ARRIVÊI DES PREMIERS MÉDECINS GRECS
pas des sauvages, et il esl difGcile d'admettre qu'il n'y ait pas eu de vrais médecins, attirés des pays étrangers, ou formés sur le sol italien ; les écoles médicales de la grande Grèce étaient aux portes de Rome; il semble même, par les propres témoignages de Pline, que tout ce qu'il dit de la médecine se rapporte encore plus aux étrangers qu'aux indigènes.
Je ne puis cependant discuter historiquement avec Pline que de quelques années. Antérieurement à l'an 635 de Rome (219 av. J. C), je ne trouve nulle mention, ni d'un médecin romain, ni d'un médecin grec ayant exercé régulièrement à Rome. Denys d'Halicarnasse dit, il est vrai, à propos d'une peste qui ravagea Rome en 301 , que les médecins ne suffisaient pas au nombre des malades; mais il y a peut-être dans cette mention plus de rhéto* rique que de vérité. Cassius Hémina, c auteur des plus anciens», et dont le témoignage est par conséquent d'un grand poids, rapporte, au dire de Pline lui-même c que le premier médecin qui s'établit à Rome fut Arcbagathus du Péloponèse, fils de Lysanias, en l'an 535. On lui accorda le droit de cité, et on lui acheta des deniers publics une boutique dans le carrefour Acilien. Il fut appelé vulnerarins (médecin des plaies), à cause de sa spécialité. Sa venue fut d'abord merveilleusement agréable ^ puis sa cruauté à couper et à brûler lui fit donner le nom de bourreau (camifex)^ et dégoûta de la médecine aussi bien que des médecins. >
La proscription ne peut avoir été ni aussi rigoureuse ni aussi radicale que Pline le veut bien dire. Cet exil dont les médecins auraient été frappés longtemps encore après Caton, au rapport du même auteur, me paraît fort problématique. Rome fut vaincue par la Grèce qu'elle venait de subjuguer; elle dut, malgré elle et malgré Caton, recevoir les sciences, les lettres et les arts, « ces dons corrupteurs ».
Les médecins furent certainement des premiers à envahir et à occuper de vive force une ville riche, populeuse et déjà livrée au luxe, à la débauche, à tous ces vices enHn que P. Syrus a appelés les nourriciers de la médecine.
Dès le temps de Sylla, c'est-à-dire avant l'époque fixée par Pline, nous voyons que la médecine grecque a pris définitivement possession de Rome ; on se crut même obligé d'en régler
DAIUCMBERG. 12