DE LA MÉDECINE A SALERNB
prennent d'assaut toute l'Europe civilisée avec leur littérature, après en avoir ravagé par leurs armes la partie méridionale. L'invasion arabe date des traductions de Gérard (1160), et la prise de possession défmitive n*a lieu qu'au xiu* siècle. Cependant en 1308, à Montpellier, comme on le voit par une bulle, ce ne sont pas les Arabes eux-mêmes, mais les traductions d'Hip-* pocrale et de Galien faites sur l'arabe qui tiennent la plus grande place dans renseignement. Quand nous voyons les écoles devenir des institutions publiques dont Tautorité civile ou TÉglise se sont emparées, et qu'elles ont décorées du titre d'universités^ il n'y a plus ni originalité dans les études, ni spontanéité dans les mouvements. Les règlements, l'esprit rétrograde» la routine et les Arabes ont tout engourdi pour deux longs siècles.
Le poème intitulé : Schola salernitana ou Flos medtcinae^ ou Regimen sanitatis^ n'était pas mieux connu que tout le reste de la litlérature de l'école de Salerne. Que le Flos medicinae ait été primitivement une consultation adressée à quelque grand personnage, cela est fort douteux, malgré le premier vers dont la rédaction n'a aucune authenticité; mais ce qui ne l'est guère^ c'est que ce poème a été composé à Salerne, où nous trouvons un ffoùt prononcé pour la poésie didactique. Les écrits salemitains sont parsemés de vers : à Salerne, on a mis également en vers la médecine, la chirurgie, la saignée, les maladies des femmes, et jusqu'à ranatomie(l); il est donc naturel qu'on n'y ait pas oublié l'hygiène. L'auteur de la Schola salernitana est inconnu ; nous n'avons même plus le texte primitif ; les copistes des manuscrits l'ont horriblement interpolé ou gâté. Les éditeurs (hélas ! j'ai le regret d'avoir un peu contribué, malgré moi, à cette œuvre détestable), les éditeurs ont renchéri sur les ma-
M. Ravel a, le premier, fait coniiaUrc ce tcite en France^ dans la Hevue tfiérapeu" tique du Midi (Montp., 1855). Un acte de 1213 désigne les professeurs en médecine à Pariit; c'est seulement a partir de 1311 qu'on a une suite non interrompue de documents, rassembles par M. Jourdain dans son Histoire de l'Université de PartH.
(1} Nous avons publié ces différents poèmes dans la CoHectio saiernitana^ mentionnée plus baui, page 250. Voy. aussi page 259, note i«
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nuscrits; dans le désir vraiment impardonnable de donner un Traité complet, ils onl ajouté au poëme d'immenses lambeaux disparates et qui ne liennent ensemble ni par le temps, ni par la nationalité, ni par le sujet, ni même par les opinions. Le plus ancien texte, celui auquel nous devons remonter, faute d'un manuscrit authentique, est celui d'Arnaud de Villeneuve (1); nos informations rigoureuses ne vont pas au delà. Ainsi, la Schola salernitana , qui n'a pas plus de dignité qu'aucun des autres poëmes salernilains, replacée dans son jour et dans son milieu, n'est plus un phénomène isolé, elle se rattache à d'autres compositions analogues, ou nouvellement découvertes ou déjà publiées, mais non étudiées, et qui sont également anonymes pour la plupart. C'est un cycle de poésie {ou, pour être moins ambitieux, de versification) médicale qui vient s'ajouter aux grandes productions en prose que nous devons aux maîtres ou docteurs de Salerne (2), et dont plusieurs sont aussi privées d'un nom d'auteur.
Encore un mot, et je termine ce que j'avais à dire ici (3) sur Salerne, sur cette ville si essentiellement médicale :
A Salerne, de très-bonne heure, les hospices se multiplient ou prennent de nouveaux développements ; le plus ancien hôpital ou hospice dont il soit fait mention, remonte h l'an 820; sous les premiers Angevins (12ti6-1380), ils deviennent florissants et reçoivent des dotations considérables : les uns étaient destinés par leurs fondateurs aux pauvres et aux étrangers, les autres aux
(1) Remarquai que Gilles oe cite ni Coiiitautin, ui le Regimen sanitalis. — Si nous voulians, en noua limitnnl, bien «intcadj, au texte d'Arnaud tie Villeneuve, rechcrrhcr avec quelques détails les sources du Regimat sanitalis, nous n'aurioDS pas de peine i les trourer cliei Hippoi^rale et cliet Galien (cnr, dons lu teile d'Arnaud, il n'y H rien encore qui trahisse l'inOuence des Arabes), et ce qui mniiqueriit dans ces deut auteurs nous serait immédiatement fourni par Dioscuride et par Pline. A cûtë des préceptes que donne la science la plus autoriiée, on y trouve les règles d'hygiène domestique dictées par l'eipérienco la plus vulgaire, et qui sont île tous les temps comme de tous les pays.
(3) Ce litre de dodetir apparaît peut-être pour la première Tuis nu :tii' siècle.
(3) Voyei sur certaines particularités de la pratique et des hahiludes des médeciiu solemitaio* : La médeeiae, kitl. et doclriaes, p. 1A7 et suiv.
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enfants trouvés, aux dames qui voulaient se préserver des dangers du monde, enfin aux malades qui y étaient logés et soignés. Les chevaliers de Jérusalem, les frères Célestins, les frères de la Croix et d'autres congrégations dirigeaient ces hôpitaux.
On voit aussi à cette époque plusieurs médecins militaires sortir de Salerne et suivre les armées avec une commission du gouvernement; — des médecins spécialistes patentés pour traiter les plaies, les hernies et les yeux, exercent en ville et dans les environs ; — on rencontre aussi la mention de diplômes particuliers pour les femmes, ce qui ne doit point étonner dans la patrie de Trotula(l); — les médecins de cour sont nombreux et obtiennent de grands privilèges; — les traitements des maîtres ou professeurs sont réglés ; on voit que pour quelques-uns il s'élevait à douze onces d'or par an; — on trouve encore plusieurs médecins-prêtres à la fois chargés de l'enseignement médical et revêlus des hautes dignités ecclésiastiques; — enfin il y a des sages-femmes jurées, surtout pour les grandes dames de Salerne et de Naples.
C'est au milieu du xii* siècle que maîlre Gérard, de Crémone, popularise les livres arabes par des traductions, et que ces livres se substituent définitivement aux ouvrages grécolatins ; l'école de Salerne perd son autonomie, mais non pas encore son importance et sa réputation.
Frédéric II donne une nouvelle impulsion aux sciences et aux lettres ; il réunit les différentes écoles en une seule université, et publie divers règlements de grande importance (2).
Frédéric prescrit trois ans d'études philosophiques et litté-
(1) Trutula a écrit beaucoup de livres; mais elle n'est très- probablement pas l'auteur de celui qu'on lui attribue. Vers la fin du xv* siècle, Costanza ou Costanzella Calenda, renommée même à la cour par sa beauté et par sa science^ est qualifiée de docteur-médecin ; Abella avait écrit Sur Fatrabile et Sur la généra^ tion ; Mercuriade s'occupait de chirurgie autant que de médecine : on le voit par le titre de ses ouvrages, aujourd'hui perdus; enfin Rébecca, issue de cette célèbre Tamille des Guarna qui était alliée aux rois normands, avait rédigé divers opuscules Sur les fièvres y Sur les urines et Sur f embryon,
(2) Plus tard, il détruisit lui-même en partie son œuvre de rénovation pour Salerne, en créant à Naples, dans une capitale, un institut tout semblable à celui de Salerne, qu*il dota richement et auquel il accorda des privilèges exceptionnels.
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raires, avant de se présenter à l'école de médecine ; les études théoriques médicales doivent durer au moins cinq ans ; il y a de plus un an de stage chez un praticien expérimenté, ce qui semblerait prouver qu'il n'y avait pas de clinique dans les hôpitaux, mais seulement en ville ; la chirurgie fait partie de la médecine ; cependant tout médecin qui doit exercer la chirurgie consacrera un an à Vanatomie humaine et à la pratique des opérations; nul ne peut exercer, s'il n'a été reçu dans la forme consacrée par les membres du collège de Salerne, et si ses lettres teslimoniales n'ont été revêtues de l'approbation de l'empereur ou de son délégué; des peines sévères, la confiscation des biens mobiliers, la prison même, sont édictées contre tout délinquant. Le texte des leçons faites par les maîtres sera pris dans les livres authentiques (autorisés), ceux d'Hippocrate et de Galien. Les honoraires sont tarifés pour la ville et pour les environs : le médecin recevra un demitarenus{\.) par jour, s'il ne sort ni de la ville ni du château; trois tareni par jour s'il va à la campagne et s'il est hébergé par le malade; quatre tareni s'il n'est pas défrayé; les visites sont fixées à deux par jour et une pour la nuit, à la réquisition du malade. Les pauvres sont toujours soignés gratuitement. Les droguistes {stationarii) et les apothicaires {confectionarii) sont placés sous la surveillance des médecins, qui ne devront jamais faire de marché avec eux, ni mettre des fonds dans leurs entreprises, ni tenir d'officine pour leur propre compte. Ceux qui vendent ou qui confectionnent les drogues prêtent serment de se conformer au Codex; leur nombre est limité; il n'y en a que dans certaines villes déterminées ; les prix sont réglés suivant que les substances médicamenteuses pourront ou non se conserver pendant un an dans la boutique. Deux inspecteurs impériaux sont particulièrement chargés, avec les maîtres de Salerne, de veiller à l'exacte préparation des électuaires et des sirops. Les règlements d'hygiène publique et de police médicale, surtout en ce qui concerne les maladies contagieuses, la vente des poisons, des philtres amoureux et d'autres charmes, sont promulgués avec une grande solennité.
(1) Le tavenus cUit une petite monnaie d'or équivalant à 20 grains ou 2 carlins.
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Une fois que nous avons vu le terrain en Occident s'affermir sous nos paS| nous avons porté nos regards du côté de l'Orient, où le flambeau des sciences et des lettres venait de se raviver en quittant l'empire usé de Byzance.
Les violences de la politique, les persécutions religieuses, plus encore, peut-être, que les invasions sanglantes des Barbares, avaient dispersé les lettrés, les savants et leurs livres. La littérature scientifique grecque, au moment de la venue de Mahomet, était exilée en Perse, chez les juifs et parmi les chrétiens nestoriens ou jacobites. Presque tous les ouvrages de science, c'est-àdire les ouvrages les plus immédiatement utiles, médecine,astronomie, mathématiques, etc., avaient été traduits en syriaque, en hébreu, en persan, avant de passer de ces langues dans l'idiome arabe. Il est aujourd'hui généralement admis, d'après les recherches de M. Renan et de quelques autres érudils, que ce sont surtout les Syriens qui ont traduit direciement du grec^ tandis que les autres peuples orientaux ont, à leur tour, traduit ordinairement du syriaque. Les Arabes, loin de contredire la règle, la confirment sur presque tous les points : quand un ouvrage est traduit directement du grec en arabe, la traduction est l'œuvre d'un étranger, et d'un étranger de race chrétienne; les Arabes, qui n'ont jamais su le grec, se contentent généralement du métier de réviseurs pour le style des traductions (1) . De plus, la médecine scientifique n'a jamais été, chez les Arabes, qu'une médecine d'emprunt ; elle n'a servi de rien non-seulement aux Arabes, mais à tous les musulmans. La médecine grecque, qui avait pénétré en Perse et en Syrie bien avant que
(1) Les traductions dérivées du persan, de l'hébreu ou du syriaque, sont pour la plupart également dues à des mains étrangères, juives ou chrétienne^. Les traductions du syriaque en arabe sont en général les premières en date ; un peu plus lard, les kalifes ont fait rechercher les originaux grecs pour qu'ils fussent traduits directement en arabe. C'est encore j)ar les Persans que les Arabes ont eu connaissance des livres médicaux indiens. — Voyez Wenrich, De auctorum graecorum versionibus et commentariis syriacis^ arahicis, armem'acis, persicisque (Lipsiae, 1842, in-8). On remarquera que, parmi les nombreux auteurs médicaux dont les traductions sont indiquées par Wenrich, on ne voit figurer aucun écrivain méthodique. Ainsi la fortune du méthodisme a été bien différente en Orient et en Occident.
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d*arriver aux Arabes, n'y fui pas moins stérile, puisque ces deux pays ne semblent avoir servi que transitoirement, soit d'entrepôts pour les traductions préparatoires aux traductions arabes» soit de pépinière pour les médecins du kalifat d'Orient (1). Valets ou secrétaires des Arabes, les Perses, les Syriens, même les Juifs, ne pouvaient exercer aucune influence décisive sur la direction des études; la porte était partout, en Orient, fermée à tout progrès, une fois qu'on eut épuisé la veine étrangère.
Pour diverses raisons qu'il n'est pas nécessaire de rappeler ici, le véritable Arabe, le guerrier ou le pasteur, est resté fidèle à ses toubibs , c'est-à-dire à ses jongleurs, rebouteurs ou magiciens (2). Il est vrai que, durant la splendeur de la domination des Arabes, les souverains ou les grands personnages avalent des médecins attachés à leur personne, mais c'était plutôt pour en exiger des miracles que pour leur demander des cures naturelles; encore aujourd'hui, en Algérie, ce sont les toubibs qui ont gardé la confiance du peuple. La foi mahométane a toléré l'étude de la médecine et la pratique médicale, même elle a souffert que de grandes faveurs (chèrement achetées par la perte de la liberté et souvent de l'honneur) fussent accordées aux médecins : mais la loi n'a pas sanctionné ces hardiesses pour les croyants; aussi les médecins réputés arabes sont, pour la plupart ^ des médecins d'origine étrangère qui ont embrassé, au moins en apparence, la religion du prophète (3).
Ces réserves porteraient à croire que la culture intellectuelle
(1) Il y aurait^ si je ne me trompe, un sujet de recherches nouvelles sur la fortune de la médecine scientifique (j'entends toujours la médecine d'importation, ou d'emprunt), dans la partie reculée de l'Orient après que la domination ou l'in* flucnce musulmane s'y fut établie,
(2) Vous avez pu apprécier ce qu'était autrefois et ce qu'est maintenant cette médecine de charlatans ou d'illuminés chez les Arabes proprement dits^ et même chez presque toutes les populations musulmanes^ par quelques fragments du Coran, par le précieux ouvrage de M. Caussin de Percévalsur les Arabes avant Mahomet; par la. Médecine du Prophète ; par l'ouvrage de M. Bertherand : La médecine et r hygiène des Arabes ; enfin par le Voyage de Palgrave dans r Arabie centrale,
(3) II y a eu chez les Arabes des médecins amateurs ou philiatres^ comme autrefois à Alexandrie et à Rome; mais on rencontre peu de médecins, professeurs ou praticiens, parmi les descendants d'Ismaêl^ surtout en Orient et dans les premiers siècles de l'hégire.
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a été fort négligée chez les Arabes. Or, c'est précisément le contraire qui a eu lieu. En dépit des proscriptions du Coran contre l'étude des lettres classiques, par suite même des exigences de la loi pour Téducation théoiogique des enfants, et en raison de la pente naturelle de l'esprit vers le fruit défendu, l'instruction profane, mais une instruction presque exclusivement nationale et littéraire, avait fait parmi les Arabes des progrés aussi rapides que l'instruction religieuse. La curiosité était éveillée à ce point, que les Arabes s'étaient pris de passion pour toute espèce de professeur, pour toute espèce de leçon, et pour les livres de tout genre (1), mais, généralement, sans tirer de ces études d'autre profit qu'une satisfaction purement égoïste, et surtout sans les faire servir à des applications pratiques.
Les anciennes académies du kalifat d'Orient étaient surtout théologiques ou grammaticales ; il n'en était pas de même pour celles du kalifat d'Occident (Maures d'Espagne), où l'on remarque plus de liberté d'esprit, un plus grand développement de la science et moins de crainte, chez les savants d'origine arabe, de se déshonorer par les œuvres médicales (2). On compte six médecins h l'académie de Cordoue, dont Abulcasis; six à celle de Grenade ; deux à Tolède ; à Séville, Avenzobar et Averrhoes (qui venait de Cordoue); trois à Valence; deux à Almeira; enfin, Ibn-Beithar à Malaga. Il y avait aussi, dans ces diverses académies,
(1) Voyez, par exemple, l'eicellent mémoire de Haneberg : Écoles et enseigne^ ment chez les Arabes, publié n Berlio, en allemand, en 1850, in-â, et ÏHùttoire (les- académies arabes, par Wùstenfcld (Goettingue, 1837, in-8). — Au rapport d'Abul-Fêda, dans ses Annales, un savant avait accumulé tant de livres en sa maison, que sa femme, ne pouvant le corriger de cette passion, ne crut pas pouvoir trouver de meilleur remède que d'étoufler son mari durant son sommeil sous un monceau d'in-folios. Douce mort pour un bibliophile!.... Je suis sûr qu'au milieu du cauchemar qui accompagna son dernier soupir, le savant tout joyeux crut presser ses chers livres sur son cœur! — Les grands seigneurs eux-mêmes recherchaient les livrçs, car, suivant Ibn-Rallikan, un vizir ne voyageait jamais sans être accompagné de trente chameaux chargés de volumes. Wûstenfeld et Quatremère citent plusieurs bibliothèques; chaque Académie en possédait au moins une.
(2) Voyez le mémoire de Middeldorpf Sur les institutions littéraires des Arabes rr Espagne. Goettingue, 1810. — Beaucoup de médecins du khalifat d'Occident (on en connaît environ 80) ont une origine étrangère.
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beaucoup de bibliothèques publiques ou privées» toutes remplies des plus précieux manuscrits qu'on copiait sur place ou qu'on recevait en grand nombre d*Orient (1). La bibliothèque de Gordoue, ouverte en 016, renfermait 600 000 manuscrits, dont le catalogue formait ii volumes ! Auèsi l'Espagne arabe attirât-elle de bonne heure les Occidentaux.
En nous plaçant dans ce milieu créé de toutes pièces, doué néanmoins, comme on voit, d'une certaine activité, nous avons reconnu et suivi les voies par lesquelles la médecine est arrivée parmi les Arabes (2) . Nous savons maintenant comment elle a pu être un moment respectée, et prendre, même dans les académies et à la cour des princes, un certain développement. Cependant c'est par un grand abus de langage qu'on dit : la médecine arabe j puisque c'est presque toujours la médecine grecque que nous trouvons enseignée ou pratiquée par des étrangers dans l'un ou l'autre kalifat, celui d'Orient et celui d'Occident.
On ne peut faire que des divisions factices dans l'histoire de la médecine chez les Arabes, puisqu'il n'y a pas dans cette médecine de mouvements caractérisés par les progrès de la science. Pour le kalifat d'Orient, j'ai admis deux divisions : de l'an 1 de l'hégire à l'an 250 environ, et de cette année 250 (milieu du IX' siècle) jusqu'à l'an 750 (xiv* siècle). Les médecins qui sont compris dans la première partie de la première période ne sont connus que par leur biographie ; il n'en reste rien : du moins, sMls ont écrit, leurs œuvres sont perdues ou sont encore cachées dans les manuscrits; même de l'an 1 à l'an 150, on ne trouve pas de médecins proprement dits, mais des espèces de rebou-
(1) Dans le désir d'exalter sa patrie, l'auteur d'une histoire de la médecine espagnole, Morejon, semble avoir oublié complètement que le kalifat d'Orient a été en grande partie le pourvoyeur du kalifat d'Occident.
(2) Les premiers médecins qui ont pratiqué parmi les Arabes, un peu dans le peuple cl surtout chez les grands, s'étaient formes en Perse, où de très-bonne heure (déjà du temps de Cbosroès) on avait établi des hôpitaux et des écoles. Ces médecins, au milieu desquels brille particulièrement la famille des Bachtischua, étaient les pliLs recherchés. Mais bientôt les épiciers, les droguistes et les barbiers, en se (ai* sant médecins, finirent par compromettre entièrement la profession.