PRINCIPES QUI DOIVENT GUIDER L'HISTORIEN
Dans un mémoire imprimé en 1850 (1), discutant les vues générales d*après lesquelles les auteurs ont établi les périodes de l'histoire, j'ai ramené à huit catégories le^ diverses espèces de classification, et j'ai montré que ni les unes ni les autres de ces classifications ne représentaient le mouvement réel de la science, et cela par la raison très-simple que les historiens n'ont jamais tenu un compte rigoureux ni des relations de la médecine avec les autres sciences, ni de ses éléments constitutifs, ni du degré de subordination de ces éléments. J'ai donc essayé une nouvelle classification des périodes fondée sur la nature même de la médecine et sur les influences réciproques des parties qui la composent, de sorte que la classification des périodes est déjà une esquisse du développement général de la science et un aperçu des conditions qui président à ce développement. C'est donc ici le lieu de faire une première application des principes que j'invoquais tout à l'heure et qui doivent servir de guide à l'historien.
Il est bien évident que la médecine n'est pas une science à part et qu'elle fait des emprunts à une foule d'autres sciences plus nettement définies; il est, par exemple, hors de contestation que par l'anatomie, par la physiologie et par la matière de l'hygiène ou de la thérapeutique, la médecine est en grande partie tributaire des connaissances fournies par les sciences naturelles, chimiques ou physiques; conséquemment les progrès
(1) Daremborg, Essai sur la détermination et les caractères des périodes de r histoire de la médecine. Paris, 1850. — Deux dissertations ont été écrites ex pro' fesso sur le sujet qui m'occupe. Ce sont celles de Caillau : Mémoire sur les époques de la méc/eciVie (Bordeaux, 1806, in -8), et de Losy, De medicinae pcriodis (Pesth, 1839, iu-8); mais par suite d'une vraie fatalité, je n'ai pu me procurer ni l'iinf ni l'autre. Pour la Dissertation de Caillau, je me suis adressé, en octobre 1865, au sous-bibliothécaire dé la ville de Bordeaux, M. Bancoulet, qui a fait avec empressement les plus minutieuses recherches et qui a même recommandé ma demande à un médecin de Biirdeaux, parent de Caillau, mais le tout sans succès. Je n'ai pas rencontré non plus Jadelot, Orntio de variis fatis mcdicinae (Pont-à- Mousson, 17G6, in-8<»). — Voyez, à la suite de cette leçon, p. 29, V Appendice, où j'ai repris, revu et augmenté l'Exposition critique des diverses classifications des périodes proposées par les principaux historiens.
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de ces sciences el les progrés de la médecine se tiennent par les liens les plus étroits ; les mêmes circonstances et les mêmes conditions leur sont propices ou défavorables; — d'un autre côté, l'histoire démontre» et le raisonnement seul le prouverait au besoin, que la pathologie et la thérapeutique sont sous la dépendance immédiate de la physiologie.
Le développement hiérarchique des sciences, considérées dans leurs mutuelles relations, dans leur subordination réciproque, est un fait historique ; c'est surtout un fait logique, nécessaire, qui tient à la nature même et aux limites des ressources de l'esprit humain. Dans ce fait, la volonté n'intervient qu'à titre trèssecondaire ; aussi peut-on dire qu'il n'y a dans les sciences ni découverte ni progrès imprévus : tout s'y tient, tout s'y enchaîne comme dans les produits mêmes de la nature ; et c'est bien le cas de répéter avec Lucrèce :
Hue uccedit ut iu suinma res nulla sit uua Unica qwe gignatur, et unica solaque crcscat.
Dans chaque science, les degrés par lesquels on s'élève successivement aux plus hautes conceptions, aux plus brillantes découvertes, sont franchis à certaines conditions qu'on ne peut pas toujours calculer d'avance, mais qu'on reconnaît par l'étude attentive de Tbistoire-, presque toujours l'ascension est longue et pénible ; il y a des oscillations effrayantes et des chutes terribles.
Il n'y a pas de génie liumain qui puisse faire dépasser a une science d'observation ou expérimentale les limites qui lui sont fixées par les instruments qu'elle a à sa disposition; jamais le |nomenl propice n'arrive sans une longue préparation ; mais aussi jamais un homme ne manque quand ce moment est arrivé. Les germes semés au hasard avortent faute de soleil, de lumière et d'un sol fécondé. A l'origine de la société grecque, vous trouvez un Homère, mais il faut attendre plusieurs siècles pour rencontrer un Hippocrale !
Une seule science, les mathématiques, est indépendante de toutes les autres, puisqu'elle n'a besoin que de l'espace et du