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COLLECTION HIPPOCRATIQUE

vomitifs et de purgatifs; on répand à flots le petit-lait dans le corps des malades, mais aussi bien pour les affections chroniques que pour les affections aiguës. Nous reverrons à Alexandrie cette ampleur démesurée, cette bigarrure des cadres nosologiques et cette polypharmacie un peu nauséabonde.

Enfin, il est un fait qu'il ne faut pas oublier de signaler, c'est que plusieurs livres cnidiens, et en particulier le deuxième livre Des maladies, ont plusieurs sentences portant sur des points spéciaux et qui se retrouvent dans les Aphorismes : Exemples : Dans l'apoplexie, si la fièvre ne survient pas, le malade succombe dans les sept jours ; si elle survient, il guérit d'ordinaire. — Un homme ivre pris de spasme meurt dans les trois jours si la fièvre ne survient pas. — Si un tel parallélisme ne peut pas s'expliquer par une tradition très-générale et répandue dans les deux écoles, il faudra supposer, ou que les Aphorismes ne sont pas d'Hippocrate, et que l'auteur a puisé indistinctement dans les livres de Cos et dans ceux de Cnide, ou qu'ils ont été interpolés. Une nouvelle confirmation de ces doutes pourrait être également tirée de [l'examen des rapports nombreux qui existent entre la cinquième section des Aphorismes et les écrits sur les maladies des femmes, écrits qui trahissent, en tant de circonstances, une origine cnidienne.

Les livres de chirurgie, ceux qui sont consacrés aux accouchements et aux maladies des femmes, échappent, comme les livres cnidiens, et pour les mêmes raisons, à toute espèce de résumé. Voici toutefois quelques particularités relevées dans divers traités (voyez aussi page 129, note 1) : Faire saigner les plaies récentes, pratique encore populaire et inutile quand il n'y a ni venin ni poison ; — ne pas humecter ces plaies, si ce n'est avec du vin ; — ne pas laisser le pus y séjourner ; — ramener autant que possible les plaies rondes à une forme linéaire ^ — usage habituel des contre-ouvertures; — un détail de mœurs : chapitre spécial écrit en vue des plaies du dos, fréquentes chez les esclaves par suite de la fustigation ; — les hernies ventrales donnent lieu à plus d'incommodités (douleurs, nausées, vomissements) que les hernies inguinales ; — plaies des intestins moins

CniRtTRGIE. 125

graves si elles sont petites et longitudinales que grandes et transversales.

MM. Malgaigne et Pétrequin, deux juges dont on ne saurait récuser la compétence, déclarent que les Fractures et les Lt/arationSj traités qu'on peut regarder comme étant la suite l'un de l'autre, sont les deux plus beaux livres et les plus achevés qui soient jamais sortis de la main d'un médecin (1). Malgaigne ajoute que ces traités contiennent des faits ou des préceptes qui avaient passé inaperçus ou qu'on avait oubliés, et qui doivent désormais prendre place dans les traités de chirurgie. Ajoutons, Messieurs, pour être justes, que, si l'on a découvert tant et de si bonnes choses dans ces deux ouvrages, c'est à M. Litlré qu'on le doit, car il les a fait revivre en reconstituant et en interprétant un texte qui, avant lui, était dans le plus pitoyable état.

Les préceptes suivants, relatifs aux fractures, ont surtout frappé Malgaigne en raison de leur jus tesse|: mettre les membres dans leur position naturelle pour la coaptation et la déligation des fractures (2) ; dans une fracture compliquée de plaie, s'occuper plus de la fracture que de la plaie; réduire la fracture le plus tôt possible après l'accident; se tenir surtout en garde contre Tinflammation ; visiter souvent le cal et renouveler l'appareil de trois en trois jours ; comprimer plus fortement sur le siège de la fracturc, doucement et uniformément pour tout le reste du membre ;

(i) On lit dans le traité Des fractures (§ 31) une proposition assez étrange : « Généralement les premiers jours engendrent dans les plaies les conditions qui les empirent, inflammation, état sordide^ mouvements fébriles. Auquel, parmi les points les plus importants de la médecine, ne se rattache pas cette considération? Ce n'est pas seulement pour les plaies^ mais encore pour beaucoup d'autres maladies^ si mi^me^ on ne peitt avancer que toutes les maladies sont des plaies! n Je ne sache pas qu'une telle opinion se retrouve dans aucun autre traité; elle isole^ sous ce rapport au moins, les Fractures et les Luxations du reste de la Collection, si elle ne prévaut pas absolument, pour la question d'authenticité, contre les témoignages de Ctésias et de Diodes de Caryste.

(2) Voyez aussi Pétrequin : V'ues nouvelles sur lu chirurgie d'Hippocratc (Anvers^ 1864); savant mémoire où je crois cependant reconnaître que l'auteur n'a pas assez rendu justice à M. Littré, pour la détermination des poses académiques d'après Hippocrate.

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ne pas ménager le nombre des attelles, mais ne pas les allonger inulilement. — Hippocratc recommande encore de ne jamais penlre de vue ni la gravité des luxations du coude, ni la Facilité des récidives de la luxation scapido-himiérale. — On lui doit aussi une étude des plus savantes sur Tanatomie pathologique (au moins d'après les signes extérieurs) des luxations non réduites, et particulièrement de la luxation de la cuisse ; une connaissance fort avancée des effets produits sur les membres par les gibbosités, et sur la vessie par la compression de la moelle (1); une description à peu près complète des abcès par congestion. Il soutient que les luxations des vertèbres sont plus rares que les fractures; mais il croit, contrairement à l'opinion des modernes, et en particulier de M. Richet, que les vertèbres se luxent plus souvent en avant qu'en arrière. 11 n'y a* si je ne me trompe, qu'une allusion éloignée à une amputation, ou plutôt à une désarticulation, à la suite d'une gangrène effroyable causée jvir une trop forto compression {ÀrticuL. 69).

La discussion soulevée depuis longues années sur les principes d'Hippoorate relatifs;! la trépanation qu'il pratiquait très-libéralement, n'est pas encore close, quoique la majorité des chirurgiens soit aujourd'hui beaucoup plus réservée, trop réservée peut-être. Nous avons mis sou? vos yeux toutes ks pièces du procès, et , prr.r v'cciiîer, nous attendons une en ]uéîe qui s^appuie sur une rèxision critique et historique de ces pièces '2».

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MALADIES OtS FEMMES. 12^

fistulcux, les cathéters en S, les spatules pour étendre ou introduire les médicaments, les liges de plomb employées comme dilatateurs, les tiges creuses pour porter les médicaments dans Tulérus ou au fond des plaies béantes, la sonde cannelée pour les débridements, la sonde en cuvette pour doser les médicaments, la sonde d'étain en forme de grosse aiguille pour passer le fil dans l'opération de la fistule, les clystèrcs, les appareils pour fumigations du pharynx et du vagin, les bistouris ou couteaux de diverses formes, le phlébolomo, un instrument pointu qu'on attachait au doigt pour ouvrir les abcès qu'on supposait siéger sur l'épiglotte, les ventouses, les aiguilles triangulaires pour les mouchetures, les moxas, les rugines, les suppositoires de corne, le spéculum, les tentes de charpie. Quand nous Tavons pu, nous avons mis les originaux ou les dessins sous vos yeux. Nous n'avons pas négligé non plus de vous initier aux détails de la pharmacologie, et de vous rappeler les formes sous lesquelles les médicaments étaient conservés ou administrés.

Dans l'examen des riches et volumineux traités sur les maladies des femmes et les accouchements (1), livres qui, dans leur ensemble, dérivent de l'école de Cnide, six points principaux ont plus particulièrement attiré notre attention :

1" Le rôle des sages-femmes, des médecins et de la patiente dont on faisait d'avance l'instruction pour qu'elle sût se soigner elle-même. La sage-femme a le gros de la besogne, mais le médecin intervient parfois activement, et toujours il dirige le traitement dans les cas un peu compliqués (2).

2° Les recherches si délicates de l'auteur du traité De la gé-nération et De la nature de r enfant sur l'embryon, d'après l'œuf

(1) Je crois quil y a ilo bonnes raisons pour ne pas considérer la Sature de la femme comme un extrait ou un abrégé des Maladies des femmes, ainsi qu'est le Mochlique par rapport aux Fractures et aux Luxations. On peut au contraire dcmijulror que les chapitres ou passages qui se lisent dans les deux traités ont été transportés, par interpolation,de la Nature de la femme dans les Alpladies des femmes par quelqu'un qui voulait compléter ce dernier traité, exdcteraent comme on a clierché, si maladroitement, à compléter Soranus avec Âétius.

(2) Cependant, dans les Maladies des femmes (I, 62), les médecins sont repris" pour ne pas être assec instruits touchant les maladies propres aux femmes.

iS8 COLLECTION HIPPOCRATIQUE.

des oiseaux et d après un produit d'avortement chez une courtisane.

3"" La confrontation des théories sur la génération avec celles que nous avions exposées d'après les philosophes.

i"* L'examen attentif de tous les accidents qui, à la suite des accouchements, rappellent ceux de la métropéritonite puerpérale.

5"* Les causes de la dystocie, et les opérations qu'elle nécessite.

ô*" Enfin, comme complément, nous avons donné un historique aussi complet que possible de toutes les médications locales dirigées contre les diverses affections de Tutérus, médications longtemps négligées et, de nos jours, reprises avec succès; à ce propos, nous avons fait connaître les divers procédés de fumigations et les nombreuses variétés de pessaires solides ou mous usités dans ces temps reculés.

Dans son édition d*Hippocrate, M. Littré a ouvert des horizons nouveaux pour l'historien de la médecine, et il l'a mis en possession d'une méthode qui seule est capable de donner à l'histoire ce degré d'utilité pratique qu'on recherche aujourd'hui avant toutes les autres utilités, même avant le plaisir désintéressé de l'étude. M. Littré a montré qu'on ne saurait ni comprendre les ouvrages des anciens, ni en tirer aucun profit (et j'entends par anciens non pas seulement Hippocrate, mais nos aïeux d'il j y a cent ans), si Ton ne s'attache pas à contrôler leurs observations et leurs doctrines par le rapprochement des observations et des doctrines modernes; or, c'est précisément ce moyen de contrôle qui manquait jusqu'à une époque très-rapprochée de la nôtre, puisqu'on était asservi aux anciens et qu'on ne pensait ni ne voyait par soimême. Je n'ai jamais manqué une occasion d'établir ce parallèle depuis le moment où il a été possible d'en recueillir les éléments dans la série des auteurs que nous avons étudiés ensemble. C'est ainsi que nous avons pu, pour choisir les exemples les plus saillants, rapprocher Hippocrale des praticiens français, anglais ou allemands pour la fièvre pseudo-continue et pour les afTections

RAPPROCIIEMEMS DES IIirrOCRATJbTl-S ET DKS MODERNES. 129

(lu foie; — de M. Louis pour la phthisie aiguë; — de M. Grisolle pour la pneumonie, surtout pour l'emploi des bains dans cette maladie; — de M. Gosselin pour une épidémie d'érysipèle gangreneux; — de noâ plus illustres chirurgiens du xviir et du XIX' siècle, de Paris ou d'Angleterre, pour les fractures, les luxations ou certaines maladies organiques des os ; — de MM. Bennet, Nonat, Bernutz et Goupil, pour les inflammations utérines; — de MM. Mêlier, Trousseau, Auguste Voisin, Huguier, pour Théma* tocèle rétro-utérine et pour le cathétérisme utérin; — de M. Gubler et d'autres observateurs modernes pour les, paralysies consécutives aux affections aiguës, et surtout à diverses espèces d'angines. — Enfin, la confrontation des traités les plus récents sur les urines (en particulier ceux de AL Becquerel, de Golding Bird, de Lionel Beale, et l'ouvrage de Rayer «Sur les maladies des reins) avec divers passages du Pronostic^ des Épidémies^ des CoaqueSj des Aphorismesy etc., nous ont permis de reconnaîtra souvent, d*une part le genre d'altération chimique des urines d'après les seules apparences extérieures indiquées par Hippocrate, et, d'autre part, de vérifier la justesse de son diagnostic ou de son pronostic tirés de ces observations. Nous n'avons pas étudié, d'après cette méthode, moins de vingt-sept espèces d'urines, et nous avons insisté sur les urines écumeuses, c'est-à-dire albumineuscs, très-recoonaissables dans divers passages, soit par ellesmêmes, soit par le groupe de symptômes dont elles font partie. Vous avez écouté avec intérêt ces rapprochements, toujours instructifs et souvent inattendus; plus d'une fois aussi vous avez pris plaisir, soit à un heureux diagnostic anatomique, médical ou chirurgical (1), soit à une multitude à! observations si exactes

(1) Par exemple, un auteur hippocratique (Épid,^ VII, 121) diagnostique une plaie du diaphragme, parce que le malade est pris d*ttn rire plein de trouble; — un autre reconnaît une affection de l'épiploon et des \ertèbres au pus qui s'échappe et à la direction du triyet fistuleux {Épid., V, 26); — un troisième a indiqué Kérysipèle pharyngien comme complication de rérysîpMc externe (voy. Conques, 357 suiv.); — un quatrième {Épid., IF, ii, 24) signale la paralysie du voile du palais dans la paralysie faciale. — L'auteur du II* livre des Prorrhétiques^ un des litres le» plus précieux et les plus instructifs delà Collection, mentionne (§ 39) l'atrophie musculaire dans les paralysies. — Dans AffecL internes^ l, 29, on trouve une observation d'hydatides du poumon avec essai d'anatomie pathologique comparée.

I «d iX^.LKCTION HIPPOCRATIQDE.

1^1 .}i (loluMio.N^ \\\\^ nous n'en avons retrouvé le double exemjiliihi . |Mi' V \'iiNO\|ueiit lu vérification, que dans nos auteurs les |ilu> i\VioiiU v^'oii|Ut\ sous ce rapport, les médecins de Cnide t (\,ilr.%*iu .i\oc i'oux do Cos, cependant nous avons reconnu, d'une lîivoii KOu«^r<iUs Ih HU|iériorité de Cos sur Cnide; la raison de cette uij^'iii'ith^ o'oNi (|ue les médecins de Cos, plus cliniciens que K>. m« Joiiut dt« tlnidc, se dérendent un peu mieux contre laséiiu^iiMi Uoi ihôorifs et des hypothèses; ils usent avec plus de ,it>i uUioii do la miiuvnisc physiologie traditionnelle, qu'on pou- \iiii oiilihi^i' par iuHtants, mais qu'il était impossible de réformer, |(ui4i|uit I M\ ii'iilait |>réparé pour une pareille réforme, ni oans les Mt«MhiMlo9 irinvrHli(;ation, ni dans les résultats acquis. Ce qui doit \\\\\\kio iioM» oloiMiur et commander notre respect, c'est qu'avec (Km hi^iiuMiMuiU Hi \wu nombreux ou si imparfaits, lee auteurs .In ).i iiillmiioii hippocratique aient fait de si grandes œuvres. Il . Mitiiuilinn riihNources sont mises à profit, et les erreurs iiitUtut* luii Boiil par exciter à des recherches fructueuses. C'est l.i uu<i |*iiiuvo tiaiiN réplique de l'efljcacité de la méthode d'ob* iiMiUiiai |Miloul (»<i elle exerce son empire, car c'est au fur et \ mi Ml*- <|^*^* ^" perfectionne cette méthode que les acquisitions ^.H iiu« > XI n'^K^^'^^i'î^^*'^^ c^ QU^ '^^ hypothèses s'évanouissent.

I II., thuto vaine, comme quelques-uns affectent de repré-

..Mil I l.( iht'doriiiu, ne |)rocède pas ainsi ; rien n'a changé ni dans

t., |.i ti (ii)ti.. «i»Mtiihidiinidanslcs résultats définitifs do la cabale,

.|. l\ Mi«ui*'' *l^< iiiauuétiHme ou du charlatanisme, depuis qu*on

UiM Ih l\ uct^H-., (lu ina^nélisme, de la cabale ou du charlala-

^1 .^^\^ \\\ »'»»ul» ail a, au médecine, même dans les périodes les plus

X ^yy, ,. il \ a MU |iniKi'<^i4 d'un siècle sur un autre, et les choses

» i ni |i.u au uiiiuia point. C'est avec raison que l'auteur

, ^ . "«' «'• ' «'*«• IS '^) «'écriait : « Depuis longtemps la mé-

j . . ^ . u |h...a»»^.aii«u il'une méthode qui assure le présent et

., , M^ i w\n\\\ '• Viiilà la vraie tradition : que ceux-là qui

* , \ ,^ii ,1 M \W luulilliUi la cherchent patiemment dans les

,,. ,y\\'. «|u »l^ la buivtîut pas à pas. En pareille matière

'\k\ ^onloa. In» la^las seuls sont féconds.

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, .f \\ u. U\\\\ I'.»» ou^li««' <l"o c® diagnostic se rapporte

DIAGNOSTIC ARTIPICIBL. 131

snrtoal à des maladies extérieures ou chirurgicales (y compris les maladies des femmes), et que le diagnostic des maladies internes resle une exception dans l'école de Cos. De leur cdté, les Cnidiens, outre qu'ils recherchent bien ou mal, mais plutôt mal, les éléments de ce diagnostic, provoquent aussi par une méthode artificielle exploratrice très-ingénieuse la nature à révéler les signes à l'aide desquels on peut ici trouver une indication thérapeutique, là reconnaître l'espèce de la maladie. Ainsi on lit au § 3â des Liétiso dam t homme : c Quand on a affaire à une maladie qu'on ne connaît pas, on prescrit un évacuant qui ne soit pas énergique; si l'état s'améliore, l'indication est trouvée : il faut insister sur l'atténuation ; mais si, loin de s'améliorer, Télat empire, c'est le contraire ; s'il ne convient pas d'atténuer, il conviendra de rendre le phlegmc abondant, i Au IV livre des Maladies (§ 61), l'auteur vent que, pour s'assurer si la poitrine est remplie de pus ou d'eau, on essaye de faire pénétrer un liquide dans le poumon ou qu'on prescrive soit une fomentation, soit une fumigation : « S'il y a de l'eau, ajoule-t-il, le pus ne suit pas, c'est-à-dire le pus ne s'échappe pas au dehors; par cela vous reconnaîtrez donc la nature de la maladie. »

Et, chose remarquable, les mêmes préceptes se retrouvent exprimés d'une façon générale dans le traité De Fart (I), où l'auteur prend tant de peine pour rassembler tous les moyens qui peuvent servira distinguer les maladies les unes des autres : « Quand la nature ne manifeste pas d'elle-même les signes et les indications, le médecin a trouvé des movens de contrainte à l'aide desquels la nature, innocemment violentée, produit ces signes. Ainsi relâchée, elle révèle au médecin habile dans son art ce qu'il doit faire. Tantôt par l'acrimonie des aliments solides et des boissons, il force la chaleur innée à dissiper au dehors une humeur phlegmatique, afin de pouvoir distinguer quelqu'une des choses qu'avant il s'efforçait en vain de reconnaître ; tantôt, par des marches dans des chemins escarpés ou par des courses, il force la respiration de lui fournir l'indice des maladies qu'il lui appartient de révéler; enfin, en provoquant la sueur par les

(1) § 12. — De parciU rapprochements ne peuvent pas ôtre négligés pour la formation des groupes dans la Collection hippocraUque.

132 COLLfiCTiOM HiPPOCaATIQOE.

moyens susdits, il reconnaît, à l'aide des humeurs chaudes exhalées, tout ce qu'on juge par le feu. 11 arrive aussi que les matières excrétées par la vessie donnent plus de lomières sur les maladies que les matières excrétées par les chairs. »

Ne vous semble- t-il pas, Messieurs, qu'il y a plus d'iatérêt et plus de profit à rechercher et à mettre en lumière les nombireuses et viriles empreintes du génie médical dans la GoUeolion hippocratique, qu'à brûler de l'encens devant lesautdsdo Divin vieillard y comme les Athéniens sacrifiaient au Dieu ineanHu?

Sommaire : Des principaux mtèmes sur les causes et la nature des maladies dans la Collection hippocratique. — Tout s'explique ici par des qualités inhérentes aux humeurs. — Là par la théorie des fluxions, qui elle-même repose sur l'existence de quatre humeurs fondamentales. — Ailleurs tout Tient de l'air. — Dans d'autres traités, tout procède, mais secondairement, du régime ou des milieux.

Mbssisitm,

Les considérations sommaires où nons venons d'entrer ne seraient pas suffisantes pour vous donner une idée exacte des principales opinions qui se font jour dans la Collection hippocratique sur la nature ou sur les causes essentielles des maladies -, il y a donc lieu de compléter ces considérations en rapportant les passages où sont présentées ces opinions sous une forme ordinairement polémique (1).

Dans Y Ancienne médecine (2) le système des qualités inhérentes aux humeurs et des humeurs elles-mêmes, est opposé et préféré au système des qualités élémentaires : chaud, froid, sec, humide.

c Si c'est le chaud, ou le froid, ou le sec, ou Thumide qui nuit à l'homme, il faut que le médecin habile guérisse le froid par le chaud, le chaud par le froid, Thumide par le sec, le sec par rhumjde. Supposons un homme d'une constitution non pas robuste, mais faible; qu'il mange du blé tel qu'il sort de l'aire, cru et sans préparation, des viandes éga-

(1) Je n*ai pas besoin dé' dire qU*on retrouve dans un grand nombre de traités de la Collection l'afkplicaUon dé ces systèmes i la description des maladies, ou à des thèses générales; maïa j'ai voulu seulement donner ici Texposé dogmatique. C*est, du reste^ au développement ou à la discusaion de ces systèmes que se réduit presque toute rhistoire de la pathologie générale jusqu'au XYii* siècle.

(2) Ici et pour les autres extraits qui vont suivre, j'emprunte la traduction 4 M. Littré.

iZk COLLECTION UIPPOCBATIQUB.

lement crues, el qu'il boive de l'eau. En suivaDt un pareil régime, il éprouvera, j'en suis sûr, des incommodités graves et nombreuses; les douleurs le saisiront, le corps s'affaiblira, le ventre se dérangera, et certes il ne pourra vivre longtemps. Quel remède administrer dans de pareilles circonstances? Le chaud ou le froid, ou le sec ou l'humide? Évidemment Tun ou Tautre. Car si c'est l'une de ces quatre choses qui le rend malade, il faut y remédier par le cofUrairey suivant leur propre raisonnement. Or le remède le plus sûr et le plus évident, c*est de changer le genre de vie dont on usait, de donner du paki au lieu de blé, des viandes cuites au lieu de viandes ornes, et du vin à boire après le repas. Avec ce changement il est impossible que le patient ne se rétablisse pas, à moins que sa constitution n'ait été profondément altérée par la durée dumauvais régime. Que difons^nous done?Sontce des substances IWiides^oi l*ont rendu malade, et des âtibslances chaudes qû! Tout guérit ùt bien est-ce le contraire ? Je peftée cju'on serait embarrassé de répondre à ces (Questions ; car eA-ce le chaud, ou le Aroid, oïl 1ë sec, ou l'htimide que Ton aie au pain eti le fabriqaaùtf » (§ iS.) c EstidfiikÏÏt que ce n'est ni du sec, ni de l*humide, ni du ciattâ, ni du froid, ni d'aucune autre de ces choses que l'homme Souffre ou à besoin, mais que c'est de ce qu*il y a de plus fort dans chaque qualité et de ce qui est plus puissant que la constitution humaine, on a t*egardé comme nuisible ce dont cette même constitution ne pouvait triompher, et l'on a essayé de l'étileVéf. Or, ce qu'il faut entendre par le plus toti, c'est, parmi les qualités douces, la plus douce; pafthi les améres, la plus amërei parmi les àôides, la plus acide; en un mot, le suinmum de chacune. Car oti a vu et qu'elles existent dans l'homme et qu'elles nuisent à l'homme. Dans le corps, eU effet, se trouvent l'amér, le salé, le doux, l'acide, racei*be, l'insipide, et mille auti'es dont les propriétés varient à Tinfini par la quantité et par la force. Ces choses mêlées ensemble et tempérées l'une par l'autre, ne sont pas manifestes et ne causent pas de souffrances ; mais «i Tune d'elles se sépare et s'isole du reste, alors elle devient visible et cause de la douleur. Il en est de même des atiftients qui ne sont pas propres à Tbomme et d^nt l'ingestion le rend nialaUe;

STSTÈHES DE PATBOGÈHlg, iU

chacuD d'eux a une qualité qui n'a pas été tempérée, oa amère» ou salée, ou acide, ou toute antre qualité intempérée et forte; c'est pourquoi notre santé en est troublée, aossi bien qae par les qualités qui s'isolent dans notre corps. > (§ 11.)

€ Voyez, quand le suc amer qu'on appelle bile jaane prédomine, quelle anxiété, quelle chaleur, quelles faiblesses se manî* Testent. Délivré de cette bile et évacué, soit spontanément, soit par un purgatif, le malade, si l'évacuation s*est faite à propos, est débarrassé des souffrances et de la chaleur fébrile; mais tant qua ces humeurs sont en mouvement, sans coction ni mélange, la médecine n'a aucun moyen de faire cesser la dooleur et la fièvre* Et quand il se développe des acidités Icres et émgineuses, quelles irritations furieuses, quelles douleurs mordantes dans les viscères et la poitrine, quelles angoisses ! Ces accidents ne prennent iln que lorsque les acidités ont été épurées, calmées, tempérées par le reste. La coction, le changement, ratténoatioo et Tépaississement jusqu'à forme d'humeors s'opèrent de plusiears manières différentes. Aussi les crises ei le calcul des jours ^ni en ceci une grande puissance. Certes il n'est rien là qui se poisse attribuer au chaud ou au froid ; car avec le chaud on le froid il ne se ferait ni maturation ni épaississement. Que devons-nous donc y voir? Des mélanges d'humeurs qui ont des propriétés diverses les unes par rapport aox autres, tandis que le cbaod n'a, pour perdre sa chaleur, que la mixtion avec le froid, et que le froid n'est neutralisé que par le chaud. Toutes les hameors àxQM Je corps sont d'autant plus douces et d'autant meilleures qu'elles ont subi plus de mélanges,, et l'homme se trouve en Tétai le plus favorable quand tout demeure dans la coction et le repos, saas que rien manifeste une qualité prédominante. > (| 19.)

Dans le traité De la nature de Chomme^ l'auteur combat d'abord la théorie philosophique qui lait dépendre la constitotioB du corps de l'unité de composition élémentaire, théorie d'après laquelle les philosophes soutiennent qu'un des éléments (/eti, air, eatf, tMTfe) est à la fois /e im et /? tout (I) ; en second lieu,

(i) Que dirait notre aat«lir des hiftolafistes moderne* «fui rapporieat tovie» let

136 COLLECTION HIPPOCRATIQCE.

il attaque une théorie médicale dont les partisans prétendent que tout rhomme est ou sanffj ou bilcy ou pituite.

Voici, à Tappui de ce résume, les principaux passages du traité De la nature de rhomme.

c En opposition à ces opinions {existence d*tme substance unique) et à d'autres très-voisines, que la plupart soutiennenti moi je dis que, si Thomme était un, jamais il ne souffrirait; car où serait, pour cet être simple, la cause de souffrance? Admettant même ({u'il souffrit, il faudrait que le remède fût un aussi. Or, les remèdes sont multiples. Il y a en effet dans le corps beaucoup de substances qui, s'écfaauffant et se refroidissant, se desséchant et s'humectautTune l'autre contre nature, produisent des maladies; d'où il suit qu'il y a beaucoup de formes de maladies et en même temps beaucoup de traitements pour ces formes ; suivant moi, soutenir que l'homme n'est que sang et rien autre chose, oblige à montrer qu'il ne change pas de forme ni ne prend toutes sortes de qualités, et à signaler une époque, soit dans l'année, soit dans l'âge, où le sang seul paraisse existant; car il faut bien qu'il y ait au moins une époque où cette humeur se fasse voir exclusivement. » (§ 2.)

c Le corps de l'homme a en lui sang, pituite, bile jaune et bile noire; c'est là ce qui en constitue la nature et ce qui y crée la maladie et la santé. 11 y a essentiellement santé quand ces principes sont dans un juste rapport de crase, de force et de quantité, et que le mélange en est parfait ; il y a maladie quand un de ces principes est, soit en défaut, soit en excès, ou, s'isolant dans le corps, n'est pas combiné avec tout le reste. Nécessairement, en effet, quand un de ces principes s'isole et cesse de se subordonner, non-seulement le lieu qu'il quitte s'affecte, mais celui

inodiftcatioiis ori^aniquos ù celles que subit la cellule, fondement primordial de l'orp^nisme? — Ia* principe de la dualité trouve aussi un défenseur dans la Collection. On lit^ en efiet, au l" livre (§ 3) du traité Du régime : « Les animaiix et l'homme lui-même sont composés de deux substances divergentes pour tes propriétés^ mais convergentes, inséparables, le feu et Teau; ie feu dMne le mouvement, l'eau l'aliment. » La prévalence, ou rintensité des qualités deTunou Tautre clément sert à expliquer la di\erKiié îles tempéraments, et secondairement, desdlsposilions morbiJeR

SYSTÈMES DE PATBOGÊNIE. 137

OÙ il s*épanche s*engorge et cause douleur et travail. Si quelque humeur flue hors du corps plus que ne le veut la surabondance, cette évacuation engendre la souffrance. Si, au contraire, c'est en dedans que se font l'évacuation, la métastase, la séparation d'avec les autres humeurs, on a fort à craindre, suivant ce qui a été dit, une double souffrance, savoir, au lieu .quitté et au lieu engorgé. > (§ 4.)

a Les principes qui constituent Thomme sont : le sanpr, la pituite et la bile jaune et noire (1). Et d'abord, remarquons-le, dans l'usage, ces humeurs ont des noms distincts qui ne se confondent pas ; ensuite, dans la nature, les apparences n'en sont pas moins diverses; ni la pituite ne ressemble au sang, ni le sang i\ la bile, ni la bile à la pituite. En effet, quelle similitude y aurait-il entre des substances qui ne présentent ni la même couleur à la vue, ni la même sensation au toucher, n'étant ni chaudes, ni froides, ni sèches, ni humides de la même manière? II faut donc, avec une telle dissemblance d'apparence et de propriétés, qu'elles ne soient pas identiques, s'il est vrai que le feu et Teau ne sont pas une seule et même substance. On peut se convaincre qu'elles ne sont pas en effet identiques, mais que chacune a une vertu et une nature particulière: donnez à un homme un médicament phlegmagogue, il vomit de la bile ; de même la bile noire est évacuée^ si vous administrez un médicament qui agisse sur la bile noire; enfin, blessez quelque point du corps de manière à faire une plaie, du sang s'écoulera. Et cela se produira devant vous chaque jour et chaque nuit, l'hiver comme l'été, tant que l'homme pourra attirer en lui le souffle et le renvoyer. > (§ 5.)

c La pituite augmente chez l'homme pendant l'hiver; car, étant la plus froide de toutes les humeurs du corps, c'est celle qui est la plus conforme à cette saison. Si vous voulez vous convaincre qu'elle est la plus froide, touchez de la pituite, de la bile et du sang, et vous trouverez que la première est plus

(1) C'est là un des systèmes bippocratiqucs qui ont le plus servi à la constitution des doctrines gatéiiiques. Voilà pourquoi je m'j étends afec quelque complaisance. — Peu (le traités ont eu une aussi grande fortune et exercé autant d'influence que celui X>e la nature de rhomme* '

188 GOUECTION BKPPOGBATIQ0B.

froide que les deux autres (1) ; cependant, elle a beaucoup de viscosité, et après la bile noire c*est Thumeur dont rexpulsion exige le plus de force; or, ce qui est expulsé avec force, s'échauffe par la violence inêine de Teffort ; et pourtant, malgré toutes ces conditions, la pituite se montre la plus firoide en vertu de sa nature propre. L'influence de Thiver sur l'augmentation de la pituite dans le corps, vous la reconnaîtrez aux signes suivants : c'est dans cette saison qu'on crache et qu'on mouche le plus de pituite et que surviennent de préférence les leucophlegmasies et les autres maladies pituiteuses. Au printemps, la pituite conserve encore de la puissance et le sang s'accroît; le froid se relâche, les pluies arrivent, et le sang prévaut, sous l'influence de l'eau qui tombe et des journées qui s'échauffent; ce sont les conditions de l'année qui sont le plus conformes à sa nature, car le printemps est humide et chaud. Faites, ea effet, attention à ces circonstances : c'est au printemps et en été qu'il y a surtout des attaques de dysenterie, que des hémorrhàgies se font par les narines, et que le corps est rouge et le plus chaud. En été, le sang a encore de la force, mais la bile se met eta mouvement dans le corps, et elle se fait sentir jusque dans l'automne. Le sang diminue dans cette dernière saison, qui lui est contraire, mais la bile domine dans le corps en été et en automne : vous en aurez pour preuve les vomissements spontanés de bile qui se font à cette époque, les évacuations éminemment bilieuses que provoquent les cathartiques, et aussi le caractère dos fièvres et la coloration de la peau. La pituite est au minimum dans Tété, saison qui, étant sèche et chaude, lui est naturellement contraire. Le sang est au minimum en automne, saison sèche et qui déjà commence à refroidir le corps humain ; mais c'est alors que la bile noire surabonde et prédomine. Quand l'hiver revient, d'une part la bile refroidie décroit, d'autre part la pituite augmente derechef par l'abondance des pluies et la longueur des nuits. Donc toutes ces humeurs existent constamment dans le corps humain ; seulement elles y sont, par l'influence de

(1) Eu gênerai^ les humeurs sont distinguées^ non comme ici^ pnr leurs qualités physiques extérieures, mais par leurs qualités radicales; il y a un chaud ou un froid qui n'apparaît pas^ mais qui tsU

8T8TËIIB8 DE PATHOCfiNU. 4M

la saison actoelley tantôt en plus grande» tantôt en moindre quantité, chacune selon sa proportion et selon sa nature* L'année ne manque en aucune saisoa d'aucun des principea, cbaud, froidi sec, humide ; nul, en effets de ces principes ne subsisterait un seul instant sans la totalité des choses existant dans ce monde, et, n un seul venait à faire défaut, tous disparaîtraient ; car, en vertu d'une seule et même nécessité, tous sont maintenus et alimentés Tun par l'autre. De méme,dans l'homme, s'il manquait une des humeurs congénitales, la vie ne pourrait continuer. Dans l'année régnent tantôt l'hiver, tantôt le printemps, tantôt l'été, tantôt l'automne ; semblablement dans l'homme prévalent tantôt la pituite, tantôt le sang, tantôt la i)ile, d'abord celle qu'on nomme jaune, puis celle qu'on nomme noire. Vous en avei la preuve la plus manifeste, en donnant à la même personne le mâroe évacuant quatre fois dans l'année; en hiver, le vomissement est le plus pituiteux, du printemps, le plus aqueux, en étéf le plus bilieux, en automne, le plus noir. > (§ 7.)

« Nécessairement, les choses étant ainsi, les maladies aocruea par rhiver cessent en été, aocrues par l'été cessent en hivers celles du moins qui ne se terminent pas en une période de jours, genre de période dont je parierai ailleurs (1). Les maladies engendrées au printemps, on en attendra la solution & Tautomne; les maladies automnales, le printemps en amènera forcément la guérison. Mais pour toutes celles qui dépasseront ces limiteSi sachez qu'elles seront àniuelles (c'est-à-dire gu^ elles dursni une ou plusieurs nmnées). Le médeeini de son côté^ doit traiter les maladies en se souVënànt que clMCude prévaut dans le corps suivant la saison qui lui est le plus confbrAe. » <§ 8t)

L'auteur du traité l)es airs ou des vents tombe indirectement sous la critique de l'auteur De la nalure âet homme. En souvenir, ce semble, de Biogène d'Apollônie, il prend un seul élément, l'air, pour expliquer toutes choses dans le monde et dans l^ommè. Écoutez plutôt:

(1) Il semble qae ce liTre soit abe dépendance du Pronostic. Voy. ce traité, 1 30^ et aussi Aph., II, 23; Coaques, 123; Èpid.y II, 8, 10. Cé)>ehdant on n'oserait pas affirmer que les deux outrages tiennent de la même main.

140 COLLECTION HIPPOGRATlQOE.

c Le corps des hommes et des autres animaux est alimenté par trois sortes d'aliments; ceâ aliments sont nommés vivres, boissons, souffles. Le souffle s'appelle vent dans les corps, air hors du corps. L'air est le plus puissant agent de tout et en tout; il vaut la peine d'en considérer la force. Le vent est un flux et un courant d*air ; lors donc que Tair accumulé est devenu un courant violent, les arbres tombent déracinés par l'impétuosité du souffle, la mer se soulève, et des navires d*une grosseur démesurée sont lancés en haut. Telle est la puissance qn*en cela il possède. Invisible, à la vérité, pour TœiK il est visible à la pensée; car sans lui quel effet se produirait? De quoi est-il absent, ou en quoi n'est-il pas présent? Tout l'intervalle entre la terre et le ciel est rempli de souffle. Ce souffle est la cause de l'hiver et de l'été; dense et froid dans l'hiver, dans Tété doux et tranquille. La marche même du soleil, de la lune et des astres est un effet du souffle; car le souffle est Taliment du feu, et le feu privé du souffle ne pourrait pas vivre ; de sorte que la course étemelle da soleil est entretenue par Pair, qui est léger et éternel lui-même. Évidemment aussi la mer est en communication avec le souffle; car les animaux nageurs ne pourraient pas vivre privés de cette communication, et comment Tauraient-ils autrement qu'en tirant l'air par l'eau et de l'eau? La terre est la base ob Tair repose, l'air est le véhicule de la terre, et il n'est rien qui en soit vide. » (§ 3.)

a Les vents sont, dans toutes les maladies, des agents principaux ; tout le reste est cause concomitante et accessoire ; cela seul est cause effective, je l'ai démontré. J'avais promis de signaler l'origine des maladies, et j'ai établi que le souffle, souverain dans tout le reste, l'est aussi dans le corps des animaux. J'ai fait porter le raisonnement sur les maladies connues {flém^ fluxions, hémoptysies, hydropisies, ruptures, apoplexies, épi^ lepsies, §§9-lA), où l'hypothèse s*est montrée véritable (1). Si

(1) L'explication que l'auteur donne de la formation de récumc dans TépUepsie, pourra faire juger des conséquences déplorables qu'entraîne la manie de tout expliquer avec une fausse physiologie appuyée sur une mauvaise anatomie : « Ce n'est pas pans raison que l'air Tient à la bouche ; l'air pénétrant par les reines Jugulaires, puic, il est Wài ; mai.<j on passaut, il cutrainc la partie du sang la plus

SYSriùM£S DE PATUOGÊME. 141

j'entrais dans le détail de toutes les affections, mon discours en deviendrait plus long, mais il n'en serait ni plus exact ni plus convaincant. » (§ 16.)

On pourrait placer le traité Des régions ou Des lieux dans r homme aux conûns des livres cnidiens et des livres hippocratiques. — La pathologie dans ce traité est fondée sur ces deux principes :

1° Que dans le corps il n'y a ni commencement ni fin, attendu que la plus petite partie a tout ce que possèdent les grandes; ce qui rappelle un peu le système des homoioméries d'Anaxagore. Il en résulte que les maladies de quelque partie que ce soit reten* tissent sur toutes les autres. C'est la première esquisse des synergies et des sympathies.

Le second principe, c'est que les parties sèches sont plus exposées aux maladies que les humides, et que les maladies y son^ plus fortes et plus tenaces. Car dans les parties humides une maladie est flottante, change de place, laisse des intermissions et n'est pas fixée. La conséquence de ce second principe, c'est qu'il faut connaître la structure de l'homme pour bien déterminer ses maladies, lesquelles consistent surtout en flux.

Suit une anatomie grossière des vaisseaux qui, partant de la tête, communiquent tous entre eux. Ces communications rendent précisément les maladies qui dépendent des veines moins tenaces que celles qui dépendent des parties fibreuses ou musculaires : la preuve en est dans le tétanos, maladie si .terrible parce qu'elle tient aux parties fibreuses I

Après cela vient une théorie des fluxions, fondée sur cette anatomie des chairs et des vaisseaux (1).

Il y a deux espèces de fluxions : 1*" l'une par le froid :

Les chairs se resserrent et exercent une pression sur les veines, lesquelles poussent alors les liquides vers certaines parties, là où le veut la chance.

ténue; le liquide ainsi mélangé avec l'air blanchit^ car Toir apparaît dans sa parenté à travers les membranes subtiles ; voilà pourquoi toutes les écumes sont blanches ! » (§ 14.)

(1) Voyez aussi sur l'anatomie des veines : Sature de V homme y 11; Ëpid., \\, iv, 1 ; Maladie sacrée y 3.

tu COLLECnOM RIPFOCRATlQtB.

2* Autre espèce, par le chaud : les chairs se dilateni. rendant tes voies plus perméables ; en même temps le lûpide atténué par le chaud perd sa densité et coule plus volontiers.

L*auteur énumère ensuite sept fluxions qui viennent de la tête sur les narines, les yeux, les oreilles, la poitrine, la moelle, les vertèbres et les hanches.

Cette description des sept fluxions, qui, subdivisées en espèces, forment presque toute la nosolog[ie de l'auteur, rappelle tout à hit la méthode onidienne.

Transcrivons maintenant la théorie des fluxions que Galien a en partie acceptée (1) :

c Les fluxions surviennent, et quand la chair est refroidie en excès et quand elle est échauflee en excès et en étal de subphleg^ masie {acevmulation dephlegme aust^s blancs). Les fluxions provenant du froid (quand c*est le froid qui les produit) se font lorsque la chair qui est dans la tête et les veines sont tendues; les veines, vu que la chair frissonnant se contracte et exerce une action d'expulsion, expriment le liquide, les chairs contractées exercent une expulsion en sens inverse, et les cheveux se hérissent, étant presses fortement de tout côté i la fois; de I&, tout ce qui est exprimé s*é|>anche là où le veut la chance. La fluxion par la chaleur se produit quand les chairs raréfiées ouvrent des voies et que le liquide êchaufl'é est devenu plus ténu; en eflet, tout liquide échauffât* perd de sa densité, et tout s'écoule dans ce qui cède ; c*est surtout quand il y a excès de phlegmasie que la fluxion s'opère ; alors, les chairs étant trop remplies, ne peuvent pas contenir tout le liquide, et ce qui ne peut être contenu s'épanche là où le veut la chance ; une fbis que les conduits sont devepus coulants, h fluxion se Ihit sur tel ou tel lieu jusqu & ce que les voies de la fluxion se ferment par h dôtumêfaction, le corps se séchanK En elfet, le corps, communiquant partout avec lui-même, saisit le liquide on quelque lieu que ce soit et l'attire vers la partie qui est sèche ; et la chose n'est pas difUcilo. alion Ju que le corps est vide et dèluinèlîê. Quand les parties iufôrioures sont sèches et les supérieures humides \le$ vaisseaux dVn haut sont pli» Iw

SYSTÈMES DE PATHOGÊNIB. 163

mides, car les veines sont plus nombreuses en haut qu*en hn?^ et les chairs de la tête ont besoin d'une moindre humidité), quand donc les parties inférieures sont sèches, la partie sèche attire rhumidité de la tête: en mèoie temps les voies sont ouvertes plutôt à ce qui arrive qu'à ce qui s'en va, car elles gagnent A cela, étant sèches; de plus, les liquides vont naturellement en bas, même pour la moindre sollicitation. » (§ 9.)

Si je n'ai fait que rappeler un peu plus haut (voy. p. 1 13) les passages des divers traités de la Collection où les maladies sont attribuées, soit au régime, soit aux influences atmosphériques, c'est que, dans ces passages, il s'agit, non pas de la cause organique immédiate des maladies {pathogénié), mais des causes déterminantes, occasionnelles ou médiates, en d'autres termes, d'une question de simple étiologie. (les deux ordres d'idées sont très -distincts dans \ Ancienne médecine^ dans la Nature de l'homme et dans d'auTrès traités. Dans V Ancienne médecine, le régime exerce son influence en altérant les qualités des humeurs, altération qui est la vraie cause pathogénique, et dans la Nature de l'homme^ en troublant le mouvement de ces mêmes humeurs, ou en changeant la proportion. Ici la pathogénie est plutôt dynamique, là plutôt mécanique, comme aussi dans le traité Des lieux dans Phomme^ et dans celui Des airs. Pour l'auteur de ce dernier écrit, le régime est causes de maladies, parce qu'en*accumulant l'air ou en Técartant de sa route, il produit, soit des distensions d'où résultent la fièvre et tous ses accidents, frissons, etc., soit des changements de courants, d'où les flux et les fluxions, soit une dilatation des pores qui laissent alors arriver Thumidité {hydr opines)^ soit enfin une perturbation radicale du sang, régulateur de f intelligence ^ perturbation qui entraîne Tépilepsie et d'autres désordres nerveux.

Connaître bien ces divers systèmes, c'est tenir la clef de la pathôgénie antique. Mais tous n'ont pas eu une égale fortune. Le pneumatisme^ dont on trouve aussi quelque trace dans le traité De la maladie sacrée^ à peu près oublié durant de longues années, a reparu, sous une autre forme, cinquante ans après Jésus-Christ ; la considération des qualités élémentaires des hu-

iUk COLLECnON lUPPOCftATlQUË.

meurs occupe peut-être un peu moins de place dans la suite dés temps que celle de leur disproportion ou de leurs mouvemenis désordonnés; la théorie des fluxions est, par conséquenl, au premier rang. La pathogénie de Galien est un compromis, et précisément dans la mesure que j'indique, des théories humorales hippocratiques ou cnidieones.

Sommaire : Etat de la médecine après Hippocrate et afant sa transplantation de Grèce en Egypte. — Fondation de l'école médicale d'Alexandrie. — La médecine reste grecque et n'emprunte rien à la sagesse égyptienne. — Direction que prend ta science entre les mains des principaux représentants de l'école d'Alexandrie^ et particulièrement entre celles d'Hérophilc et d'Ërasislrato.

Messieurs,

Ce n'est pas sans regret ni sans le désir d'y revenir souvent que nous avons abandonné Cos et Cnide pour suivre la fortune de la médecine qui émigré de Grèce en Egypte (1). Avec Hippocrate finit la troisième période de l'histoire de la médecine, période essentiellement constitutive non-seulement pour la médecine, mais pour toutes les autres branches de la culture intellectuelle. C'est une période décisive dans les destinées du genre humain. Tous les germes du savoir des siècles futurs y sont contenus, tout en procédera désormais. Ce n*est pas une renaissance comme au temps de Charlemagne, de Léon X, de Louis XIV; c'est le mouvement spontané du génie grec, qui

(1) Al but (Glifford), Essay o« ihe Medicine ofGreeks, dans British and foreign mediccHchirurg, Journal^ t. XXXVII, janvier 1866, p. 170; t. XXVllI, octobre 18C6, p. 483, semble s'être proposé de résumer Tbistoire de la médecine jusqu'à et y compris Galien. Le premier article est particulièrement consacré à la médecine dans les temples; Tauteur n'a pas distingué les Asclépiades-prétrcs des Asclépiadesmédccins ; il croit, mais à tort, que les périodeutes, ou médecins voyageurs, se rattiichent à l'institut de Pytbagore : cette coutume d'aller exercer de ville eu ville est tout à fait indépendante du régime pythagoricien ; elle remonte aux temps bé« roïques. En Grèce, les artistes étaient ambulants ; on le voit déjà dans VOdyssée, Le second article renrcrme des notices bibliographiques ou littéraires sur Hippocrate, et l'analyse du traité Des airs, des eaux et des lieux. C'est un travail consciencieux, mais dont il faut attendre la suite pour juger si Tiiutcur a fait des recherches originales.

PAREMBERG. 10

1^6 SUCCESSBUBS IMMÉDIATS D'HIPPOCBATE.

s'épanouit dans toutes les directions et crée les meilleurs modèles et les plus beaux types en tous genres; celte fécondité première, qui ne s'est jamais rencontrée aussi puissante en aucun temps, ne s'est non plus jamais arrêtée: ainsi, redescendant d*âge en âge, notre xix' siècle est le fils légitime du grand siècle de Périclès. Ce v* siècle de l'ère antique est dans l'ordre de l'esprit ce que le premier âge du monde est dans l'ordre de la matière.

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