INFLUENCE DE LA PHYSIOLOGIE PBIIIITIVE
blement rapprocher les uns des autres si l'on veut lear restituer leur véritable signification.
Ce n'est pas la connaissance de la structure du cerveau, ni l'élude patiente de la distribution des nerfs qui ont conduit Ga« lien à distinguer, mieux qu'on ne Tavait fait avant lui, des racines motrices et des racines sensilives; c'est la méthode expérimentale, c'est-à-dire la physiologie en action, qui, cette fois, s'appuyant sur des notions positives, lui ont ouvert cette voie (1). Le terrain était presque neuf : la physiologie du système nerveux absolument ignorée des très-anciens philosophes, à peine indiquée dans les hippocratistes, méconnue par Âristote, avait fait son entrée dans le monde scientifique à Alexandrie, sans le cortège des vaines hypothèses et sous le patronage de médecins qui n'étaient, sur ce poini, engagés par aucun préjugé. Ainsi, l'anatomie peut préparer les voies à la physiologie, mais, seule, clic est incapable d'en redresser les erreurs, de mener à des découvertes, de dévoiler la nature des fonctions ou d'en expliquer le mécanisme.
Ces vues sur le rôle de la physiologie m'ont beaucoup servi autrefois dans la classification des périodes de l'histoire de la médecine; elles me servent chaque jour à déterminer, soit la nature, soit l'étendue des progrès de la pathologie dans la suite des siècles; à juger avec impartiahté les hommes et leurs écrits, à me rendre compte de la succession et de renchaînement des systèmes. C'est une lumière qui n'égare jamais et qui permet toujours de retrouver son chemin au milieu de ces mille détours où se complaît l'esprit humain quand il manque la ligne droite. Je comprends « l'aridité d'un exposé didactique qui embrasse toutes les époques de la science et promène lentement l'auditeur rebelle à travers les siècles j>, si, dans son c exposé j>, le professeur se contente de mettre bout à bout les faits, les noms et les dates, sans chercher jamais à dominer son sujet ni a éclairer sa route ; mais alors l'aridité est à la charité do l'historien et non pas à la charge de l'histoire.
(!) Voyez mon Exposition des ro/iNnitsnnres rie Gn/im sur Canalomieet la physiologie du système nerveux, Paris, 1841, iii-â.
88 GOIIllEMGEli£NTS D£ LA MÊDEaNB SaElITinQlTE.
L'histoire de la médecine échapperait donc seule aux conditions de toutes les autres histoires? Est-ce que, seule, elle perdrait à être présentée dans son ensemble? Est-ce que, seule encore, elle deviendrait à la fois moins stérile et plus attrayante, si elle était adjugée par morceaux comme les thèses de concoors ou les sujets d'examen ? Pourquoi donc ne conseille-t-on pas d'enseigner ainsi la pathologie, la chimie et la médecine légale? Je ne crois pas que la compétence soit plus universelle chez un professeur de pathologie interne ou de thérapeutique, que chei un professeur d'histoire; je ne pense pas davantage que Thisloire delà médecine, lors même qu'elle ne serait pas une € panacée efficace > (1) pour toutes les défectuosités de la médecine actuelle, mérite moins de considération que la pathologie.
(1) Béhier, £<v'0/4 d'ouverture du cours de clinique ttuklicaie, Paris, 1867, iii-8, p. 21 . — Nous avons vu que $i l'histoire n'est pas une « panacée »^ eUe cst^ du uoins, un guide assez sur à travers les méthodes et les systèmes ; nous savons aussi qu'elk fournirait plus d'un enseignement positif au clinicien et au patholo|:isto^ qui croiraient ne pas perdre tout à fait leur temps à l'étudier sérieusement.
Soxmaire: De la place qu'IIippocratc et la Collection liippocratiquc occupent dans riii^toire de la médecine. — Ce que les auteurs de celte Collection ont pensé sur le médecin, lu médecine, le malade et la maladie. — Ce qu'est Tanatomic dants Hippocralo.
Messili'RS,
Les réflexions qui précèdent nous ramènent d'un peu loin, mais directement, à Hippocrate. Lorsqu'un médecin célèbre, M. Double, disait, au sein de rAcadémie de médecine, t qu'Hippocrate seul^ sans aîUécédents^ sans rien avoir emprunté aux siècles qui l'avaient précédé, puisqu'ils n'avaient rien produit, ouvre à l'esprit la route de la vraie médecine », il était précisément de ceux qui, étudiant l'histoire par fragments, ne savent [nesquerien de ce qui précède et pas grand'chose de ce qui suit, de sorte qu'ils ne peuvent porter que des jugements erronés ou incomplets. Nulle part, dans la Collection hippocratique, les auteurs ne se donnent comme les premiers qui aient défriché le champ de la médecine; presque tous, au contraire, parlent d'une médecine beaucoup plus ancienne, et quelques-uns même renvoient à des livres aujourd'hui perdus.
Jusqu'ici et dès nos premiers pas, nous avons entrevu dans le lointain, à travers mille accidents de terrain, l'œuvre hippocratique non pas comme un éclair qui tout à coup sillonne la nue, mais comme le couronnement naturel d'un édifice dont les assises se perdent, pour les Grecs, dans la nuit de l'histoire. Tous nos f^iïorts ont tendu à rattacher le siècle d'Hippocrate aux siècles précédents et à justifier cette parole d'un médecin de Gos (1) : (( La médecine est dès longtemps en possession de toutes choses, en possession d'un principe et d'une méthode qu'elle a trouvés;
(1) Ancienne méiitune^ 2*
90 GOLLECnON HIPPOCBATIQUB-
avec ces guides, de nombreuses et excellentes découvertes ont
été faites dans le long cours des siècles » Hippocrate n'a pas
été le point de départ de nos recherches; au contraire il en a été le but; le temps qui le précède a été pour nous une préparation à cette époque mémorable où tout vient concourir et aboutir en Grèce, au siècle de Périclès, le plus grand siècle peut-être dans les annales de l'esprit humain, parce qu'il est le plus complet et le moins artificiel.
Il faut n'avoir ni étudié l'histoire grecque, ni réfléchi sur les conditions du développement de la science et des lettres, ni parcouru les Dialogues de Platon, les Comédies d'Aristophane, les Tragédies d'Euripide, ou les fragments des comiques, pour s'imaginer que la médecine est sortie toute faite de la tête d'Hippocrate, comme Minerve tout armée du cerveau de Jupiter. Qui donc a jamais dit que Phidias avait inventé la sculpture, Socrate la "philosophie et Aristole la logique ou la rhétorique? Sans remonter plus haut que le siècle même où a paru le chef de l'école de Cos, on reconnaît bientôt, en lisant les auteurs dont je viens de rappeler les noms, qu'Hippocrate est né en un pays et à un moment où la médecine intervient dans presque toutes les circonstances importantes de la vie publique et privée, où elle sert de termes de comparaison pour toutes sortes de préceptes moraux ou de doctrines politiques. Lors même que nous n'aurions sur l'oxistence florissante de la médecine avant le siècle d'Hippocrate aucun témoignage, il faudrait bien encore admettre que ni Euripide, ni Aristophane, ni Socrate n'ont pu prendre dans les écrits d'Hippocrate les renseignements qu'ils nous fournissent en si grande abondance sur la médecine et sur les médecins. Hippocraie est né en 460; Socrate dix ans avant, en 470(1); Euripide en 480 (2) ; Aristophane vers l'an 450 (3) ; il est par conséquent
(1) On n'objectera sans doute pas que nous avons les ou\Tajres de Platon (ué en 430) et non pas ceux de Socrate; mais le disciple n'est que l'écho de la parole du maître ; et personne ne croira que Platon ait parlé à chaque page de médecine, si Socrate n'y avait pas fait à chaque instant allusion dans ses conversations et dans spn enseignement.
(2) Ses débuts sont de 455.
(3) Ses débuts paraissent dater de 431.
mPPOCRATE N*A PAS INVENTÉ LA MÉDECINE. M
de dix ans seulement plus jeune qu'Hippocrate. Entre de telles limites, ni Hippocrate, quel qu'ait été son génie, n'aurait eu le temps d'inventer la médecine, surtout de lui donner tout à coup tant d'extension et tant d'autorité; ni Socrate, ni Euripide, pi même Aristophane, quelque empressement qu'on leur suppose pour une science si nouvelle, n'auraient eu non plus le loisir de s'en instruire et de s'y intéresser à tel point qu'ils en discou* rent comme d'un sujet d'étude familière.
Ce n'est donc pas seulement par curiosité, mais pour défendre une thèse historique que nous avons recherché avec un soin tout particulier ce que peuvent nous apprendre sur la condition du médecin et sur l'étal des sciences médicales dans la société grecque, à la venue d'Hippocrate, Socrale par li^ bouche de Platon, Euripide, Aristophane et quelques autres auteurs de moindre conséquence. Nous avons aussi jugé le système anato* mique et physiologique de Socrate d'après le Timéer et nous avons reconnu que ce système se rapproche beaucoup plus de ceux qui ont été imaginés par les philosophes anté-socratiques qu'il ne rappelle les théories qui dofninent dans la Collection hippocratique. C'est là une preuve non équivoque que Socrate n'est pas le disciple d'Hippocrate, mais le témoin bien informé de connaissances depuis longtemps acquises.
11 est plus difficile de parler simplement d'Hippocrale que de faire écho à ces élans d'un enthousiasme de commande, qui ne manquent jamais de se produire chaque fois qu'il est question du a divin vieillard >. Ne nous laissons pas détourner du vrai chemin par la crainte, ou de manquer de déférence envers « le prince de la médecine », ou de succomber sous le poids de tous les travaux dont les écrits hippocratiques ont clé l'occasion. La meilleure marque de respect qu'on puisse donner à un auteur, c'est de le lire avec assez d'atlenlion pour le comprendre et pour découvrir ses vrais mérites; d'un autre côté, ni le nombre, ni l'importance des éditions ou commentaires ne doivent faire suspendre son propre jugement et arrêter les recherches personnelles. D'ailleurs, l'embarras est aujourd'hui moins grand qu'il ne semble au premier abord. Je l'affirme parce que je le
92 GOLLliCTlON HIPPOCEATIQUE.
sais : tout, ou du moins presque tout ce qui a été écrit rar Hippocrate entre Galien et M. Littré est une œuvre à peu prés stérile, faute de méthode, de critique, de connaissance de l'histoire et de science médicale. Cette méthode, c'est M. Littré qui Ta trouvée; cette critique, c'est lui qui l'a introduite; cette histoire, c'est lui qui en a posé les bases; cette science médicale, ce sont les modernes qui l'ont renouvelée depuis Hippocrate et depuis Galien.
11 est certain que, même pour ceux qui n'ont d'autre but que de trouver « la philosophie de l'hisloire »,lc point de départ de loule étude sur la Collection liippocralique, (|ui est un assemblage de pièces évidemment disparates, doit être de classer les écrits qui la composent. Quel que soit le système de classification qu'on adopte ou qu'on crée, il faut passer par ce premier degré. Ce n'est point, comme on affecte de le dire, un délassement de philologue ; c'est le travail fondamental de l'historien.
Mais pourquoi prétendre ainsi donner le change et surprendre la religion des auditeurs ou des lecteurs? Comment! on ose dire qu'il n'importe pas de classer les écrits d'Hippocrate en différents groupes ! La doctrine étiologique est-elle donc identique dans le traité Des airs^ des eat/x et des lieux, et dans V Ancienne médecine? Est-ce que la pathogénie est la même dans les ouvrages de Cnide et dans ceux de Cos? Est-ce que la nature médicatrice, dont on fait tant d'état, se trouve dans tous les livres de la Collection? Est-ce qu'il n'y a aucun intérêt à rapprocher les notes des ouvrages qu'elles ont servi à rédiger, et à voir ici des faits particuliers qui deviennent là des propositions générales? Quoi ! la philosophie de l'histoire n'a rien à gagner à tout cela! Enfin, quand vous parlez de la doctrine cT Hippocrate y qu'entendez-vous par Hippocrate, et de quoi composez-vous cette doctrine? Il a fallu la bonne volonté et le défaut absolu de critique de Galien, pour chercher et pour trouver, à force de conciliations ou de contradictions, dans la Collection hippocratique, une doctrine uniforme.
En un sujet aussi compliqué, la divergence i^'Amniûiis sur les détails n'est pas une raison de f ^^
rique : c'est, au contraire >
COMMKKT ON DOIT ÊTUDIF.R UIPPOTRATË. 9fl
volonté de chercher à mener la solution aussi prés du vrai que possible. Quand la méthode est trouvée, dit un auteur hippocratique, celui de YAncienne médecine, le reste se trouve dans lii suite des siècles; or, c'est précisément en suivant la méthode trouvée par M. Littré que nous avons pu, en reprenant chaque traité isolément, arriver ensemble à une classification encore plus rigoureusement naturelle que celle qui a été adoptée par mon illustre maître (1).
Quant à la vie d'Hippocrate, ne voulant point fatiguer volr;î attention à énumérer et à réfuter toutes les fables dcbilôcs sur la vie et les actions du médecin de Cos, je me suis contenté de vous renvoyer à l'étude détaillée que j'ai faite autrefois de cetle légende (2), et je vous ai rappelé en deux mots ce que Ton sait de positif louchant ce grand homme : Il est né vers Tan 460, à Cos, où il a tenu école, au temps de la splendeur d'Athènes, dans le grand siècle de Périclès, siècle qui a produit Sophocle, Aristophane, Euripide, Thucydide, Socralc, Platon, Phidias, Polyclète, et qui était encore tout illuminé des derniers rayons de la liberté. Sa réputation est arrivée jusqu'à Socrate, (|ui parle de lui en maintes circonstances (3). On peut regarder comme ses écrits authentiques, le traité Des fractures et celui Des luxations, car ils
(1; Dès raiiiiéc 1853, dans \c Journal des SavanU, et surtout deux aiis pluK tnrd, dans mon Introduction aux Œuvres choisies d'Iiippnrralc (p. Lxxii-cxiii] j'ai fiiit subir à la classilication de M. Littré des modifications qu'il a approuvées pour la plupart; dans mes Leçons, j'ai encore introduit quelques changements réclamés par une nouvelle étude d'mi texte qui ne dit jamais son dernier mot.
Aux piiges VI et suiv, de la prérace du 111" voU de son édition d'Hippocrate ( Utreclit 1 859-1 8G4), édition avec laquelle il Taut désormais compter comme avec cclk' do M. Littré, M. le docteur Emicrins, un de nos plus habiles philulogues, a résumé en un tibleau le résultat de ses recherches ingénieuses ou savantes sur la classification des écrits d'Hippocrate. Malgré ma dérérence pour un érudit aussi distin;?ué^ il m'est impossible d'accepter cette classification, surtout pour ce qui regarde U'S écrits réputés cnidieus, et pour ceux qu'on peut attribuer on refuser en toute confiance à Ilippocrate.
(2) Voyei mon Introduction aux Œuvres choisies (THippocraiey p. xxi, suiv.
(3) Une étude comparative de tous les passages où Platon parie de la médecine des médecins et des malades, avec divers traités de la Collection hippocratiquc, m*A beaucoup servi à déterminer, sinon l'auteur de ces traités (une telle recherche est illusoire), du moins le temps et l'école où ils ont été rédigés.
94 GOLtBCnON HIPPOCBATIQUË.
ont en leur faveur un témoignage contemporain, celui de t\èsa& et, un peu plus tard, celui de Dioclès. Combien on en voudrait savoir autant sur Homère ! Du reste, Messieurs , n'est pas qui veut un héros de roman ou de légende : il faut s'appeler Homère, Alexandre, Charlemagne, Hippocrate ou saint François d'Assise; il faut vivre en un pays et dans un temps où le peuple a encore le vif sentiment des existences idéales.
La légende d'Hippocrate a commencé presque de son vivant Elle se continue de nos jours, non plus, Messieurs, en ce qui regarde sa vie, mais, ce qui est bien plus fâcheux, en ce qui touche sa doctrine. Comme il serait beaucoup trop long de faire une étude d'après nature, c'est-à-dire d'après les textes, de la Collection hippocralique, on se crée un Hippocrale de fantaisie, un type imaginaire; on l'oITre au public comme le représentant d'une doctrine que ni Fhistoirc ni Tobservation moderne ne justifient; et, cela fait, on imprime fièrement dans un journal de médecine que M. Littré, dans ses traductions et ses interprétations, défigure Hippocrate par esprit de système!
Sans nous émouvoir de ces jugements sommaires, nous avons résolument abordé la Collection hippocratique, en ayant soin de rassembler tout ce qui concorde dans les divers traités, et de faire ensuite autant de groupes distincts qu'il y a de pliysionomies caractérisées et de doctrines nettement définies. Ces groupes, pour plus de simplicité, nous les avons, ici, réduits à trois (1) : Ecrits d'Hippocrate et de r école de Cos; Ouvratjes de l'école de Cnide; Traités sur les maladies des femmes et des enfatUs^ qui peut-être aussi sortent de celle dernière école : encore avons-nous donné une attention spéciale à la distinction des écrits originaux d'avec les résumés {Aphorismes)^ les compilations {Coaques)^ et celle des ouvrages achevés d'avec les notes qui ont servi de matériaux pour la confection d'autres traités (2),
Quand nous connaîtrons bien Hippocrate, nous aurons la clef de la médecine jusqu'au xvii" siècle. Les systèmes qui ont un
(1) Nous avons négUfçu \oloiilaircnieiit <iiu>1<|uo^ opii^inili-^, an (|iii >i»iit l'iiaiiircKtument np(UTyplies, ou qui lu* peu veut ri'UtriT »l:iii*i un m^mpi- iv^iiilicr.
(2) Il R'ttRÏt surtout «If» Ii\njs II, IV, V, VI, Vil, «li < Èpùhfinirs-^ cl du livn» Des humaurt.
M COLLECTION llIPPOCniiTIQUE.
pour les erreurs inséparables de toute science et de tout art^ car une habileté consommée se voit rarement (1), etméme, pour les bons médecins, les ressemblances amènent des méprises et des embarras (2); plus d'éloignement pour les médecins qui, tout occupés de leur fortune et de leur réputation, font étalage de leur savoir, caressent les préjugés du vulgaire, et règlent leur conduite sur le profit qu'ils en retireront (3); personne, enfin, qui ait fait preuve d'autant d'expérience et de bon jugement dans les relations journalières que la profession médicale établit entre le médecin, le malade et les gens du monde (A).
Le sentiment de la dignité médicale, la crainte d'échouer dans les entreprises de la pratique, le souci des jugements du public (5), ont été poussés si loin par les hippocratistes et les cnidiens,que dans Tune et l'autre école il est souvent interdit de se charger, soit des cures diflicilcs ou impossibles, soit de cer-
(1) Ane. niédcc.^ 9 : « Tant que les mauvais médecins traitent des personnes affectées de maladies peu graves, où les fautes les plus grossières ne produisent pas d'accidents redoutables (ces maladies font beaucoup plus fréquentes que les maladies dangereuses), leurs erreurs passent inaperçues du vulgaire; mais s'ils tombent sur une affection violente^ dangereuse^ leurs bé>ues et leur inhabileté se manifestent aux yeux de tous, et la punition ne se fait pas attendre. » {ibid.) — Nous avons adopté la traduction de M. Uttré pour tous les traités ou parties de traités que nous n'avons pas nous-mème traduits.
(2) Épid., VI, 8, 26.
(3) Articul., 35, 42, 44, 46, 70, 78 ; Fract,, 1, 30. — On lit dans le traité Ihs fractures (§ 1) : « Il ne faut pas de longues études pour remettre un bras cassé, ci tout médecin en est capable; je sais cependant que certains médecins se sont fait une réputation d'habileté par le vain étalage de leurs manœuvres qui séduisent le vulgaire, mais qui devront faire une réputation d'ignorance auprès des gens du métier. Dans notre art, bien d'autres points sont jugés de la' sorte. Le nouveau, dont on ignore l'utilité, est loué plus que la méthode habituelle, dont la bonté est déjà connue, et les choses étranges sont plus appi'éi'iées que les choses é>identes de soi. » — Cf. Préceptes, 7 et 13.
(4) ff La médecine est un art qui a sa réalité, auquel on a recours dans les circonstances les plus importantes, et qu'on honore surtout dans la personne des artistes habiles et des bons praticiens. 11 y en a de mauvais; mais il en est aussi qui excellent particulièrement; distinction impossible, si la médecine n'avait absolument aucune réalité, si elle n'avait rien observé en elle-même, ni rien trouvé, et si, au contraire, tous les praticiens étaient également inexpérimentés et ignorants, et si le hasard seul réglait tout ce qui concerne le soin des malades. » {Ane, méd., i .)
(5) àriicu/., 67. — Voy. De Part , 3; Des maladies^ II, 18.
LE MÉDECIN, LE MAUnE, LA MALADIK. 97
Uines maladies (i) : interdictions renouvelées dans la suite des siëcIeSy et qu'on retrouve chez les Arabes. Cela explique comment il est défendu aux médecins de tailler les calculeux : cette opération était considérée comme une œuvre compromettante et qai devait être réservée aux spécialistes. Ce passage du Serment y qui a mis les commentateurs à la torture, s'explique tout naturellement par la suite de l'histoire, et nous avons retrouvé, au moyen âge (par exemple, dans la Somme médicale de Gauthier, 1250), chez les Arabes, en particulier dans Avenzoar, la mëfne interdiction pour les raisons que nous venons d'indiquer.
Ce n'est pas dans les temples d'Esculape ni dans les écoles de philosophie que les médecins de Cos ou de Cnide ont puisé leurs principes si fermes contre toutes les formes du charlatanisme, leur préférence si explicite en faveur de la médecine naturelle contre la médecine extra-naturelle; ce ne sont ni les prêtres ni les philosophes qui leur ont enseigné ce dédain superbe pour les applaudissements de la foule , ou cette recherche persévérante de l'utile et du vrai, ni cette appréciation judicieuse de la réalité, de la puissance de la médecine et de ses limites, ou cette merveilleuse aptitude à juger toutes les questions les plus élevées comme les plus minutieuses, que soulève la pratique (2). C'est au lit du malade qu'on acquiert tant d'éminentes qualités ; c*est par une instruction régulière, par une longue méditation et par l'observation de la nature et des hommes, qu'on arrive à des conceptions si exactes, à de si nobles préceptes.
Ceux qui les premiers ont sanctifié l'épilepsie furent, a mon avis, dit un auteur hippocratique, ce que sont aujourd'hui les mages, les purificateurs, les charlatans, les imposteurs, ce que sont tous ceux qui se font passer pour irès-pienx et pour on savoir plus que les autres. Jetant la Divinité comme un manteau et un prétexte pour abriter leur impuissance à trouver un traitement efficace, ils ont imaginé un traitement qui les met à l'abri
(1) F/■flc^,lG;P^or^^.,lI,12•,/lr^3ell3; A//\ int., i2 ; Femnm s7o-.,IlI,23n.
(2) Offic.f à: « U faut s'eMTCor à oxcrult-r touUs oliost's a\oc riiiu* ou l'auln' nuiiii el avec les deux à la l'ois, a>anl pour rè^k' rulilité, la ouiivfiiauo»', la proniptitadc, la légèreté, l'élétrauce, la facilité. » Voy. aussi les 5;g G et 10 ilu promit r livre Des maladi**^^ sur ro qui se fait bien oii «h- travers eu niéderiiu-.
DÂREMBERr.. 7
98 COLLECTION HIPPOCRATIQUB.
de tout reproche, et à couvert de tout événement s'il échoue (ils prescrivent, en effet, des purifications, des expiations, et défendent les bains et certains aliments qui conviennent peu aux malades), et qui les couvre de gloire, s'il réussit. Ce sont les dieux qui sont responsables de l'insuccès, et les charlatans qui tirent vanité et profit de la réussite. Le vrai médecin est celui qui sait trouver un bon traitement sans puriGcation, sans artifices magiques, sans tout ce charlatanisme (1).
Cela n'a pas été écrit dans un temple.
Au dire de la plupart des historiens, la médecine commence à Hippocrate, et cependant il n'y a pas de pages de ses œuvres qui ne nous révèlent les misères de la profession (2), les mécomptes de la pratique, les rivalités des confrères, les tristesses, les résistances ou l'ingratitude des malades (S), et pas de pages non plus où nous ne trouvions des discussions hardies et piquantes contre les anciens ou les nouveaux médecins. Est-ce là le caractère d'une science qui n'a pas de précédents, et de savants qui n'ont pas d'aïeux? Des blâmes si énergiques et si multipliés pour le mal, des éloges si fortement motivés pour le bien, ne permettraient pas de douter d'une longue existence de la médecine avant Hippocrate, lors même que l'état si avancé de la médecine elle-même ne viendrait pas à son tour déposer en faveur de celte haute antiquité.
Tout cela ne donne -t-il pas pleine confiance dans les résultats auxquels d'autres preuves nous avaient conduits, et ne fait-il pas
({) Malad, sacrée, 1 et 18. Voy. Airs, eaux, lieux, 22, sur les maladies naturelles.
(2) Des vents, 1 : « Parmi les arts, il en est cerUins qui sont pénibles à ceux qui en possèdent les secrets, mais avantageux pour ceux qui en usent ; qui sont une source commune de bien-être pour le \ulg:aire, mais une source de peines et de maux pour ceux qui l'exercent. Au nombre de ces arts est celui que les Grecs nomment Médecine. Le médecin voit des choses pénibles, touche des objets repoussants, et, dans les malheurs d'autrui, il recueille des chagprins personnels; les patients, au contraire, par l'entremise de Tart, échappent aux maux les plus terribles, maladies, souffrances, peines et mort; car c'est contre tous ces maux que la médecine se montre efQcace. »
(3) « Un médecin visite un fébricitant ou un blessé; il fait une prescription : le lendemain, si le malade va plus mal, on accuse le médecin ; si au contraire il va mieux, on glorifie la nature, et le médecin ne recueille point d'éloges. » {Maladies, I, 8.)