‹ Histoire des sciences médicales v. 2Chapitre 66 sur 130 · S8 ÉCLECTIQUES · texte numérisé non relu

S8 ÉCLECTIQUES

vues ingénieuses d'embryogénie et surtout par ses beaux chapitres sur l'hygiène physique et morale qu'Oribase a recueillis. Mais, dans ces divers fragments, il serait diflicile de trouver une trace manifeste de méthodisme. C'est par une voie détournée qu'on arrive à regarder la doctrine d'Athénée comme un syncré* tisme. En effet, Magnus d*Éphèse (1), son disciple, est compté par Galien parmi les pneumatistes ; il a sur le pouls les mêmes opinions qu'Athénée ; Soranus dit de son côté qu'*il est un des leurs (*2], preuve sans réplique qu'il appartenait aussi au méthodisme. On arrive, en rapprochant les textes, à rattacher égale^ ment à ce même syncrétisme deux autres disciples d'Athénée, Agathinus et Hérodote, surtout ce dernier, pour qui les preuves abondent (3).

Archigène(sous Trajan) ne peut pas être rangé aussi sûrement dans cette secte, quoiqu'il soit l'élève d'Agathinus; c'est non pas un syncrétiste, mais un véritable éclectique qui, lassé de celte multitude de cercles qu'on traçait successivement autour de Tesprit, les rompt et cherche dans les débris de tous les systèmes ce qui lui semble à la fois le plus utile et le mieux démontré. L'éclectisme est le propre des époques fatiguées, épuisées et de celles où s'exerce la critique. Galien vante trop Archigène pour qu'il ait eu quelque chose à redouter de sa renommée qui a pu être un instant contemporaine de la sienne propre. Cependant on a beaucoup à apprendre en étudiant les fragments qui nous res-» tent de ses ouvrages, fragments plus remarquables par l'abon* dance des détails que par la profondeur des vues. N'oublions pas

(i) Auteur d'un ouvrage intitulé : De ce qui a été découvert depuis Thémuon,

(3) c Ex Hostn's, » Cael. Aurel. Maladies aiguës , I. 10.

(3) Peut-être faut-il ranger dans la secte des Épisynthétiques^ ou du moins daiu celle des Éclectiques, un médecin du nom de Philumène, dont on trouve de Bombreux extraits dans Oribase et surtout dans Aétius. Ses moyens de traitemeat dérivent évidemment des doctrines méthodiques, mais son méthodisme n'est pas ftarfailement pur. On ignore l'âge de cctauteur ; lesuns le placent au temps d'Athénée, et d'autres le font vivre seulement dans la première partie du rf* liècla. Cette dernière opinion est la plus prol>able, car Philumène n'est cité ni par Sonnuf ni par Galien. On sait maintenant par une schoUe sur Oribase (t. III, p. 681, 1. il), 4ue Philumène avait écrit un ouvrage Sur te* maiadies des femmes^ et avRÎ, i^.6S8| 1. 17-18, que le chirurgien Mégès était diMBipIt

ARGHISÈNE. — ABËTÊB. 3S0

surtout qu'Archigène semble être le premier qui ail écrit un livre dogmatique sur les lieux affectés.

Ârétée fait plus grande figure dans l'histoire qu'Archigène, mais sa personne est encore plus embarrassante que celle du mé« decin d'Âpamée ; on ne sait ni le lieu ni l'époque de sa naissance, niy ce qui est plus grave, dans quelle secte il faut le ranger. On p^ut admettre^avec M. Ermerins, qu'Arétée a été contemporain des dernières années de Rufus et de Soranus, car son nom n'est pas arrivé aux oreilles de Soranus ni à celles de Galjen. J'ai prouvé, je crois, qu'Arétée n'est ni plus ni moins pneumatique que la plupart des auteurs de la Collection bippocratique ; il no l'est certainement pas à la façon d'Athénée ; c'est chez lesHippocratistes qu'il a pris ses principes de pathologie générale ; c'est aux méthodistes qu'il emprunte une partie, mais une partie seulement, de ses méthodes de traitement (1); c'est donc, à proprement parler, un éclectique.

On répète à Tenvi qu'Arétée mérite la palme sur tous ses coq* frères de l'antiquité pour la précision, l'exactitude et la beauté de ses descriptions nosologiques, qu'on appelle des tableaux vi« vants, tant il semble, après l'avoir lu, qu'on a le malade et la ma«» ladie sous les yeux ; mais il y a dans ces éloges beaucoup d'exagération, et cette exagération tient à trois causes.

On n'a pas assez comparé Arétée à ses devanciers et en partiulier à l'un de ses contemporains ou prédécesseur?, à Soranus; r— on n'a pas fait sur Arétée d'études médicales assez suivies; — on n'a pas comparé ses descriptions à celles que nous fournit la science actuelle, de sorte qu'il n'est pas placé à son vrai jour, ni au point de vue ancien ni au point de vue moderne ; en d'autres termes, on ne peut admirer Arétée sans réserve qu'à deux conditions:

(1) Ce dernier poiot a été 'Jéjà signalé par Daniel Le Clerc en comparant Arétée et Caelius Aureliaiius. Il y a là un nouveau et curieux sujet d'études. — 11 faut, du reste, savoir tirer bon parti de ces emprunts successifs des médecins les uns aux autres ; en eflet, lorsque, par une longue étude de l'antiquité, on est parvenu à cette certitude qu'ils se copiaient, on est moins tenté de supposer des lacunes, et l'on est plus assuré de retrouver à peu près complètei sauf les questions de détail, U suite de U trtdUioo médicale*

2/iO ENCYCLOPÉDISTES, COMPILATEURS ET ARRÉVIATEUBS.

n'êire pas historien, c esl-à-dire commencer Tétudc d'Arélée à Arétée lui-même ; — n'être pas médecin, c'est-à-dire ne pas faire servir les acquisitions présentes au jugement sur ranlîquité. La troisième cause de l'excès d'admiration tient à ceci, qu'on a confondu la beauté de la période grecque avec l'exactitude de la description médicale ; la rhétorique a masqué la médecine. La phrase est si élégante, qu'on est séduit par la forme et qu'on est enclin à considérer comme ressemblant ce qui est peint sous de vives couleurs.

On ajoute qu'Arétée, n'étant qu'un observateur, ne devait pas être compris parmi les raisonneurs. Certes on ne pouvait pas avancer une proposition plus fausse. A. l'aide d'un même chapitre, celui de la pleurésie, je vous ai montré que le médecin de Cappadocc était au-dessous de Soranus comme observateur, et au niveau des plus subtils dogmatiques (1).

L'historien n'a point de parti pris ni pour ni contre aucun ancien, ni pour ni contre aucun moderne ; il faut lire, comparer, peser et juger avec impartialité; si l'on se trompe, que ce soit faute de lumières, mais non par prévention ou par défaut d'informations consciencieuses ; rien ne doit être indiffèrent, mais rien non plus ne doit passionner, si ce n'est la recherche de la vérité; c'est là Texlrême limite de toute appréciation historique. Quand on embrasse Thistoire dans son ensemble, on est bien plus libre en ses jugements que si Ton s'attache aune époque, à un homme ou à un système.

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