‹ Histoire des sciences médicales v. 2Chapitre 21 sur 130 · SOUBGES DE L*HIST01RE DE LA MÉDECINE GRECQUE · texte numérisé non relu

SOUBGES DE L*HIST01RE DE LA MÉDECINE GRECQUE

tement défaut pour la première période de l'histoire de la méde"* cine grecque ; Homère est notre plus ancien témoin, les poëmes homériques constituent nos plus antiques archives. Faut-il donc renoncer à donner de cette période une idée, môme incomplète, et à en retrouver quelques traits caractéristiques ? Non ! Et c'est ici que nous devons Taire intervenir l'histoire de la médecine indienne, en nous plaçant toutefois à un point de vue particulier et différent de celui qui a été choisi par les autres historiens. Ce n'est pas une comparaison que nous voulons établir maintenant entre la médecine grecque et la médecine indienne, d'après des ouvrages récents, d'après la compilation de Susruta, par exem« pie (1) ; c'est la plus ancienne période de l'histoire de la médecine grecque que nous voulons essayer de retrouver dans la plus vieille littérature de l'Inde.

Aux âges primitifs, il n'y a pas d'autre littérature que la poésie religieuse et guerrière ; c'est là que le peuple met toute son âme, toutes ses passions, toutes ses croyances; c'est là aussi qu'on trouve le reflet de toutes ses connaissances et le germe de la civilisation des âges subséquents. Mais c où sont les hymnes des anciens Hellènes récités par les Aèdes? Ils avaient des chants antiques, de vieux livres sacrés ; de tout cela il n'est rien par*

(1) Nous retiendrons ailleurs sur cette comparaison, et nous aurons alors à discuter l'opinion des personnes qui pensent que la médecine grecque vient de la médecine indienne. Le docteur Allan Wcbb^ résidant dans l'Inde, auteur d'un ouvrage important intitulé : Pathologia indica^ a soutenu par de faibles ou même par de très-faux arguments cette dernière opinion dans un écrit qui a pour titre : The hisloricai Réfutions of ancient Hindu wiih Greek Medicine in connexion with the study of modem médical science in India^ lecture faite en juin 1850, au Collège médical de Calcutta. The Calcutta Review^ 1850, vol. XIV, p. 541 et suiv., adonné une analyse détaillée et cependant insuffisante de ce discours. — Le savant docteur Wise, dans un ouvrage récent, et où l'on trouve une excellente analyse du système de médecine d'après Susruta {Revicw of the Hiitory of Medicine, vol. I, Londres, 1867, le seul paru jusqu'à présent), soutient la même opinion que Webb, mais comme peut le faire un orientaliste distingué et un érudit bien connu par ses travaux sur la médecine indienne. Cependant j'avoue que je ne suis pas encore convaincu. — M. Fr. Tredenicnburg, le fils du célèbre philologue, a soutenu, le 12 juin 1866, à Berlin, une thèse fort instructive qui a pour titre: De veterum Indorum chirurgia, 31 p. in-8, et où il incline vers l'opinion de Wcbb par des motifs plus raisonnables, mais que je ne crois pas mieux fondés.

venu jusqu'à nous. Quel souvenir peut-il donc nous rester de ces générations qui ne nous ont pas laissé un seul texte écrit(l)?i Heureusement le passé d'un peu|)le ne meurt jamais complètement; si nous ignorons ce que pensaient au moment ciù, quittant leur berceau (2) , les diverses tribus qui furent plus tard cou* fondues sous le nom d'Hellènes, commencèrent & couvrir l'Asie Mineure, les îles et le continent de la Grèce, c'est-à-dire bien longtemps avant Homère, nous pouvons, à l'aide du Biff-Véda, essayer de déterminer ce que pensaient et ce que savaient leun proches parents, les Aryas de l'Orient, il y a près de trente-cinq siècles.

Comme rien n'est mieux démontré que l'étroite parenté des habitants des bords du Gange avec les populations helléniques ; comme, dans l'histoire de toutes les fractions de la race indo-européenne, on entrevoit dès l'origine un idiome conn mun, et, dans la suite des temps, un même culte et les mêmes usages, on arrive, par une induction h la fois légitime et natarelle, à renouer pour un peuple les fils rompus de la tradition, en puisant dans les documents authentiques qui émanent d'un autre peuple. « Avoir Tlndien tel qu'il est actuellement et avant que l'on connût les Vcdas^ on devait avoir beaucoup de répugnance à considérer son existence comme une image des temps les plus anciens. Aujourd'hui, on peut admettre avec pleine confiance que nous avons réellement sons les yeux, dans l'état des Indiens à répoque védique, un tableau extrêmement fidèle de la vie de nos ancêtres commune aux Indo-Européens (3). » Ainsi, nous sommes autorisés a chercher dans les vieux hymnes des Védas une esquisse de l'état probable de la médecine chez les Hellènes durant une partie au moins de la période qui a précédé Homère. Je dis une partie, car le plus ancien des Védas, le /?/y, correspond à une époque beaucoup plus rapprochée de la réunion

(1) Fustcl de Couldiïîfo*, la cité antique, 2« éd., Paris, 1866, p. 5.— Cf. Maury, Iltfiig. fin la Grèce antique, Paris, 4857, t. I, p. 237 et suiv.

(2) OHiipris entre la nier Caspienne, les déserts de l'Asie centrale et la chaîne de rindou-Koli.

(3) Weber, Hist, de ta h'tt, indienne, Irad. Sadous. Paris, 1859, p. 15.

MÉDEaNE INDIENNE D*APKËS LE RIG-VÊDA. 7S

des peuples indo-européens en une même contrée que Fépoque dont le chantre de la ruine d'ilion est rhérilier immédiat (1).

Puisque de très-bonne heure la négligence des hommes ou les injures du temps ont détruit les premiers monuments de la littérature grecque, nous avons essayé de tirer du Rig-Viida^ de ces hymnes magnifiques qui célèbrent comme des divinités tantôt les forces de la nature et tantôt certains objets terrestres ou matériels, tout ce qui peut servir à nous initier aux plus anciennes connaissances de nos ancêtres dans l'art médical. Nous avons interrogé les Indous, ils nous ont répondu et ils ont porté témoignage pour leurs frères les Hellènes.

Une simple lecture du Rig- Véda nous a conduit aussitôt à faire deux parts dans ce recueil d'hymnes : les six premières sec- ^ tiens contiennent évidemment les hymnes les plus anciens; les deux dernières renferment au contraire ceux qui sont relativement les plus récents, et qui ont le plus de rapports, ceux de la septième avec le Sama-Véda qui les reproduit à peu près entièrement, ceux de la huitième avec VAtharva- Véda. C'est surtout dans ces deux dernières séries que commencent à se faire jour, comme l'a remarqué M. Max. MûUer, l'anthropomorphisme et les systèmes de cosmogonie et de métaphysique.

Dans les six premières sections, la médecine est tout entière et directement entre les mains des dieux ; la thérapeutique n'a pas d'autre formulaire que les invocations et les prières. On ne peut pas dire qu'il y ait des dieux spéciaux de la médecine; presque tous sont invoqués contre les maladies; néanmoins les deux Âswins, ces dieux véridiques et protecteurs ^ cesmerveilleux médecins^ ces cavaliers jumeaux qui mettent les ténèbres en fuite, annoncent l'aurore et président au réveil bienfaisant de la nature, semblent plus spécialement chargés des soins de la santé.

Dans le Rig-Véda^ dans ce recueil d'hymnes qui, pour la plupart, datent de la vie pastorale des Âryas, la préoccupation des affections internes l'emporte, cela semble évident, sur l'observation des accidents dont la chirurgie se réserve le traitement. Or, c'est précisément le contraire dans V Iliade^ en raison de la

(1) Cf. Maury, Religion des Aryas, p. 15, dans Croyances et Légendes de Vanti" quité. Paris, 1863, in-8.

diiTérence des situations et des époques, tandis qu* avec V Odyssée on se retrouve dans un milieu plutôt médical que cliinirgicai, parce qu'alors la période héroïque est sur son déclin. Ces réflexions suffisent à montrer que la recherche de rantériorité absolue de la chirurgie ou de la médecine est vaine, un peu oiseuse et s'appuie sur de faux principes de critique historique. Tout se borne à savoir apprécier le caractère des documents qu'on interroge et à en tirer des inductions sur la prédominance relat/rf» et parfois apparente seulement de l'une ou l'autre branche des sciences médicales. Wilson (1) nous semble confondre les époques, n'avoir pas songé au Rig-Véda et s'attacher à des légendes plus récentes, quand il avance que chez les In- ' dous la chirurgie a précédé la médecine. Au premier de ses jours, l'homme a été également exposé aux attaques de la ûèvre et aux blessures; de là, très-probablement, sous une forme on sous une autre , l'origine simultanée de la médecine et de la chirurgie. Seulement il faut remarquer que, suivant les époques de l'histoire, et par conséquent en raison de la diversité des compositions littéraires et des sujets qui y sont traités, c'est tantôt la médecine, tantôt la chirurgie qui est en relief.

C'est dans une des sections les plus récentes du Rig-Védn qu'on rencontre un passage qui peut se rapporter aux vrais médecins. Le poète, s'adressant à Soma, s'écrie, dans un hymne qui rappelle certains mouvements de la poésie élégiaque grecque: « Nos vœux sont variés, les œuvres des hommes sont diverses: le charron veut du bois, le médecin une maladie^ le prêtre des libations (2). >

Dans la septième, et surtout dans la huitième section du Mig- Véda^ on voit apparaître la magie ou les opérations artificieuses et trompeuses (rfecc/>//t'e, Wilson), mais non pas encore la magie qui usurpe les droits de la médecine. 11 y en a de deux sortes: la bonne et la mauvaise; la bonne, à laquelle président les dieux, et qui sert à combattre la mauvaise, celle des Rackasas et des

(1) WiUon, Hechf.'rchr.<t xur IfS srient'eft inédi'nli'i et chiruryicnlrs des Indoiu^ tirées (lu Mnfjnsin oriental tfr Cft/aitta, 1823, vi iii'^i'Mres (|;in> !»• n'oiieil de ses (lEuvret^ Aol. l,part. 3, p. 271.

ri, VII, V, 12; 1, tiad. Laiijrlois.

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