‹ Histoire des sciences médicales v. 2Chapitre 79 sur 130 · MÉDECINE POPULAIRE, ENCYCLOPÉDISTES AD XÎII* SIÈCLE · texte numérisé non relu

MÉDECINE POPULAIRE, ENCYCLOPÉDISTES AD XÎII* SIÈCLE

populaire pour que les deux domaines soient déjà sépsirés ; tandis qu'aux xir et xiif siècles la médecine superstitieuse et populaire, ayant en quelque sorte ses écoles et ses livres à pari, use à son profit de la médecine scientifique.

Elle procède directement ou indirectement de Pline, et des ouvrages dont nous avons signalé Texistence du iv* au x' siècle, Plinius Valcrianus, Apuleius, Marcellus, etc., enrichis de toutes les rêveries du cloître, de toutes les erreurs des hexamérons, des bestiaires, des réceptaires et même des sagas allemands.

Un fait assez singulier, c'est que Tune et l'autre médecine ont eu à cette époque leur littérature en vers et en prose. En \ors, pour la littérature populaire, Maurus, Marbode, quelques bestiaires ; pour la littérature scientifique, les poèmes salernitains. Gilles de Corbeil. C'était tout un cycle poétique, comme j'ai déjà eu occasion devons le dire. — En prose, pour la littérature populaire : Kiranides, Hildegarde, plus tard le petit Albert, d'autres bestiaires; pour la littérature scientifique, une série d'ouvrages néo-latins, salernitains et de tout pays.

Si l'Église a semé beaucoup d'ivraie dans le champ de la médecine, elle y a fait aussi germer de temps en temps le bon grain.

On sait que déjà au xiif siècle la plupart des médecins étaient clercs, parfois môme engagés dans les ordres; ceux-là rentrent dans la catégorie des vrais médecins. Puis on remarque à celte époque une classe particulière d'ecclésiastiques ou de simples lettrés qui n'étaient point médecins de profession, mais qui, cependant, s'étant occupés de sciences physiques, ont étudié la physiologie, Tanatomie, quelquefois même la pathologie. Gela n'est pas de la médecine populaire, mais de la médecine savante faite au point de vue du dogmatisme théologique, toujours étroit en matière de science. En général, ces auteurs sont des encyclopédistes. C'est an commencement du xiir siècle que nous trouvons Albert le Grand, saint Thomas; plus tard Brunetto Latini et Vincent de lîoauvais. Ce sont les successeurs, mais avec plus d'étendue d'esprit et plus de savoir, des Isidore, des Bèdo, des Uhabanus : ils écrivent des encyclopédies et non des vocabulaires; ils ont, s'il se peut, moins d'originalité que

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nos auteurs médicaux, mais ils rendent service à l'histoire par leurs résumés, et ils aident à fixer les limites de certaines époques ; ils sont d'ailleurs souvent Técho de livres perdus ou de doctrines que déjà le temps avait obscurcies. C'est donc en réalité un troisième courant que nous avons dût suivre pour rattacher tous les fils épars de cette longue tradition.

J'ai lu beaucoup de choses sur Albert le Grand, mais rien ne m'a pleinement satisfait, pas même ce que j'en ai écrit moi-même (1), quoique j'y aie, je crois, indiqué la vraie méthode pour bien étudier Albert, en prouvant par quelques exemples que c'est un compilateur, et que le seul intérêt qu'offrent ses œuvres, c'est d'en rechercher les sources; mais je n'ai fait qu'efDeurer ce sujet. — Plus je reviens vers Albert, plus je suis persuadé qu'il faudrait, comme on a essayé déjà de le faire pour Vincent de Beauvais, pénétrer dans les détails; on y gagnerait beaucoup pour l'histoire littéraire des temps antérieurs, ou même des contemporains que l'évéque de Ratisbonne a mis à contribution (2). Il serait curieux de voir précisément de quel Aristote Albert s'est servi, quels traités il a connus, quel usage il en a fait et ce qu'il y a entremêlé ; quel est son Pline, quel est son Solin, quels auteurs néo-latins, salernitains ou arabes il a dépouillés. Un savant allemand, M. Charles Jessen, a essayé, après feu le professeur Meyer, ce travail de confrontation pour les sept livres du Traiié sur les végétaux (3). Dans cette édition remarquable, beaucoup de choses sont ainsi restituées à leurs sources primitives; mais, passée sur un crible plus fin encore, l'œuvre d'Albert serait de nouveau allégée au profit des Grecs, des Arabes et des auteurs de la première période du moyen âge.

Pris à vol d'oiseau, le xiii' siècle est une première renaissante

(!) Voyez la Médecine, histoire et doctrines, p. 172, suiv,

(2) Je ne comprends pas comment on a osé écrire que le Traité des animaux, d'Albert, était supérieur à celui d'Aristote: oui^ il est supérieur si l'on admet que ce soit une marque de supériorité d'avoir ajouté à Aristote, AYiccnne^ les bestiaires^ les hexamérons, des discussions dialectiques et quelques observations particulières f

(3) Alherti Magnide vegetahilibus libri VU,editiOHem criticam ab Ern, Meyero it,eptfif/t absohitCarol. Jessen. Herol., 1867, in«8.

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pour les lettres et pour les arts ; c'est même, sur ces deux chefs, la vraie renaissance nationale dans presque toute l'Europe civilisée : mais pour les sciences (et le xiV siècle n'en diffère pas & eet égard), c'est une époque de transition, époque assez pauvre en documents et indécise en ses allures; car elle vit d'abord aux dépens des Salemitains, puis des traductions des auteurs grecs, puis enfin elle se courbe sous le joug de la médecine arabe. Cependant, rassemblant les noms, les faits et les textes, nous avons pu constater que la médecine a suivi trois routes, sinon toujours nettement séparées, au moins reconnaissables : la médecine théorique et pratique ; — la médecine populaire et superstitieuse; — la médecine des amateurs ou des encyclopédistes. Les envahissements de l'empirisme, l'omnipotence des saints, l'intervention de la théologie ou de la philosophie pure dans les doctrines, la réglementation à outrance par le pouvoir civil et par le pouvoir ecclésiastique, en venant s'ajouter à l'autorité des Arabes, sont autant de lourdes entraves dont les esprits les plus actifs et les plus puissants de cette époque ne se débarrassent pas aisément. C'est dans l'anatomie et dans la chirurgie que la médecine trouve un point d'appui pour franchir ces temps mauvais et arriver, sans de trop fortes avaries, au milieu du xiv" siècle, où commence à circuler une scve un peu plus vigoureuse et qui finira par mettre en pleine végétation tous les germes de Tâge moderne. Cependant le xiii" siècle n'est pas si dépt»urvu d'intérêt qu'on n'ait à y signaler aucun progrès : l'administration intervient par des règlements d^iygiène publique (voyez, par exemple, les Siattiis de la ville de Sienne en 1240); l'habitude des consultalions entre médecins se répand, les hôpitaux s'ouvrent pour les malades et non plus seulement pour les infirmes ou les pauvres; il y a des médecins publics pour les communes, des médecins chargés de suivre les armées, et d'honnêtes praticiens (I) qui font

(1) Au premier rauj? il faut placer Thaddaeus de Florenre, le dialiiliiieu subtil, réminent professeur, le cliuicien fêlé qui (il école et inaugura la précieuse littéralure des Consuitatiotià' médicaies. M. Pucciiiotli, dans 8ou Uisioire dû h médecine, nous a révélé de curieuse» parlicularilés sur la >ic et les ou> rajres de ce inédeciu. Seulement, il n'a pas vu que sou lièyime t/c .lanté u'e*l ^\ù:tm qu'une paraphrase en prose des vers de la Schit/n saler nitaim^

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nn henreux contraste avec les médiocrités qui abondaient en ce siècle. € Vêtus d'habits précieux, les médecins font la chasse aux clients à travers les rues; servants de la philosophie, ils lui subordonnent la thérapeutique ; en procurant le bonheur et la santé, ils peuvent se vanter et se réjouir d*être les ministres du Seigneur. » C'est ainsi que nous les représente un bon bourgeois de Senlis du commencement du xiv* siëcl6| au retour d'une excur« sion qu'il venait de faire à Paris.

Sk>iiiiAiAE. — Des divers groupes en lesquels on peut diviser les écrivains médicaux du XIV* siècle. — On insiste sur Pierre d*Abano, sur les Pratiqués médicales, sur les chirurgiens et les spécialistes, en particulier sur Brunus, Guy de Chauliar, Jean d'Ardern et Benevenutus Grassus. — Résumé du xiv* siècle. — Considérations générales sur les deux siècles suivants.

Messieurs,

Le xiY' siècle offre à notre étude environ vingt personnages que nous avons groupés d'après Tordre des principaux sujets qu'ils ont traités.

Premier groupe : les lexiques médicaux. Il y en a beaucoup au moyen âge, chez les Néo-Latins, à Salernc durant la première période, un peu partout durant la seconde. Ceux de la première période sont restés pour la plupart manuscrits (i); j'en ai copié ou extrait plusieurs. Parmi ceux de la seconde période, il en faut signaler deux qui sont imprimés : la Clavis sanationis de Simon de Gênes (1270-1303), et les Pandectes de Matthaeus Sylvaticus qui florissait vers 1317. Les termes grecs, lalins, arabes et de basse latinité relatifs à la matière médicale y dominent; ils sont accompagnés d'explications tirées d'auteurs peu ou pas connus. Simon de Gênes est un des premiers qui aient entrepris de voyager en l'honneur de la botanique; sa préface est curieuse par les détails qu'il donne sur les livres qu'on lisait à son époque; avec cette préface, celle d'Ali Abbas, et une précieuse Bibliographie par Richard de Furnival(le manuscrit existe à la bibliothèque de la Sorbonne), on a une liste incomplète sans doute, néanmoins fort instructive, des livres recherchés par les Arabes et

(1) J'ai copie sur deux manuscrits de Paris ctM. de Renzia publié dansla Coliectio salenntana un vocabulaire de matière médicale connu sous le nom d'/l//S//i,du mot par lequel il commence dans les manuscrits.

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