MÉDECINE AU XIV* SIÈCLE. — LEXIQUES, P. D*ABANO
par les médecins de l'Occident; j'ai retrouvé et copié beaucoup de ces livres; quelques-uns cependant ont échappé jusqu'ici à mes recherches, par exemple la traduction du traité de Démo* sthéne sur les maladies des yeux, dont Aétius contient des extraits. Le deuxième groupe comprend d'abord le Conciliaior de Pierre d'Abano(l). Cet ouvrage est divisé en deux parties, une théorique et une pratique. La théorique contient Aeisquaesita sur la médecine en général, sur les éléments, les tempéraments, les humeurs, les membres, les propriétés naturelles, l'hygiène, la maladie en général, les fièvres, les maladies en particulier, les crises. — La partie pratique renferme une foule de questions sur divers sujets spéciaux de pathologie, de thérapeutique, d'hygiène et même d.e physiologie. Bien entendu, ce ne sont pas tous les sujets de«médecine qui sont traités dans ce livre, mais ceux-là surtout qui attiraient le plus l'attention au xiV siècle, de sorte que le Conciliaior^ où la philosophie physique est constamment mêlée à la physiologie, donne un tableau des opinions opposées ou convergentes qui passionnaient alors les écoles. A ce titre il mérite toute notre attention ; il est clair qu'en un temps où l'on ne savait ni physique, ni météorologie, ni anatomie, ni physiologie, ni même de médecine positive, on devait poser de bizarres questions et y répondre d'une manière non moins étrange. En effet, la bizarrerie et l'étrangeté ne manquent pas dans le Conciliator. On y trouve des questions comme cellesci : Si le feu est chaud ou non ; si la nuque est plus chaude que le cerveau, ou non; s'il y a un membre principal; si les nerfs viennent du cœur ou du cerveau (question à laquelle on répond par la dialectique sans anatomie!); si la forme spécifique est substance ou accident; si la fièvre est une chaleur; si un cautère vaut mieuK en or qu'en argent ; si l'humide radical peut être réparé. Mais à côté de cela il y a toutes sortes de questions ou curieuses ou pratiques, telles qu'on en trouve tant dans Galien, et qui ne permettent pas de considérer le Conciliator comme un livre plus méprisable qu'aucun de ceux du moyen âge, ou même que plusieurs de l'antiquité.
(1) A qui on doit aussi, entre autres ouvrages^ un traite Des venins.
IM BB Là HtmCIllB AU Klf * flACU.
Quoique personne ne comprenne mieux que moi Tennui que cause et le peu de profit que rapporte la lecture de tels IiYres, j'ose dire que mon Ténérable et très-docte confrère M. Puccinotti se montre ici plus ami de Torthodoxie que de la justice, en appelant Pierre d'Abano « le dispensateur de la semence empestée des Arabes > (1). Il est vrai que Pierre était averrhoïste^ ce qui signifie (c'est fort exagéré) mécréant ou libre penseur. On ne sau* rait nier (mais est-ce un grand reproche à lui faire?) que Pierre d*Abano a contribué plus que personne à introduire dans les écoles de la haute Italie (Pierre était professeur à Padoue) , en opposition à celles du centre (surtout Bologne) , des doctrines plus libérales, par une discussion sinon lumineuse, au moins pressante et érudite, de tous les problèmes de la science d'alors* Quoi qu'il en soit, Pierre a été jugé assez libre penseur pour qu'on ait commencé son procès ; l'instruction n'a été suspendue que par sa mort, mais l'inquisition s'est vengée sur ses os, qu'elle a livrés aux flammes.
A côté du Canciliator rangeons la iSumma de Thomas de Garbo, que Pétrarque comptait parmi ses amis, et qu'il appelle le médecin le plus renommé de son temps ; mais il faut croire qu'il valait mieux par sa pratique que par ses ouvrages ; car sa Somméy écrite dans le même genre que le Condliator^ lui est inférieure par la dialectique, l'érudition et l'abondance ou la variété des sujets.
A ces deux noms il faut ajouter celui d'Arnaud de Villeneuve, qui s'est particulièrement attaché aux questions généralea de physiologie et de médecine, et qui les a traitées en un style diffus et sous la forme scolastique dont Galien avait déjà donné le fâcheux modèle.
(4) Un grand développement a été donné à la littérature Rrahc, d'abord par Frédéric I*** (Barberousse, 1152-1190; le grrand tradncteur, Gérard de Crémone, en Italie, et non de Carmone, en Espagne, est de llid-1180 environ), puis par son successeur Frédéric II (1197-1250). — C'était alors le seul moyen que ces empereurs pouvaient imaginer pour s'opposer à ce qu'ils considéraient comme des empictcm>nt3 de lEj^iisc sur le libre développement scienlilique et littéraire; de là la mauvaise réputation des Arabes philosophes, et en parliculiiT d'Averrhoès, qui les résume tous.
PRATIQUES MÊDIGALBS.
Troisième groupe : les auteurs de Pratiquée médieakê : Arnaud de Naples, Bernard de Gordon, Jean de Gaddesdêily Guillaume de Varignana, François de Piémont.
Aslruc avait entrevu et M. de Renei a prouvé que le BrevUh rium medicinae n'appartient pas à Arnaud de Villeneuve, mais à un Arnaud de Naples qui Oorissait vers le commencement du xiV siècle. Ce Breviaritwi, qui a subi diverses additions snivalrt les éditions, contient les détoils les plus curieui sur les pratiques et les superstitions médicales en Italie. Arnaud dit que Isa médecins de Paris sont plus théoriciens, et ceux de Salerne meilleurs praticiens; il prétend, non sans raison, qu'Avicenne a été le corrupteur de la médecine latine.
Le Lilium medicmae de Bernard de Gordon est de 1S06 (1)* H y a peu d'ouvrages qui soient plus divertissants par toutes lis recettes étranges, les prescriptions saugrenues et les supenti^ tions comiques ; on ne peut guère lui comparer que la Rasa àt Jean de Gaddesden.
La Pratique de Guillaume de Varignana ne consiste guère qu'en recettes. — Bertruccius, qui n'a presque rien de son propre fonds, suit le plan d'Avicenne, puis met à contribution Hippocrate, Galien, Rliazès, Avicenne lui-même et Mésué (2). Il tient la méde» cine pour le premier des arts en raison de l'argent qu'on y gagnSi des amitiés qu'on s'y fait et de la parfaite félicité qu'elle procure à luinc; il recommande, à l'exemple d'Hippocrate» dt laisser un élève auprès des malades. — La Pratique de François de Piémont, qui est une espèce de supplément 'à Mésué, semble l'œuvre d'un médecin assez répandu dans la clientèle, et mérite d'être consultée pour le nombre d'auteurs qui y sont cités. --- Dans tous ces ouvrages on recommande de grandes précautions contre les rapprochements impurs ; on y peut signaler plus d'une trace d'affections vénériennes primitives ou secondaires. C'est li| avec quelques renseignements sur les méthodes de traitement
(1) l^'!( lunettes 9ont rorinclk'meiit indiquée» dans Bernard de Gordon.
(2) Malcraipnc, dans «on osqtiisjc de l'histoire de la rhirurgie avant A. Paré, ni dit rion d».* Mr. Bi*rtriirriu"< comme rhirurpicn: cependant cet auteur a traité delà rhirnr^rip; il décrit la sonde perrce de part en part et munie, à rintérieur, d'ofiè ti^'t* de fei', d*un irros lil ou de laine.