‹ Histoire des sciences médicales v. 2Chapitre 64 sur 130 · GAL1EN · texte numérisé non relu

GAL1EN

fait disparaître la voix plus complètement et plus subitement encore (i).

En exécutant ces expériences sur les nerfs, si Tod venait à blesser une veine, et surtout une artère, dont le sang s'échappe en jaillissant, il faut en achever immédiatement la section un peu obliquement : parce que la loi commune à tous les vaisseaux ouverts, c'est que les deux bouts se rétractent chacun de son cdtè, et les chairs servent alors de bouchon à leur orifice béant; mais quand il n'y a pas de chairs, la division totale n*est pas utile à grand'chose : alors, que faut-il faire? Galien ne le dit pas ici (voy. p. 234, note 1) ; il ajoute seulement : Cet inconvénient n'a pas lieu pour les artères intercostales.

Pour couper les côtes, il prenait un animal maigre, et choisissait le moment de l'inspiration. On pourrait se servir d'un ciseau qui diviserait d'un seul coup la peau et la côte, mais on s'exposerait ainsi à pénétrer dans la poitrine si l'on frappait trop fort. Pour dénuder toute la côte des muscles et de sa membrane (le périoste) , on se sert d'un instrument en forme de feuille de myrte, et recourbé; on passe ensuite une spatule large entre le périoste et l'os, puis avec un ciseau dont les deux branches sont opposées, on incise la côte et on la détache, en ménageant la poitrine, les vaisseaux et les nerfs (2). Richerand a-t-il été plus habile dans sa fameuse résection de côtes?

Après des expériences si bien menées, des préceptes si judicieux, n'a-t-on pas lieu de s'étonner que, pendant quatorze siècles, la physiologie expérimentale ait été oubliée, que même après Harvey et Haller elle n'ait pas trouvé partout une grande faveur jusqu'à ce qu'enfin, par un commun essor, les Bichat, les Magendie, les Flourens, les Longet, les Cl. Bernard, en France; en Angleterre, les Ch. Bell; les Burdach, les MûUer, en Allemagne, eussent ramené définitivement la science à son véritable principe.

(1) Des admin. anat,y VIII, 5, — Il en est de même pour les nerfs laryngés rëcurrenis {Des iieux a/p*ct.^ I, C).

(2) Admin, atifit^jWU, 7.

SoMJUiRE. — Suite et fin de Galien : sa pathologie et en particulier son traité Ik$ lieux affectés. — Ce que devient la médecine après Galien. — La culture scientifique se continue encore activement durant quelque temps. — Du pneumatisme et de la secte épisynthétique, — Aréléc. — Des médecins compilateurs : Oribasc; Aétius^ Paul d*Ëgine. — Des routes diverses que suit la médecine après Oribase. — Médecine latine et commencements de la médecine néo^latine. — * Coup d'œil sur la période suivante.

Messieurs,

Si de l'anatomie et de la physiologie nous passons à la pathologie, notre attention est aussitôt attirée et fixée par le traité Des lieux affectés, celui qui a le plus de renom, et qui, en réalité, mérite le plus sa réputation. L'économie de ce livre doit être d'abord Irès-netlement exposée. Galien cherche autant à reconnaître raffeclion ou la diathèse que le lieu affecté ; mais, n'ayant à son service presque aucun des moyens de diagnostic qui nous permettent de pénétrer dans l'intérieur de l'organisme, et se trouvant ordinairement réduit à interroger les phénomènes extérieurs, spontanés, il constitue un diagnostic rationnel ou médiat plutôt qu'un diagnostic physique ou immédiat (1); il néglige même volontairement le diagnostic de toutes les maladies apparentes; son but n'est pas de décrire les maladies, ni surtout d'en étudier tous les symptômes; il se propose uniquement d'établir, par une méthode particulière dont il emprunte l'idée à Érasis-r trate, et qui repose sur des connaissances quelquefois précises d'anatomie et de physiologie, la relation qu'il croit exister entre le lieu affecté, la nature de l'affection et certains symptômes déterminés, aussi bien ceux qu'on a sous les yeux que ceux qui ont

(1) Purrois cependant il y a un vrai diagnostic direct ou local, par exemple pour déterminer avec le cathéter et le toucher la présence de la pierre ou de caillots dans Ih vessie. — Voy. VI, 3-4, et aussi pour diverses autres afTcctions, I, 1,

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disparu et que Ton connaît parla relation du malade ou de ceux qui l'assistent (1).

C*est un traité dogmatique bien plus qu'un traité descriptif. Les faits et les exemples particuliers ne servent qu'à la démonstration des thèses générales; il est fondé sur cette proposition remarquable : jamais aucune fonction n*est lésée sans que la partie qui lui donne naissance, qui en est le siège, ou qui lui fournit la matière, soit affectée (2).

Il y a dans ce traité de grandes lacunes, de nombreuses répétitions et des digressions fatigantes : sous prétexte de diagnostic, Galien fait de la physiologie, et, sous prétexte de physiologie et de diagnostic, il se livre à tous les emportements de la polémique; les hypothèses y abondent et l'anatomie pathologique y fait à peu près défaut. Tout ce que Galien peut contrôler par la physiologie expérimentale ou par l'observation directe des organes, est le plus souvent juste; le reste est frappé de stérilité par la théorie des éléments, des humeurs et des facultés.

Quelques propositions générales suffiront à montrer dans quel système ce livre a été conçu :

1*" Le diagnostic exige un homme d'une intelligence exercée dans la science des fonctions et des utilités des parties, par conséquent dans l'anatomie, car l'anatomie nous apprend entre autres choses la propriété de la substance de chaque partie (3).

(1) a Certains symptômes, dit-il^ conduisent à un diagnostic parfait : ce sont ceux qui manifestent clairement la qualité propre de la substance affectée; certain! autres sont sous la dépendance d^une conjecture logique inductire. s AiUeim :

. « Trois voies conduisent au diagnostic des lieux affectés : Texamen des parties du corps, celui des causes des affections^ enfin la différence des symptômes (II, 1). m

(2) Lieux affecUy I, 2; voy. aussi chap. 6, et plus loin, n°* A et 5, sur les*a/feetion^ consécutives liées à des états pathologiques qui occupent des lieux éloignés.

(3) Bien différent^ quoique non moins minutieux^ est le diagnostic aux yeux det Hippocratistcs : « Faire le résumé du mode de production et du point de départ; discours multipliés, explorations détaillées; reconnaître 1rs roiicordances des symptômes entre eux, puis les discordances... jusqu'à ce qu'il résulte une concordance seule et unique. De cette façon, on vérifiera un»', appréciation exacte et Vfm trouvera le défaut d'une appréciation vicieuse. » (Épid., VI, iii^ 12.)

2* La cônnaidsatice des fonctions des parties ou de ce à quoi servent ces parties nous permet de découvrir le siège du mal, quand Tune de ces fonctions vient à être lésée, ou quand les parties ne servent plus à quoi elles doivent naturellement servir, car la lésion de la fonction propre est le symptôme patbognomonique de la lésion de chaque partie.

S"* On n'arrive pas toujours par déduction certaine au diagnostic, mais souvent par une suite de raisonnements qui sont du genre de la conjecture logique déductive, laquelle tient le milieu entre une notion exacte et une ignorance complète.

&* Les affections locales sont de deux sortes : les unes sotit constituées par une diathèse permanente ou idiopathique, les autres par une diathèse passagère sympathique (ou mieux consécutive) et qui tient à une autre affection, comme Tombre tient au corps. Dans Tun et l'autre cas, il n'y en a pas moins un lieti affecté puisqu'il y a des fonctions affectées ; il cite en exemple les symptômes de suffusion dans certaines affections de l'estomac.

5*" 11 n'y a pas de lésion de fonctions sans lésion d'organes; mais l'affection organique qui produit Taffection de la fonction n'a pas toujours pour siège le lieu où se passe la fonction, ff faut aller chercher plus loin : par exemple, certaines altérations soit de la respiration ou de la voix, par suite de paralysie des muscles intercostaux, soit du sentiment ou du mouvement, par suite d'affection de la moelle ou du cerveau. C'est ce qu'on a appelé des affections sans matière, et ce que Galien appelle des affections par manque de la matière propre à la fonction (1).

6** D*un autre côté, comme il existe une partie propre à chacune des fonctions, la fonction doit être lésée quand la partie qui l'engendre éprouve quelque altération.

7"* La persistance de la lésion fonctionnelle dépend de la persistance de la lésion organique qui est cause par rapport à la lésion fonctionnelle.

(1) Ou trouvera nu chap. 6 du li\rc I''' «les exemples de ce dia^rnostic à distance. — Voy. aussi III, 11, 14 (où le praud danf^^er de Tapoplexic cstrnpporté à Taspbyxie); iV, 2, 7, 8-11 (dia^^uostic diflereiitiel des rejeU de sang) ; V, 8 (liépaUte),

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8° Quand on ressent une doulenr irès-aiguë à l'inleslin, il est positif que la partie est aiTectéc; néanmoias il est également positif qu'une évacuation subite d'une humeur particulière dissipe et la douleur et en même temps l'affection. Toutefûis Calien, qui prend ici la douleur pour l'affection, va trop loin quand il en conclut que c'est l'humeur qui causait la douleur, et par conséquent raffection,

9° Il y a deux espèces fondamentales de maladies : les maladies simples ou élémentaires, considérées en elles-mêmes et dans les tissus: l'inQammation, les dyscrasies; qu'elles soient intenses, tixesou légères et passagères, elles n'en sont pas moins des affections; — et les maladies organiques, c'est-à-dire les maladies simples considérées dans la diversité des organes, qui changent non d'essence, mais de siège, d'étendue, d'intensité, et qui demeurent ou ne demeurent pas.

10° En même temps qu'on cherche le lieu affecté, on Iroovc aussi le plus souvent la nature de l'affection, et par conséquent l'indication thérapeutique, qui, à son tour, sil'on réussit, confirme le double diagnostic. — (ialienen fournil des preuves nombreuses pour les affections des diverses parties des voies digestives.

11° La recherche de la nature de l'alfection faitparlieessentielle du diagnostic.

12° Il y a des matières excrétées, par exemple, les fausses membranes, qui sont identiques, bien qu'elles appartiennent â des affections de siège différent; il faut, par conséquent, examiner par quelles voies elles sont rendues pour établir un diagnostic différentiel sur le siège du mal (1). Mais aussi il y a des signes propres à des affections de nature et de siège déterminés. Ainsi le dégoût, les nausées, désignent une affection de l'oriSce de l'estomac; — des déjections sous forme de lavures de chairs signifient atonie du foie; dans les excréments, des matières semblables à des grains de citrouille, indiquent le taenia, et par conséquent une affection des intestins. La rougeur des pommelles accompagne la pneumonie. Il y a aussi des symptâ

spéciaux qui révèlent des aiïections particulières. (Vous voyez que nous passons du diagnostic à la syroptoroatologie.) Ainsi, rincurvation des ongles est un signe d'affection de longue durée ; le frisson sans motif, ai\ milieu d'une fièvre, annonce la formation du pus.

Voici maintenant quelques remarques particulières qui, pour les casiesplus simples, conduisent également au diagnostic local :

1* Dans les blessures du périnée, au premier jour, il n'y â point de signes pathognomoniques ; mais peu de temps après l'urine sort par la plaie; donc il existe une blessure de la vessie. Dans un cas observé par Galien, le malade n'avait pas d'abord uriné et il éprouvait un grand poids.

2*" La sortie d'excréments par une plaie prouve que l'intestin a été blessé.

3*" L'air qui s'échappe'de la plaie indique que l'arme a pénétré dans la cavité de la poitrine.

A"" Si l'épiploon ou une anse d*intestin s'échappe, à nu, au dehors, nul doute que le péritoine n'ait été ouvert.

5** On reconnaît les ulcères de la vessie aux lamelles qui s'échappent avec les urines, et ceux des reins aux corps charnus qu'elle entraine également.

Autres cas d'une espèce différente , mais également simples :

1* Dans les plaies du crâne, un fungus qui apparaît prouve que la dure-mère est lésée.

2« Dans les affections des os, le pus est d'une nature particulière.

3*" Les fausses membranes expulsées par la toux prouvent que les voies aériennes sont enflammées.

â® Il est clair aussi que ce n'est pas du côté du foie ou du

poumon qu'on dirige son attention dans les phénomènes qui

regardent l'émission des urines. — Il n'est pas moins certain

que, sans Tanatomie et sans la physiologie, on ne saurait pas

'ù le mal réside dans les reins, les uretères, la vessie ou le

1 urinaire. Toutefois il faut bien reconnaître avec Galien

• très- explicite sur ce point particulier, que la réten-

eiemple, ou l'émission involontaire de ce

liquide peut tenir à une aflfection de la moelle. Elle poamdl tenir aussi à quelque tumeur développée en dehors des toies urinaires, mais sur leur trajet.

6MI y a enfin des signes qui dépendent essentiellement et uniquement de la présence de certains corps étrangers qui ne peuvent exister que dans des parties déterminées, par exemple les calculs.

Terminons, en raccompagnant de réflexions^ par une observation que Galien rapporte plusieurs fois d'abord aux chapitres 1 et 9 du livre 111 des Administrations anatomiquesj pour établir l'utilité de Tanatomie dans la pratique de la médecine aussi bien que de la chirurgie, puisauxlivres let III, chapitres 6 et 1 A, des LiViti: affectésj pour montrera quelles conditions on arrive i déterminer le siège ou le point de départ des maladies. A elle seule, cette observation prouve que Galien pouvait se permettre de donner à ses confrères des leçons de diagnostic local, sans justifier toutefois, ni la dureté de ces leçons, ni la vanité de celai qui les donne.

Comme tous les doigts ne reçoivent pas le mouvement et le sentiment du même nerf, ce qu'il faut se rappeler pour diagnostiquer et traiter les diverses paralysies, il importe beaucoup de suivre avec le scalpel et de décrire les différents troncs qui parcourent les membres. Galien recommande aussi de ne pas oublier les rapports des nerfs, non plus que ceux des artères et des veines ; autrement on s'expose à les atteindre tous les jours dans les opérations, ou bien à ne pas savoir d'où vient le mal quand ils sont blessés par une cause accidentelle. Il raconte, à ce propos, l'histoire d'un chirurgien téméraire qui, ayant enlevé une partie du muscle externe du bras, et voulant sottement montrer son adresse, plongea son scalpel en dedans du muscle antérieur, fit un tour de main, coupa le médian, le radial, le cubital, l'artère et la veine humorale. Étourdi par la violence de l'hémorrhagie, il n'eut que le temps de lier les vaisseaux ouverts (i);

(1) Il ) a (laiis (lalicii ot dans «rautres autours iU* la inriui* l'poquo plusieurs textes non moins positifs sur la livrât ureou la torsion des artères; je n'ai pas manqué de vous les signaler toutes les fois que l'occasion s'en est présentée.

f ATHOtXWIB SPÊaALB. 2S5

le malade n*en perdit pas moins complètement le montement et la sensibilité; furieux contre son chirurgien, il le poursuirait partout en criant : c C'est vous qui m'avez coUpé les nerfs 1 1 Galien, en confrère obligeant, ajoute: «Je me suis sourent trouvé à même de guider la main des chirurgiens mal habiles dans Tanatomic, et je les ai sauvés ainsi du déshonneur public.»

Voilà pour la chirurgie ; quant à la thèse médicale, elle est prouvée par cette fameuse cure qui fit tant de bruit dans Rome, et queGalien opéra sur un sophiste, Pausanias, affecté d'une para** lysie du sentiment aux deux derniers doigts, et à la moitié du doigt du milieu. Ce sophiste eut d'abord recours aux médecins de la troisième secte^ qu'on appelait les méthodistes. Ils appliquèrent force topiques émollients sur les doigts, ne voyant pas que la source du mal était à la moelle épinière, au point d'émergence du nerf. Comme leurs émollients ne servaient de rien, ils eurent recours aux astringents, ainsi qu'ils les appellent (1). c Tous ces moyens restant infructueux, et le mal augmentant, le patient ttie Gt venir, dit Galien. Je lui demandai s'il avait reçu quelque coup ou blessure au bras ; il me répondit que non. Je dirigeai aussitôt mes recherches du côté de la moelle : j'appris alors de ce sophiste qu'il était tombé de voiture sur une pierre anguleuse, et que le coup avait porté entre les deux épaules; qu'il avait d'abord ressenti une violente douleur, qu'elle s'était calmée pour faire place à une insensibilité qui augmentait de jour en jour. Je n'eus pas besoin de plus de renseignements : je devinai que le mal était entretenu par un reste d'inflammation de la moelle. Je transportai donc k la région dorsale les médicaments doux, et j'obtins la guérison de mon malade. ]»

Galien avait été, dit-il , conduit à placer le siège du mal près de la septième vertèbre cervicale, parce qu'il savait que chaque nerf naît par une origine distincte de toutes les autres, qu'il se mêle ensuite avec ceux qui sont à côté de lui, mais qu'il n'en conserve pas moins ses attributs spéciaux, et qu enfm, au niveau de la septième vertèbre cervicale, procède le nerf {cubital) qui va aux deux petits doigts et à la moitié du"hiédius, ce qui lui expliquait la

(l) Voy, Cael. Aurel., Mniutl. chron., II, 1, I)û para/ysi, où l'on recommande plutôt les excitants que les émollients.

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