‹ Histoire des sciences médicales v. 2Chapitre 26 sur 130 · LA MÉDECINE · texte numérisé non relu

LA MÉDECINE

naître d'avance cette conviction, qu'en abordant l'étude des écrits hippocratiqueSy nous avons aiïaire à des œuvres ^vraiment méd icales, avec lesquelles il faut désormais sérieusement compter ?

Suivant Hippocrate (1), Tart tout entier est constitué par trois tenues: la maladie, le malade, le médecin. Nous savons ce que devait être le médecin, quelle idée il se faisait de la maladie, et quels étaient ses rapports avec le malade ; voyons maintenant ce qu'était la médecine.

Le début des Aphorismes a une majesté incomparable. Il est impossible d'imaginer des expressions à la fois plus brèves et plus saisissantes, pour peindre la grandeur de la médecine et la responsabilité du médecin : •— < La vie est courte, lart est long (2); l'occasion est prompte à s'échapper (3); Texpérience est trompeuse; le raisonnement est difficile. >

La vie est courte, l'art est long : combien ces propositions sont encore plus vraies de nos jours qu'à Tépoque d'Hippocrate,

(1) Èpid., u 5.

(2) Voici un commentaire peul-etrc cuidieu sur cette proposition : « 11 n'est pas possible d*apprcndrc vite la médecine pour la raison suivante : Aucune doctrine ne peut y acquérir de la fiiité; par exemplt*^ quelqu'un qui apprend à écrire par la méthode qu'on enseigne^ sait tout ; ceux qui savent^ savent tous de la même manièrc^ et cela^ attendu que la même cliose^ faite semblablement aujourd'hui et antrefois, ne devient pas contraire à ce qu'elle était, mais elle est constamment semblable à elle-même et n*a pas besoin d'opportunité. Mais la médecine ne fait pas la même chose maintenant et l'instant d'après ; chez le mcme individu, elle fait des choses opposées, et ces actions sont elles-mêmes opposées rtine à l'antre. Par exemple, les purgatifs n'amènent pas toujours l'évacuation intestinale; de plus, les purgatifs ont une double action^ et même ils ne se coinporteut pas toujours comme contraires des resserrants. » (Lietuv dnns rhotnmnj 41.)

(3) Antre commentaire également cniditn {Affections, 13) sur la troisième proposition du premier aphorisme: « Parmi les maladies, les aiguës sont, à vrai dire, celles qui tuent le plus vite le plus de monde et qui sont les plus douloureuses; elles réclament le plus de précautions et le traitement le plus rigoureux (Cf. Aph,, I, 6); celai qui les traite ne doit ajouter de son fait aucun mal à celui que cause la maladie, car ce mal-là est déjà bien assez j.r.in'1; !•• nuMlccin doit, au contraire, y apporter tout le bien qu'il peut f.nri". Si h- médecin tr.iitr bitii, mais si le malade estYaincu par la gravité de la maladie, la faute n'en «st eertits pa« au médecin; si le médecin ne traite pas bien et s'il méconnaît K: himI, et que le patient ^oit vaincu pir la maladie, ce sera la faute du médecin, t^

100 COLM-CTION Hîl^POCnATIQtîE.

puisque vingt-trois siècles ont accumulé les faits, multiplié les doctrines et étendu dans tous les sens le domaine où doiveot s'exercer Fobservation et le raisonnement. Que de choses à apprendre, mais aussi que de choses à oublier, et quel rare discernement réclame un tel partage! Cependant on trouve encore trop long le temps exigé pour ces études, et trop de médecins, aussitôt qu'ils tiennent entre leurs mains le diplôme tant souhaité, oabliant l'aphorisme d*Hippocrate, laissent de côté les livres, recherchent la clientèle, moins pour y trouver un accroissement d'instruction soUde et proGtable, moins pour entretenir la culture de Tesprit, que pour effacer leurs confrères et accroître leur propre fortune. II faut, je le sais, que le médecin vive du malade, mais je sais aussi qu'il faut que le malade ne meure pas du médecin et n'ait pas à courir la chance de sa maladie et celle non moins redoutable de l'impéritie, de l'inexpérience ou de la précipitation de son médecin.

L'occasion est prompte à s'échapper. Saisir le moment opportun est un précepte sur lequel Hippocrate revient sans cesse, tant l'ont frappé les terribles conséquences des heures perdues et l'impérieuse urgence du moment qui s'enfuit (1). Il n'est que trop facile de comprendre l'importance de ce précepte, pour peu qu'on réfléchisse à tous les désastres qu'entraînent la négUgence du malade ou celle du médecin.

(1) Uttré^ t. IV, p. àà2. Voyez auHHi sur les opportunités en médecine^ opportunités dont les unes sont pressunlcN ri dont les nulres consistent ù choisir dans le temps le moment convenable , Mahutirs^ \, b, — Voici une raison théorique de l'urgence qu'il y (i à saisir l'ocraHion, ft par conséquent de faire de fréquente* \isites: u Ci' qui est <lans les liuini-iii* itl instable et se clian^^e aisément par U nature et le liasanl. Ia*s choKi.it non i%\tv\'v\w* prennent les devants et causent la mort faute des soins nécesHiiiri'» Il « si difllrile de triompher de ce qui vient i la fois^ plus facile de dominer ci* t\n\ si au i ^de. » — {Bienséance, 13. Voy. aussi 2, où il est dit que le médecin doit rin- hikn di«porié pour saisir Topportunité.) — On attachait une telle importance a itii p^» mmn^m-v l'occiision qu'un médecin hippocra* tique {Préceiftes, à) va jusiiu'à rttinhiêi^mit i n «cm confrères de négliger le soin de ses honoraires, plutôt que de xV^posn k iu lu^tUnUr perle do temps en discutant avec le malade. « I^ médecine est nu .ni i/U i^ tu» am-. «Kt difficile à saisir (voy. Aph,, \, 1); celui qui lésait a un point lixe, il nnu{,ttiit\ <'ii nn^me temps les réalités et les nonréalités dont la connaissance confeltlui l<i nif-iure <>n médecine. » (Lieux dam i'finiti//ie, àà,)

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