a vécu, est mort mystique. Sa vie a été un long rêve, avec quelques réveils où l'on entrevoit le praticien et le savant.
(4) Voici un passage (Proprietas pestis dans Tumulus^p» 871) qui prouve quelles idées Van Helmont se formait de la peste, et par ce mot, il entend généralement la peste à bubon : a La peste est originellement venue de la terreur de l'homme, et ce souflle (aura) qui, sortant d'un corps pestiféré, parvient jusqu'à nous^ dans son impétuosité première se précipite sur la rate, laquelle s'en débarrasse aussitôt et le transmet, comme avec la main, à rorificc de l'estomac. D'où viennent la perte de l'appétit, les vomissements, les maux de tête, le délire, les défaillances, la soil^ l'assoupissement.. . Tant que l'image de la terreur de l'Archée n'est pas présentei la
SA GBANDE RtPUTATIOll MAL ÊTABUE. 4SI
remarques historiques intéressantes sur certaines affections épidémiques. On y trouve aussi cette proposition, en partie juste, que le poison absorbé n'est pas lui-même maladie ou mort, s'il n'a été accepté et rendu comme familier; encore ne peut-il pas pénétrer aux sources cachées de la vie, à moins que la qualité vénéneuse, en agissant sur la vie, n'ait provoqué l'Archée à unei sorte de duel dont le salut ou la destruction de l'économie sont le dénoûment (1). Voilà pourquoi, malgré son extrême subtilité, la peste ne frappe pas tout le monde comme un glaive, et que certaines personnes y échappent parce qu'elles n'ont pas admis le poison, c'est-à-dire parce qu'elles sont réfractaires.
Les deux ouvrages les plus renommés de Van Helmont et ceux qui, en effet, méritent en partie, mais pour une petite partie seulement, leur réputation, sont les traités De la lithiase ou forma'^ lion des calculs^ et le traité Des fièvres. Nous nous arrêterons donc particulièrement sur ces deux ouvrages. 11 y faut faire deux parts : la critique des Écoles humoralistes^ comme s'ex« prime notre auteur, et sa propre théorie. S'il a facilement raison des anciens, il n'a ni aussi aisément, ni aussi constamment raison aux yeux des médecins modernes. Soyons de bonne foi. Messieurs, et après avoir entendu les extraits que j'emprunterai tout à l'heure, soit directement à ces deux ouvrages, soit à M. Bommelaere lui-même, dites si Van Helmont peut légitimement être célébré comme le plus grand réformateur, comme un génie incomparable c qui aurait surpris le secret de la vie, si ce secret se laissait pénétrer ».
peste ne se montre pas. Il y a des pestes que la seule crainte enfante, plus promptes et bien plus terribles que celles qui viennent d'un souffle pestilentiel. » Outre leur vertu propre pour tuer le poison, les amulettes mettent l'Archée en belle humeur et combatteut ainsi^ comme préservatif, une des causes les plus puissantes de la peste (voy., plus haut, p. hl%y 4S0).
(i) Page S53. — Dans la peste il y a deux choses: la matière (sUvesier gaz, »eu jtpiritus veneno iinctus. — Est-ce ici l'acide carbonique?) et Veffideni^ ou Archée,
Un peu plus loin. Van Helmont dit : « La peste n'est pas une qualité isolée ;
c'est un être, on virus naturel^ subsistant par Ini-iDétne ^^ nous, et qui a sa matière, sa forme et ses propriétés. » (P. 853. Cf. aussi n g650 — ^^^^ ^^^^ ^^ ^'^^* tolpgliBM s'U en tat jamais. (Voyes plus loin, p. 504 ' noV^^*^
Uti TAN HILIIOBrr.
Mais voyons d'abord si véritablement Van Helmont a snrpris e secret de la vie, puis s*il a expliqué ce que c'est que la maladie de façon à nous satisfaire. Van Helmont admet deux causes pre- Bdiéres internes^ et ne reconnaît pas d'autre dépendance pour toute espèce de corps naturel, si ce n'est celle qui se rapporte à ces causes. Or ces deux causes sont la matiète et Ye/j^tni ou cause efficienie^ auxquelles s'associe le plus souvent une cause externe irritante (1). Les principes initiaux des corps {prima initia) et des causes corporelles ne sont ni les quatre éléments d'Arislote, ni les trois de Paracelse, mais seulement deux ; l'élément de l'eau {iniiium ex quo — matière première) et le ferment ou principe séminal (initivm per quod) dans la matière (2). Il semble bien que la causa efficiente n*est pas autre chose que l'Archée, ou YAtiraj ou encore le Vulcain^ c'est-A-dire X^prineipe déterminatif dans « matière (3). Ce sont là, si l'on peut ainsi parler, les éléments constitutifs de la vie qui se résume dans l'âme sensitive (A), laquelle ayant reçu délégation de l'âme immortelle, répand, pour les nécessités de la vie, sesfacuhés dans chaque organe du corps où elles doivent agir et servir (6).
(1) Causae et initia naturaiiwn, 10^ 11^ p. 28, où l'on voit toutes les puîs»ances de Vefficiens; il contient, en ta qualité de cause séminale^ crenim sibi ageDdanin typM, flguram, motus, rerum compaginem, ortum, horam, respcctus, incLinationot, aptitudines^ adaequationes, proporiiones, alienaiioiiemy defectuoi j quicqaid deniciuc ad rei constilulionem et productionem requiritur n .
(2) Causae et initia natural., 23, 2à, p. 29 : « Le ferment (qoutcI être^ qui joue un si g^and rôle dans la physiologie et la pathologie de Van Helmont; tôt. p. à8à, note 2), est le principe {initium) séminal, {ter quod^ c'est-à-dire, dispositif, 4*oè bientôt, dans la matière est produite la semence ; la matière, ayant acquis la semence, par cela même dcTieut la vie ou matière moyenne de l'être, se dispersant jusqu'à la période de chaque chose ou matière ultime. Le ferment est un être formel créé qui n*est ni une substance ni un accident, mais un produit neutre formé depuis le commencement du monde. » Quant à la matière, elle est une substance, non no accident, et, de plus, opinion très-hardie si Van Helmont en a compris la portée^ elle est annihilabilis (Formarutn orlus^ 23, p. 108).
(8) Voy. Àrcheus faber^ p. 33 et suiv.
(4) Voy. p. 483.
(5) Confirmatur morb, sedes in anima sensit,^ i, p. 447, L*Archée eit appelé ci principium vitale. L*auteur ajoute : « L'âme sensitiTC est parfaite dans toutes ses facultés Titales, qu'elles soient disséminées dans les organes, on qn>Bet ae tiMi- Tent concentrées ffomentatae) dans le common Archée*» ^Tof» f» âH^ Ml» t*
PHYSiCtMlË C^ÊNÊÉÂLE. Ml
Malgré la multiplicité de ces êtres, qa'il n'est pais toujours fSicile de distinguer les uns des autres, et dont les attribut» ne sont pas nettement déterminés, on reconnaît cependant! en Yan Helmont, une certaine notion de la vie plu» élevée que dan» Paracelse ; mais, outre que cette notion est encore trèh tague, elle est bientôt gfttée par des considérations en grande partie déraisonnables sur le siège de la vie et de Tâme seoMtive. Dans Sedes animae (§ 5, p. 230, et 16 suiv., p. 2Si et ^212), il est démontré que l'âme sensitive doit avoir un centre, que le mené ùnfnartalis, qui est enveloppé dans cette âme (involviiur et man* dato divino ligatur vitae vinculo), s^échappe du corps pour re-« tourner à TÊtre des êtres, quand périt l'âme sensitive; enfin^ que le lit ou le nœud radical {torus radicaliê) de l'âme sensitive est dans l'Archée vital de l'estomac et y demeure, ainsi que toute la tie. Toutefois cette âme ne réside pas là comme en un sac oa en une fiole; c'est une lumière (1) qui n'a pas un siège absolument local (2) , sed exorbitanti modo y inest in puncto centraliter^ ac velut in atome unius membranae spîssitudinis meditxdliOy ce qiii ii*est guère plus facile à comprendre qu'à traduire.
II résulte de celte doctrine sur le siège de la vie et des âmes dans l'estomac, ou plutôt dans ce duumvîral composé de la rate
(i) La vie, qui en soi {in absfracto) est Dien hireoin|)rétien9ible^ esf cependant définie d'une façan un peu plus saisîssaMe {Blas humannnij 93, p«l47; Cf., 31, p. 148) : « La vie de l'homme est une Inmière formelle, et, <iaii9 ce aens (eo modo), elTc est T&me sensitive elle-même^ âme clafre (ludda)j de Èvt%è qve Is mort suit pas à pas son cxsnfflation ; car Fâme immorteffe, étant envetop^ àm» l'âme sensitive, s'envole par la mort, quand Tautre périt. Qu'on ne s*«vi«e pm âtf dire que cette lumière vitale est un feu qui brûle et détaste l'hirmldc radicél. C'evl ane lumière formelle; jamais personne ne décrirait autrement ressence iflilhne de la vie, lors même qu'il aurait vu en eitase les vies ftnrmelles êtn ehoses. » (Cf. voie ttthantc.)
(2) Cependant au § 32 de Sedes animae, p. 23S,ôn lit: « Pro eorolkifie, Imm animae centralis est orificium stomachi, non 9ecus atqne radix teg«itaMliiim eii loeus vitalis eorumdcm. Mens sedet in anima sensttiva, eni vineta est deineeps • lapsu {péché originel). » La rate étant le soleil, le directeur, le euMnIef ém ferment de l'estomac, ta rate et l'estomac ne font qu'un wrasie nom de dmtmniHit^ § te, p. 232. Van Helmont fait venir une fonte de mafadies des trMibJê» de ce donmyirat, absolument comme les anciens les tindenf de b tête p«r lès rhes» (Voyez Jus duumviratus^ p. 23t snir., etp« 527, mH 4f.
h&h VAN HELMONT.
et de l'orifice de l'eslomac, que le cerveau, perdant de se rite, est considéré comme le pouvoir exécutif des cod( râme(l); cependant je ne vois pas, comme le ditM. Romi (p. 85S-354), qu'il soit absolument dépossédé; en efTel, side, pour le mouvement [quoad motum), aux nerfs et au des; à la vérité, par l'âme, et sous l'action prépondér; l'estomac. Ce ne sont pas seulement presque toutes le; dies, mais une partie des actes de l'intelligence, sai troublée, qui procèdent du duumvirat; où que siège l'a lui-même ou en dehors de lui. c'est loujoursà l'âme que veau obéit. Enfin Van Helmont accorde au cerveau, eu ég sentiment {quond sensum), les facultés de la mémoire, volonté et de l'imagination (2),
J'ajoule ici, comme complément de ces notions sur la traduction d'un passage de VArchem faber (2-7, p. 33) <] résume.
t II faut que loul ce qui se produit dans le monde par la oalure principe de ses mouvements, un excilatcur et un itirecleur iDtera génëralion. Toutes le& choses, quelque dures et opaques qu'elles avant d'acquérir cetleconsislance, renferment enelles un souflle, un teminalii, qui, avant la géoëralioD, couvre de son ombre dans la se
(1) ■ Mcmbrum eiecutivum conceptuum animnc. n Sm/cj ariimae, 32, f Traclatvi lie anima, 1, p. 277; Cf. Confirm. morboram ialts, etc., 3 i 2» col., où on iil: Le cerveau, source Je* «ensalioiis el leur juge, ncït cep pu lui-même eftnsible. C'est une opinion bien snuveul agitée, que celle de libilitédu cetteau. — Dam Duumviritim, 15, p. 276. Van Helmonl dil duumTirat, qu'il s placé là où les Ecoles avaient mis le résertotr et comme I Une, le cloaqne de Is plus mauvaise humeur (atrabilt), prÉaide ii tout; que l'eslomac et la rate, sont pliantasia, Kentu, etc., aomnia, vigilia, hospitiiâi mat. Mais c'est justement comme hôlellerie de l'ime, el par l'Ame, que le i virât agit sur le cerveau. Dans Ignala aciîo regiminis, ii, p. 270 le ci préside à l'accroissement. — Voyeï aussi Vila brevis, p. 588, 1" col. : a ^ enim ei corde, atimouia aulem ei splene et hcpate ; correclio dixestioau ex sed aecretrix a cirebro esl. ii Avec une (elle physiologie, il ne rallaJl pu t moquer de celle des anciens,
(2) A proposdes Ferments Van Helmonl dit: .lly adeuiespkcsde ferment la nature, l'un ronlienl en lui l'ou™ ftuxibilU, Archce scminnl. qui par sn pénètre l'àroc vivante; l'autre {es pèce de B/as?)eit seulement principe <lom ment, c'est-i-dire de génération d'une chose en une aulre cbow. • {magi
féconde la génération interne future, et accompagne ce qui est engendré jusqu'à la fin de la scène. Ce souffle, quoiqu'il soit plus considérable chez quelques-uns, dans les végétaux cependant il est comprimé sous l'apparence de suc. comme dans les métaux il s'épaissit en une homogénéité très-dense. Toutes choses cependant reçoivent ce don qu'on appelle Archée, contenant la fécondité des générations et des semences, comme cause efficiente interne. Cet ouvrier (Archeus fàber) possède l'image de la chose engendrée, d'après le principe initial de laquelle il conforme la destination des choses à faire. L'Ârchée se compose de la connexion du souffle vital, comme matière, avec l'image séminale qui est un noyau spirituel intérieur, contenant la fécondité de la semence; la semence visible n'en estquerenveloppe(9t7tqtia). Cette image del'Archée, qu'elle découle de l'idée de son prédécesseur {préformation des germes)^ ou qu'il la puise dans la coupe (condus) des choses externes, n'est pas un certain simulacre mort ; mais il est orné d'une pleine science et armé des pouvoirs nécessaires à la destination des choses ; en conséquence il est l'organe primitif de la vie et de la sensation. Par exemple : une feimne enceinte, par son désir, imprime dans son fruit l'image d'une cerise, à l'endroit où elle porte la main dans son désir ; d'une cerise, dis-je. véritable en sa chair» verte, pâle, jaune et rubiconde, en raison des localités où^es arbres produisent leurs cerises. En Espagne, dans le fœtus, la cerise rougit plus vite qu'en Belgique. L'imagination produit donc une cerise ; de même par l'imagination de la passion charnelle, l'image vitale des animaux est transportée dans l'esprit de la semence qui se déploiera elle-même dans le cours de la génération. Comme toutacte corporel se termine en un corps, l'Archée, ouvrier et directeur de la génération, se couvre aussitôt d^une enveloppe corporelle ; dans les animaux il parcourt toutes les retraites de la semence, et il transforme la matière d'après l'entéléchie de son image. Là il place le cœur, ici il désigne la place au cerveau, et partout, en vertu de sa monarchie universelle, il place comme président un habitant immobile, d'après les fins de l'exigence des pariies et des destinations (1). Ce président local demeure le curateur et le recteur interne des
menti, etc., 8, p. 91. — L'idée première d'une aura seminalit, d*une semence de toute chose est encore empruntée à Paracelse. Voy. par ex. plus haut, p. 375.
(1) Ce sont les Archées locaux (émanations ou rayonnements archéiques, plutdt que des Archées spéciaux, voy. p. à97 et p. â82, note 5) qui agissent sous la domination de VArchée central et en vertu d'un Bias ou principe moteur particulier: encore un nouvel être ! C'est la multiplicité des centres de vie (organo-phyêtoh-' gismé) imaginée ou renouvelée plus tard par Bordeu et par d'autres. — Il semble que c'est une des parties du système de Van Helmontqui ont le plus séduit M. Mand«n. Mais Torgano-physiologisme de Van Helmont obtenu ^ rg^idedeU mu\UpUcV\éd'ètret ipëclaax, ne représente en rien les idées actuelles sqi. ^^ gtl^P^^^^^ elVuniiè des centret de vie. U système de Van Helmont rappelle U k|^ ^ ^ (^es Miàen» q^, A«itt\«w
486 VAM PBUIOIIT,
Afiit Jusqu'à lu mort s Tautrai qui est fluctuant» D'est assigna i aucnameai* bre (1), et conserve l'inspection sur les moteurs particuliers des membres; il est lucide (luoidus) et ne se repose jamais» *
Aussi longtemps que les Archées secondaires (voy. p. A85| note 1), obéissent à FArchée central, la santé persiste; mais dis que la discorde se produit, naissent les diverses maladies, qui varient, comme le remarque M. Rommelaere, d'après le siège occupé par l'Archée local révolté.
Passons maintenant à la physiologie spéciale.
Circulation et respiration. — H. Rommelaere écrit, p. 3&6 ; ce Le Blas humanum est extrêmement important au point de vue de la circulation sanguine et des modifications que le sang subit dans son parcours. Nous devons ranger ici Van Helmoot au nombre des médecins qui furent les premiers à se rallier à l'immortelle découverte de la circulation. > C*est le contraire qu*il fallait dire. Ni dans le Blas humanum^ ni ailleurs, je n'ai vu la moindre trace évidente de la circulation harvéienne (2). Il y a même on texte des plus positifs à cet égard, puisque Van Helmont (S) admet que le sang de la veine cave arrive dans le ventricule droit, et pénétre dans le ventricule gauche à travers les porosités de la cloi" son intervenir iculaire. Ainsi Van Helmont, qui est ici l'écho de Galien, n'a pas plus profité des critiques et des observations de Vésale que des expériences de Harvey. La théorie du sang, pas plus dans Blas humanum que dans la Sextuplez digestio ou dans Jm duumviratus^ ne repose sur aucune donnée scientifique et positive. Il en est à peu près de mémo pour la respiration, je dis à peu près^ attendu que Van Helmont critique avec raison les anciens sur le rdle qu'ils attribuent à l'air, et y substitue une par*
ignorance des forces générales de la nature, avaient créé dos dieux et des demi* dieux pour expliquer chacune des manirestations de ces forces.
(i) Son lieu de rayonnement ou son siège est cependant le duumvirat, comme il est dit souTent. >— Yoy. p. 483.
(2) La théorie de Van Helmont sur la digestion ou les digestions, ainsi qu'on le Terra plus loin, repose, en grande partie, sur la théorie gaiénique de la circulation. - (8) Dans ce même Blas humanum^ 20, SI, p. 146 s cf, aussi 24, p. 147, et plu» loin Sextuplex digest.^ 60, 61, p. 177.
PHTSIOLOGIE SPÊGIALB. — €IiGULÂTION, ETC. A67
celle d*idée un peu moins déraisonnable (1), puisqu'il semble reconnaître une cerlaine action de l'air sur le sang; mais tout cela est entremêlé de propositions très-vagues sur les espriu (voy. plus loin Quatrième digestion^ p. A96)| et tout cela est encore un fruit de la méthode a priori.
Système nerveux. — On a affirmé (2) que les vues de Yan Helmont sur la physiologie du syslème nerveux sont à la fois ajustes et profondes » • Ici encore je ne puis ratifier ce jugement, quand je me souviens de tout ce que contient d'étrange le neuvième chapitre du traité De la lithiase^ où ces vues sont résumées. Un seul échantillon suffira pour convaincre les physiologistes qu'ils n'ont rien, sous ce rapport, à apprendre de Van Helmont, et que le solitaire de Vilvorde est souvent même au-dessous de Galieut auquel il a emprunté directement ou indirectement ce qu'il a de bon. A propos de la vision (3), notre auteur s'exprime ainsi (§§ 33 et ià, p. 716) :
0 L'âme sensitive sent par la vie dans les esprits animaux; elle voit immédiatement dans le nerf optique, lequel habite dans la pupille, les espèces visibles conçues... De sorte qu'il n'est pas nécessaire que ces espèces sensibles remontent au cerveau par les nerfs ; l'âme, immédiatement présente et distribuant {elar^ giens) d'elle-même toute force à l'esprit visuel, voit et discerne.
(1) Blas humanum, Z7, p. 150 : « La respiration se fait, non pour que l*air de« tienne raliment de l'esprit vital, malt pour qu'il lui soit uni, charrié qu'il est par la teine artérieuse et par l'artère teineuse des poumoni; l'air ainsi envoyé dans lé cttur 7 rvçoit un ferment ; tous dent de compagnie disposent le sang pour une complète diaphérèso. Du reste, plusieurs parties sont fiies et résistent à la pcrspirabilité, lors même qu'elles sont pressées par la chaleur; autrement elles seraient en soi Yolatiles (alioquin mutta sunt /Ixa, retiêtuntque penpiraMitati, H -Hn?- on* ior€ urgeantur; aliat erant in se volaiiiia); car l'office propre du feu est, à la té* rite, d'allumer, de cousumer, de séparer, mais non certes de produira. •
(2) M. Mandon, p. 582.
(8) Ce qu'il dit de la tision doit s'entendre également de tous les orgAoei des fens et de toutes les sensations; car, prétend -il ailleurs, il faut bien admettra que le nerf n'est pas l'organe et le sulutratum primarium de toute sentaUon | c'est rime sensitlf e qui perçoit immédiatement, puisqu'il | • des lensalkmt à U peaii^ où cependant il n'y a pas de nerfs, car les nerfii *'— fetsiit nus it>Mlonsl U 17 et it| p. 712, 722-713.
M8 TAN HBLHONT.
Le cerveau est sealemetit Tofficine des esprits animaux. Aussi les nerfs ne servent pas à transporter au cerveau les espèces puisées dans la sensation, mais à répandre les esprits cérébraux aux parties où ces nerfs arrivent, pour les ranimer et les réconforter. 1
Voyons maintenant s'il faut, malgré quelques progrès pour la partie chimique, regarder comme l'œuvre d'un grand physiologiste la théorie si compliquée de Van Helmont touchant la digestion.
Digestion. — M. Rommelaere a consacré un long chapitre, et un de ses meilleurs, à la digestion ; cependant j'ai cru y remarquer une certaine insuffisance de détails et un peu trop de sa propre rédaction, ce qui ne permet peut-être pas de retrouver une suite rigoureuse dans les idées fort enchaînées, mais assez obscures de Van Helmont (1) . J'ai cru que le mieux était de donner des extraits, dont quelques-uns même assez longs, de la Sextuplex digestio alimenti humani (p. 167 et suiv.) , en les complétant par quelques réflexions intercurrentes ou par quelques citations sur le même sujet tirées d'autres traités.
Première digestion, — « U est hors de doute que la nourriture et la b<ûssoQ se dissolvent (2) en m6me temps et de la môme manière, dans la concavité de Testomac, en une crème (chyme) diaphane (3). Cela se fait
(1) Si l'on veut bien se rappeler les trois phases de la digestion admises par Galien, contre laqueUe Van Helmont a écrit la Triplex schoiarum digestio ^ p. 165- 166^ on verra que les six digestions de Van Helmont n'en sont qu'un dédoublelhent, avec des erreurs de plus. — M. Rommelaere^ p. 358^ pense que la théorie de Van Helmont diffère entièrement de ceUe des anciens^ laquelle était absolument mécanique. Cela est vrai de la trituration^ mais non de la coction qui, même d'après Galien, n'était pas une opération purement mécanique. Voyes, contre la coction : Ca/or efficienter non digerit^ sed tantum excitative, p. 161 et suiv. Van Helmont y venge la rate^ accusée d'être un cloaque d'atrabile.
(2) Dans Victus ratio^ 21, p. 26d^ Van Helmont insiste sur la nécessité d'une exacte mastication, pour faciliter cette dissolution en crème. Comme les oiseaux n'ont pas de dcnts^ la nature les a pourvus de deux estomacs.
(3) Voyez § dl, où Van Helmont parle des vomissements qu'il a provoqués sur lai-même^ plus ou moins longtemps après le repas^ afin de constater l'état de cette crème.
PHTSIOLOGIE SPÉCIALE. — DIGESTION. ft89
ipar la vertu du premier ferment, manifestement acide, emprunté à la frate. J'ai trouvé en effet autant de ferments qu'il y a de digestions en ,nous (1). Enfin, la façon dont cette crème se dépouille de toute Vaddité qu'elle doit au ferment, aussitôt qu'elle tombe de l'estomac dans lintestin duodénum {deuocièwe digestion), n'est pas moins étonnante que la puissance merveilleuse de ce ferment dans l'estomac (2). » (§ 2.)
« Ce n'est pas en vain que l'on trouve dans un si petit espace tant de . ▼aisseaux, de glandes et d'organes, quoiqu'on ait négligé d'étudier leur usage. En effet, ayant appris que le ferment de l'estomac conçu dans la crème était funeste aux intestins et aux autres parties par les douleurs tormineuses qu'il cause, je notai aussi que toutes les parties ont chacune un ferment, la transmutation l'exigeant de toute nécessité. J'en conclus de plus que chaque ferment a horreur de celui qui lui est associé et du commandement de patrons étrangers (3). » (§ 3-6.)
« Il est merveilleux que la crème acide acquière immédiatement dans le duodénum la saveur du sel, et change avec tant de facilité son sel acide en sel salé ; de môme que le plus fort vinaigre, par l'effet du minium, se dépouille aussitôt de son acidité qui se change en une douceur alumineuse. » (§ 7.)
c C'est par une disposition fermentale nécessaire^ que notre crème acide devient salée, et que l'acidité volatile de cette crème conserve sa volatilité première, tout en changeant son ancienne acidité en salure. C'est en vertu de la propriété spécifique des ferments dans chaque individu que varie la faculté digestive chez les divers individus. » (§ 9.)
c II ne suffit pas d'avoir constaté que le ferment acide de la première digestion habite dans l'estomac, et que c'est à ce ferment qu'est due la liquéfaction de la nourriture la plus dure, il faut que nous insistions sur ce point. Ce n'est pas en lui-môme ou par lui-môme que l'estomac possède ce ferment. La digestion en effet, l'appétit et Téconomie de l'esto-
(1) De telles idées compromettent, dès le débuts toute la théorie de Van Helmont.
(2) S 'appuyant aussi sur Tautorité d'Hippocrate, Van Helmont tire^ des modifications que subit le ferment dans les maladies, des conseils paKois assez justes pour le traitement des fièvres ; de plus, il appuie sa manière de voir touchant la nécessité, l'activité et la puissance du liquide stomacal par des expériences sur des passereaux et sur la digestion, ou du moins la destruction partielle, des corps les plus durs dans l'estomac des gallinacés. Enfin, de ces deux faits, la digestion des galliiiHcés et l'impuissance de l'estomac chez les fébricitants, il conclut, mais par un raisonnement plus subtil que logique, que la digestion ne dépend pas essentiellement de la chaleur, qui est un simple excitant. — Voyez Caior efficienter non digeritt sed tantum excitative^ 17 et suiv., p. 163 et suiv.
(3) On Toit que c'est a priori^ en vertu de cette fameuse maxime : la nature ne fait rien en vain, que Van Helmont a imaginé ses six ferments.
t90 VAN HEUIOMT.
mac font quelquefoii défaut et reparaissent sans aToir perdu de leur force; cela tient à ce qu'ils ne sont pas de l'estomac. C*est pourquoi j'si dit que la membrane de l'estomac tire de la rate toute l'énergie de u digestion et ce qui aide cette digestion ; de telle sorte que la rate forme en nous avec l'estomac un duumvirat unique.» (§ 10, il.)
« Les ferments n'ont dans la nature, en dehors d'eux, rien qui puisse . leur être dignement assimilé, car ce sont des dons spécifiques de la nature vitale. Le ferment en effet, en tant qu'il est ferment, est un arcane vital et libre» ne se joignant (jugale) à aucune autre qualité (i). 11 suffit dans les assaisonnements que les acides préparent la nourriture pour faciliter l'entrée du ferment de la rate. EnGn, quoique le ferment de l'estomac ait une aigreur spécifique, ce n'est pas cependant l'aigreur qui est le ferment vital lui-môme, c'est du moins son organe. Quoique le ferment de l'estomac ait une aigreur {acor) spécifique, cependant l'aigreur n'est pas le ferment vital; elle en est seulement l'organe. Le ferment de l'estomac est doué d'une acidité particulière que distinguent les pro* priétés, les genres et les espèces ; mais en soi la digestion est l'œuvre de la vie elle-même, dont l'instrument fidèle {sùtellitium) pour cette œuvra est l'aigreur. » (§ 12, 13.)
Après avoir expliqué comment la vertu du ferment peut être viciée, Van Helmont continue :
« Les ferments étant de la classe des formes et des temencesj ils se sont séparés du commerce intime dcb qualités matérielles ; s'ils s'associent quelque qualité de ce genre, c'est pour répandre plus facilement leur force vitale I Cette qualité (corporelle) peut pécher aussi bien par excès que par amoindrissement. Ici je me sépare tout à fait des écoles, parce qu'on y enseigne : 1° que le flel n'est pas un viscère (2) vital ; 2^ que ce n'est pas un organe noble j 3° que ce n'est qu'un excrément inutile, exclu de la masse du saug, de peur qu'il ne le vicie (3); Zj*" qu'en conséquence il a été produit en dehors de l'intention de la nature; b^ qu'il sert uniquement à Texpulsion des excréments et de l'urine ; 6<> que l'enveloppe du fiel (vésiouïe biliaire) n'est pas de la même substance que celle des viscères (voy. § 18), mais un sac, ou un cloaque d'impuretés et de superflultés; 7^ enûn que la sanguiflcalion commence et s*accomplit [uniquement] dans le foie. Ce sont pour moi des rêveries (/i). En effet, puisque la bile
(1) Encore un être spécial ; et l'on dira que Van Helmont n'est pas ontologiste !
(2) Il faut entendre, tantôt la vésicule du foie et tantôt son contenu.
(3) Il appelle Caalicn^excremfmtitius et ignarus, à propos de ses idées sur le foie et la ratc^ etc. {Jus duumvir,, lii, p. Sd6.)
(â) Dans SchoL humor, passiva deceptio^ 16, p. 791, on lit: « La sanguiflcalion est ime véritable transmutation formelle des alimentSi et non pw seulsmeni une
PHTSIOLOGIE SftCIAU. ^ DIGESTION. 4fl
n'ait pM raqaiie pour la coaitituCion du tang, la productioa do cat amert fiel ou bile, par chaque aliment ne ternit pas nécetfaîre, ii elle a'étail pas propagée par un agent propre, dans une oHicine spéciale, pour uof autre fin utile, vitale et nécessaire A l'office de la vie. L'eau du péri» carde est bien plutôt pour moi un eiLcrémeot que le fiel lui«-méme» s (S U, 15, 16. i8.)
« Je ne m'étonne pas qu'on donne à la Tésicule du fiel et au fiel lui* même le nom de yiscôre, surtout puisque beaucoup de personnes y pla« cent la vertu irascible. J'ai reconnu que dans l'économie de la digestion deux viscères, le fiel et le foie, unissaient leurs corps et leurs fermenta pour la sanguiflcation {troisième digestion); que cette opération com* mençait par le fiel, comme étant plus près de l'estomac et des intettioi que le foie. Le fiel en effet est dam le sinus du foie comme dans le sein maternel; c'est le baume du foie et du sang; car la sanguification n'est pas une transmutation qui pnine se bire par une disposition instantanéOf et le foie est dépourvu d'une cavité (i) où il puisse recevoir le suc qui doit devenir du lang à la fin de la digestion. En d'autres termes : le foie, en soi| est un corps solide ayant des veines grêles et en petit nombre (3); or la crèma tout entière, qu'accompagne un si grand amas de liquide urinaire (fotttcm. Voy. p. /^92), doit passer rapidement à travers le foie ; mais cette crèma crue ne peut dans un passage si rapide se changer immédiatement en sang. La sanguiflcation ne peut donc se faire d'une manière parfoita dans le foie môme, car le foie n'est pas une cuisine, mais un économe pour son ferment sanguificateur, par lequel, comme en se conformant à un ordre, il remplit l'office que le Créateur lui a assigné. Ce sont les nombreuses veines du mésentère qui sont Vestamae du foie lui-môme (2) et l'ofOcine où se prépare le cruor. Lorsqu'il est préparé, le foie souffle (spirat) sa perfection au cruor encore nu après qu'il a été reçu dans la veine cave. Comme la sanguification est une certaine digestion plus parfaite, et une transmutation plus manifeste que n'est la liquéfaction de la nourriture en chyle, la sanguification, dis-je, ne peut se faire dans un ample vaisseau, mais dans plusieurs moins grands, qui soient cependant assez capaccs ; où l'Archée fermentai puisse s'établir étroitement, pour
simple juxtaposition des parties hétérogènos. » Cette idée, moins nouvelle que oe le dit Van Helmont, est développée fort au long dans ce traité. Ailleurs {Jusdumm» viratw, iS, p. 241 ; voyei aussi, pour le rèle de la rate, 37, 38, p. 2A7), il est dit : c J*ai démontré que Vestomae du foie n'a pas une grande cavité béante ea lui, mais que les veines mésaraiques elles-mêmes sont l'étui, la boite {theca) du sang dans laquelle le foie irradie les premiers effluves {*piracuia) de la sanguification. Vetiomae de ia mie est Testomac lui-même qui réchauffe en l'embrassant (idée tout à fidt gaUnique) ; elle a aussi un second eaiomac, le réseau vasculaire. »
(1) Voyei pliia haut, p. A90, note A.
(2) Voyei p. 4^.
liVt VAN HELMOMT.
atteindre et prendre de plus près chaque chose (1) ; où le foie puisse aussi, par une transformation (? commutando)t communiquer son ferment, et envoyer comme un souffle la force vitale. En effet la rate, qui ne touche pas immédiatement les aliments, souffle son ferment à l'estomac, organe vaste. Ainsi le foie, par Tinsufflation de sa vie ou de son ferment transmutateur (voy. plus bas, la suite du § 21)^ souffle aux veines qui sont placées BOUS lui, l'acte (le résultat ? actum) de la sanguification. De même que h nourriture tombe de la bouche dans l'estomac et y attend la fin de ladige^ lion (2), ainsi la crème passe immédiatement des intestins dans Testomac du foie ; mais comme elle est très-abondante et en grande partie excrémentitielle (en effet, elle contient encore de l'urine), elle devait, afin que la sanguification fût plus convenable, être préalablement débarrassée des excréments qu'elle contenait. » (§ 18-21.)
« L'officine de la sanguification n'est pas le foie lui-mOme dans sa substance, car le foie des poissons fabriquerait aussi leur sang. Mais comme chaque animal engendre son semblable, il faudrait ou que le foie des poissons fût rouge ou que leur sang fût blanc. Or, ces deux propositions sont fausses. Disons donc que la sanguification se fait dans l'estomac du foie, estomac qui est la multiplicité même des vaisseaux du mésentère. Le foie a des veines trop grêles et en trop petit nombre pour s'acquitter dignement d'un office si considérable. (Yoy. p./i91.) C'est hors de lui, en effet, que la dernière perfection de la sanguification est, dans la veine cave^ insufflée par le ferment jécoraire. On croit dans les écoles que la sanguification se fait par la fomentation actuelle (actualisa immédiate) du foie sur la crème, parce qu'on ne connaît pas d'autres actions que celles qui se manifestent par un long contact ou une compréliension (un embrassement complet). » (§ /i3, UU»)
« La crème a besoin du ferment transmutateur, distinct du ferment sanguificateur ; au moyen du premier, la partie la moins bonne se change en véritable excrément, car l'action de la sanguification ne pourra pas faire un excrément de ce qui n'est pas un excrément ; il y a trop de différence entre les deux parties de la crème. En effet, l'action qui tire l'ei-
(1) Voilà une puissance bien limitée et bien matériellement circonscrite. — II s'agH vraisemblablement, non d'une nouvelle espèce d'Arcbée, mais de l*Arcbée central.
(2) Dans l'état sain^ le pylore est fermé pendant la digestion ; quand il est affecté, il s'ouvre à contre-temps et laisse passer la nourriture avant la digestion, ou bien il reste obstinément fermé pendant plusieurs jours; de la des vomissements de matières anciennes et accumulées. Il n'est pas seulement portier, mais modérateur de la digestion ; non doué de mouvement volontaire, il est soumis à son Bios ou i son Ârchce. Pyhrus rector, p. 180 et suiv. Il y a plusieurs portiers dans la doctrine de Van Helmont. C'est aiusique l'Archée est appelé Au^ïjanitor animae dans Çonfirmatur movborum éedcs in aniniasensit., 2, § 11, p. dd8.
PHYSIOLOGIE SPÊaALE. ^ DIGESTION. &9S
crément de la plus grande partie de la crème^ ne se fait point par la coagulation du cruor et la séparation de la partie la plus séreuse, car le cruor, loin de se coaguler dans les mésaraïques, n'est pas mônoie coagulable tant qu'il demeure dans cet estomac, comme on le voit dans la dysenterie. La séparation de l'excrément séreux d'avec le cruor se fait donc dans les mésaraïques elles-mêmes, par un ferment bien différent et un tout autre viscère que dans la sanguification. C'est en effet un certain acte qui condamne une partie de la crème à devenir excrément, tandis qu'elle conserve le cruor et le laisse intact (1). La sanguification est donc précédée de la production et de la séparation de l'excrément. Et Vutèrus de l'urine commence avant les mésaraïques, mais ce n'est pas encore l'utérus du Duekch (2), parce que le ferment des reins change l'esprit de l'urine dans le foie et à Tentour. Le ferment du fiel change donc en sel d'urine tout ce qui était acide dans l'urine. L'estomac du fiel est le duodénum et le conduit (arundo) de l'intestin voisin {jéjunwn)\ il se termine à l'origine des veines du mésentère. 11 faut insister sur l'usage des parties et des ferments, jusqu'ici inconnu dans les écoles, en présence surtout de leur doctrine : Le aang xe fait dans le foie et le fiel avec le sang^ car il s'ensuivrait nécessairement que la séparation du fiel par le mouvement et la nature serait postérieure à la sanguification. La vésicule du fiel devrait donc se trouver au-dessus du foie et non au-dessous près de la veine porte, etc. » (§21-22.)
« Le ferment du fiel est perfeclif de la crème, préservatif du sang et corruptif du sérum ; ces trois qualités se rencontrent en ce point, que le fiel change en sel salé le sel acide de l'estomac, sel acide nuisible et corruptif partout ailleurs que dans l'estomac (!). Quoique j'aie dit que, eu égard à la séparation du lotium et à la transmutation de l'acide en salé, la sanguification venait en second lieu, cependant les deux ferments, celui du fiel et celui du foie, commencent en môme temps, car ni l'un ni l'autre ne chôment jamais. Le ferment du foie, conmie ayant un plus grand travail et devant arriver à une plus grande perfection, accomplit sa tâche plus lentement que le ferment du fiel. l.a transmutation delà crème devait en effet précéder, afin que le foie, débarrassé d'un poids inutile, pût vaquer avec plus de liberté à la sanguification. La seconde digestion^ ou digestion du fiel, est donc distinguée de la première et de la troisième par le ferment, le viscère, Vutérus (le lieu}^ le goût, l'efi'et et la fin. Jus-
(1) Il est difficile, au premier abord, de savoir s'il est bien question ici du cruor ^ proprement dit et du sérum, ou du sang considéré dans sa totalité, et d'un liquide séreux excrémcntitiel. On peut admettre celte dernière supposition d'après les phrases suivantes. Le sérum serait alors ce que Van Helmont appelle lotium,
(2) Voyez Retenta, p. /i98: « Si scoria (quam aiîbi stercus Uquidum voco) ab. intestinis cum lacticc jungatur, supra justam P>^poti;oiielD> ^^ ^^^ venu fiuctasi, jam aderit Duelech, » — S'il y a putréfaction, naî^^ . i^ délires et \m lybnei*
fttt VÀN BKLMOIIT.
qo'id les écoles, par suite de leur erreur sur Tusage du fiel. De cooDiii* sent pas bien cet ensemble. Dans la première, reslomac est le réceptade, la rate souffle un ferment acide sur la nourriture et il ea résulte une crème acide. Dans la seconde, les intestins grêles sont restomac, et Is llnment est inspiré par le fiel pour la corruption et la séparation de h partie aqueuse, et l'acide volatil se change en volatil salé.» (§ 27-29.) (i).
■ Je déclare donc que le fiel est un viscère vital« que aon corps est une liqueur araère, préparée du meilleur sang, baume du foie et leçontenant du sang. Tout ce que par hasard il rejette de lui daas le duodénum, est un excrément, un Uquamen que déjà il méprise (2), et qui le rend dans les autres intestins où il change graduellement de couleur, de goût et d'odeur. La crème séreuse qui reste est évidemment attirée et bornée dans les veines mésaraîques pour servir au sang, m (§ 36-35) (^
« C'est dans le duodénum que le chyle commence la traDamutatioa de son sel acide volatil en une salure pareille, dissoute dans la crène. La substance la plus corporelle qui reste dans la crème, attend lasangnfleation dans les veines du mésentère, du ferment inspiré par le foie. Le liqueur salée étant attirée par les reins su delà do Me, eUa eat confiée peor l'expulsion aux reins et à la vessie. La troisième digeêiùm commença dfloc dans les vaisseaux du mésentère, et se termine dana le foie. Le sang, en effet, tant qu'il est dans le mésentère, n'est pas encore ni digéré, ni fibreux, ni parfait. C'est pour cela que dans la dysenterie le sang dg niésentère ne s'épaissit pas (non concrescit; ^-nese coagule pas)^ tandis qu'aie saite de la rupture d'une veine dans l'estomac, le sang se fbrme aossilôt ea grumeaux. » (§ 37.)
« La crème courant à travers les intestins devient plus sèche, sa partie liquide étant attirée par les veines supérieures : ce qui reste se potiéfia de plus en plus, tellement qu'aux confins de l'iléus il se produit déjà beaucoup d'excrément liquide, lequel, avant qu'il soit entièrement pourri, est dirigé vers le mésentère afin d'y être mêlé au lotiwn^ utile i sas ins. » (§ 38.)
■ La crème traverse les intestins, en partie, en les imbibant, cobom l'eau salée imbibe la vessie (6), en partie par la succion propre de la sympathie, à travers les pores (proprio sympaikiae smtu pm- poros}, ouverts
(1) An § 30 se froove un jfrand clogfe an cWmrfficii Wnrte.
(2) I^ duodénum sort ainsi à deux fonctions : à une seconde digestion et à livrer psinge aux excrémeaUi du foie.
(3) Yùjet, fin du §§ 35 et 36, de beUes lii^tAires sur le goût des exerémeata, saitaBt les aliments ingérés et la force du ferment sterroral. — Cf. eependtnt De febribuM, xv,^ 3, p. 777 : « An forte stercus olidnm hispetisse, et baeulo agi. taxe, glorioshis eat Gaienicae tnrbae, «jnam nobis femos, tasa et carbones IractasaeTa
(à) Un pea plus haat^ it dte quelques expériences qaTil a IWtes im ce s^jct, eim« tradietairtni€Bt à caHes de Paracelse.
PHYSIOLOGIE SMCIAUS. ~ DIGESTION. Ml
pendant k vie (comme sous TaclioD de le chilenr lee eaux ptoèlrent dans la vessie), mais fermés après la mort... Les veines dispersées dans la double tunique de Testomac n'ont pas les pores dont nous avons parlé; elles sont poreuses cependant en tant qu'entourées d'une tunique exté* rieurey et elles transsudent le sang alimentaire. La cuisine ou digestion propre de Teslomac se fait du dehors au dedans, mais la préparation universelle qui a lieu dans la cavité de Testomac y est circonscrite tout entière, et cela pour éviter qu'une double digestion ne produise la conftinoo. il 7 a deux cuisiniers dans l'estomac : l'un vient delà rate;rautre, qui est propre à l'estomac, produit les diverses digestions. Le ferment ■dde dissout dans l'estomac la nourriture en suc, mais le ferment acide ÛMk chyle, par la propriété qu'il a de saler, met à part le chyme pour le Mng, et en extrait l'eau, l'urine, la sueur, l'excrément, le liquide jaune Btles parties épaisses de la saburre. La digestion n'est donc pas dans Featomac une transmutation formelle de la nourriture. » (§§ àSndid. Voy. plna
■ Les parties dissimilaires (fim alimentaires) de la crème se putréfient m le ferment stercoral, et sont privées de la vie moyenne et de l'Arcbée ; «ndis que la transmutation s'opère seulement sur les parties homofènes... L'excrément diffère essentiellement de la nourriture mflcfaée. Il M Ikut pas croire que la seule chaleur puisse, en peu d'heures, putréfier :e que la chaleur n'a pas non plus changé en une crème quelconque ; ce l'est qu'aux ferments propres des cuisines que cette putréfaction est due. )onc la nourriture n'est pleinement transmutée que lorsque, après avoir lompté son Archée, notre Archée vital fait son apparition, armé d'un MNivoir absolu sur le premier {eum plena voisallaiione prioriêy C'est ainsi m eièt, que tout le vin se change en vinaigre, tout le vif argent en or, ont l'oraf en poulet, tout le sang en aliment ultime. Je pense done qu'on e trompe en disant qu'il n'y a pas d'aliment sans excrément. » (§ 49-61.)
t Nous nous nourrissons par les choses identiques à celles dont ooai ommes Ibrmés; or nous ne sommes pas formés de crème. L'estomac l'est pas nourri d'une autre matière que les autres membranes qui n'ont let de crème. La crème ne reçoit la rie que par les degrés du sang, et 'estomac ne peut se nourrir d'un aliment qui n'est pas encore vital (9]L A crème est un élément liquéfié, ayant encore l' Archée et les propriétés :e l'aliment ; mais les parties spermatiques et les similaires de la première onstitution ne peuvent se nourrir d'une liqueur non encore changée en espèce humaine. Les veines ne sont pas dispersées dans l'estomac pour
(1) SvHant das cooipAraisoBi tirées des opéntions chindqiiet oe de développe* lent et de récloiion de l'œuf.
(f) G'esl4*diT« que l'sliinemt doit loi revenir coauee avi sntreseMiabrss, et qui! e se nourrit pas immédiatentat des aUneals qu'il rt»i|^^ et aiMaels il a hit aa première digestion.
kW VAN HBLMOEIT.
sucer le sang, mais pour répandre Taliment; or, elles ne contieDiieiil point de crème. » (i 52.)
« La crème, tombant du pylore dans le duodénum, aussitôt saisie, dus sa sphère d'activité, par l'insufflation du fiel, change son acidité en salaie, et sa partie la plus aqueuse devient séparable de celle qui est plus pare,et elle est attirée par les reins. D'où il résulte que l'urine est assez salée, et le sang moins (i). » (§ 56.)
« Ainsi, la troisième digestion se fait sous la présidence da ferment da foie, qui, par une odeur cachée de gaz (7), commence la sangnificatioa, dans son estomac du mésentère, et l'achève dans la veine cave. > g 59.)
« La quatrième digestion s'accomplit dans le cœur et dans son artèie {aorte); durant cette opération, le sang rubicond et plus épais de la veine cave s'élabore, devient plus Jaune et manifestement volatil. En effet, le cœur a une oreille de chaque côté, et au ventricule gaucfae une artèie qui bat, insérée par un grand tronc, afin que par une double manœuvre elle attire fortement le sang à travers la cloison qui se trouve entre lei deux ventricules, au milieu du cœur. Rappelez-vous ici ce que J'ai dit ailleurs (2) de la porosité de la cloison qui sépare les ventricules do cœur, et comment le sang ne reflue pas du sinus gauche dans le droit, mais seulement l'esprit de vie, comme à travers un crible serré. Ceit donc la quatrième digestion, manifestée par la couleur et la consistance de ce qui est digéré, qui distingue le sang du foie du sang artériel.
« La cinquième digestion transmute le sang artériel en l'esprit vital de l'Archée; J'en ai parlé dans l'écrit Sur le Blas humain et dans celui Svr Vesprit de vie. Je n'ai pu me satisfaire entièrement relativement à an point (3), à savoir si dans le sang Jécoraire (quoique, après avoir dépassé le mésentère, il ait acquis le summum de sa perfection) il yavait quelque esprit (I) ; mais ce sang m'a toujours fait l'effet d'une certaine masse mamiale et de matière ex qua (/i), mais qui ne doit pas être tenue encore pour un sang vital parfait. Car si le sang de la veine cave avait mendié cet esprit au foie, l'oreille droite du cœur serait inutile ; cependant elle n'a pas d'autre but, dans son opération incessante, que d'attirer da ventricule gauche quelque partie de l'esprit hors de la cloison du cœur, afin que le sang commence à être vivifié dans la veine cave, près du cœur, par la participation de cet esprit; mais comme on trouve à gauche une
(1) Ce paragraphe et le suivant sont en partie dirigés contre Paracelae.
(2) Voyez page 486. De ce passage et des §§ 62-63, il résulte que les porosités interventriculaires servent à la fois et par deux courants opposés, à tamiser te sang et Tesprit.
(3) Ce n'est pas un point seulement, dans toute cette théorie, qui ne nous satisfait pas; l'erreur y est perpétuelle et l'absurdité fréquente.
(à) Une matière dont on tirera quelque chose.
PHYSIOLOGIE SPÉCIALE. — DIGESTION. Ml
Dreille, et en outre un grand tronc de l'artère, il en résulte qu'il y a une plus grande attraction du côté du ventricule gauche, et qu*en conséquence le sang veineux reçoit peu d*esprit vital (i). » (§§ 60-63.)
« Je ne fais pas de différence entre ce qui est animal et ce qui est vitaL En effet, dans un navire, le gouvernail est confié à un seul homme, et on ne pourrait sans confusion en charger plusieurs; ainsi, dans le sinus du cerveau, je n'admets pas pour Tesprit animal une digestion nouvelle. De môme que l'esprit ne diffère pas spécifiquement de lui-même dans tous les organes des sens, et dans ceux qui exécutent les mouvements, quoique les sensations diffèrent entre elles par Tespèce et le mouvement, de môme, je crois que vouloir imaginer plusieurs ilrcA^x dans l'homme, c'est introduire la confusion (2).... Les excréments elles dissimilaires n'existent ni dans la quatrième ni dans la cinquième digestion, et il n'en provient aucun. Il est donc faux qu'il y ait un excrément dans tout aliment. Le sang et l'esprit se rencontrent dans une unité vitale et univoque. Si quelques restes des premières digestions envahissent les artères ou y naissent, ce n'est qu'un mouvement morbide troublé et confus. Mais je ne parle ici que des digestions ordinaires. » (g§ 6U-66.)
« La sixième et dernière digestion {nutrition ou inttususceptûm) se fait dans la cuisine particulière de chaque membre; or il y a autant d'estomacs que de membres à nourrir. Dans cette digestion, l'esprit particulier à chaque lieu se cuit à lui-môme son aliment (3). » (§ 67.)
n Les veines^ quoiqu'elles soient le vaisseau de l'aliment préparé pour la cuisine des solides, ne sont pas cependant la cuisine des solides. Chaque solide a sa cuisine propre en lui-môme. Donc le cruor et le sang ne subissent d'altération que s'ils sont mis en contact avec les solides, parce qu'ils sont transmutes par la propriété des solides en semence crue, mais non d'euxmêmes ù l'extrémité des veines (U). Ensuite le mucilago spermatique n'est pas versé {irroratur) par les veines dans les solides, car le mucilagineux ne s'accurde guère avec la rosée; mais le sang ténu et fluide, et le cruor,
(1) Un peu plus loin, il dit qu'il n'y a pas d'esprit hépatique dans te foie ; il n'admet qu'un esprit de l'économie vitale^ car le s&nfg coule, il est vrai, entre les fibres des muscles et devient chair, mais il passe (transcendit) non facilement pour nourrir les viscères et les fibres de la chair. En effet, un convalescent exténué reprend aisément sa chair; il n'en est pas de même quand l'exténuation est la suite d'une maladie d'un viscère. — 11 est difficile de bien saisir la liaison des idées.
(2) Je m'explique ailleurs (p. àSb, note 1) sur cette phrase. Van Helniont ne se montre pas ordinairement aussi avare de créations inutiles.
(3) Une partie de ce paragraphe et les suivants sont diriges contre les théories des anciens et de Paracelse sur la nutrition.
(A) Ceci se rapproche un peu plus de nos idées que celles de Galien, réfutées ici même et dans d'autres passages.
698 VAN IlELMONT.
tnmbuiit daDsla cuisine de chacun, sang et cruor qui lui >on{ traiismut'^ que. par le ferment local. En Iroisiôme lieu, il n'y a pas, comme on l'i imaginé, des endroits creux {inania loca) avides de rosée. Qualrîèmemcn!. Talimcnt n'est pas appliqué au\ solides sous forme de rosée qui, peu auparavant, était un mucilage. Enfin, cette rosée ne s*unit ni ne s'assiaiil-> aux solides ; mais tout ce qui s'assimile à eux s'assimile durant les année? d'accroissement ; dans la suite, conmie le cruor et le sang se sont gli^ dans les solides par une succion naturelle qui se continue, ils y sod! U mOme digérés, adaptés, et disparaissent enfin par diaphérèse. » (§ 68)
Pathologie générale. — Je suivrai, pour celte partie de noire étude sur Van llelroont, le procédé que j*ai adopté pour Texpa^/ de ses idées touchant la digestion ; en d'autres termes, je rassemblerai et je «grouperai systématiquement les divers passages qui sont relatifs à la maladie en général, aux causes elîScientes et occasionnelles, par suite, à la nature même de la maladie, à ses symptômes, a ses produits, à ses terminaisons, enfin au sié[;^ des diverses maladies.
Pour mieux saisir le sens de la doctrine de Van Helmont, li faut rappeler les principes les plus généraux de sa pathologie, qui, sous le nom (ÏArchéisme, ne diffère pas sensiblement des principes de la doctrine vitaliste, laquelle, ne se contentant ni de l'âme, ni de son dédoublement, ni du corps, imagine un ou plusieurs rires ou principes particuliers et intermédiaires pour expliquer la vie et la maladie (1).
(1) Van Helmont «listin^^io, mais non pa-« tonjours très- nettement, VArchée àe Vdme sefisitine ; il lo place à nn ranjr inférieur, car il est son portier (voy. p. 492, note 2). Cette àmc reçoit, p^r délépration de rAmc immortelle, {mens t'ntmortafh) qu'elle renferme comme dans une silique, ou c«»mme dans un noyau, le regimen vitnt;Qi ks raculté« vitales dont rArcluH.' est le lien commun; son siège central crt le duumvirat (Yoyei p. 483, note 2, et Seriez nmmne ^^ 28-32, p. 233. Ici ce>t rorifice de TestoniHC qui est le siégtï c^'nlral). « Il i.Mtt, dit-il ailleurs, hors de coutestatitm que toute» les maladies, en s*insurgeaut contre les puissances de rame vcnsitive, attaquent immédiatement celle âme caduque et mortelle ; la lutte se fait d'abord sentir à l'Archée, portier de Vkme {animtip janitoi)^ et pénètre cusuite jusqu'au noyau de lame, n — D'un autre côté, la Safw*c joue aussi son rôle: il semble que l'Arcliée était plus spécialement char^ré de soutenir lecontlil qui produitla maladie, tandis que la \////<;v\ sollicitée, dirigée, ravivée, non par elle-même ou par se» propres forces, mais sous- l'action de médicaments euergiqucs, avait pour mission de tranclurr le difTéreud en rétablissant l'ordre, c'est-à-dire la santé. (Voyei Confir-
Pour les anciens, et en raison de leurs théories humorales, la maladie est le travail d'élimination de la matière morbide, travail placé sous la direction de forces hypothétiques ; pour les vitalisles, c'est un combat entre le principe vital et la matière morbide (1). Cela revient si exactement au même (voy. p. dià) que Ton comprend difficilement comment Van Helmont a pu faire avec tant d'acharnement la guerre à la définition galéaique, sous prétexte qu'en une définition de la maladie ce n^est pas seulement la question de mots, mais le salut des maladesqui se trouvent engagés, comme si le salut de ces mêmes malades était assuré par les définitions et les catégories de Van Helxnont. — Noos le verrons bien tout à l'heure.
M. Bouchut(2) termine les extraits qu*il a empruntés à M. Bordes-Pagès (8) par cette phrase : « Pour être juste envers ce génie méconnu de ses contemporains, Thistoire doit le pla-
Mutur morborum sedes in anima sensitiva, p. àM-àbi, et particulièrement g 2, n* 40, p. ààS,) — Ce naturisme n'est p«:i compromettant. — La doctrine de l'Archée \icut de ParaceUe, avec des modifications. — (Voy. plus haut, p. 399 et suiv.)
(1) Dans Satura contrariorum nescia^ 37-âO, p. 138-lâi, Van Helmont clierclie à établir qu'il n'y a point de principes opposés dans la nature et eu nous, ou point de forcei contraires l'une à l'autre (contrarietates). La génération nest IMiinl l'opposé de la corruption^ ni le petit du grand, ni le courbe du droit, ni le froid du chaud ; ce sout des manières d'être absolues en soi. 11 définit ain:<i la Nature: « Iji Nature est cet ordre, cette volonté de Dieu {Jusswt Dei) par laquelle une chose est ce qu'elle est, et fait, mais à propos, ce qu'il lui a été ordonné de faire. » (39, p. lAO. — Voy. aussi Physica, 2, n" il, p. 38). La maladie n'est donc pas uu combat entre priocipes opposés, par exemple, entre le chaud et le froid, la santé et la maladie, la maladie et le remède. La crise n'est pas un jugement, et si la nature est médicatrice, elle devrait l'être par sa bonté et non par ses qualités batailleuses (Voy. Ign* fu>$peé^ 71-72, p. 399). — Cependant U lutte de i'Archée Aoulre la maladie eat bien un combat entre deux êtres opposés; d'ailleurs Van Uei:nont, dans Ignotus hospes, 63, p. 392, dit: « Quoique la maladie, quant à ses causes, loit naturelle, pour ce qui nous regarde cependant, elle est toujours contre nature, tant parce qu'elle tire son principe du Blas exotique (principe de moureuieiU local et aUéraiif; voyez Htas meteor., i^, p. 65), que parce qu'elle porte et suscite d'eUe-m/ème un Blas hostile. »
(2) Histoire de la médecine et des doctrines "iédictii^g^ P* ^^^*
(3) Revue indépendante, 1946. — Ado|>taiU la i|^',|,i,e |]iéUio<ie que pour Para*> «elle, M. Bottcbut ji^ge Van U^imont Muknient d\^ ^ et^^ ^^'^ insuI^MiOs de M. Borde»-Pagèi. *^^
cer au premier r«ing de la phalange de ceux qui ont contribu aux progrès du naturisme. » D'abord il faudrait savoir si 1< progrès du naturisme sont un progrés pour la pathologie; < en second lieu, il reste à prouver que Van Helmont était m turiste. Cela ne ressort pas clairement de ses écrits ; le contraii même est plus probable ; on ne voit, en effet, nulle part que Va Helmont ait accordé à la tiature assez de force^ de prévoyance i d'intelligence pour lui abandonner, soit la direction des phénc mènes organiques, car il a accepté TArchée, soit la conduite d traitement, car il ne se contente pas de donner h la natar une espèce de béquille pour la soutenir dans sa marche th( rapeutique (1) ; il possède au contraire un arsenal pharmacei
(1) Vosci Ignotus hospeit, 89, p. hOU : « La nature abattue^ comme danslalèpn rastlime, l*hydropisic, ne peut jamais se relever d'ellc-niôme; mais ce ne serait p? même assez de se relever, car si les nerfs ne sont pas ralTermis, la rechute est facilo. (Voy. aussi les §§ 56-58, p. 197, 198, où le naturisme n'est pas moins ixiitigo r restreint.) — Cntarrhi dcliramenla, 1, p. 346 : «La nature est médicatrice des mi ladies, et le médecin est son ministre ; mais cela s'entend des maladies que la natar guérit toute seule, aponte sua ; pour les autres, où la nature succombe et ne peu plus se relever, le médecin a été créé par Dieu, et alors il n'est plus seulemen mùiisttfi'y sed iuterpre.^^rector et herus prnepotcnx. » — C'est à propos du répm et des répugnances de l'estomac que dans VicUis ratio, 26, p. 366, il est dit: cl faut servir la nature .ancil/andum) et non lui commander.»— Cf. Snfura contu' riorum nescia, 39-40, p. 140, où il semble combattre tour à tour la doctrine de crises par celle de la nature méiiicatrice, et la nature médicatrice par les cùnî (Voyez plus haut, p. 499, note i .)^D€febrihus, xi, 17, 18, p. 772 : « Le bon raédi: cin doit négliger les crises, car ce n*est pas la niture qui fait la crise, si ce nV$t certains jours, lorsqu'elle porte seule le fardeau ; le vrai médecin doit donc se rendr maître de la maladie avant la crise, etc. n Cf. tvii, 8, p. 785. — Dans Potestas m^/: caminum^ 17 et 44, p. 379 et 384, un ouvrage révélé de Dieu en songi.*^ il a vu et/i* comnt que la nature doit être énergiquemcnt aidée pour se relever. — Eutin dan Scholne humorist . p{iss. deccptiOy 88, p. 802, il est dit qu'il faut non détruire la ni turc médicatrice par les saignées et les évacuations, mais la relever et la soutenir pai des médicaments et des médicaments actifs, ce qui re>ient tout simplement à din qu'il faut non pas miner les forces, mais les entretenir et les augmenter^ non pï tuer, mais guérir le malade. — Il y a même à relever un passage curieux de Pleure furens^^, p. 318, où la nature et la vie semblent une môme chose: « La vie estb nature, qui seule guérit les maladies; si elle fait défaut, le médecin lève les épaules ; donc il ne faut pas saigner pour ne pas affaiblir la ^ic. » Ce n'est Tniiraent pu là ce qu'on décore du nom de n iturisme, une doclrina que cbacon tante, qne personne ne suit et qui n'est jamais définie rigoareateaieiit.
tique très-bien monté. La phalange à laquelle Van Helmont appartient, c'est celle des vitalistes ; il a tous les défauts et tombe dans toutes les erreurs de la secte, mais il en offre aussi quelquesuns des bons côtés. Le seul mérite du vitalisme, et ce mérite ne manque pas absolument dans l'œuvre de Van Helmont, c'est qu'il a conduit, en mettantde côté, bien entendu, le principe particulier et surajouté dans l'organisme {Archée ou principe vital), vers l'étude des propriétés inhérentes à la matière organisée (1), ce qui est le vrai naturisme. C'est un progrès sur les facultés naturelles de Galien, une réponse anticipée kYiatromécanisme; une Ihéorie plus physiologique que Vatiimisme. Ënûn, en raison de cette proposition émise par Van Helmont, que l'état de santé et l'état de maladie dépendent également de l'action d*une force vitale, le vitalisme est une préparation indirecte, lointaine, il est vrai, réelle cependant, quoique aucun vilaliste n'en ait eu nettement conscience, àla doctrine actuelle qui fait delà physiologie pathologique un domaine de la physiologie normale. Mais précisément cette doctrine a eu pour résultat de détruire les derniers vestiges de Tonlologisme pathologique, qui est la conséquence naturelle d'un système où la force vitale est elle-même un être particulier dont la violation par une puissance hostile engendre un monstre, c'est-à-dire, la maladie, un être réel et substantiel (2).
(!) On pcul citer une proposition remarquable sur la vie des muscles, mais qui, malheureusement pour Van Helmont^ n'aboutit encore a rien, parce qu'elle ne repose pas sur des données expérimentales et scientifiques. Le fait est vrai, l'explication est mauvaise et stérile. A propos des convulsions chez les épileptiques, notre auteur dit: « Que si le mouvement spasmodique involontaire persiste encore, on ne doit pas tant en attribuer la cause à l'àme qu'à la vie propre aux muscles, laquelle, uin$i que je l'ai enseigné ailleurs^ se montre souvent encore quelque temps après la mort, comme il arri\e aussi que le tétanos persiste longtemps après la mort ; de sorte que, quoique la vie des muscles découle de l'àme sensitive, elle rei;oit cependant une certaine vertu propre, ainsi que ]a persistance dans le lieu {ioci statio ; rigidité, fixité ou mieux tonicité). — Co/z/ifitiia/ur ntorborum sedes in anima orer/iA^y., 5, p. 449 ; cf. Vita multiplex in komine, p. 579.
(2) Si on lit avec attention Ignolus hospes morbus, 61 et suiv., p. 398, je ne
croîs pus qu'il soit possible de voir autre chose dans ce passage capital (Cf. ibid.,
àO; Ortus irnaginis morbosae, 2; De febribus, xm, 2-3, p. 774) que de la pure
ontologie. Dans le même opubcule, 54, p. 397, il blâme les anciens de considérer la
maladie comme une simple qualité, et non comnio ét&i^t matérielle.-— Van Hebnont
5M TAM nWOlVT.
De la maladie en général. — « Diea n'a pa fait la mort ; cela «t de foi : donc Thomme est devenu mortel autrement que par Dieu. Et commo le but où tendent et »c terminent la plupart des maladies est la mc-rl ellc-m^mc, laquelle n'est autre chose que Textinction de la \1e, il tu résulte que la maladie et la mort sont diamétralement opposées X la Yie(l): d'où il suit que foute maladie agit immédiatement sur la yic: mais elle ne peut rien sur la vie si elle n'est appliquée et mêlée à laûe. Cependant l'ennemi maladie ne s'applique point indistinctement ù la vjr sans qu'auparavant il n'ait assiégé quelque partie de la vie et se soit implanté totalement ou partiellement dans la vie elle-même. Après quoi. la partie de la vie envahie ou vaincue se retire du souffle (aura) xiial, c( cette partie vaincue et dégénérée devient hostile & la partie de la \\e subsistante et encore en possession de son intégrité. 11 s'ensuit alors nécessairement que toute maladie, de même qu'elle trouve sa matière dans le souffle organique de la vie, matière au moyen de laquelle elle attaqin' la vie de plus près ot plus profondément, trouve sa cause efficiente da!i> la même lumière vitale. F.l ainsi la maladie, en possession de la matière et de la cause efficiente, demeure autour de la vie. Il imporip peu que ce principe morbide (contagio) soit produit par des causes orrasionnclles ou par une déviation de la vie engendrée dans Tintérieur de l'Archée (2); il suffit qu'ici, dans les deux cas, la vie soit le principal objectif {objectum) pour la maladie hostile. Comme la vie elle- même o>t un être lumineux (3), elle n'agit que par l'organe du souffle vital, ou par l'Archée comme intermédiaire (médium) entre la lumière de la vie qui vient du Père des lumières, et le corps. Mais l'action de ce souffle ou de cet Archée n'est pas différente de ceUe que tout esprit séminal exerce s'iir la masse qui lui est soumise, c'est-à-dire en lui imprimant une marqiii: ou idée sigillaire, laquelle sait ce qu'elle doit faire et dans quelle direction. Donc toute maladie a une marque sigillaire, et comme un acte séminal qui sait ce qu'il doit faire (li)> »
n'est paî» toujours aussi positif; mais M. Rommelncrc s'écarte de la vérité quand il affirme (p. 370 et 382), coutrairemeiit à l'opinion généralement reçue, ft ri la majorité des textes (j'en pourrais citer d'autres, voy. par ex. De ideis morh. , 30, p. 435), que Van Ilclmont n'est pas ontolo{|:iste. On doit reconnaître que rien n'est plus obscur que la manière dont Van Helmont concevait la maladie en ^-éiii>ral ; néanmoins, les passages que je viens de rapporter sont trop explicites, dans hi question spéciale de l'outologisme, pour n'en pas tenir rigooreuseraent compte.
(1) Voy. p. 511.
(2) Voy. p. 509.
(3) a La vie en soi est une certaine intégrité lumineuse avec laquelle la maladie ne peut pas cohabiter ; de sorte que la maladie ne subsiste que dans un vice de la vie ou dans une vie dégénérée. » IgnoL hospes nwrb,, 40, p. 394.
(à) IgnoL hospet morb,^ 8-iO^ p. 391.
Ce passage contient, en substance, la théorie de Van Helmont (et certes on ne saurait dire que ce soit là de la pathologie générale appuyée sur la physiologie et la clinique) touchant l'essence et l'origine première des maladies. Les extraits suivants serviront de commentaire, car il faut pénétrer encore plus avant pour savoir précisément sur quels fondements repose une telle théorie.
Ce que n'est pas la maladie ; ce qui n'est pas une maladie. — « loi maladie n'est ni une diathèse ni un accident lésant les fonctions, c'est encore bien moins cette lésion elle-môme, provenant du combat des causes nuisibles contre les puissances qui nous gouvernent. La maladie est un être réel, ayant une cause matérielle et une cause efficiente, provoquées (^lles-mémes par les causes occasionnelles (i). »
« J'expose maintenant tout au long la doctrine inouïe de l'ôtre morbifique, afin que les médecins apprennent à regarder les maladies dans leur source, et cessent de se laisser tromper par les opinions païennes (2). La maladie n'est donc pas une certaine intempérie des qualités élémentaires, ni une victoire émanant de leur lutte continuelle, comme les galénistcs l'ont rêvé jusqu'ici ; ni une des quatre humeurs fictives dépassant sa crase et s'égalant aux quatre éléments (aequiparatus); ni une matière quelconque dégénérée, suscitée par l'impression des éléments. Toute matière excrémcntiticUe est soit une matiCre nue (simple) précédant la maladie, et par ronséqueut cause occasionnelle de la maladie; soit le produit de la maladie (voy. p. 513) résultant de l'erreur des parties, et ainsi un certaiu eitet postérieur de la maladie, quoique ensuite il produise occasionnellement une autre maladie, ou qu'il réveille et aggrave une cause maladie) précédente. La maladie n'est pas non plus une qualité mauvaise produite par le poison ou la contagion d'une matii^^re autre et nuisible. Ces défauts {peccata) accu^-ent seulement la présence du mal^ non un effet, dépendant do là seulement occasionnellement. La maladie est donc un certain être né, après qu'une puissance étrangère nuisible a violé le principe vital, pénétré jusqu'à sa force, et, en y pénétrant, excité l'Archée à ] 'indignation, à la fureur, à la crainte, lesquelles passions excitent une idée semblable à elles (3). »
« Le calcul n'est pas une maladie ; c'est la lithiase primaire {U) y etlavé-
(1) lynot. hatpe.t mort,, 40, p. 394.
(2) Expressif^ paraccisiquc.
(3) Ortus imnginia movbosae, 1^ p. 441.
(4) C'est-à-dire, la maladie est la puissance forniatricp, Vidée (çcnératricp des calculs, ce qui équivaut en partie k ce que nous appelons diathèse (voy. p. 507, note 3). Par analo(^ie, sans doute. Van Hcluiont soutient ici, non sans raison (voy. p. 512, note 1), que /« malndie existe toujours en /j^^^ dans le* intervalles des accès de la lièvre ou des attaques de i'épilepsie et ^^ . ^ouite*
50& VAN BBLIIONT.
ritable maladie Duelech» est Vidée elle-même entée radicalement dans les puissances de TArchée des reins ou de la vessie. Cette idée n'existe pas chez les gens en santé ; en conséquence elle ne produit pas, n'excite pas, neséparepas régulièrement chez eux parFurine, laquelle contient en elle matériellement ce qui est nécessaire au Duelech (i), le calcul ou le gravier qui s'y trouve en puissance prochaine. Mais les ferments [calculeux] une fois introduits dans TArchée des reins et des parties qui en dépendent, son idée active ((ictuans) et efformantc s'y établit, parce que la puissance prochaine était à l'état latent dans la matière. C'est ainsi que se forment le calcul ou le gravier qui sont les produits de la véritable lithiase (2). Cette idée qui habite dans l'Archée, enté dans ces parties, est le séparateur morbifique et l'artisan qui commande à la faculté propre de cet organe et la gouverne suivant ses errements déréglés. En effet, au-dessus de cette faculté innée et vitale des reins, se trouve la puissance des idéa séminale et fermentale : le produit qui procède de cette maladie primitive dans la voie de la génération est le monstre Duelech lui-même. Cela est également prouvé par deux propositions : l'une, que toute maladie est dans l'être vivant, et par conséquent dans l'Archée moteur, et non dans l'être mort par lui-môme et inerte (3); l'autre, que la maladie est un être substantiel, existant en nous par lui-même. D'où Je conclus que la maladie^ à l'instar des autres êtres naturels, procède du non être à l'être et natt séminalement {U)- »
Qu est-ce que la maladie? — Maintenant que nous savons ce qu'il ne faut pas considérer comme étant la maladie^ cherchons à deviner (car c'est le mot dont il convient ici de se servir, tant les idées sont vagues et parfois contradictoires) ce que Van Helmont considérait comme étant réellement la maladie. Ce qui ressort le plus clairement de toute la théorie nouvelle {theoria inaudita), c'est que la maladie est un être^ ainsi que nous avons déjà cherché à l'établir plus haut (5).
« La maladie est un être réellement subsistant dans un principe inVisible, être doué de propriétés diverses ; mais ce n'est pas une intempérie
(1) Il n'est pas même vrai que l'urine normale contienne en elle et eu pui>sancc tout ce qu'il faut pour passer à l'acte et former le Duelech'Caicul.
(2) Vo^ez ci-après p. 518 et 519.
(3) Voyez le § 25 de De ideis morbosis, et plus loin, p. 511.
(4) De ideis morbosis, 28-30^ p. 435. On ne peut rien imaginer de plus scolastique, ni rien où l'erreur manifeste côtoie de plus près l'apparence de la vérité.
(5) Voy. p. 501^ note 2 ; ci dessus, lignes 19-22^ et p. 507, note 3.
PATflOLOGIlS GÉNÉRALE. 505
OU une diathèse née du combat des contraires, du mélange, du degré et de la concomitance des humeurs fictives (1). »
D'où vient et comment se forme la maladie ? — Nous demanderons au texte même de Van Helmont une réponse à cette question ; mais il est besoin d*entourer cette réponse de quelques commentaires et de quelques rapprochements.
Pour que naisse une maladie, il faut simultanément des idées et une semence dans laquelle les idées sont incluses, puis un Archée qui se trouble et des désordres qui s'ensuivent. Mais d'où viennent, comment se forment ces idées séminales morbides, quoi de réel se cache sous ce langage énigmatique? Ce sont de pures créations imaginaires de Van Helmont, et dont il parait croire que ce sont des créations primordiales (2), qui de la puissance passent à l'acte en raison de circonstances spéciales déterminatives, mais circonstances que nulle part il n'indique clairement. La défînition qu'il en donne le prouve et montre qu'il a sans doute quelque ressouvenir de la doctrine de Platon (3) . Les idées séminales, dit-il, dans tout le système du monde, sont le principe initial, eiciiaieuv (inchoativum) de tout Blas (lui-même autre principe moteur) des semences, des générations, des changements. Il ajoute que les idées sont formées (formatae^ déter-minées) par TArchée (A), non moins que par la vertu Imaginative ; il cherche même à le démontrer par la terreur que l' Archée
(1) De ideùt morb,, 36, p. 437; voyez «aussi Ujnoius hospes morb,, 73, p. âOO; In puncto vitae subject,, p. 425; Progreditur admorbor. coynit», 14, p. 430.
(2) « Comme les idées sémiiidles et primitives, mises dans la semence par les père et mère, sont la figure d'un- homme, d'un animal, d'une plante, ainsi les idées d'inclinations, d' Affections, déterminent la physionomie et les traits du visage humain, lesquels se modifient ensuite par les idées postérieures de mœurs, d'habitudes, etc. » [De ideis murb.y 20, 21, p. 434.) — « Quoique l'imaginé {imaginatum) ne soit d'abord qu'un être de raison, il ne demeure cependant pas tel. Car la phaniaisie est une force sigillirère ; on l'a appelée jusqu'ici imaginative, parce qu'elle Torme 1rs images ou l'idée des choses conçues et les caractérise dans son esprit vital ; par suite, cette idée devient un être spirituel {de la nature des esprits), séminal et pouvant exécuter des choses importantes. » {De ideis mor6.,2, 3, p, 431.)
(3) Voy. Progred, admorb, cogn,^ 15, p. 430,
(4) Où l'Archée prend-il ces idées, comment leur donue-t-il une forme? Autant de problèmes laissés sans solution.
506 VAN UELMOMT.
ressent immédiatement, instinclîvemenl à rattouchement d'un cadavre; avant même que TimaginatioD ait conscience de la mort, il a conçu ainsi l'idée de la peur en vertu de sa propre et libre faculté, pour devenir alors le jouet de la tyrannie de ces idées (1). C'est précisément comme cela que se forment les maladies , comme on le voit par les extraits suivants.
Voici d'abord un passage où la diversité et la puissance des idées sont présentées de façon qu'il soit au moins facile de saisir comment ces idées une fois admises, agissent en nous :
« Je dois expliquer comment les idées qui se produisent chez rhomiue ont une si grande force (2), que souvent elles causent la maladie, mOme la mort î\ celui dans Timagination duquel elles sont nées. Reprenons donc : 1° I.es idées naissent dans l'imagi nation par la pensée ; 2*> elles impriment leur image sur l'esprit de vie; 3° ce sont des milieux opératifs (essemedî'j operativa) ù l'aide desquels l'Ame meut et gouverne le corps ; W ce scail des images séminales ; 5* elles sont graduées d'après la puissance et la fune de l'imagination; 6" c'est pour cela que Fcmbryon humain peut se transformer en monstres d*espèces diverses ; 7" tout homme par des imagi-s tristes, effrayantes, etc., s'imprègne de poisons séminaux qui produisent la peste ou toute autre maladie violente (voy. p. Û80, note 4); 8** les idées s'échappent aussi hors du corps de celui chez qui elles naissent. C^ar quoique l'image conçue par une femme grosse se rétléc hisse régulièrement sur li' fœtus, mPme au dernier jour de la gestation, il est cependant certain que le fœtus a sa vie propre, son fime et son ctre. Il résulte donc de ve qui a été dit, que non-seulement il y a dans les idées une tr»Vgrande puissance pour opérer, mais encore (parce qu'rlles sont séminales) pour pénétrer et opérer naturellement toute chose. En ellet, si la matière séminale ne contient pas une idée conductrice et formatrice, formée pur le générateur, la semence par elle-même demeure stérile. Enfin, ce n'est pas dans l'Ame humaine que ces idées doivent Otre immédiatement, mai? immédiatement dans l'Archée, lorsqu'il produit son mouvement {inipr tum faciens); autrement TArchée serait dépouillé de toute action, npération, ou propagation. Donc des idées viennent toute motion et action de la nature, tant dans les remèdes que dans les poisons (3). »
(1) Ortm wmgihis rnorb,, 14, 15, p. 443.
(2) « Si on s*étoniic qu'il \ ait dans i'Arcliôe idcilié {ùlt-atus) cl dans les i<ltv> séiiiiiialosuiic efticacité si grande qu'elle puisst> produire los maladies etlainort o!leniéine, c'est qu'on n'a pas encore reconnu que rorijiine naturelle de touU." chose se tron>e, pir la partie idéale, dans une semence quelconque.» (Progr. ad morh. cognii,^ 8, p. 429.)
(3) De ùteis tnorbosis^ 19^ p. ^4 34.
PATHOLMIE GtnÉBALE. 501
« Toute matière visible et élraogère, qu'elle vienne du dehors on qu'elle naisse d'elle-môme intérieurement, lors même qu'elle n'est plus qu'un liquide séparé, résidu de la nutrition des solides, et distincte, elle existe cependant toujours avec son nom propre^ sous forme occasionnelle, comme cause irritante (i), qu'il s'agisse d'une maladie primitive ou que ce soit un produit et un résultat de celle-ci, déterminant dans l'Archée un nouvel orage, une maladie nouvelle. Donc toute maladie est consommée {réalisée) de \'esi>rit enormontican par les idées conçues dans le propre subjectum de TArchée. C'est par Tinfluence de celui-ci que tout corps vivant, et non le corps mort, est attaqué par les maladies (2). »
Voyons de quels éléments se compose la maladie.
« Comme tous les êtres dans la nature, la maladie se compose de la matière (3) et de l'efScienl. En effet, l'^Vrchée efficient, en travaillant par ses exarthroscs (ti) passionnelles, et engendrant les idées de ses perturbations (car tout ce qui se produit dans la nature vient des idées incluses
(1) VoycE plus loin, p. 516 et sui?., la théorie des causes occasionnelles.
(2) De ideii morbos., 2 A, 25, p. 435.
(3) « Tout ce qui naît vient d'une semence, et toute semence tire son quelque chose de ridée inhérente ù son esprit. — La maladie, qui germe des idées comme de son principe séminal efficient, se revêt d'une matière tiui lui con\ient et qu'elle emprunte à l'Archée^ puis devient un être réel, à la manière des autres êtres naturels. » (Proyral. ad morb. cognit,, 14, p. 430.) Il semble tjue matirre de h maladie correspond à semence de la maladie. Mais qui ou quoi fournil cette semence ? — Voici encore un passage qu'on peut rapprocher du précédent : « Toute maladie est nécessairement un acte i<iéal efficient de la puissance vitale, sa couvrant comme d'un vêtement de la matière arcbéale et acquérant unt^ forme vitale et substantielle selon le plus ou moins de lenteur et de vitesse des semences idéales. » {Inpnttcto vitnesubject. inhaesion. morb,, p. 426.) — Dam Ignoius hofpes, 33, 34^ p. 393, on lit : « Quant à la matière occasionnelle^ soit qu'elle vienne du dehors, soit qu'elle se produise à l'intérieur, qu'elle soit coagulable, pulréfiable, vaporeuse enfin ou consistante, ce n'est jamais qu'occàsionneUemeut qu'elle émeut l'Archée, lui cause de rirritation et l'excite de diverses manières. C'est «ous l'influence de cette perturbation que naît l'idée qui façonne {ou dispose) une certaine partie de l'Archée. Et de ce mélange de la matière de l'Archée et tie l'idée séminale déjà dite, comme d'une cause efficiente^ naît toute maladie séminale. » — Voyei aussi plus haut, p. 5U3, Ignot, hos^H^s^ 40. — />i«pMèfP n'a pas dans ce paragraphe son sens habituel d'état morbide constitutionnel, car Vau Helmont appelle diathèse soit les troubles fonctionnels qui sont la conséquence de la maladie, et non la maladie elle-même, soit même les itroduHs (voy. plus loin, p. 513 et 519) de la maladie. — Cf. Progred. ad morb, cognii,^ 2, p. 428.
(4) Passionum {passionem dans le texte) exnrlhrosis, luxation : sans doute U mise au dehors^ la manifestation, peut-être même le désordre de ses passions*
dans les semences et se propage par elles (i); autrement les progrès de It nature, manquant d'un directeur interne, se feraient à raventure;; l'A^ chée, dis-jc, a soin de disposer quelque portion de sa substance selon les fins, hostiles àlui et au tout, qu'il s'est proposées dans cette aliénation de lui-m0me(2). Etpar cela même que la matière est arrivée au terme proposé à l'idée efficiente, la maladie est née. Et cela est si vrai, que toute maladie séminale consiste en l'acte réel qui cause la mauvaise disposition de sa matière congéniale (c'est-à-dire de ce qui produit le mouvement initial, impetum faciens) y et qui nous est appliquée (3). »
« La maladie est un certain être né après qu'une certaine puissance nuisible étrangère a violé le principe {initium) vital, pénétré sa force et excité ainsi la colère, la fureur, la crainte de l'Archée. L'an\iété et la contrariété causées par ces perturbations font naître une idée semblable à elles, et une image, fruit de l'imagination (û). Cette image se forge, s'imprime et se grave promptement dans TArchée ; et, recouverte de lui comme d'un vêtement, la maladie fait bientôt son entrée en scène, composée d'un corps archéal (5) et d'une idée efficiente (6). »
« De môme que la santé consiste dans une vie régulière, ainsi la maladie vient d'une vie lésée. La vie subsiste uniquement et prochainement dans le siège de l'âme; mais Tâme n'opère en dehors d'elle-même que par la vertu d'un organe, son serviteur, qui est le souffle vital de ' l'Archée (7). »
Complément de la théorie des idées arckéales» — a J'ai déjà parlé des
(1) u Comme aucune des choses constituées ne se fait origincUemeiit par ellemême^ uécessni rement les puissances des choses morbides et des choses vitale» dcpendeul des idées du générateur lui-même (d'où les maladies héréditaires) ou de l'Archée engendré, » {Progr. ad morb. cognit.j 12, p. 429.)
(2) Voyez Proyred. ad morb, coynit., 14, p. 430 : (f Vita quidem est ab anima, ideoque et primae constitutionis praemissus character; sed morbus a confusionibui ac perturbationibus impuri Arcliei prodiit, sibique radicaliter insertus, sic permaosit deiiiceps inseparabilis, nimirum quoad polcntiam formativam ideanim iulirmarum. »
(3) lyuot. hospes, 41-42, p. 394.
(4) « Imaginem imaginando debitam (?}.» D'après Ignotus bospes, 9à, p. 405^ lei images morbides Tabriquécs par l'Archée ne sont d'abord que de purs produits de l'esprit et incorporelles, après quoi elles se revêtent du corps de l'Archée.
(5) C'est donc ici l'Archée qui est matière et Vidée qui est effîcicnt. — Dam Ignotus hospes morb.^ 94, p. 405 : «La matière immédiate et interne de la maladie est prise de la masse de l'Archée lui-même. »
(G) Ortus imag. morb. y 2, p. 441.
(7) Ortus i7:iag, morb., 3, 4, p. 442.— 11 est dit uu § 9 (\oy. p. 480, note 4, et p. 500) que la peur de la peste crée la peste, comme la tristesse que cause la pau>reté fuit naître les scrofules !
idées humaines (1) d'affections, d'inclinations, de passions et de perturbations; mais je n'ai pas assez insisté sur les idées archéales, alors que TArchée, emporté, sort lui-môme de ses bornes, et, comme Protée, prend plaisir à se transformer. De même, en effet, que la passion de celui qui engendre implante dans la semence les idées régulières (d'où TArchée tire tout son Blas)^ tout le désordre sensuel et voluptueux, par suite de l'impureté de la nature, doit être attribué à la concupiscence, dont on ne se dépouille jamais entièrement tant qu'on demeure dans cette chair de péché, car elle est attachée à la nature souillée par les passions. L'Archée s'attriste en quelque sorte, s'irrite, est pris de haine^ d'inquiétude, de désespoir, et devient à charge à lui-même, quoique Thomme ne soit pour rien dans ces mouvements et ne les ait point sentis en lui. 11 se fait dans l'Archée des débordements qui n'ont pas de nom, parce qu'ils lui sont propres et qu'ils n'ont point d'affinité avec les perturbations humaines ; d'où il résulte que les images excentriques et virulentes produisent de vrais poisons. Ce sont pour ainsi dire des afflictions qui naissent spontanément et rongent la vie comme les mites rongent un vêtement, ainsi que parle le Sage. C'est à ces idées sans nom qu'est due l'apparition d'une maladie qui est demeurée à l'état latent,
ou qui a un caractère héréditaire Il est certain que les irrégularités
propres à l'Archée qui naissent en dehors du commerce de l'organisme et de l'ame^ ne se font nullement sentir dans l'homme Dans la passion, l'âme est en quelque sorte hors d'elle-même et se retire pour ainsi parler pendant que TArchée imprime son image sans la participation de
l'imagination (2)
« L'Archée, en tombant dans les désordres luxurieux qui lui sont propres, tout entier impatient, devient en quelque sorte furieux, et tantôt laisse échapper les rênes du régime [de la nutrition?], lequel ne peut jamais chômer, tantôt les ressaisit, quelquefois agit avec négligence et devient à charge à lui-même ; rassasié même de voluptés, cet être tout à fait irrationnel {déraisonnable) (3) se forge des tourments. Par suite de l'interruption dans le travail des digestions, l'humeur alimentaire, retenue trop longtemps pendant la sixième période {nutrition ou intususcep- £ton,voy. p. 497), produit un ferment étranger par suite de l'exubérance de la digestion, et n'atteint pas son but (/i)* Alors PArchée, comme
(i) Voy. plus haut, p. 506.
(2) Puis on entrevoit, à travers un flux de paroles, une théorie de Tinflaence du moral sur le physique, mais fort exagérée et^ parfois, des plus étranges.
(3) Comment expliquer^ dans un tel être, toutes les facultés, les puissances, souvent l'intelligence que Van Helmont lui reconnaît? A cela il n'y a rien d'étonnant, car Van Helmont^ pour ne pas rester en arrière des saintes Ecritures, accorde une sorte d'intelligence au sang. {De magnet, vulner. curat.^ 163, p. 617.)
{h,) On voit ailleurs, p. â83, note 2, que, pour Van, Helmont, la cause seconde, ou
oÏÏmyé ot so ro pou tant de son incurie première, meut de nouveau (u^u^ chos^os. Mais je no puii' expliquer d*une manière satisfaisante le« jottyidont l'Arehée se sert pour accomplir ses excentricités spontauét». l dépeindre avec justesse les idées qui en naissent, puisqu'elles sont iov sibles, imperceptibles, et produites dans rabslraction de rAn-bét pi* les fonctions rorporelles. Je ne sais pas, en effet, de quelle façoo k* principes {initia) séminaux expriment leurs qualités. J'en suis réduit des coujectun*s tirées du semblable; c'est par la comparaison dta^ est régulier dans l'homme que je les ai faites: qu'un autre plu» joi-
cieux se charge du soin d'en donner l'explication (i) Rourarriier
la paix nécessaire à vos éludes et au traitement des malades, cheidk: et vous trouverez (2). »
« Lu maladie (3) est un être existant réellement dans le corps, foi»
môiiio W siôjro des maladies se trouve dans le duuinvirat, foyer des di{reitfc«r ciMilri' do Uhis les ctrcs \itaux qu'il a imaginés.
(1) A la btuiuo lieure, voilà qui est parler d'or! Van Uctincuit iuiHnèmtf, m petdaiit dans li>s labyriutlu's dt> situ imagination, Basait plus ui d'où vifiueiit iv4 hk* ou los Hi'mcurt's, ui roiumout elles ont tant d'efficacité. Alors, il ne htlii* p» « mettre en si grands frais pour faire re>i\re ces idées et oiu: soiueuct.'^.
(2) l)f mnrltis tiiTf.raf., 7-iO, p. 438 et suiv. — il suppose même qu'oo poum. |H'Ul-ètre trouver un ariaue uui(|ue p4>ur s'opposer à toutes les ijTé|ruUntr<< i'Arcliee. — Jamais on ne me persuadera que, sous cet étran^rc ianfrage. se c^cfe di>s idées sublimes de |kitliologie );êuérale, c^r tout cela est dit a priori ot ne rci» pas >ur l'idée t|ue les mouvements plnsiolngiques de la vie peuvent, sous CATîua intluenees, se elianpT i-n nuiUNenieuts palholofriquos: rArchée e»t un être qui > fâche ou s'apaise, ou re>te calme, eomiiie se fàcbe^ s'apaise uu r%*ste ralme IbiiiM ' ronsulêre dans son moi. C'est en vuiu aussi qu'on >oudrait distintruor uolteiortles maftniies scftiiun/r» des ma/tn/ivs arvfa'^tfe*. La* passoire suivant prouve qur Ir idées de Van llelmiuit sont des plus eoufusi^s à cet é|rard ; cela résulte de h nu tiplieité de ses èlres : u Pans toutes les maladies KéniiuaU'v, je trouve une ui^ur oceusionindle qui, loninie un liùte violent et emporté, viole le drtnt d'Iiospitalitii: i trouble Ireonomie. Je eonsUite aussi que rArcbée est trouble dans chaque «if- '. die; d\ui je considère, en cîVel, une autre matière interne de la maluflie à s^ift:. I la partie tic l'Areh»'!» »iu'i')lc a S(uullec par sa propre déviatiun {tJ-frLitidt . ronune r.rurfhntMs^ \o\. p. ô»?, note 4), et dans laquelle partie elle a inlr.»!'-: riiliede sa piitnrb.ition et la cauM' séminale eflicieule île la lualanliv. » (lyv<, Aav/i. min h,, tiW^ p. 39r).)
(!i) « La maludic l'^t un certain mal pur rapport à ia vie; quoiqu elle «ieunifi' peclie (\o\. plus haut, p. 509, vi plus loin, p. 51i6), ce n'est e^riMstidant pd> ur mal à l'instar du prché tpii a pour cause une insut1is;tfiee ù laquiJIe manque I'.- /wVf,lt. mmlevX V ardre; niais la muludic \ienlde la cause eltieieuU> «euiinaU- |Mi>ili«., acluilli" i'I réelle, .ww iftnr/i'v, motfr, rsfuW et (jtdn'. « [iftO-wi, Jinjên^ttH > p. 424.)
pnr la matière et la semence interne efficiente, et qui s'était garanti jusque-là des causes occasionnelles; car les commencements internes des choses constituent TtMre lui-mOme et sont une portion inséparable de la quiddité essentielle. Ainsi, lorsque nous parlons de l'âme ou du corps humains, c'est avec raison que nous donnons à l'une et à l'autre le nom d*homme, quoique aucun des deux ne le renferme intégralement.
« Ainsi, la matière de la maladie est vraiment la maladie (1), de même aussi que sa semence efficiente est la maladie, quoiqu'elle ne soit pas proprement une maladie complète. FA, puisque la maladie n'existe que chez les vivants, non chez les morts (2), la vie est nécessairement lu demeure immédiate de la maladie, son 5u6/>c<um interne, enfin, l'artisan de la maladie (3). (lomme la vie n'est pas du corps^ ni essentiellement propre hu corps, mais que le corps sans la vie n'est qu'un cadavre, et que la maladie est dans la vie, nécessairement aussi toute matière, domicile ou efficiente de la maladie, ne dépasse pas les limites de la vie, c'est-à-dire que toute maladie habite dans la case {intra capsam) de l'Archée, qui seul est le témoin immédiat, l'exécuteur, l'organe et l'asile de la vie. F^es apostèmes, les ulcères, les souillures, les excréments sont seulement l'occasion des maladies et de la mort, ou leurs derniers produits suscités pour jouer un rôle dans la nouvelle tragédie. On ne doit donc pas s'étonner que toutes les maladies s'évanouissent avec la vie, si la vie est le svbjectum immédiat et la demeure des maladies. J'admire depuis longtemps que jusqu'ici aucun médecin n'ait su en quoi consistait l'essence des maladies (k) ! »
Je donne, comme complément et comme corollaire de la
1) On lit un peu plus haut : « I^a santé et la maladie sont en contradiction. La \ie 4'>teinte n'est pas la maladie et n'admet pas la maladie en elle. A proprement parliT, cette vie éteint»? est le rien pur mevum nihit) et n'existant plus, tandis que In maladie ei^t le quelque chose (hoc nliquid). »
(2) « La maladie est dans un être \ivant et ainsi dans un Archée moteur, nuis non dans un être mort par soi et privé de mouvement. » (De Uiein morltnusy 29,p. 435.)
(8) Au milieu de cette lofrnmacbie, la maladie devient tout simplement ici une mMiiCe9tation ou un désordre de la vie troublée. Voyet aussi Defebribus i,27,p. 7âl. Mais (r'tntt une idée plus sinfçulière encore de placer le siège ou presque U matière de la maladie dans une fore*:. Si au moins on se coutunlail de dire que la force vitale ajrit dans tel ou tel sens, que la maladie est une mcMlaiité de la viei J'avoue ffiie mon esprit est rcfractaire à toutes ces \aKues cMiceptions qui n'ont, eUcs, aucune réalité sul)stautielle, et auiquclles on s'etrorce de donner une suite et une précision qu'elles n'ont pas. Une pafjre de Svdenham vaut mieux que tout cela, non pas que les livpMhèses soient alisi>ntes des ouvrages de ce grand médecin, nuis elles n'y sont qu'un accessoire : le clinicien pcrc4». toujours à travers.
(ft) in punrto vitae nuhjtn'ium inhaesionis **iot*^^,ytnj P- *^' — Si au moins Van Helmont eût réussi à remplacer avantageii^^ t^^ i^ées «uckwies!
théorie sur la maladie, quelques autres extraits où Van Helmont tâche de distinguer les vraies maladies de ce qui n'est que le résultat ou le symptôme de la maladie (voy. p. 513).
« Les écoles considèrent aussi la maladie comme un produit neutre, qci se forme par Tactivité de la cause et la résistance de notre nature. Moi, je disque, dans la maladie, l'agent actif [formel^ formule) et l'agent passif sont étrangers à nous dans cet acte- Je sais, par exemple, que le mal caduc, dans les jours de rémission, n'est pas moins réellement en nous que lorsque Taccùs se manifeste (l). Je n'ignore pas non plus que la maladie est un Otre réel, substantiel, mais non pas relatif, non le simple rapport de l'agent actif en lutte contre l'agent passif, comme est le rapport des extrémités avec le milieu; que ce n'est pas non plus la conformité de la proportion ou de la disproportion entre les extrêmes... Je sais, en outre, que tout agent naturel est destine à produire son semblable, excepté celui qui agit par le Blas; or, j'ai appelé BlaSy au commencement des Physica (2), U force motive sur place aussi bien que la force altérative, parce qu'elle n'avait pas de nom. Ainsi, le ciel engendre les météores, non des cieu\. L'homme par le Blas volontaire, l'Ârchée par le Blas idéal et séminal, ^nduisent des altérations diverses. L'agent séminal désordonné, au moyen du Blas étranger, produit comme par avortement un monstre qui e$t proprement la maladie. Car, quoique la maladie, suivant ses causes, soit naturelle, à notre égard cependant elle est contre nature, tant parce qu'elle vient d'un Blas étranger que parce qu'elle porte un Blas hostUe et suscité d'elle-même. Aussi ce monstre ne produit un monstre semblable à lui qu'en transmettant par les ferments sa semence contagieuse, faisant ainsi naître chez les autres, ou ailleurs (m aliis), des maladies par accidents (3). »
(1) « Qui niera que la maladie soit réellement présente aux heures de rémission (silentium) dans la fièvre quarte, Tépilepsie, la manie ou la goutte, alors qu'on ne voit cependant aucune lésion des fonctions? Qui n'a observe, chez un convalescent, moins d'énergie et plus de faiblesse que dans Tardeur du début de la maladie? 11 m'a donc toujours paru déraisonnable de vouloir définir une chose essentiellement par des effets postérieurs et qui en sont séparables. » {Ign. ftofp. morb,, 56, p. 397.) Cela est vrai^ mais cela ne prouve pas que Van Helmont ait eu une notion juste sur l'origine première et la nature de la maladie.
(2) La défînition du Blas se trouve partout ailleurs que dans les Physica Arisiotelis et Galetii ignora (si c'est à ce traité que Van Helmont renvoie) ; du moins la nécessité d'un Ulas n'est tirée qu'indirectement, dans cet opuscule, de rinsuflisancc des théories anciennes sur le premier moteur. — Voyez surtout, p. 65, le Bios meteoron^ et, p. 143, le Blan humnnum.
(3) ïgnotus hospes morb,^ 61-63, p. 398. — Voyei plus loin, p* 518-519^ la trad. des §§ 64-68 du même traité.
Symptômes et produits de la maladie. — Par produit de la maladie, Van Helmont entend une modification matérielle du corps, qui succède à la maladie et qui est reliée à celle-ci par un rapport de cause à effet. Les produits et les effets des maladies sont des générations séminales^ dépendant tellement des semences qu'elles en reproduisent les propriétés (1).
Quant aux symptômes, ce sont, d'après Van Helmont, des accidents dus à une erreur ou à une fureur de nos facultés (2).
« La maladie prend son origine dans la matière de TArchée» alors que, poussé par une idée étrangère, il s'emporte contre nous à cause de l'injure qu'il croit avoir reçue des causes occasionnelles. L'action concomitante résultant de la déviation (eax)r6tta/û>rM) propre de l'efficient (comme la céphalalgie, le délire, etc.), n'est qu'un symptâme. Mais, pour tout ce qui se produit à la suite d'une maladie, soit à cause de la douleur, du spasme, du régime des parties, ou de l'action fermentale, si ce résidu subsiste réellement dans sa racine en soi, c'est un produit de la maladie. Parmi les produits, quelques-uns sont des effets ultimes laissés par la maladie, comme le squirrhe et l'hydrQpisie par lafièvre;ouils passent dans la catégorie du fieri esse, comme l'urine mucilagineuse chez les calculeux. Ces produits n'annoncent pas la transmission d'un autre mal, ni d'une matière morbifique ou de produits futurs; ils restent semblables à ce qui leur a donné naissance, car c'est par la contagion du ferment qu'ils s'étendent davantage, conmie on le voit dans la teigne, la lèpre, le mal vénérien, etc. D'autres, pénétrant plus avant, se dilatent complètement et engendrent d'une manière irrégulière ; par exemple, l'apnée, la convulsion, etc., qui naissent de l'utérus ou de l'estomac (3). Ainsi, les douleurs causées par les acides produisent la diarrhée, les hémorrhoîdes, les dyssenteries et autres maladies de ce genre. Par intervalles môme, quand la semence des maladies est inactive, il se produit, d'un germe occulte de l'Ârchée, quelque chose d'insolite et de discontinu (intermittent, discontinuum), comme le mal caduc, la goutte, la manie» etc. (à). •
« La maladie n'est ni une intempérie des qualités élémentaires, ni le produit de l'une des quatre humeurs fictives, ni une certaine matière dégénérée suscitée par l'impression des éléments; mais toute matière
(1) Ignotus hospes marbus, 77, n» 9, p. AOi.
(2) Ign. hosp. morb,, 77, n? 7, p. 401.
(3) Dans Jus duumvirahuy A6, p. 2A7, il est dit que l'estomac tient les cleb de ruténis ; la preuve est tirée de l'action des médicaments qui, ingérés dans Teito* mac, provoquent rapidement l'expulsion du fœtus.
(A) Ignotus hospes marbus^ 83, 84, p. 408. ^ Voyt ausn f AO,p. 39d.
oAinmo. 33
516 VAM OELMOTT.
exrrémenliticllc est, ou uaemali^re simple (nuda) pri^cédan l la maladie ! . et, par conséquent, cause occasionnelle de celle maladie, ou un produi. de la maladie résultant de Terreur (du désordre] des par(ie$ (2), el ain^ un certain cfTct postérieur de la maladie, quoique ensuite il puisse sur citer occasionnellement une autre maladie ou cntreticane et aggra\'. la cause mauvaise antécédente (3). »
« Pour moi la maladie est un être substantiel, produit par les cause* archéales matériellement et efDciemment. Mais j'appelle fruits et fsirpMmes la chaleur^ le froid, el tout ce qui les accompagne , comme entièrement étrangers aux produits de la maladie. Souvent, en eflel, on \toum beaucoup do symptômes dans une maladie furieuse, laquelle, cependdot. , se termine, dans beaucoup de cas, sans produit. On le constate dans !e^ ; fièvres intermittentes (mais voy. plus bas). Il ne surgit pas. en eiïct, une maladie nouvelle, mais la nature tend seulement à se débarrasser d'un hôte importun (voy. p. &99 et 519) ; sous cet effort, se montrent le* fruits et les symptômes : assoupissements, chaleurs, frissons, doulcar?. Teilles, inquiétudes, vomissements, faiblesses, etc. Mais souTent aussi b maladie transforme la matière de Vhùie\\vne{convfrtUfnateriamho}fitii]. lorsque, par exemple, TArchée, excité par le ferment occasionnel, fii' naître un nouveau produit ; que la première maladie soit renfermée oc non dans le terme du produit. 11 n'est pas rare non plus que la maladie produise occasionnellement un monstre qui ne lui ressemble pas, pa: exemple, lorsque les fièvres produisent l'bydropisie, la cataracte, h squirrhc, etc., car ce sont des produits des maladies par accident; e: c'est une idée nouvelle venant de l'Archée qui en est la mère (4). »
« Le produit de la maladie diffère du symptôme en ce qu*étant ut f^uit, le symptôme demande, il est vrai, à l'Archée, autant qu'il est en lui. un adoucissement, mais non la guérison, car il disparaît avec la maladie. Je ne vois pas que dans les écoles on ait fait mention du produit des maladies; on le confond ou avec le symptôme, ou bien on Tattribue à une nouvelle intempérie ou à un nouvel altlux d'humeurs (5). »
Uidée nouvelle de l'Archée n'équivaul-elle pas & celte nonvelle intempérie, à ce nouvel afflux d'humeurs?
(1) On ne «'étonnera pas dtî trouver çà cl là qiiolquos répôtil ions, caries mêmes telles peuvent servir à plusieurs fins, el Van Helmoiit ^e répcrte sans cesse.
(2) l.c produit correspond vu partie au !( lésions cadavériques, puisqu'il persista aprôs la mort, tandis que le symptôme disparaît avec 1a\ie. Ccst bien là ce que les anciens uppeluienl l'ombre des maladies.
(3) (^rttts imng, mort*., 1, p. 4Ai^ et voycïplu» haut, p. 507.
{à) Ignotus hoifpes morb,^ 73, p. 400. — Voy. plus haut, p. 513, la trad. âef g§ 83, S^, et plus loin, p. 513-519, colL' des §§ 63-68 du même traité. (5) Ignot, haspes morb.y 74, p. 400.
De la mort comme iermitMtson des maladies. — « H est bon de doute que toutes les maladies, en général, comme adversaires et ennemies des puissances de l'âme, attaquent aussi immédiatement l'âme caduque et mortelle (1), dans laquelle elles peuvent lancer leurs dards et qu'elles peuvent pénétrer, à cause de la similitude du symbole strblunaire 1 Cette lutte commence dans PArcbée, portier de l'âme; puis de là elles s'avanceut plus avant et pénètrent jusqu'au nojau de l'âme (2). Les maladies qui viennent du dehors et comme en voyageuses sont soumises en qualité de clients à cette loi, comme celles qui naissent d'elles-mêmes à l'intérieur ou qui jaillissent du silex archéal (3). »
« Puisqu'il est admis sans contestation que la maladie est un être exis^ tant en nous comme dans une hôtellerie, qu'elle est douée de propriétés particulières et de symptômes divers, nécessairement la maladie n'est pa» du nombre des accidents^ attendu qu'un accident ne dépend pas d'un autre accident combiné avec lui, et distinct de lui de toute son espèce. En effet, Tacidilë ou l'amertume ne sont pas des propriétés de la blancheur, de la noirceur, de la légèreté ou de la chaleur; mais chaque qualité est ce qu'elle est en soi. Donc si la maladie est un être, non un accident, si d'elle-même non-seulement elle tire des altérations, des dispositions diverses, des défaillances, mais encore qu'elle engendre des sub stances détournées du but que la nature leur a Ûxé, c'est dans la matière et son efBcient interne ou séminal qu^elle doit nécessairement consister. Enfin, comme la maladie est dans la vie {iniernus ipsi vUaé)^ il s'ensuit aussi que lamatière de la maladie est archéale, et que son efficient est vital. Pour parler plus clairement (I), toute ma'adie est nécessairement un acte idéal efficient dé la puissance vitale, se couvrant comme d'un vêtement de la matière archéale, et acquérant la forme vitale et substantielle selon la lenteur ou la célérité des semences idéales. On ignorait tout cela jusqu'ici, et bien plus encore ce que je vais dire, m'appuyant sur cette thèse : Dieu n'a pas fait la mort. Il est tellement ennemi de la mort qu'il ne veut pas être appelé le Dieu des morts. Et bien que la mort se produise quelquefois sans maladie, le plus souvent cependant elle ne vient qu'à la suite d'une maladie ; tout le monde convient que cette mort est La fille des maladies, ou la cause seconde par laquelle et à cause de Laquelle la vie s'éteint,
c'est-à-dire la nM)rt arrive (à) Comme Dieu n'est pas l'auteur de la
maladie, et quoiqu'elle ait une forme 8ubstAQtielle,elle ne possède d'autre vie, ou lumière \itale, que celle qu'elle reçoit de U vie elle-même. »
(I) Voyeip.à83et 502.
<2) Le noyau de l'àme réside (Cf. p. kS2), dans le duumoirai; aussi Van fleimoot place-i-il le siège des maladies chroniques ou radicale! et de» maladies aiguës danfcc même dnttmvir«t.-—{4Mi/irm. mor6.MiL, elc«, 9, iO^p. 450.
(3) Coufirm. morb. êedetim mima êemsii., % ^oê io, il, 12, p. ààB.
(4) In jnmcto vitae 9ut^ectum inkmsiênit mo¥%^^ p. 126*
Un peu plus loin et ailleurs (1), Van Helmont explique comment la maladie et la mort sont une conséquence du péché originel (2) ; comment elles ont l'une et l'autre leurs images passionnelles ; puis il continue :
« C'est nécessairement d'une certaine semence que se produit fout cequi natt ou est fait ; et toute semence tient cette propriété {hoc aliquid) d^ane idée dont son esprit est doué. La maladie est un être réel, et se montre seulement chez les vivants. D'où il suit que, quoique la maladie attaque la vie, comme précurseur de la mort, elle naît cependant du principe vital, cause môme de la vie, à savoir de la chair de péché. La mort néanmoins, et tout ce qui est mort, n'a pas de racines pour reproduire. La mort donc, qui est la fin ou la privation, n'a pas l'image séminale, et c'est ce qui la distingue des maladies [qui peuvent avoir des produits]. La vie» à la vérité, vient de l'âme; elle est le caractère qui précède la constitution première; mais la maladie est sortie des confusions et des perturbations d'un impur Ârchée ; et radicalement insérée en lui, elle en reste désormais inséparable, à savoir quant à la puissance formatrice d'idées maladives. Ainsi la maladi^, formée par les idées comme par son principe séminal efficient, se revêt d'une matière convenable qu'elle emprunte à l'Ârchée, et devient un être réel, à la manière des autres êtres naturels. Et comme l'idée est d^à formée dans l'Archée, elle se hâte d'agir et ne se repose point qu'elle n'ait souillé une partie de l'Archée. Dans cette idée naît de temps eu temps un ferment, comme le médium de la cause efficiente, par aversion de l'intégrité de la vie ; et à l'aide de ce ferment elle souille la partie grossière du corps ou du moins trouble l'économie des digestions (3). n
Causes des maladies. — Les maladies proviennent toutes primitivement d'un trouble de rArchée. Ce trouble peut être déter-
(1) Voy. p. 510, notes.— Cf. Thesis^ p. 515-541 ; Mortis introitus, p. 512 etsuiv.
(2) « Quoiqu'on en rie, et pour me conformer à mon plan^ j'ai dû, moi médecin, parler en moraliste. Et cela, non-seulement, en tant que les mauvaises dispositions de rame nuisent à la santé et la rendent chancelante^ mais surtout parce que la maladie étant la fille du péché, on ne peut la bien connaître si on ig^norc la force de la concupiscence du péché, d'où le courant de la maladie arrive dans l'Archée par le canal des idées. » {De ideis morb,^ 18, p. 434.)
(3) ProgredL ad mwb, cognit,^ 14, p. 430. — « Chaque partie roçoit souvent une impression fâcheuse qui nuit beaucoup à la digestion des membres ou Tintcrvertit. Dans ce cas, j'appelle cette mauvaise impression le bourreau du membre, l'obstacle à la digestion et le dépravateur de Taliment ultime (nutrition) ; c*est autour décela^ en effet, que doit rouler tout Fart de guérir, i» -.- Voy. aussi Catarrh, deliram, 2, p. 346 ; De febribus^ xi, 5, p. 770.
PATHOLOGIE GÈlltRALB. 517
miné par deux ordres de causes : les causes propres à VArehéej celles qui troublent Téconomie directement, sans Tintervention d'une cause occasionnelle étrangère; les causes externes à FAr^ chée. Sous cette dernière rubrique, on doit ranger l'action des médicaments, des poisons et de tous les corps que Van Helmont désigne allégoriquement en plusieurs passages sous le nom à'épine (1). On peut reconnaître deux ordres de maladies : des maladies archéales ou séminales, et des maladies dues à des causes occasionnelles (2) .
Nous avons tftché jusqu'à présent de déterminer aussi nettement que possible ce qu'il faut entendre par les maladies qui proviennent des mouvements propres et, il faut bien ajouter, spontanés (3) de TArchée réagissant contre les idées sémiiiales înorùidesy dont l'origine n'est indiquée nulle part; il nous reste à donner quelques détails sur les maladies archéales occasionnelles, ou mieux encore sur les causes occasionnelles des maladies ; il nous suffira pour cela d'emprunter à Van Helmont luimême un tableau de ces causes (A), avec la correction que M. Rommelaere y a apportée (p. 88S) ; je complète ce tableau par quelques additions tirées des écrits où il est question des diverses classes de causes occasionnelles, et comme préambule je transcris deux passages, l'un tiré de Xlntroductio diagnostica^ l'aulre AtVIgnotus hospes morbus.
(1) Voyez, par exemple, Pieura ptrens^ 13, p. 319. -—Les blessures, les accidents tiaumatiques, l'oblitération des conduits naturels sont des maladies exlrinsè(|ues qui, suivant Van Helmont, ne rentrent pas dans le domaine de rArchée (voy. pur ex. Ignot, hospes^ 31, p. 393). Cependant, comme une blessure peut troubler l' A rchée autant que Vépine de la pleurésie, elle devient secondairement une ni.'iladic. — La cavité de l'ulcère, ou l'ulcération n'est pas la maladie ; la iiiaiudie c'est Vidée ou le ferment qui creuse l'ulcère. — M. Rommelaere (p. 464, à(}b) ri cru reconnaître, dans Scaàies et ulcéra scfiolarum, 21-22, p. 258, que Vun Helmont avait entrevu d'une façou très-nette la membrane pyog^éniquc; mais J'.iNoue n'avoir rien trouvé qui y ressemble, et je passerais volontiers le livre h un ehirur^Men; il serait peut-être plus heureux que moi.
(2) Cette division, admise avec raison par M. Spiess, quoiqu'elle ue soit pas toujours très-nette, est également acceptée par M. Rommelaere.
(3; Vuy. plus haut, p. 508-510, la traduction du traité De morhis archeai., 7-10, et p. 518, note 3.
;4) Morborum phaianx secundum causas occasionales^ p. d52.
S18 VAii Hiuoinr.
« J'appelle ctutet exieraes et occaiionnellei celles qui ne découlent pas de la racine elle-môme de la vie ; les autres causes {archéales) soat h maladie elle-mi>mc. Le pain, après la mastication et la déglutition, e»t encore externe parce qu'il peut dtre rejeté; il en est de même du ch\le dans restomac : bien plus, lorsque le chyle nous a été assimilé {domtsiicuê factui), et qu'il est devenu citoyen intérieur de notre économie, cependant, s'il se sépare du vivant, s'il se précipite dans la cuisine des maladies, et passeainsi à l'état d'hostilité, on doit encore le tenirpour externe, au point de vue de la vie. Ainsi l'air pestilcnt attiré à l'intérieur, quoiqu'il 7 ait introduit son poison, et qu'il soit interne eu égard au corps, n'est pas encore interne au point do vue de la vie, et ce n'est pas encore non plus une maladie, car il ne contient la maladie qu'occasionnellement, et il ne s« dépouille Jamais de cette occasionnante. Mais la peste existe lorsque l'Archée, s'appliquent la contagion, sépare du tout ea partie iaTectée ; or c'est à chasser cette contagion que ce qui reste de l'Archée travaille avec anxiété, de peur que, à cause de l'union, la contagion n'y pénètre et n'y cause la mort. La même chose arrive ù peu près dans les autres maladir-s. Car la vie n'est mise en danger prochainement que par un certain 9ien poison qui lui est propre et auquel elle a permis de s'introduire eo eUe (i). »
« Quant à la cause efficiente des maladies, il y a intérieurement une cause efficiente née par avortcment {partu aborlivo), par exemple la cataracte dans l'œil, le calcul, la matière fébrile, laquelle cause, quoiqu'elle soit dite, dans les écoles, cause efficiente morbifique immédiate et continente, n'est cependant que cause occasionnelle des maladies, cl externe eu égard à la vie, dans laquelle est toujours toute maladie. Cette matière visible ne peut donc être regardée comme un véritable efficient, ni même comme une partie quelconque de l'essence matérielle intrinsèque de la maladie elle-même. Elle reste cause excitatrice et occasionnelle des maladies ; car si la matière efficiente et séminale doit attciiidre immédiatement et pénétrer les facultés vitales et la vie elle-même, il faut de toute nécessité qu'en un point elle contienne le symbole de la vie. C'est ce qui se voit toujours dans les maladies séminales ; en effet, comme la maladie n'a pas prise sur un cadavre, de même elle ne peut être que dans un vivant (2). Or, parmi les causes efficientes, il en est une qui est et demeure externe : comme le fer poussé par une force impulsive produit, dans la matière divisée, une maladie qui est dite blessure ; de même est le froissement exercé dans la vessie par le calcul (3).
(1) Introd, fliagn.,i2, p. 425. — Tout cdu, comme on voit, n'est piis trèsscusé; du moins on comprend assez bien ce que l'auteur a voulu dire.
(2) aRien^ dans les parties contenante:!:, n'i'st détruit chex les vivants avant que la vie soit éteinte. » (Ignot. hosp. morb,y 90, p. 404.)
(3) c Les maladies citernes, comme les blessures, et celles, quelles qu'elles soient,
PATnOLOGIB GÊJiilALE. $t$
« Quoique quelques efficients externes aient de^ origines séminales (comme le calcul), eu égard cependant à la maladie qu'ils engendrent, ils n'ont pas de semences et sont extérieurs et étrangers à la maladie. Mais les causes efGcientes internes occasionnelles ont une semence qui entretient la maladie suscitée par elles, et sont comprises dans la catégorie du 4n facto esse, comme on le voit dans la Gèvre, l'apostème, etc. 11 y a enûn des efficients occasionnels qui souillent par une propagation continue et fermentale^ comme l'ulcère, l'ictùre, etc.; d'autres sont ia-^ ternes occasionnels et dorment quelquefois longtemps, comme dans lo mal caduc^ la goutte, la manie, l'asthme, les fiùvres, etc. Parmi les efficients internes occasionnels, quelques-uns travaillent iQcessamment à se-; parer la matière de notre corps de la communion de la vie. S'il s'y joint un ferment (ce qu'Hippocrate, dans les maladies, appelle le divin), il te produit des colliquations. Mais, dans la fièvre, la matière occasionnelle efficiente, selon la double propriété dont elle est douée, excite l'Archée à la propulsion pour sa destruction (m consurnptionem sut) (1). Aussi ne laisset-elle aucun produit après elle, à moins qu'une idée nouvelle n'ait découlé par accident de l'Archée devenu impuissant : comme lorsque la fièvre engendre l'hydropisie (voy. p. 51!i). Mais les douleurs, l'assoupissement, les veilles, les défaillances, etc., ne sont que des symptômes OU des diathèses. L'efficient séminal produit le calcul, corps étranger, et se repose alors, quoique ensuite il cause par moment de la douleur et des mouvements nouveaux, les produits du calcul sont des excoriations et des maladies nouvelles, monstres difl'érents de leur père. Car, à proprement parler, la génération du calcul n'est pas plus une maladie que le calcul lui-même, qui, en soi, est un composé naturel, mais morbifique à notre égard. Aussi se forme-t-il, même en dehors de la vie^ dans le vase de nuit par la propriété qu'il a de se pétrifier (voy. p. 523). C'est donc une maladie monstrueuse et irrégulière, car c'est par accident et en dehors de la vie qu'elle se forme eu nous (2). n
qui iuterccplent un conduit quelconque, n'ayant pas une origine séminale et ne fournissant a rArchée aucune cause d'excitation, appartiennent à une autre monarchie. Mais pour les maladies séminales, il est plus conforme à la nature et au mouvement de supposer que Tesprit Archée^ en tant que principe de la sensation et du mouvement^ est immédiatement et prochainement atteint par les choses nuisibles^ et que cette cause occasionnelle et l'Archée se rencontreut dans un point donné. D'où ta maladie. » IJgnot. hosp,, 31, 32, p. 393.)
(1) C'est là une idée \oisiue de celles de Galicn. — Voy. aussi p. A99.
(2) Ignotus hospes morbu-u 63-68, p. 398 et suiv. — Voy. p. 504, note !•
520 TAN HEUfONT.
FBALAHGB DIS mA'^'^"* BU ÉGAID AUX GAUfIS OGCASIOIIHELLBS.
VÊtre morbide \ est dans VArchée désordonué ; car, soit qu'il se trouve suscité primiti?ement par l'idée de l'homme, soit qu'il surgisse immédiatement de l'idée archéale, toujours , cependant, il re^ tombe dans l'asile de VArchée.
Recepta (1)
Iry'ecta a sagis (2).
Concepta (3).
Inspirata ab endemicis (4).
Sutcepta ab imientibus (5).
potu.
dbo.
Yeneno.
Retenta (6)<
Assumpta
pharmaco.
Tortura noctis.
Robur inae-
quale.
SteriUtas.
Heterœiita ( seu ( defectns contrat naturam) f
Relicta 8i?e ezcrementa in 1, 2, 3, ▼el 6 digestionibuB. — TranfmU' tata in 1, 2^ 3, Yel 6 digestionibus. — Trammiisa ab una digestione in alteram.
Pathologie spéciale.'^Les divers traités qui composent VOrtus medicinae sont, pour la plupart, purement dogmatiques. Van Helmoot y envisage ordinairement la vie et la maladie au point
(i) Les Recepta sont produits au dehors de nous et se trouvent dans le milieu qui nous entoure; les Retenta se développent au sein de l'économie animale.
(2) Les Injecta a sagis constituent tout un groupe de causes occasionnelles morbides, dues à l'influence de Satan, qui agit directement ou par l'intemiédiaire de ses suppôts, les sorciers et sorcières. — Voyei, pour les détails, Rommelaere, p. 383 et suiv. ; c'est bien assez de signaler ici cette classe de maladies.
(3) Van Helmont fait oublier un instant les Iiy'ecta a sagis par des réflexions assez originales et qui ne manquent pas de vérité, sur les maladies mentales {concepta\ par exemple sur les formes, les diverses espèces, les elTets de la manie, des passions^ des vésanies; mais bientôt, oubliant les sévères critiques qu'il a faites des hypothèses des anciens, il va chercher le siège et les causes de ces maladies surtout dans la rate, où trône l'imagination; puis, ce qui est encore très-vague, dans l'âme devenue malade sous l'influence d'une passion, et, pour les femmes, dans l'utérus.
{à) Les Inspirata (voyez De inspiratis, p. 490) pénètrent en nous du dehors, et, le plus souvent, en môme temps que l'air; ce sont les miasmes, d'où qu'ils émauent, et les virus. — Si Van Helmont ruine la doctrine des humeurs, ce n'est que pour y substituer d'autres hypothèses, et particulièrement celle des ferments ou âctvté^, il y insiste particulièrement à propos des Recepta inspirata et des Retenta^ei îl a de singulières opinions sur la façon dont les Recepta introduisent les miasmes ou la poisons dans l'économie, miasmes ou poisons dont la première action se porte sur Testomac, pour troubler ensuite (ce qui est plus exact) le travail intime d'assimilation.
(5) Les Suscepta sont, comme le dit M. Rommelacre, les blessures fuites par toutes sortes d'instruments, les lacérations, les morsures, les contusions, les brù-
PATHOLOGIE SPÉaALE. 521
de vue le plus général; on n'y rencontre que par hasard des observations sur des faits qui ont paru curieux à Fauteur ; cependant on irait trop loin en disant que les particularités y sont complètement négligées. En second lieu, quoique les monographies consacrées à des points de pathologie spéciale (par exemple Pleura furens^ Igiwtushydrops^ De febribuSj De lUhiasi^ Tumulus pestis) ne ressemblent guère à nos monographies modernes, et malgré toutes sortes de digressions oiseuses, ce sont cependant des traités où le côté clinique n'est jamais entièrement perdu de vue.
Parmi ces traités, j'ai choisi(l) les deux plus célèbres, celui De la lithiase et celui Des fièvres pour vous les faire connaître par des extraits, et nous verrons, Messieurs, si après ces citations nous pouvons nous écrier, avec M. Mandon, un des panégyristes
lures^ les congélatioos, les étranglements, les fractures, les luxations, etc.; en un mot, toutes les lésions qui sont plus particulièrement du ressort de la chirurgie. Il Taut en excepter les ulcères entretenus par une cause interne, ceux-là intéressent directement la médecine. {Suscepta, p. A91.)
(6) Si la classe des Recepta laisse beaucoup à désirer^ celle des Retenta (voyex Retenta, p. 492 et suiv.), avec ses subdivisions nombreuses, arbitraires, vagues, enchevêtrées, avec ses cabégories, qui souvent diffèrent à peine de celles des AssumptOy est bien plus scolastique que médicale; de plus, les Retenta semblent tantôt des agents premiers de maladies et tantôt des résultats ou des reliquats héréditaires ou acquis de maladies antérieures, de sorte qu'ils sont, en qualité de levains, la source d'affections secondaires. Cette théorie des reliquats fermentescibles, d'espèces d'humeurs accidentelles, revient 'par plusieurs points, et, pour ainsi dire, à l'insu de l'auteur, à la théorie humorale. Gela semble évident quand on lit d'un bout à l'autre l'opuscule des Retenta. Il y a là aussi, très-certainement, un ressouvenir de Paracelse. — Les Retenta assumpta agissent en nous par leur quantité, leurs qualités, leur viciatlon, leur désordre ou leur action intempestive.
(7) Ix\s causes morbides, que Van Helmont range ici sous la rubrique des Ae* tenta innata^ sont des éléments pathogéniques dus à un état particulier des fonctions digestivcs. Elles consistent en désordres des divers produits nutritifs préparés dans les orgaucs de la digestion et qui étaient primitivement destinés à faire partie de notre corps. — L'action pathogénique de cette catégorie de causes peut dépendre de trois motifs, suivant que les produits nutritifs Retenta pèchent par la longue durée de leur séjour, leurs qualités (produits nutritifs viciés dus à l'altération des digestions et des ferments) ou leur siège. — Dans le premier cas, on a les Retenta relicta; dans le second cas, les Retenta transmutata ; dans le troisième, enfin, les Retenta trans~ missa. (Voj. Rommelaere.)
(1) Gomme je l'ai dit plus haut, p. 4&1.
522 VAN HBLMONT.
de Van Ilelmofii: c On reste étonné après la lecture de ces traités; ce n'est pas à croire que Tauleur ail pu, en plein galénisme, professer (sur la lithiase en particulier) une doctrine qui honore le plus la science contemporaine» et l'asseoir aussi solidement, i
De la lithiase ou formation des calculs. — « Je n'avais (1) pour m'instruire ni le secours des livres, ni la voix des vivants ; je savais du moins la sentence: Malheur à l'homme qui met sa confiance en l'homme I Dieu bon, consolateur des pauvres d'esprit, toi qui n'es Jamais plus près de personne que de celui qui, dans toute sa liberté, commet lui et ce qui lui appartient en la volonté bienveillante; toi P(>re des lumières, qui n'illumines personne avec plus de bonté que celui qui, reconnaisrsant l'humilité de son néant, se confie au seul bon plaisir de ta clémence, fais, ô Maître souverain des sciences, que je reste plutôt pauvre d'esprit que chargé d'une lourde science. Accorde-moi de toi-môme une intelligence qui te cherche avec pureté et une volonté qui m'attache à loi. Illumine les ténèbres de mon néant autant que tu le voudras, et non plus qu'il ne m'est nécessaire pour que Je me laisse conduire, en longueur, en largeur et en profondeur, à la récompense que tu proposes, et que Je ne me détourne en rien pour revenir à moi. Car Je suis vraiment mauvais, et n'ai, ne suis, ne puis, ne vaux autre chose de moi-même. Gloire soit à toi, qui m'as appris à connaître mon néant » (ii, 15.)
Quel orgueil, sous cette apparente humilité ! C'est Dieu qui prend la peine de révéler en songe la science de la lithiase à Van Ilclmont, tandis qu'il a laissé jusqu'ici tous les autres médecins dans la sottise et Tignorance sur ce sujet et sur presque tous les autres I Van Ilelmont, comme Paracelse, a toujours des illuminations subites à son profit et au détriment de ses confrères.
De quelques expériences faites sur l'urine par fermentation, .putréfaction ou distillation, rapportées dans les chapitres 2 et 3, et dont je ne puis pas apprécier la valeur réelle, Van Ilelmont conclut, contre les anciens, que les calculs ne proviennent pas de la coagulation du mucilage baptisé du nom de pituite vis^ gueuse et muqueuse (2), attendu que c'est seulement un produit
(1) Les extraits suivants sont tous tires du traité De hthiasi^ p. 049 et suiv. A U fin de chaque extrait, j'indique le chapitre et le paragraphe. — Le Suppiemrniorum paradoxum numéro criticum^ p. 556 et suiv., est presque tout entier con>acré auoi aux calculs, symptômes et traitement
(2) Cependant on lit, dans Supplem, jmrad., etc., § 21 : « Calculum itaquc Donuisi hpidescibUi succo debere familiam » ; puis^ il i^oute, eo ttroul une com-
PATHOLOGIE SPtOALS. — LITHIASE. SU
da calcul loi^méme par suite de rirritation de layessie, mais que le calcul existe en puissance dans Turine. C*est un produit anormal du sel urinaire, qui se sépare sous Faction d'un nouvel être particulier, Y esprit coagnlatewr^ d*un ferment et toujours d'un trouble primitif de l'Archée causé par l'idée séminale calculeuse qui est la vraie maladie (1). Cette théorie est bien vague encore, remplie d'hypothèses, parfois à peine compréhensible (2). On en pourra juger par le passage suivant :
« L'esprit d'urioc {urée ou Of-ide urtçu^?), saisissant la terre volatile ou esprit terreux, produite par la semonce, et par le ferment putréfié, réveille l'esprit de vin (esprit coagulateur)^ habitant de l'urine, mais encore caché et en puissance (3). Ces deux esprits s'unissant comme dans Tunion des deux sexes, l'esprit terreux imbibe Tunique coagulateur dont j'ai parlé; par suite de cette réciprocité naît dans- laclion une étroite connexion entre eux deux^ alf cndu qu'ils s'unissent, quant à l'esprit, par ce qu'ils ont de plus petit {per illorum minima). Le coagulateur coagule en un seul instant l'esprit de vin, éveillé potentiellement, dans le ferment pntrescent auquel, avec sa masse pourrie, il donne sa matière; et ils se condensent tous deux en un véritable Duelech, sorte de monstre nouveau coagnié au milieu de l'ean, et, pour cela, ne pouvant se résoudre en eau. C'est un être pierreux, animal, qui n'est semblable à aucun autre, et qu'à cause de cela Paracolse (4) appelle Duelech, » (iv, 1-2.)
paraison du macrocosme (lui qui combat Paracclsc sur rassimilation du microcosme avec le macrocosme): similUudine fontium in mojori mundo. Du reslc, Vidée ancienne joue encore un certain rôle dans la médecine actuelle, puisqu'on admet que les premiers éléments ou noyaux des calculs sont fournis par une espèce de coaglomcrat de mucus, à la suite de fermentations acides dans la vessie.
(1) Cf. VI, 3.
(2) Encore Van Helmont appuie-t-il sa théorie sur les textes bibliques. — Voy. p. 467, note 5.
(3) « L'urine, dit M. Rommelacre, d'après Van Helmont, contient, il est vrai, les principes essentiels à la formation du calcul, mais, quoiqu'elle renferme en elle la semence et la matière du calcul, elle n'en est cependant pns la matrice; elle n'est que la matricr de lu semence calculeuse, il lui manque le ferment qui fait fermer cette semence, et qui est sous la dépendnnce de l'Archée. C'est la l'utérus des calculs (De lith., y, 6, p. 683). I^ calcul exislejdonc dans l'urine comme un être en puissance qui devient actuel quand est prociio U corruption de l'urine ou du premier être (Ibid,^ v, 6, p. 684). C'ost ie rein qui conçoit le ferment corrupteur de l'urine, c'est'à-dii*e celui qui détermine la formation du calcul. Le fer* ment corrupteur est Vexcitant de la semence, » (/4iV/., v, 6, p. 683.)
(A) Bien que Van Helmont ne partage pas l'opinion de Paracelsc sur la formaUon
52& ^AN HBLMONT.
Le chapitre septième (1) est consacré au traitement, qae Van Helmont divise en deux parties : combattre la tendance à la formation du calcul ; expulser le calcul quand il est formé. Tous ses remèdes sont souverains, tous ceux des autres sont absurdes (2); tel est le résumé de ce chapitre, où l'empirisme remplace la science des indications. Les guérisons dont se vante notre auteur sont tfès-problématiques, du moins le diagnostic est fort douteux. Jamais, par exemple, on ne fera croire à un chirurgien que le daucuSj le beccagungha, le Indus lui-même, ou d'autres remèdes analogues aient pu dissoudre de volumineux calculs, ni qu'il faille proscrire à peu près complètement toute opération, ainsi que le voulait aussi Paracelse. Comme les remèdes internes ne suffisent pas toujours pour dissoudre les calculs, Van Helmont a tenté de les fondre à l'aide d'injections dans la vessie. Mais il est diflSciie de savoir bien nettement quels résultats il en a obtenus ; il semble qu'ils ont été plutôt fâcheux pour la vessie qu'utiles contre le calcul. Voici du moins la description de la seringue qu'il dit avoir imaginée pour rendre ces injections plus faciles et plus efficaces.
(c J'ai inventé un nouveau cathéter pour faire sans douleur des injections dans la vessie ; en effet, la sonde courbe (comiculum) d'argent avec laquelle les chirurgiens font sortir l'urine au prix de tourments eitrémes (3), est un instrument cruel et sanguinaire, aussi m'a-t-il toutà bil déplu. Entre plusieurs que j'ai essayés, le plus commode et le plusino^ fensif m'a paru celui qui est fait d'un cuir mince. J'enduis ce cuir d'uoe couleur blanche faite avec la céruse et l'huile de lin; et lorsqu'il est
des calculs {préexistence dans les veines d'un mucus tartareux)^ il conseille ki mêmes moyens de traitement, surtout Varoph {aroma philosophorum ; muritte de fer et d'ammoniaque^ d'après Mohr, dans Pharmac, univ, Heidelb., 1845), et le ludus, ou dissolution d'un certain sel. 11 arrive bien souvent, en effet, que la tradition empirique ou la pratique rationnelle sont plus fortes que la tbéorie , et quicette dernière ne change pas toiyours la thérapeutique.
(1) Je remarque en passant que Van Helmont, dans les deux premiers paragraphes de ce chapitre^ a copié à peu près textucUement ou imité, et sans le citer, tottt^ une page de la Petife Chirurgie de Paracelse, celle dont j'ai donné la traductKHi plus haut. — Voyez p. A28 et suiv.
(2) Je ne veux pas refuser à notre auteur le mérite d'avoir vengé le sel de cuisine de la réputation lithiasique qu'on lui avait faite à tort.
(3J II faut que ce» chirurgiens aient été bien maladroits !