QUATRIÈME ÉPOQUE
Quand naissait Aristote(38ik), Hippocrate touchait à son déclin, et après lui la médecine passait en des mains qui n'avaient pas la force de continuer dans les mêmes proportions l'édifice commencé par les hippocratistes. Quelques médecins surgissent çà et là, mais rien d'éminent n'apparaît aux horizons de l'histoire avant le moment où la médecine, quittant son foyer primitif, va se raviver dans un autre milieu scientifique ; là elle trouve de nouvelles excitations et la protection aussi libérale qu'éclairée des Ptolémées, surtout de Ptolémée Lagus ou Soter, qui fit pour Alexandrie ce que Périclès avait fait pour Athènes.
Entre Hippocrate et la réunion des médecins a Alexandrie cent ans se passent qui seraient à peu près vides, si nous n'avions pas à enregistrer quelques noms qui appartiennent plus encore à l'histoire de la philosophie ou des sciences naturelles qu'à Thisloire de la médecine proprement dile : — Ctésias et Platon, contemporains d'Hippocrate, plus tard Aristote, plus tard encore Théophraste; puis un vrai médecin, Dioclès de Caryste; puis Praxagore et Chrysippe, les maitres d'Hérophile et d'Érasistrate. — Ctésias, médecin de l'école de Cnide et historien passablement crédule, qui prend sa revanche du traité Du régime dems les maladies aiguës en critiquant un procédé recommandé par Hippocrate pour la luxation de la cuisse. Platon, qui dans ses écrits reflète les doctrines médicales du temps et complète nos renseignements sur les Asclépiades, surtout sur ceux de Cos. Aristote, le génie fatal qui enchaîne la philosophie^ les lettres, les sciences durant tant de siècles, et dont les opinions sur les causes finales
DIBECTION NOtJTEUE QUE PREND LA MÉDECINE. 1&7
Font fait ranger parmi les Pères de l'Église ; Aristote, plus grand peut-être comme naturaliste que comme anatomiste. Théophrasle, où nous avons curieusement étudié les pratiques superstitieuses pour la récolte des plantes salutaires. Dioclès de Caryste, dont Pline a dit qu'il était voisin d'Hippocrate par l'âge et par la renommée; Dioclès, qui a marqué dans ses commentaires une respectueuse indépendance à l'égard d'Hippocrate, et qui de plus a écrit quelques livres originaux dont il nous reste de nombreux fragments sur riiygiène, la pharmacologie, les causes, les cures, les complications ou associations de maladies internes, enfin sur Tanatomie, la chirurgie et les maladies des femmes. Praxagore de Gos, le dernier des Asclépiades, qui s'attache à suivre et à développer la doctrine d'Hippocrate, quoiqu'il ait écrit sur la distinction des maladies aiguës (1). EnCn, Chrysippe de Cnide, qui rejetait la saignée; Chrysippe, dont les livres étaient déjà au temps de Galien menacés d'une entière destruction, et dont les disciples, sauf Érasistrate, n'ont guère plus de réputation que kor maître.
Ainsi nous apercevons les radicules de la médecine dans Homère, les fortes racines dans les philosophes pour la physiologie, el dans les médecins pour la médecine proprement dite. Le tronc se façonne entre les mains d'ilippocrate, et ses branches finissent, après une culture suivie, par couvrir le monde civilisé; mais ce tronc produit à son tour toutes sortes de rejetons, ou, si vous me permettez de suivre ma comparaison, toutes sortes de gourmands qui auraient fini par compromettre l'existence de Tarbre primitif, si la sève n'en avait pas été aussi puissante et si la hache de Galien ne l'eût pas émondé.
Il s'est produit après la mort d'Hippocrate un phénomène qui n*est pas sans analogie avec celui qui s'est passé après la mort
(1) On lui doit aussi des ouvrages sur le pouls, sur les humeurs, sur ranatomic t\ la ph}siologie; il niait la chaleur innée, regardait la digestion comme une putréhrli<iD; donnait cours à cette Tuncste doctrine (|ui met l'air dans 1rs artères et le nii|r dans les veines^ et, cliose remarquable, considérait le cerveau comme un épanouissement de la moelle. Il a eu de» disciples distingué», Héropliile, Philo* time, Plistonicus, Xénophon et Mnésilhée. Ce dernier a laissé le premier mo<]cle d'une encyclopédie médicale et d'une classification des maladie)'.
i&8 SUCCBSSEOBS IMMÉDIATS D'HlPrOCBATE.
d*Arislote. — La médecine el la philosophie, après la forte impulsion qu'elles avaient reçue, se sont lancées dans toutes sortes de directions, ont développé, étendu, modifié, mais, comme il arrive toujours après les grandes créations qui tombent dans le domaine public, ai&ibli les principes reçus ; aux grandes écoles ont succédé les petites sectes. Pour les unes, Platon, Aristote, Hippocrate, restent les maîtres du savoir; pour les autres, la rupture est complète, et ce sont des vues nouvelles et indépendantes qui se font jour.
Toutefois, durant la période active de l'histoire de la philosophie et de la médecine, période pendant laquelle se continue la force créatrice, on ne regarde pas plus Hippocrate, que Platon et Aristote, comme un oracle ; on le tient seulement pour un guide dont il est permis de discuter les opinions ou de vérifier les observations. Ainsi, à côté d'Hippocrate, il y a place encore pour la nature, tandis que plus tard, vers le xnT siècle, entre Hippocrate, Galien, Avicenne et quelques autres Arabes, il n'y a plus que la soumission aveugle et la crainte de voir autrement que n'avaient vu ces demi-dieux.
Pendant la durée de l'école médicale d'Alexandrie, le nom d'Hippocrate est un drapeau autour duquel se livrent presque toutes les batailles, mais ce nom ne représente pas une doctrine personnelle comme pour Galien ; c'est le drapeau d'une doctrine plus générale : le dogmatisme ; si bien que pendant cette longue période un seul médecin est appelé hippocratique. Ce sont au contraire les deux premiers fondateurs de Técole d'Alexandrie, Hérophile et Érasistrate, qui, tout en partant du dogma* tisme hippooratiiiui\ créent chacun une secte à leur profit; il y a iie< Hèrophiléens et dos Krasistratéens durant plusieurs siècles. llôn>phile ot f^rasistrate se croyaient de trop grands personnages et des auteurs trop originaux pour s'enrôler sous un chef; diantre p^n. Hippocrate n'avait pas encore excite cotle aJminition superstitieuse qui eût { ermis de créer une secte hippocratiqne i lo\cJu>àon de toute autre. Hippocrate avait un rôle plus relevé, puisqu'il représentait Tidèe la plus i\M«préhensive, cdlc du J.^^iwatïsme on du raisonnement appuyé sur rohs^erration ; de Sv^rie que sous sou è^ide il y axait plaoe pv-^ur toutes les doc-