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il ne resta rien des qualités élémentaires admises par les anciens; par conséquent rien de leur physiologie et rien de leur pathologie générales. La ruine fut achevée le jour où Broussais, détruisant rhypolhèse des entités morbides, c est-à-dire des maladies sans substance, établissait que ni les maladies ne sont radicalement indépendantes de Tétat de santé, ni les actes mor* bides ne sont le contraire des actes physiologiques.
Ainsi, au xvii' siècle, la division entre la médecine ancienne et la médecine moderne n'est pas aussi tranchée qu'il semble au premier abord. Les deux éléments se pénètrent et s^enlacent. Avant Harvey, il s'était produit des idées nouvelles, en apparence trèsradicales, en réalité peu efficaces, parce qu'elles n'avaient rien de scientifique et qu'elles n'arrivaient pas en leur temps ; de même, après la découverte de la circulation, combattue avec acharnement pendant un demi-siècle environ, une notable partie de la médecine antique subsista à côté de la médecine nouvelle, compromis salutaire, d'abord pour la médecine ancienne, qui se trouva épurée et ramenée dans les voies hippocratiques, ensuite pour la médecine moderne, qui ne fut pas obligée de re* construire immédiatement la science de toutes pièces.
Ces grandes divisions ne sufBsant pas à faire régner Tordre et la clarté dans une exposition aussi longue et aussi compliquée, j'ai admis des subdivisions qui sont déduites de la considération du développement même de la médecine ; en d'autres termes, je n'ai jamais perdu de vue la manière dont ce triple problème, lois de la vicy nature de la maladie^ puissance des médicaments y a été posé et résolu dans la suite des siècles. C'est là le fondement sur lequel repose tout l'édifice de la science ; c'est de la diversité que reçoit la solution de ce triple problème qu'elle tire ses modifications les plus radicales, et par conséquent les plus essentielles (1).
(1) Toutes les parties des sciences médicales se tiennent si étroitement, leurs progrès dépendent si bien des mêmes circonstances et de Vapplication des mêmes méthodes^ que les divisions en périodes qui se rapportent plus spécialement à la physiologie et à la pathologie générale, conviennent également, à quelques années près, à l'anatomie^ a la médecine clinique et à la chirurgiç.
PÉRIODES DE L*HI8T0IR£ DE Lk MÉDECINE. 25
Première époque. — Médecine théurgique ou empirique ; on ne peut que la supposer, du moins chez les Grecs, nos véritables ancêtres pour les sciences, car, chez ce peuple, l'histoire ne nous montre à aucun moment la prépondérance absolue et Fexistence propre de la médecine des prêtres, des charlatans, des bonnes femmes et des sorciers. Pour avoir une idée de la prédominance de cette primitive médecine, il faut interroger des monuments littéraires beaucoup plus anciens que ceux des Grecs, les premiers hymnes des Indous dans le Hig Véda.
Deuxième époque. — Les plus anciens textes nous montrent la médecine déjà parvenue à la période réfléchie ; une pratique rationnelle se fait jour même dans Homère. Cet âge héroïque de la médecine se prolonge durant plusieurs siècles en attendant (|ue les écoles de philosophie viennent fournir aux médecins les premières notions systématiques de biologie.
Troisième époque. — Il n'est pas facile d'établir la troisième époque chronologiquement, parce qu'elle a ses racines éparpillées à des profondeurs inégales dans le vi"" siècle avant Jésus- Christ. Toutefois cette troisième époque est caractérisée plus spécialement par le développement de la philosophie naturelle et par la création des écoles médicales (Crotone, Cyrèney Cnide et Cos)\ elle arrive à son point culminant avec les hippocratistes qui, d'une part, définissent et imposent les dogmes de la physiologie et de la pathologie, et, de l'autre, multiplient les observations positives. Cette époque se continue assez obscurément jusqu'au moment où le foyer scientifique, se déplaçant, passe de Grèce à Alexandrie, où il jette les plus vives clartés, non par rinfluence de l'Egypte, comme on l'a prétendu, mais en vertu de sa propre force de rayonnement.
C'est alors que commence la quatrième époque; elle se résume en un travail intérieur qui pousse les recherches pour ainsi dire du dedans au dehors ; tous les problèmes sont agités ; les deux grandes écoles se dessinent : rationalisme ou dogma^ tisme, et empirisme; le rationalisme se manifeste par des théories et des sectes qui s'entrechoquent; Yidée du ffénéral, posée par Ilippocrate, arrive avec les élèves de Cos (Hérophile) et se trouve en lutte avec ïidée du particulier, importée par les
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élèves de Cnide (Érasistrate) . En un root, celte période est caractérisée par la diversité des conceptions, par le développement de tous les principes admis antécédemment, et surtout par Tétude des détails de l'anatomie, de la physiologie et de la pathologie.
Les travaux d'Héropfaile et d'Érasistrate sont le point de départ du mouvement médical qui se poursuit jusqu'au moment où Galien, réunissant tous les éléments dispersés et donnant de nouveaux accroissements à l'anatomie, à la physiologie et an diagnostic local, élève un vaste et imposant édiûce qui n'est plus entamé que par Paracelse, par Yésale et surtout par Harvey. — Ainsi la cinquième époque est caractérisée par un seul nom : Galien, et par une seule idée : synthèse.
La SIXIÈME ÉPOQUE est une époque de conservation plus ou moins active (car il semble parfois que les efforts du moyen âge empêchent la médecine de mourir plutôt qu'ils ne la font vivre), de dissémination, et, par conséquent, de préparation à l'âge nouveau. Entre Galien, dont la puissante voix a fait taire toutes les autres durant tant de siècles, et les premiers réformateurs, la route est longue, inégale, mal éclairée ; elle est marquée cependant par divers événements scientiûques (par exemple, de réels progrès dans la chirurgie ; des efforts soutenus, mais mal dirigés, pour s'affranchir en Italie de la tutelle des Grecs ; les grandes et intelligentes compilations d'Oribase ; dans le Bas-Empire celles d*Aétius; les traductions des auteurs grecs chez les peuples néolatins ; l'École de Salerne ; les Arabes ; les Universités) qui ne changent rien au caractère général de la médecine, mais qui fournissent quelques sous-divisions naturelles que je me réserve de vous faire connaître quand nous arriverons à cette sixième époque.
La SEPTIÈME ÉPOQUE commcnce dès le troisième tiers du XV* siècle, avec les anatomistes, les érudits et Paracelse ; elle se continue durant tout le xvi* siècle jusqu'à Harvey. C'est une période de destruction, de préparation et d'initiation; on combat les Arabes par les Grecs, puis les Grecs par l'observation personnelle ; de tous côtés et dans toutes les directions l'esprit humain jette par le libre examen les bases de la rénovation des