‹ Histoire des sciences médicales v. 2Chapitre 120 sur 130 · LVIUS DE LE DOB · texte numérisé non relu

LVIUS DE LE DOB

bue, soit à la bile, 8oil à la piluile, mais sans que Sylvius dise par quel mécanisme se forment ces flaluosilés. A propos des parties solides(i) notre auteur parle aussi du son, par exemple du grin* cernent des dents. D*où il faut conclure que la caiégorie du son^ au milieu de la pathologie de Sylvius, est une créatioB a priori dans laquelle il donne hypotbétiquement une place à toutes les parties constitutives de l'organisme. Cette catégorie comprend surtout le son produit par le mouvement ou le déplacement, c'est-à-dire les sons physiques ou extrinsèques, et non les sons intrinsèques, et pour ainsi dire chimiques, comme est la crépitatioo.

EnCn* d'après M. Gubler (p. 291), c Sylvius considère le foie comme jouant le double rôle d'une glande sécréloire et d'une glande sanguine. La découverte de la fonction glycogénique eit venue lui donner raison . > Puis M. Gubler ajoute : t La rate n'ayant rien d'analogue à l'uretère, ni au canal cholédoque, Sylvius en conclut qu'elle ne peut rien distraire du sang et qu'elle ne saurait avoir d'autre usage que de modiCer le sang lui-mâme en intn^ duisant une matière telle qu'un ferment ou une teinture^ pour parler le langage des chimistes, laquelle matière facilite et accélère la transformation du chyle en sang. Pour ce qui regarde la physiologie de l'appareil splénique en particulier, je ne connais rien qui me satisfasse davantage. Quant à la doctrine générale des glandes bémato-poïétiques, ce passage la renferme explicitement. Cependant ces idées rationnelles excitèrent la verve railleuse des antiSylviens^ qui» par dérision, donnaient à l'auteur le surnom de Pairon de la rate. Loin de s'en fâcher, ce titre, dit Sylvius, me Qatte plus qu'il ne m'offense, car je pense avoir bien mérité de la science, si j'ai découvert et mis en lumière l'usage vrai d'un viscère important. Vous serez. Messieurs, de son avis. »

Ces rapprochements ne sont pas en tous points inacceptables, mais, à mon avis, il sont beaucoup trop absolus et toujours un peu forcés; vous allez en juger. Sylvius a deux opinions sur les usages du foie et sur la sécrétion de la bile ; Tune qui lui est

(1) Method, wiec/., 1^ %ili, 9.

QUELQUES RAPPROCllCMEMTS ENTRE SYI.YIUS ET LES MODERNES. SÔt

propre, ot qui est absurde, Taiitre qui lui vient de Malpighi (l), mais dont il ne prend qu'une partie. Il accepte les faits anatomiques, mais il en tire les plus mauvaises conséquences physiologiques. Voyons d*abord la première opinion do Sylvius :

€ Le foie a un double usage : premièrement, il contient ef affermit les radicules de la veine oave, les rameaux de la veine porte, les capillaires des canaux biliaires; deuxièmement, il fh-t vorise, par la production d'une douce chaleur, à l'aide do son parenchyme, le mélange du sang et de la bile dans tous ces vais^ seaux (2) , car la bile, décrétée à travers les artères de la vési'» cule (3), se répand par deux courants en sens contraire, dans le duodénum pour imprégner les aliments et dans le foie pour se mêler au sang : au duodém$m par le canal issu de la vésicule cystique (canal cholédoque) ; au foie par le canal hépatique et par ses radicules, lesquelles s'anastomosent avec celles de la veine porte (&)1 » Il y a loin, comme on voit, de cette étrange théorie, que Tauleur prétend môme établir sur des expériences (5), ft Icr théorie moderne. C'est presque l'opposé.

(1) En 16â0 et i641, dans les Diclata ad Bart/iol,, Ji\^ 8 et 9, tout en adiucttanl qne la bile est sécrétée par les artères de la Tésiculc biliaire, et que la rate est chargée de parrairc le san^, Il croit que le chylo se convertit en sançdanslc foie; mais en 1660, dans ses Disputât., il reconnaît, nvoc Peoquct, que le chylo se remi à li Tcine axillaire droite par le tronc commun (voj. Disp, UI). Ne.sacbant plus alors quel usage assigner au foie et ne voulant pas, par respect pour la nature, le déclarer un membre inutile (voy. Dùiput, VI, à, 5 et 17, où il en appelle au ju^i^cmeiit des amis lie la vértlé et de rexporience sur ses opinions toucliant (e foie), il lui prête de nouvelles fonctions, celles que j*ai rappelée». Au § 11 de la Disput, Yl, il dit qu'il a vu, avant 16d0, les vaisseaux lymphatiques do la vésicule. -« Us re«cherches de Malpighi soûl de 1666, et Us Disputationes ont été imprimées en i660^ Elles ont été, il est vrai, réimprimées, d'abord en 1063, puis en tcte des œuvres complètes; mats dans V Additamentum de la sixième, celte où il est question du foie et du cours de la bile, loin de s'amender, SyMiis, qui ne peut pas connaître encore Malpighiy s'enfonce plus avant dans Terrour. S'il a profité alors de quelqu'un, c'eA probablement de Glisson, mais assez maL — Malpiglii attaque Sylvius sur la tbéeiie de la formation de la bile et sur ses idées touchant la structure et les usages du foie.

(2) DUput. VI, 48; cf. 8, 19 etsuiv., où il tâche d'étabHf, même chimiquement et mécaniquement, son système.

(3) Ditput. VI, particulièrement 36.

(A) IHspuL VU »-35.

(5) Disput, VI (Additatn.)j 51 etsuiv.

552 SYLVILS DE LE fiOE.

Dans la Praxis medica^ l, XLiv, 10 et suiv. , Sylvius se résigne, il est vrai, à accepter les découvertes de Malpighi sur la structure du foie-, mais il se réjouit en pensant que ces découverles ne changent pas son système médical et ne contredisent en rien aux usages qu'il avait attribués à la bile. En conséquence, tout en admettant que la bile vient du foie dans la vésicule, il n'en persiste pas moins à croire que la bile reflue dans la veine cave par le canal hépatique et ses ramuscules, de sorte que ce canal devient le siège d'un double courant, comme Tétaient autrefois, pour Galien, les veines mésaraïques ; et cela, Sylvius le prouve par la pathologie, par l'anatomie et par sa physiologie expérimentale! Lorsqu'il dit que la bile est toujours, comme il l'avait soutenu dans sa Disputatio^ sécrétée par les artères et non par les veines, ce n'est pas en vertu d'expériences, mais pour ne pas perdre absolument sa théorie sur le rôle qu'il avait attribué aux artères cystiques. Entre ces vues et les expérietices si délicates, quoique non encore décisives des modernes, il y a un abtme.

Quant aux fonctions de la rate, d'après Sylvius, je ne vois pas non plus qu'elles aient de Tanalogie avec celles que les physiologistes actuels cherchent à lui attribuer en vertu d'expériences régulièrement instituées. Sylvius affirme, il est vrai, que la rate n'a pas de canaux excréteurs (i) et qu'elle ne verse au dehors aucune matière excrémentitielle ; mais cette découverte ne lui appartient pas, elle est due à Wharton (2); l'anatomiste anglais regarde aussi la rate comme un organe qui sert à la confection du sang, et qui soutire un suc blanc, dans l'intérêt des nerfs, lesquels absorbent ce suc (3). En second lieu, autant les recherches modernes tendent à la précision, autant les idées de Sylvius restent dans le vague : le sang, déjà constitué dans le cœur, vient en abondance par les artères se perfectionner, s'élaborer encore dans la rate, non pas en introduisant un ferment dans ce liquide, mais parce que le sang lui-même, sous l'action des

(1) DispuL V, iôetsuiv.

(2) De glanduliSf 13 ; Londres, 1656.

(3) Qui oserait cependant voir^ dans cette soustraction d'un suc blanc, l'augmentation des produits organiques du sérum signale dans le sang qui revient de la rate, et la diminution des globules ?

QUELQDES BAPPaOCBEMENTS ENTEE SYLVIUS ET LES MODEBNES. 553

esprits animaux qui afOuent, revél dans la rate la nature d'un certain ferment sanguin [induat naturam fermenti ciijmdam sanguinei) «ond'une teinture, comme parlent lescbimistes, ferment ou teinture qui, à leur tour, facilitent et bâtent la transformation du chyle en sang. La rate, ne contenant rien d'inutile, envoie la partie lymphatique de son sang devenu ferment dans le canal tbo« racique, par les vaisseaux lymphatiques, et la partie sanguine dans le foie, par la veine porte, au moyen des veines spléniques. Plus loin (1), Sylvius soupçonne, c'est son expression, que la lymphe, formée dans les glandes, a pour mission de rapprocher et de réunir plus intimement le sang et le chyle, quand le chyle rencontre le sang ; mais il n'est rien dit du service que peut rendre le sang proprement dit en s'échappant de la rate pour aller au foie; il faut probablement admettre qu'il agit sur le sang de la veine porte, et successivement sur celui de la veine cave, comme la lymphe sur le chyle, à la manière des ferments. D'après Sylvius, le sang ne deyieniplus que parfait {plusquam perfici) dans la rate que pour aider à la transformation du chyle et du sang veineux en un sang simplement parfait (2), celui qui a subi dans le cœur l'action du feu inné etqui est cependant chargé de nourrir les parties en sortant du cœur à travers les artères ! Ainsi, la rate fait office du poumon ; la rate devient un viscère plus important que le cœur, car dans le système ancien, encore accepté par Sylvius, le cœur tenait la place du poumon.

(i) Disput, V, 49. Cr. Praxis, l, xlui, i et suiv. Au § i, Sylvius dit: « A la rate vient le sang par les artères et l'esprit par les nerfs ; le sang est repris par les veines et l'esprit par les lymphatiques; les expériments anatomiques le démontrent.»

(2) « Dans ma sixième thèse (c'est-à-dire § 6), j'ai dit, suivant en cela le sentiment du plus grand nombre^ que leieu interne du cœur échauffait et raréfiait le sang et qu'il en résultait une plus étroite union entre chacune de ses parties; aujourd'hui, après avoir examiné plus attentivement les usages multiples du sang qui fournit la matière à des liquides si divers, aux esprits animaux^ à la lymphe, à la salive, au suc pancréatique, à la bile, à la semence, etc., je pente que l'union des parties du sang dans le cœur est lâche et point du tout étroite, n Disput. IIl, 45 {Additam.). — On ne saurait rien imaginer de plus contraire a la façon dont s'opère la nutrition, puisque, encore une fois, ce n'est pas le sang plus que parfait de la rate, mais le sang parfait du cœur qui nourrit les parties. Sylvius a tout brouillé, Galien et Harvcy.

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