RÉSUMÉ
pas eux qai l'ont détruil) un échnraudage séculaire d'erreurs que pour en élever un au ire plus monstrueux encore sous certains rapports (1). Aussi, dans les deux essais rivaux de reconstruction de la médecine, on peut aisément constater la présomption, Tinhabileté, l'ignorance, les contradictions de chacun des deux entrépreneurs, la mauvaise qualité des matériaux employés, et surtout le peu de résistance des fondements. S'il y a donc un prix d'architecture médicale à décerner au xvu* siècle, assurément je ne veux le donner ni & Paracelse avec M. Marx, ni à Van Ilelmont avec rbistorien de la poste d'Orient, M. Lorinser, approuvé par M. Sptesi. Ce prix, je le garde pour le partager entre les anatomisles, les physiologistes et les cliniciens.
(!) Mon savant et inratig^ablc confrère^ M. Brocckx, vient de publier (Anvers, 1869), d'après un manuscrit tire des Archives archiépiscopales de Malines, un ou- \Tàge jusqu'ici'inconnu de Van Helmont et intitule: Ad judicem neutrum causant appeiiat suam et suorum Pïdladelphus . Je ne puis que louer M. Brocckx do son zèle pour la cause de Van Helmont et le remercier du trcs-graud honneur qu'il m'a fait en mo dédiant ce texte inédit, qui n'est pas une page des moins curieuses de rœavre du médecin flamand. Loin de modifier le jugement que j'ai porté sur cet illiislre rêveur^ lur cet homme qui otait rcprorher i Paracelse « d'arranger la na« tore àfla fantaitte s {Sextupiex digettio^ 70, p. 178), cette page, écrite en 1018,. le confirme pleinement. Van Helmont y prend parti pour les folies que Goclénius avait débitées ror la puitiaace curatrice du magnétisme (voyei plus haut, p. 476 ci foiv.), et attaque violeament le jésuite Roberti qui avait réfuté Goclénius par des arguments théologiques ridicules, il est vrai, ou de nulle valeur, et qui cependant ftamt de nouveau opposés à Van Helmont lors de son procès. — Tristes siècles, tristes pejs que ceux où les questions de science, traitées par dos arguments syllogis« tiquos et Don par des faits ou des expériences, ne sont définitivement résolues que |Nir le tribunal de l'Inquisition ! Heureusement, ce tribunal n'est pas sans appol, et les arguties de l'École ne sont pas non plus lo dernier mot de l'esprit ht^ain. M. Broeckx no se fait pas, d'ailleurs, illusion sur la valeur da pamphlet de Van Helmont; il s'étonne même (mais cela ne m'étonne pas) qu'an tel homme ait pu admettre des choses plus extraordinaires et plus invraisemblables les unes que les antres. Ce qu'il y a de curieux dans ce pamphlet, c'est que Van Helmont y prend avec ardeur la défense de Paracelse. L'ennemi commun provoque les coalitions, mais, le danger passé, elles sont bientôt rompoes; c'etl ce qui est arrivé dans le cas présent; en efTct, dans ses écrits plus récents. Van Helmont ne se souvient guère quo Paracelse a été son compagnon d'armes contre Roberti.
XVJU
Sowf AISE, — Quelle place Sylvius de le Boc tient dans l^histoire de la médecine. — Sources d'où procède sa doctrine. — Caractère de ses écrits. — Exposition de son système. *— Que ce système repose plutôt sur des idées préconçues que sur l'expérience. — Physiologie générale et spéciale. — Pathologie générale et pathologie spéciale. — Théorie des acides et des acres. — Des partisans les plut célèbres de la cbimiatrie» prédécesseurs, contemporains, ou successeurs de Vao Helmont et de SyMus.
Mesausurs,
En télé d'un chapitre intitulé : JPr. Sylvitcs de le Boe, considéré comme dernier rejeton de r école de Galien, Spiess (1) s'exprime ainsi : c On s*esi de nos jours peu soucié d'approfondir le système de Sylvius (2) en l'accusant d'être exclusif et d'avoir
(1) Van HelmonVs System der Medicin^ p. 269. — Les mots : dernier rejetm du galiniime^ ne sont en aucune façon justifiés par Thistoire, car il y a^ après Syhius, des galénistes beaucoup plus purs que lui.
(2) De le Boe Sylvius (car il a réuni en un seul les deux noms, consenrant pour l'un le latin^ pour l'autre le français) né, en 1588^ à Hanau (électorat de Hesse)* appartenait à une riche et ancienne famille originaire du Cambrésis. En 1614, il s'adonna à la médecine qu'il étudia dans quelques villes de France (Sedan), de Hollande (Leydc) et de l'Allemagne. 11 se livra avec ardeur à Tétude de l'anatomie et de la chimie, afin d'arriver à une connaissance exacte des parties et d^ humeurs du corps humain. Après avoir obtenu à Bàle^ en 1637, le bonnet de docteur, aai appUudissements universels, il se résigna, pour obéir à son père, à exercer, pendant plusieurs années, la médecine dans sa ville natale ; mats bientôt il abandonna cette ville, qui était un trop petit théâtre pour lui, et revint en France pour se mettre en rapport avec les célébrités d'alors ; puis il se fixa quelque temps à Leyde comme professeur d'anatomie. On disait à Leyde : « Celui qui n'a pas étudié Tant' tomie avec Sylvius n'est qu'un ignorant. » Il se rendit tout d'abord célèbre en défendant la circulation du sang que Harvey venait de découvrir et qui était combattue de divers côtés avec acharnement. Cédant ensuite aux instances de ses amis, il se repdit k Amsterdam, où il exerça la médecine pendant plusieurs années avec
PLACE DE SYKVIUS DE LE flOE DANS L*fll8T0IBE. 5&1
exercé une influence funeste dans la pratique, d'où il est résulté que des historiens justement accrédités ont porté sur lui un jugement incomplet et même faux. Nous ne pensons pas qu'un système qui a joui, ne fût-ce que pendant peu de temps, d'une certaine autorité puisse mériter ce dédain. Ce système devait , au moins lorsqu'il apparut, renfermer quelque vérité intrinsèque, lors même que cette vérité eût été mêlée d'hypothèses erronées. On a généralement qualifié de chimiatrique le système de Sylvius, et plusieurs écrivains, se copiant les uns les autres , ont présenté Sylvius comme l'élève et le successeur de Paracelse 00 de Van Helmont. On prétend même que Sylvius avait puisés on matérialisme dans le système de Van Helmont. Ceux qui disent que le système de Sylvius est purement et simplement chimiatrique, ne vont pas au fond des choses et ne disent vrai qu'en partie (1). >
Puis M. Spiess, se laissant prendre aux phrases pompeuses et négligeant les résultats positifs, voudrait nous persuader que Sylvius, auquel il joint Van Helmont et Paracelse, ne faisait qu'obéir à la tendance empirique de son siècle. Méprisant les efforts de ceux qui affichaient la prétention d'expliquer la nature en philosophes théoriciens, craignant l'invasion de la sophistique, Sylvius poussait vers le côté réaliste. Mais tous ces auteurs, même Sylvius, quoiqu'à un moindre degré, sont bien plutôt, ainsi que nous l'avons déjà vu pour Paracelse et Van Helmont, les échos c de ces idées mystiques ou de ces pures hypothèses, produits de l'imagination et souvent de la superstition, qui menaçaient de détruire les conquêtes opérées depuis la Renaissance 1). Il ne faut pas plus se laisser séduire par les belles sentences de Sylvius en faveur de l'expérience, contre les idées préconçues, les vagues théories, les arguties dia-
un grand succès. C'était^ suivant Texpression du temps, « un nouvel Apollon, connaissant et guérissant toutes les maladies. » En 1658, il rentra à Leyde, mai presque malgré lui, pour professer la médecine pratique ; il y jouissait d*iine réputation Traiment extraordinaire et dont nous n'avons plus d'exemple. U moumt en 1072. — Je cite toujours d'après Tédition de »es œuvres^ publiée i Amsterdam en 1079, in-4.
(1) Ici M. Spiess a pleinement raison; nous le prouverons tout à llieure.
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leciiques (1), qae par les tirades de Paracelse oa de Van Helmont en faveur de l'observation. Pour Sylvius, comme pour Paracelie et Van Helmont, les idées préconçues, les vagues théories, les arguties dialectiques, sont les idées, les théories, les arguties des confrères, et non les siennes 1 A Texemple de tous les chefs de secte, Sylvius ne veut pas qu'on jure in verba magisiri quand le > maître est un aulre que lui-même. En lisant de telles paroles en tète d'un ouvrage, je me tiens toujours en défiance.
Dans l'antiquité, ce sont surtout les philosophes qui ont contribué à créer les hypothèses biologiques et patbogéniqoes ou du moins à en donner le goût ; les médecins les ont acceptées, propagées, étendues, multipliées; le moyen âge et la Renaissance y ont cru comme à un dogme ; les deux siècles suivants les ont battues en brèche, mais pour en substituer d'autres plus en rapport avec les connaissances du temps (2) ; il appartient à Fâgl moderne de les combattre toutes pied ft pied et de leur opposer obstinément les résultats positifs de la méthode expérimentale et de l'observation.
M. Spiess, jouant sur les mots, semble parfois refuser an systèmes de Paracelse, de Van Helmont, comme à ceini de Syhius, l'épithète de chimique, tant est grande, dit<-i), la distance qui sépare l'alchimie ou la chimie du xvi* et du xvii* siècle de la chimie actuelle. Mais qui donc pourrait contester que les re« màdes de Paracelse et de Van Helmont viennent de la chimie; que leur action est expliquée par la chimie; que la théorie des maladies dans Paracelse est toute chimique (S) et ches Van Hel-
(1) Peu s'cD faut qu'il ne s'écrie avec Van Helmont {Progrtdihir ad morhor. cognit.y 2y p. 428): « J'ai ouvert la porte de la médecine fermée depuis le cimd* mencemcntdu monde. La clef unique, la clef d'or^ je l'ai trouvée dans les Archives de TArcbée; je l'ai éprouvée au feu de Talcfaimie, et à la lumière de la vérité.»
(2) Il est à remarquer que le progrès des sciences chimiques, mathématiques, physiques, et même ceux de la physiologie n'ont servi d'abord qu'à alimenter en médecine l'esprit de système et à fournir pour ainsi dire des matériaux pour rétablissement des théories les plus éloignées de ta vérité. Descartes, par exemple, en porte témoignage.
(3) Spiess va jusqu'à dh*e qnc Paracelse nse de ta chimie avec calcut| M comme un moyen de se frayer un chemin. C'est vraiment pousser trop MB te paradoxe.
SA PLACE DANS L'HISTOIRE. iki
mont en grande partie chimique; qui oserait nier que les fer» ments de Van Heimont, même transformés en forces vitales, ne viennent pas des théories chimiques? Comment soutenir que lesâcretés, les acidités, les ferments, même T effervescence, et les médicaments héroïques de Sylvius , ne dérivent pas également des mêmes théories ?
Je crois qu'on peut résumer en un mot l'idée qu'on doit se faire de Sylvius : il est éclectique^ ou plutôt il est syncrétiste^ empruntante la médecine chimique qu'il célèbre (1) l'explication de ladigestion par les ferments (2), celle de la fièvre et des autres maladies par une sorte d'effervescence des humeurs; puis l'ana* lyse chimique, telle qu'on pouvait la faire alors, des divers liquides de l'économie animale ; enfin l'emploi, fondé sur ces mêmes connaissances chimiques, d'un grand nombre de médicaments; — il rappelle Glisson et Wharton par le rôle qu'il fait jouer 4 la lymphe ; — pour presque tout le reste il appartient à l'école de Galien, acceptant, niais en les modiffanl un peu» les théories anciennes sur les esprits animaux, le feu inné, etc., empruntant la classiffcalion des médicaments et la doctrine des indications thérapeutiques (3). Ce qu'il peut revendiquer comme sien, c'est d'avoir introduit une méthode absolument scolastique dans la nosologie médicale : chaque symptôme, chaque modification d'organe ou de fonction devient une maladie, comme on peut le voir d'une façon générale dans le premier livre du traité De methodo medendiy et pour les applications dans Praxis iwedica. La thérapeutique est naturellement fractionnée à l'instar de la nosologie.
Sylvius parait avoir joui d'une grande réputation comme médecin praticien ; cette réputation provient sans doute de ses succès. Ce qui prouverait tout simplement qu'on peut être un excellent
(1) Disput» med,^ II, 8 et suiv.
(2) Sylvius n*cst pas prodigue de citations ; il s'approprie asaei aoiiTeiit en tilence plu» d'une découverte faite de son temps.
(3) Voyoz^ par exemple^ plus haut pour Van Helmont, p. 43â, note 9, toute la thtoie de la digestion^ enfin Causae et initia naiuraHum ^2ày p. 20: « Le fer-
it» è\x^ créé dès le commencement flu monde, pn^Mire, excite et précède las
iliti SYLVIUS DE LE BOE«
praticien louten s'appuyant sur de très-pauvres théories; ce dont je doute beaucoup. Je conçois un bon praticien sans théorie, mais je ne comprends guère que de mauvaises théories , appliquées rigoureusement, fassent jamais un bon praticien. Je voudrais donc croire que Sylvius laissait les théories dans son cabinet et ne gardait pour la clinique en ville ou dans les hôpitaux que l'observation et le bon sens.
Personne plus que Sylvius n'a vanté Texpérience (1) et pe^ sonne cependant n'a été plus prompt à fonder un système sur des suppositions. Cette malheureuse tendance aux créations de l'esprit doit d'autant plus nous étonner que Sylvius était un anatomiste fort exercé (2), qu'il a publié beaucoup d'observations justes et rectificatives des opinions anciennes, particulièrement , comme on le sait, sur la structure du cerveau (3); il a même fait quelques expériences. lia accepté très-bravement et introduite premier à Leyde la circulation du sang (A) ; il ne repousse aucune autre innovation, ni les vaisseaux lymphatiques, pourlesquelsonloi doit quelques remarques particulières (5), ni le canal thoracique, ni les recherches sur les glandes ; et quoiqu'il ne donne pas dans toutes les erreurs physiologiques de Wharton et de Glisson sur ce sijget, néanmoins il n'a que des idées très-vagues sur les ongines, le mouvement et les usages des sucs blancs. — Sylvius décrit parfois avec une certaine netteté les maladies qu'il a eu
(1) Voy., par ex. : Disputa med,, VI, 17 ; IX, 27 ; Meth. med,^ I, xui, 34 ; Praxà med., II, 71 et suiv.; V, 288, Mh; Epistola apohgetica adversus Deuùngium^ p. 908 et sui?., et cela souvent i propos des opinions les plus hasardées.
(2) Il Tante l'uUlité de Tanatomie: Disput. med., IV, 2; V, 1 et iuît.; VI, 55; VIII, 1 et suiy. Il dit qu'on n'est pas médecin si l'on ne connaît pas les fonctions, et qu'on ne les connaît pas si l'on ignore ranatomie.Uavait étudié ranatomiemieuxque beaucoup de ses contemporains, mais il ne savait pas mieux la physiolo^, car, encore une fois, ce sont les expériences et non les simples dissections qui conduisent aux découvertes physiologiques.
(3) Cependant il admet encore avec Galien que les catarrhes descendent du cerveau et sont cause de plusieurs maladies.
(4) Disput,^ V, 15. — Sur les anastomoses, il n*en sait pas plus que Harvey. Voy. Appendiœ ad Prax,, tract. VI, 38.
(5) Voy., par ex., : Dûs. med,^ V, 29 et suiv,; VI, 8 et suiv.; VllI, 7 et sniv. ; Dictaiaad BarthoL InstiUanat.^ 14, 5. — 11 croit que le chyle est pasté^ comme dans un filtre, à travers les parois intestinales, pour arriver aux vaisseaux laciét.
QUELQUES RAPPROCHEMENTS ENTRE SYLVirS ET LES MODERNES. r)ft5
Foccasion d'observer, par exemple les épidémies de 4667, 1669, 1670 ; mais aussitôt il cherche à expliquer les faits ; il les défigure alors autant qu'il est en son pouvoir, quand il veut en découvrir l'origine et en dévoiler la nature. Heureusement les faits résistent à ses explications et nous permettent encore un diagnostic rétrospectif.
Je sais que récemment, dans un brillant et solide discours justement applaudi, M. Gubler (1) a relevé avec complaisance dans Sylvius quelques propositions particulières d'où, en les pressant un peu, il a fait jaillir des rapprochements aussi spécieux qu'inattendus avec les idées modernes. Mais quand il s'agit de théoriciens et non A^ observateurs (2), je me défie toujours un peu de ces rapprochements qui, franchissant les distances, séparées moins encore par le temps que par la différence profonde des connaissances positives, mettent en parallèle des vues et des observations. Fussent-ils fondés en apparence, ces rapprochements ne prendraient peut-être pas la valeur qu'on leur accorde , puisque les anciens n'ont ordinairement pas pleine conscience de ce qu'ils disent, tandis que les modernes parlent, ou du moins essayent de parler, d'après des données scientifiques.
On lit à la page 202 de la Conférence de M. Gubler : c Je trouve dans Sylvius de le Boe, une idée ingénieuse qui a échappé à tous les lecteurs, bien qu'elle révèle de sa part un rare talent
(1) Sylvius ou r lairochimisnie ; dans Conférences hùtioriques de la Faculté de médecine de Paris, Paris, 1868, p. 269 et suîy. — M. Gubler a peint sous de vives couleurs la y'xc accidentée de Sylvius.
(2) Cette distinction est importante : beaucoup de faits, rapportés par Hippocrate ou après lui, dans la série des siècles, peuvent être rapprochés des faits observés par les modernes; mais il n*en est pas de même des propositions théoriques avancées, pour ainsi dire, au hasard, et sans que les auteurs les appuient sur des expériences. — Je serais tenté de dire que les rapprochements qui ne sont pas cntièrcnient justifiés nub«ent à l'histoire des sciences, comme les allusions au temps présent qu'on cherche dans les temps anciens défigurent Thistoire politique. J'om du reste espérer que M. Gubler verra dans mes remarques, non une critique, mais seulement le désir de soutenir une thèse historique ; car personne plus que moi n'apprécie les connaissances variées, et l'esprit à la fois si fin, si positif, si pénétrant de ce saTânt professeur,
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