MÉDECINE GRECQUE A ROME
un des plus habiles médecins de notre temps. Appelé chez on malade aux prises avec la fièvre et très-altéré, et reconnaissant que la maladie n'était venue qu'à la suite d'un état d'ivresse, il lui fit boire aussitôt de Teau froide; or, dès que cette eau, par son mélange avec le vin, en eut tempéré la force, il se manifesta du sommeil et de la sueur qui emportèrent la fièvre. En agissant avec tant d'opportunité, ce médecin ne s'occupait pas de savoir si le corps était resserré ou relâché, mais il se réglait sur la cause qui avait précédé l'invasion du mal. Les méthodistes d'ailleurs conviennent qu'il faut tenir compte des saisons et des climats; et dans leurs discussions relatives i la manière dont les personnes en santé doivent se conduire, ils prescrivent, dans les localités et les saisons malsaines, d'éviter plus soigneusement le froid, h chaleur, Tintempérance, le travail et l'abus des plaisirs; si Ton ressent quelque malaise, ils conseillent le repos et ne veulent pas qu'on provoque ni vomissements ni selles. Il y a certainement de la vérité dans ces préceptes, mais ici encore leurs principes généraux fléchissent devant les considérations particulières; à moins qu'ils n'entreprennent de nous persuader que les remarques sur l'état du ciel et les époques de l'année, utiles aux hommes bien portants, sont de nulle valeur pour les malades, tandis que l'observation des règles est d'autant plus nécessaire à ces derniers que leur faiblesse les prédispose davantage aux influences morbides. Ne voit-on pas ensuite les maladies aflecter chez les mêmes personnes des caractères différents, et tel qu'on traitai! vainement par des moyens convenables, être guéri souvent par des remèdes contraires ? Que de distinctions à établir aussi dans le régime alimentaire! Je n'en veux signaler qu'un exemple. On supporte mieux la faim dans la jeunesse que dans l'enfance, quand l'air est épais que lorsqu'il est léger ; on la supporte mieux l'hiver que Tété, lorsqu'on ne fait habituellement qu'un repas que lorsqu'on en fait deux, et quand on garde le repos que lorsqu'on prend de l'exercice. Enfin, il est souvent nécessaire d'accorder de bonne heure des alimonts & ceux qui tolèrent plus difficilement l'abstinence. D'après ces considérations, je conclus que si l'on ne peut tenir compte des circonstances particulières, il faut se borner aux vues générales; mais que si l'on peut ap-
MfrTHODISIfB. 187
précier chacune d'elles, il faut s'y arrêter avec soin, sans oublier toutefois les caractères communs ; et c*est pour cela qu'à mérite égal il vaut mieux avoir un ami qu'un étranger pour médecin. Je reviens à mon sujet, et je pense que la médecine doit être rationnelle, en ne puisant cependant ses indications que dans les causes évidentes; la recherche des causes occultes pouvant exer* cer l'esprit du médecin, mais devant être bannie de la pratique de l'art. Je pense aussi qu'il est à la fois inutile et cruel d'ouvrir des corps vivants, mais quil est nécessaire à ceux qui cultivent la science de se livrer à la dissection des cadavres^ car ils doivent connaître le siège et la disposition des organes. Quant aux choses qui ne se révèlent que pendant la vie, l'expérience nous en instruira dans le pansement des blessures d'une manière plus lente, il est vrai, mais plus conforme à l'humanité. >
Complétons maintenant l'exposé de Celse par quelques renseignements tirés de V Introduction ou le Médecin.
Les méthodiques s'attachent aux communautés ou à la con-» templation du semblable ; tous les états morbides particuliers sont ramenés à deux (1) : le resserré {strictum^ ««yvo») et le relâché {laxumy po^cç). Ce sont là leurs communautés qu'ils nomment évidentes (2); ils les reconnaissent aux caractères manifestes
(1) Galicn {Èiéth. thér,, I, 3) compare la méthode dichotomique des méthodistes à celle qui consisterait à marquer la différence des animaux par l'opposition d6 deux caractères, qu'on pourrait multiplier à Tinfini^ et qui toujours ne donneraient qu'un des côtés des différences et des analogiei. Il n'y aurait en tout que deux oii»mnux, mais il n'y aurait pas lu multitude des animaux, différenciés parleurs caractères propres. Dire qu'il y a des animaux doux et féroces^ cornus et non cornus, ce n'est pas marquer la différence de tous les animaux; dire qu'il y a des voyelles et des consonnes^ ce n'est pas indiquer tous les éléments de la voLx ; de même, dire qu'il y a des maladies lâches et d'autres serrées, des maladies al|çucs et d'autres chroniques^ ce n'est pas faire connaître la différence des maladies, ce n'est que marquer les différences premières et les plus générales ; mais il faut pousser la division jusqu'à une espèce indivisible, opération très-difncile et qui a souvent arrêté les plus grands philosophes ou naturalistes. — C'est là une réfutation excellente parce qu'elle est directe et logique.
(2) Celles aussi qu'on a appelées primitivement communffKfé^ eu égard nn régim$, ce qui était le fondement de la thérapeutique, au moins dans les maladies aigaès (voy. Méth. thér., III, H, et I, 3). D'où Ton voit que Thémison n'avait d'aherd Ml égard qu'aux maladies qui se guérissent par le régime. — Voyex plus loin, ce que je dis de la division de la médecine, d'après une phrase de Celse.
188 MÊDEGINB GRECQUE A ROME.
qui se remarquent dans le corps sans avoir besoin de sémiologie : ainsi, ils diagnostiquent le sirictum à ce que toutes les sécrétions sont suspendues et empêchées ; le laxum aux phénomènes contraires. En conséquence, ils admettent deux modes de traitement : relâcher^ resserrer; ou s'il y a complication, courir au plus pressant. Les communautés passives se rappor* tent à la maladie, les communautés actives au traitement ; il y en a encore de temporaires relatives au début, à Taccroissement, à rétat, au déclin (t) . — Les communautés chirurgicales consistent en trois choses : 1* ôter ce qui est étranger; or il y a deux sortes d'étranger: ce qui est hors du corps, épine, trait et autres choses; cela est simple, et n'exige que l'avulsion; — ou ce qui est dans le corps : déplacement^ épanchementj Itixation^ frac-' ture; cela indique le rétablissement dans le lieu naturel; — 2* excès en volume, comme les tumeurs qu'il faut ouvrir ou enlever; — S"" défaut : pertes de substance congénitales ou accidentelles, ulcères, fistules; il faut donc réparer en ramenant les parties à leur état naturel, en remplissant le vide et en suppléant à ce qui manque (2). — Outre ces communautés chirurgicales, il y en a une qu'on appelle prophylactique; elle regarde les poisons et les venins; celle-là n'a rien à faire avec la communauté du laxum ou du strictum^ ni avec celle du traitement qui y convient, car elle se rapporte à des affections dont on ne sait pas ce qu'elles sont. Il faut s'en préserver, et les guérir par des spécifiques lorsqu'on en est atteint.
Les méthodiques s'attachent à la similitude, mais dans les choses évidentes et non dans les choses cachées, comme le font les dogmatiques : voilà la différence essentielle ; la seconde différence, c'est qu'ils réduisent toutes les particularités au général : les affections, les remèdes et les opportunités. Plus haut il est cependant question des communautés temporaires! Toutefois
(1) Il est probable, d'après Galien {Méth, thér,, \, 1 ; et. IV, à) queTbessalus est l'inventeur des communautés secondaires rapportées par Tauteur de Vlntroduction ou ie Médecitty et particulièrement des communautés chirurgicales. U y avait encore des communautés pharmaceutiques pour les maladies qui se traitent par les médicaments.
(2) C'est là une partie des communautés admises spécialement par Thcssalus pour les ulcères.
liÊTHODISME. 1 89
les méthodiques n'observent pas les choses évidentes comme les empiriques, qui isolent tous les cas loin de les généraliser; enfin les méthodiques tirent des communautés les indications thérapeutiques, mais ils ne tiennent pas compte des causes comme les dogmatiques, et ils ne se contentent pas, comme les empiriques, de l'observation sur le concours de symptômes qui cadrent avec l'expérience (1).
En étudiant les divers systèmes que nous avons vus se produire, soit à Alexandrie, soit à Rome, j'ai eu soin de vous prémunir contre les assimilations trop rigoureuses que les historiens ont voulu établir entre les systèmes anciens et les systèmes modernes. Sans doute on peut trouver certaines analogies apparentes entre les théories d'Érasistrate, ou d'Asclépiade, ou de Thémison, et celles de Boerhaave, de Brown ou de Broussais; mais comme ni l'anatomie, ni surtout la physiologie ne sont plus les mêmes, les détails sont fort dissemblables, et l'idée première repose sur des conceptions toutes différentes; autant vau* drait comparer hpneumatose de quelques médecins du XTiii'' siè. de avec le pneumatùme d'Athénée, que de rapprocher Y erreur de lieu d'Érasistrate, V enclavement d'Asclépiade ou le strictum et le laxum de Thémison, de Yirriiation de Broussais. La médecine a longtemps tourné dans le même cercle, en ce sens qu'elle a cherché à expliquer les maladies tantôt par les liquides, tantôt par les solides et tantôt par les esprits ; mais à cela se bornent les analogies des systèmes, tout le reste diffère d'une époque à l'autre.
De même que la splendeur de Cos et de Cnide efface, au siècle de Périclès, toutes les autres renommées, et que plus tard l'éclat jeté par l'école médicale d'Alexandrie fait oublier tous les médecins qui en même temps pratiquaient en Grèce, de même, après la venue d'Asclépiade (2), il semble qu'on ne trouve plus de méde-
(1} Ces dernières remarques oot une analogie frappante^ même pour la rédaction, avec celles de Gelse. Peut-élrc le médecin romain et l'auteur de V Introduction ont puisé à la même source.
(2) « Asclepiades mullarum rerum, quas ipsi quoque seculi sumus^ auctor bonus. » (Celse^ lY, 9.) — a Asclepiades maximus auctor medicinae. » (Scrib. Largus^ KpUt, ad CnlHstum.) — «Asclepiades, inter praecipuos medicomm, si unum Hippo-
190 MÉDECINE GRIOQUI A EOME.
cin6 qu'à Rome ; c'est là, du moins, que se donnent rendet-tooi les médecins les plus savants ou les plus ambitieux } c'est là que s'accomplissent les destinées de notre science.
Les plus grands noms de la médecine, après ceux d'Hippocrate, d'Hérophile et d'Érasistrate, se trouvent à Rome : Asclèpiade, Thémison, Celse, Soranus (?); Athénée, le chef des pneomatistes; Àrchigène, Rufus (2); Galien, Oribase, peut-être avant lui Antyllus. J^y voudrais joindre encore Arétée, mais il y a trop d'incertitudes sur la vie de ce médecin. C'est aussi i Rome qu'a pris naissance le méthodisme, c'est-à-dire la doctrine la plus puissante après le dogmatisme, et qui a tenu en échec la renommée d'Hippocrate, plus tard même celle de Galien ; c'est i Rome, enfin, que la médecine ancienne arrive à son plus haot degré de perfection et qu'elle reçoit sa forme définitive; jusqu'aux premiers réformateurs, elle ne gagne presque plus rien, et j'ose ajouter qu'elle ne fait pas non plus de très-grandes pertes, tant les anneaux de la chaîne sont restés solidement unis ao milieu des temps qui passent pour les plus troublés, les plus barbares et les moins conservateurs.
cratcm cxcipias^ coteris princcps. » ( A pu 1., F/or tV/., IV, 19.) — Pline, tout en Vêdmvrant (Vil, 37,12d), reconnaît (XXVI, 3, 16) que les circonstances, que certanm mauvaises pratiques de ses confrères, à quoi on peut ajouter beaucoup d'tatâèet, une rare faconde (XXVI, 3, 12), et la grande quantité de ses îolumineux Q«- \rages, lui ont beaucoup ser^i. — Quant à Galion, il ne manque pa^ une occasiav de marquer sa mauvaise humeur ou d'user d'épilhctes blessantes envers Asclépiade; il ne saurait lui parilonner ses irrévérences à l'égard d'Hippocrate ou des autres anciens, et son mépris pour les jours critiques. — Nous pouvons tirer un double enseignement de la polémique d'Àsclépiade et du jugement qu'on a porté de ce médedi a\ant la venue de Galien. 11 est évident qu'en attaquant surtout Hippocrate et ses dtHïtriues, Asclépiade nous apprend quelle était rautorité du chef de Técole de Gh, et en même temps les témoignages flatteurs qu'il a néanmoins recueillis proufrat que cette autorité n*avait pas encore passé à l'état ilc fétichisme.
(2) Mes recherches dans les bibliothèques m'ont permis, soit d'améliorer les traités déjà connus de Rufus, soit d'en augmenter le nombre. — Cratcuas, Diotcoride, Mctrodoru, Soranus, Aelius Promotus, Galien, et quelques-uns des plus ancicvi médecins alexandrins, sont les auteurs pour les(|uels les manuscrits grecs m'<Mll fourni le plus de textes inconnus ou négligés.
SoMMAiBE : De Gelse et du rôle qu*U a joué dans Thistoire de la médecine. — Caractère de son ouTra^çe. — Il résume toute la période ancienne. — Conunent il faut interpréter un passage de ce traité sur la division de la médecine. — Distinction à établir entre la pharmaceutique^ la pharmacopoUe et la rhiiotomic. — Que Pline l'ancien doit être considéré comme un des plus précieui historiens de la médecine populaire grecque et romaine^ et comme un important auxiliaire pour rhistoire de la médecine scientifique.
Messieubs^
Daus rhistoire de la médecine à Rome, on a beaucoup vanté Gelse pour des mérites qu'il n'a pas, et Ton n'a pas reconnu ceux qui rendent l'étude de son traité si profitable pour nous. Je ne partage ni l'avis des historiens qui soutiennent que Gelse était un médecin dans la véritable acception du mot, ni celui des personnes qui lui refusent absolument le titre de médecin. J'adopte une opinion intermédiaire et que je crois la seule admissible (1). — Gelse était un de ces philiatres dont Galien fait mention, et qui, soit à Alexandrie, soit à Rome, soit même plus tard en Italie ou dans les Gaules, avaient étudié la médecine plus dans les livres qu'auprès des malades, mais avec assez de soin pour en parler pertinemment, et pour traiter eux, leur famille et leurs amis , absolument comme le faisait le vieux Gaton, à la différence près d'une instruction plus solide et d'un esprit tout à fait éloigné de la superstition. Le Traité de médecine n'est pas l'œuvre d'un pra-
(1) L'opinion que M. des Etangs a exprimée dans l'Introduction quHl a mise en tête de son exccUente traduction de Celse me parait être celle qui se rapproche le plus de 1.1 mienne; il admet, en effet, que Gelse n'est pas seulement un compilateur, il le surprend même (pour me servir de son expression) en flagrant délit de pratique; en même temps il est porté à croire que notre auteur n'a pas exercé la médecine^ en vue du profit qu'on en retire.
Id2 CÈtSE.
ticien fort occupé ni d'un simple amateur; rinexpérience se trahit surtout dans les chapitres consacrés à la chirurgie; on entrevoit que Celse n'est pas un opérateur consommé et qu'il n*a pas toujours bien compris ce qu'il traduit ; dans les livres qui regardent la médecine, l'auteur ne donne guère son avis sur des questions compliquées, il expose bien plus qu'il ne décide (1); c'est à propos de l'hygiène, où tout homme instruit comme l'était Celse, pouvait avoir une opinion, qu'il parle avec le plos d'autorité.
J'ai de plus établi, soit par la confrontation des textes, toutes les fois qu'elle a été possible et elle l'est beaucoup plus souvent qu'on ne le croit généralement (2), soit par une induction légitime, quand manquaient les passages parallèles, que le Traité d^ médecine n*a presque rien d*original, et que c'est à peu près, d'un bout à l'autre, une traduction libre du grec, entremêlée de quelques réflexions propres au traducteur. Donc ce qui recommande surtout cet ouvrage, c'est qu'il est un résumé de la médecine et de la chirurgie des hippocratistes et des Alexandrins, résumé très-bien fait, d'un style excellent et venu fort à point, c^ost-à-dire au moment où les derniers efforts de la période créatrice venaient d'être tentés par l'insurrection des méthodiques. En l'absence du Traité de médecine^ une partie de l'histoire de l'école d'Alexandrie, surtout en ce qui regarde la chirurgie, nous échapperait (3).
(1) Voyez-en les preuves dans Kissel, Cornélius Cehus. Giessen, 18Ù4, p. lia*
(2) Ainsi j'ai poursuivi cette confrontation, non pas seulement avec IcsouTngv» d^Hippocrate, mais avec tous les fragments de médecins alexandrins qui nous ont été conser^'és^ par Soranus, par (lalien, Oribase^ Actius, ou par des manuscrits encore inédits, de sorte que j*ai pu reconnaître très-souvent les sources auiquellcs Celse a puisé. Quand tous ces emprunts ont été constatés, il ne reste pas gnnd' chose à l'écrivain romain^ si ce n'est le cadre, le style et l'admirable sikreté de jugement. Pour ma part^ je n'oserais jamais dire, pas plus de Celse que de Paul d'Égine^ ou de tant d'autres compilateurs plus ou moins habiles : // a trouvé; Un inventé ; il est le premier qui ait imaginé,.,
(3) Voyez, dans le Journal général de l'instruction publique, année 1847, et dans la Gazette médicale de la même année^ mes études sur Celse, et en particulier celks qui concernent lu ihinirgie (instruments, taille, autoplustie, luxations, etc.).
DIVISION DE LA MÉDECINE. 49j
Celse semble avoir un faible pour rempirismc ; cependant ses sources principales sont les auteurs orthodoxes. Celse et Galien sont pour nous la clef de voûte de l'histoire de la médecine. Celse rassemble en un solide abrégé les faits et les systèmes anciens avec impartialité, mais non pas avec indifférence ; il a le calme et la dignité du juge. Galien au contraire est un doctrinaire qui veut fondre en une seule, et à son profit, toutes les théories de l'antiquité ; aussi il expose et discute avec cette passion, souvent même avec cette injustice que donnent l'intérêt personnel et l'ardeur de la lutte.
Celse a été peu lu et peu cité jusqu'au xV siècle ; ce n'est pas lui, mais CdBlius Âurelianus, c'est-à-dire le traducteur de Soranus, que Cassiodore recommande à ceux qui veulent s'instruire diins la médecine (1). Cependant, Celse n'a pas été aussi oublié qu*on le croit généralement. J'ai retrouvé d'assez longs extraits de son ouvrage dans les plus anciens manuscrits de la première périodi* du moyen âge, notamment dans une très-vieille traduction du Synopsis d'Oribase (2). Si les Grecs n'ont faitpresijuc aucune mention de Celse, c'est, non par mépris pour les Latins, qu'ils citent quelquefois, mais probablement parce qu'ils n'ont jamais pris l'encyclopédiste romain pour un médecin, et que d'ailleurs ils possédaient les originaux où lui-même avait puisé.
Je ne voudrais pas, Messieurs, abandonner Celse, un de nos guides les plus précieux avec Galien et Soranus, sans dire un mol d'une question importante touchant la division de la médecine dans l'anliqùilé, et soulevée par un passage du Traité de médecine. Celte question se ratlache trop intimement à l'histoire générale de la médecine, la bonne ou la mauvaise solution qu'on en donne éclaire ou obscurcit trop manifestement celle histoire, pour que nous la négligions.
(1) Je m'en suis assuré n\ coUaliontiaut le mniiuscril prctotyi.o du Irniir De Jnsfit. div, lift, de Cassiodore, qui se trouve à la bibitutlièquc royale do liauiher];.
(2) L'éditiou d'Oribase, publiée à Bâlc en 1529, et qui contient une partie du Sj/nopsis et du li>re Ad Eunnpiiim, contient aussi quelques additions tirées de (A;lsi', mais qu'on n'avait pas remarquées.
194 G£LSB.
Après avoir parlé d'Héropbile et d'Èrasistrate, récrivain romain sgoute : c lisdemque temporibus in très partes medicim c diducta (1) est^ ut una esset qt(œ victu^ altéra quœ medicac mentis^ tertia quœ manu mederetur* Priinam JcacTumniv, secunc dam ^«ffioxcuTcxvivi tertiam j^ctpoupycmiv Grseci nominarunl. > "^ c La médecine fut, vers cette époque, divisée en trois parties : fx l'une traitant par le régime, la seconde par les médicaments, c la troisième avec le secours de la main. Les Grecs appelèrent « la première diététique^ la seconde pharmaceutique^ la troi- « sième chirurgique. »
Suivant Daniel Le Clerc (2), il sagit d'une division matérielle de la médecine en trois branches, qui firent l'occupation de trois catégories de praticiens; en d'autres termes, il y eut, sinon trois ordres, trois degrés de médecins, au moins trois espèces de gens traitant les malades. Les uns s'occupaient des aiïections qui réclamaient le régime dans toute retendue ancienne de ce mot; les autres se réservaient les maladies dont le traitement consistait principalement dans l'application des moyens externes; enfin, les opérations étaient du domaine d'une troisième classe.
Celte opinion, qui ne s'appuie même pas sur le texte de Gelse rigoureusement traduit, est également partagée, au moins en partie, par Sprengel (3), par Choulant (4) et par presque tous les historiens de la médecine.
Hecker (ô) professe une opinion mixte. La médecine, dit-il. Fut, il est vrai, comme cela arrive dans toutes les sciences qui ont
(1) Kueliii (De loco Celsiin praef, maie inteliecfOy dans Opuscu/a, l. II, p. 227 cl suiv.) A établi que le mot diducere ne pouvait se prendre que dans le sens de diviser, séparer ^ distinguer, ei non dan» celui tV augmenter, â'àmpliffer {Cf. anni Facciolali, sub voce), comme quelques auteurs, entre (lutres SchuUe et Wcber (voy. |i. 20'i)f Ton! prétendu. — Dans les Programmes où Kuolm examine le texte de Celse^ il marque un sentiment très-voisin du mien ; seulement la critique des opinions de ses devaiuiers tient dans le trnvail du célèbre professeur de Leipzig plos de pince que les arguments à Taide desquels il veut appuyer son propre sentiment
(2) \a- Clerc, Nist. de in méd,, p. 334.
(3) Sprenirel, Versucheinrr prngm. Geschicfite der Arzneik., éd. Roseobtun, tome l, p. 540.
(4) Cboulant, Tnfehizur Gcsch. d'*r }fed.^ p. 2.
(5) Hecker, Gcsch, d. Ueilkunde, t. I, p. 314.