‹ Histoire des sciences médicales v. 2Chapitre 85 sur 130 · UTBES EN USAGE A CETTE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

UTBES EN USAGE A CETTE ÉPOQUE

physiologiques aussi vaines, des connaissances anatomiques aussi insuffisantes, malgré quelques essais d'anatomie humaine (1); et par-dessus tout un goût prononcé, comme au xiv« siècle, pour l'astrologie (2) .

. J'ai dit plus haut (page 307) que le xv* siècle (plus dogmatique, plus décidé que le xiv*) était un sommaire et une préface : un sommaire, puisqu'il nous présente, sous toutes les formes possibles et à tout propos, la substance de la médecine arabe, d'une mé-

sur la ptrtie chirurgicale du Canon d'Avicenne contient au moins autant de recettes que de descriptions de maladies ou d'opérations, quoiqu*ou y trouve ça et là quelques remarques iatcressantes, mais qui sont loin d'être toutes originales, comme on l'a prétendu. — Marcellus Cumanus, dont Welschius a publié de curieuses Ohservaiions; quelques-unes se rapportent évidemment à la syphilis. — Jérôme Brunschwig (chirurgien à Strasbourg, qui a compté un peu plus tard Gersdoffet Flûguss), lequel a tiré son livre presque uniquement des Arabes et des chirurgiens du moyen âge. Enfin un Buch der Bùndth-Ertznei, par Henrich von Pfolsprundt (vers 1460), qui vient d'être publié, pour la première Tois, dans le texte original, par naon savant ami le docteur Haeser avec la collaboration de feu Middeldorpf (Berlin, 1868, in-8<^). Ce chirurgien a eu entre autres maîtres Johan von Birer ou Bires de Metz ; il a eiercé un peu partout suivant la mode du temps; ce que son ou^Tage contient de plus remarquable, c'est un chapitre sur l'autoplastie, qui semblait oubliée depuis les firauca et les Bojano, ou Vianeo. — Voyez plus loin, page 333.

(1) Un des livres les moins connus et cependant des plus importants à étudier pour être au courant des discussions de physiologie générale et de philosophie médicale au XY* siècle, est celui de Petrus de Montis, intitulé De dignoscendis hominibus{iiï'P*^ 1492). Le premier livre traite de l'éducation et de la nature; le second^ des rapports du physique et du moral, et de la génération (sujet fort à la mode et traité par Michael Scotus, Zerbi, Jacobus Foroliviensis, Dynus et Thomas de GarbOy etc.) ; le troisième, des tempéraments; le quatrième, de l'àme; le cinquième, des exercices, rempli des renseignements curieux sur les mœurs, les jeux et les exercices des Espagnols; enfin le sixième est consacré à diverses questions de philosophie morale et physique. — L'ouvrage de Galeottus Martius est un li\re dans le genre de celui de Rufus, Sur les noms et les étymologies des parties du corps humain; c'est un précieux témoin de ce genre particulier d'érudition au XT* siècle. Merula a fort critiqué Galeottus, qui à son tour riposte vigoureusement.

(2) J'ai copié dans lu manuscrit français, n° 1357, f", en papier, du tw* siècle et de plusieurs mahis, toutes les notices recueillies sur les médecins astrologues, par Symon de Phares au temps de Charles VIII, et se rapportant aux xi', xii*, xiii«, iiv*" et XV* sièrlcs (jusqu'à 1494). Ct'st \^bien qu'il faille en user avec beaucoup de réserve) un recueil curieux, dont je ne puis malheureusement pas donner ici des extraits; ils trouveront leur place ailleurs.

320 DES SCIENCES MfiDIGALES AD XV* SIÈCLE.

decine qui n*est elle-même, dans sa généralité, qu'une transformation, qu'une assimilation de la médecine grecque, surtout de la médecine de Galien; — une préface^ puisque, par certains côtés, bien obscurs il est vrai, il laisse entrevoir, surtout à ses dernières années, quelques tendances à l'observation de la nature par les Consilia (ou recueils A' observations ^ de consultations)y et par l'ouverture de quelques cadavres (1). Le premier coup a été porté, dés le xiv* siècle, contre la tra-

(1) Zerbi^ aussi connu comme philosophe que comme médecin^ n'a^ pas plus que Mundinus, disséqué : on ouvrait les trois grandes cavités, tête, poitrine, abdomen, pour en étudier le contenu \ on découvrait quelques muscles, on suivait, encore ni très-loin ni très-exactement, quelques vaisseaux, quelques nerfs ; on décrivait le tout à l'aide d'Avicenne, sans s'apercevoir que le texte n*était pas toujours conforme à la nature. Galien avait disséqué ^ et, au xvi* siècle, Vésale disséqua de nouveau. Au XV* siècle, même au xvi% il y a un mélange perpétuel et souvent inextricable d'anatomie humaine et d'anatomie animale. — Voici un exemple de la façon de raisonner des anatomistes du xv* siècle. Les oreillettes (partes pellicutares) sont, pour Mundinus comme pour Zerbi, des déversoirs du sang, et surtout de Tesprit, lorsqu'ils surabondent, celui-ci dans le ventricule droit, celui-là dans le ventricule gauche ; mais alors pourquoi ne pas faire le cœur plus ample ? Parce que la dispersion des esprits les aurait afiTaiblis ! La preuve, c'est que les animaux qui ont de grandes cavités sont timides. D'ailleurs ce n'est qu'accidentellement que le coeur a trop de sang ou trop d'esprit, de telle sorte que le cœur eût été le plus sonvent inutilement grand ! ^ Le cerveau est divisé pour qu'au besoin une partie puisse remplacer l'autre, et pour que les fumosilés aient des voies d'exhalaison plus faciles. A l'imitation de Galien, Mundinus démontre qu*il fallait deux méninges, mais qu'il ne peut pas en exister plus de deux ! Et cependant c'était une époque où le vulgaire, d'après Zerbi, appelait l'anatomie V Alphabet des médecins, — Les détails historiques dans lesquels entre Zerbi sur la manière de préparer les cadavres, et sur divers autres points, par exemple sur la distinction des ligaments, des tendons et des nerfs, quelques vues assez avancées sur l'anatomie des tissus et le développement des pariies, sur l'utilité des gaines musculaires, l'importance qu'il attache à l'étude de l'a natomie pour la médecine et pour la chirurgie, la préférence qu'il accorde aux dissections sur les figures comme étaient celles de H. de Mandeville, nous ont un peu dédommagés de ces indigestes considérations touchant les causes finales et de tant de grossières méprises. On voit par son livre qu'on lisait un texte devant les écoliers, et qu'on le commentait le cadavre sous les yeux. Mundinus a fourni longtemps ce texte. — M. A. de la Torrc a beaucoup contribué aux progrès de l'anatomie, non pnr ses écrits, il n'en a pas laissé, mais par l'impulsion qu'il a donnée à cette science, soit en créant un théâtre de dissection i Pavie, soit par les soins qu'il mit à faire des préparations pour son illustre élève L. de Vinci, qui en a si bien profité dans son traité De la peinture. (Cf. Marx, Veber M. A. de la forr». Gôtt., 1849, è«.)

PBEMlÈBbS TENTATIVES RE RËFOBHES. 321

dition eL conire l'aulorilé, par ceux mêmes qui s'en monlraient les plus zélés dcfenseurs, par ceux (ju'on a appelés les Concilia' leurs, par Pierre d'Abano en particulier. En eirel, aux yeux des plus prévenus en faveur des Grecs ou des Arabes, et à mesure que l'esprit se dégageait des entraves séculaires, il ressortait des interminables discussions auxquelles s'étaient livrés ces Conci> lialcurs, que la vérité ne se trouvait pas plus du côté de Rbazés ou d'Âvîcenne que du côté d'Ilippocrate ou de Gaiieo; <|uoique ce dernier conservai une certaine préémiDence et qu'on lui donnât souvent raison contre les Arabes, on Hiiit par reconnaître ses côtés faibles : aussi la critique, sous quelque l'orme que ce fût, une fois inlroduitt: dans la place, devait unir par la ruiner de fond en comble.

Le xv° siècle est donc le dernier de ces siècles conservateurs dont ta réunion forme, depuis le v*, notre septième grande période. Durant ces longs jours parfois à demi éteints, le fond de la médecine n'a pas changé; à peine s'est-il enrichi de quelques acquisitions, où le hasard avait souvent plus de part que l'esprit d'invention. Les vieilles doctrines du dogmatisme (1) sont exploitées comme un monopole, d'abord par les compilateurs ou encyclopédistes grecs, ensuite par les écoles néo-latines, puis par les Salernitains, enOn par les Arabes. Hors de celle Église point de salut; personne même n'avait la pensée d'en sortir ni de faire schisme. L'autocratie se Iransmetlail fidèlement de main en main, sans secousse et sans révolution. Il faut même remarquer que la médecine restait encore dans la pénombre du moyen âge, quand déjà, depuis quelque temps, les lettres et les arts avaient pris leur essor. Pour l'émancipation des lettres et des arts, le génie, l'inspiration et un milieu propice suffisent; mais, pour une science, il faut que des découvertes lentement préparées, ou plutôt échelonnées régulièrement dans la suite des temps, que des expériences concordantes et appuyées par des découvertes analogues dans les sciences parallèles, viennent aboutir à l'une de ces

(1 } la roc suis expliqué ailleurs si:

table tlu uiclbodisme dans la luedrd DABEMBUC.

322 DES BGIBlfGES MÉDICALES AU XV* SifeCLE.

transformations radicales auiquelles ne pourrait jamais arriver l'esprit le plus puissant abandonné à ses propres ressources (1). Lorsqu'on s'est efforcé, pendant près de vingt siècles, de démontrer que le cœur n'est pas fait pour la circulation ; que le poumon est chargé de rafraîchir le cœur: que restomac esttabriqué pour triturer ou pour cuire les aliments ; que les nertf sont, en grande partie, créés pour tetidre aussi bien que pûor sentir ;{\\ïQ les artères doivent recevoir un peu de sang mélô ii beaucoup d'air, et les veines contenir beaucoup de sang plastique et un peu d'air; que la rate fournit Tatrabile ; que le chyle sc perfectionne dans le foie; que ce viscère est Torigine des veioe^; que le fœtus est le produit de deux semences ; qu'il y a dans l'utérus des loges spéciales pour les mâles et pour les femelb: que les affections de la poitrine, du ventre, même de la hanche viennent des catarrhes qui descendent de la tête ; quand oo a disputé pendant presque autant de siècles sur le lieu d'électiiE de la saignée, sur la spéciGcité de l'action des purgatifs eu égard aux diverses humeurs, combien ne faut-il pas d'expérience^ d'abord, de raisonnements ensuite, puis de luttes terribles, pour terrasser de si grosses et de si nombreuses erreurs, pour c changer tout cela >, comme disait Molière; mot profond à force d'être comique: il n'est pas plus malaisé, en effet, de mettre le cœur à droite et le foie à gauche, qu'il n'a été difficile de faire accepter la circulation et bien (>*autres vérités. Mais la circulation ellemême, découverte depuis longtemps préparée, et qui, à son tour, prépare toutes les autres, n'est que du xvn* siècle. Il ne suffisait pas, pour arriver à cette découverte, d'un milieu favorable à l'observation de la nature, à la méthode expérimentale, à la critique scientifique ; il fallait aussi (préparation indirecte)

(1) Il est ù peine bcsoiu de faire remarquer que les limites extrêmes do nmiifdes ou époques^ soit littéraires^ soit scieiitiliquos, ne coucordent presque jaioa^ mathéinaliciuemeut avec relies de la chnmologio proprement dite. Ainn iii»tr^' XVI* siècle, (|ui correspond aux premières tentatives de la réformation de U meiiecine, débute, vers lâHO, avec les essais d'anatumii» bumaiue et les fJisi*usgioii5 di^ énulits; il arri\e a son apojiéc a\ec Vésale, Fallope et toute l'école aiiatomiquc, tt se poursuit jusqu'au premier quart du ivii<^ siècle, c'est-à-dire jusqu'à la décuU' verte de la circubUioii. Alors couuneuce imc uouvcUc étape, ou une uou«elk période, ou un nouveau siècle.

A QUEUES CONDITIONS S'OPÈBENT LES RtfORlIES. 328

que l'anatomiste eût de longue main aménagé les lien et disposé toutes choses pour que la fonction pût s'accomplir aisément (1) ; il y avait des ouvertures imaginaires à fermer, des routes à rectifier, des voies nouvelles à tracer, des origines à changer; il fallait chasser Tair des artères, établir nettement les anastomoses des deux espèces de vaisseaux dans Tintimité des tissus, et cloisonner les grosses veines de distance en distance, afin que le sang, marchant en avant, ne pût pas revenir en arriére. Voilà comment se produisent les découvertes fécondes; voilà les lois du développement des sciences, et les vrais principes de la philosophie de leur histoire.

Puisqu'une seule découverte exige tant et de telles conditions préparatoires, on ne s'étonnera plus que le simple abandon des Arabes, pour revenir aux Grecs, n'ait pas servi bien efficacement les intérêts réels de la médecine et ne l'ait pas transformée ; d'ailleurs, quitter les Arabes pour les Grecs, c'était quitter des erreurs enveloppées de tout Tobscur verbiage de l'Orient pour revenir aux mêmes erreurs, revêtues par les Grecs d'une forme plus brillante et plus simple. La renaissance de la médecine n'a donc pu concorder exactement avec la renaissance des lettres. Le XVI" siècle n'est lui-même qu'une suite de préparations à cette mémorable renaissance*, c'est déjà, pour ce siècle, un grand honneur d'avoir trouvé quelques-uns des instruments et posé quelques-uns des principes qui devaient concourir plus efficacement à cette pleine restauration.

(1) Tout cela était déjà fait depuis assez longtemps par les anaiomistes ; méint Fabrice (rAcquapcndente avait décrit les valvules des veines^ qui devaient être entre les mains d'un expérimentateur, de Harvey, un argument secondaire^ mail de grande conséquence pour prouver la. circulation. Tout cela, cependant^ pour de simples onotomistes, n'avait presque servi de rien; on avait timidement soup* çonné et non démontré la petite circulation. 8i une meilleure anatomie n'avait pat cbangé la plus détestable physiologie, que pouvait-on attendre du raisonnement? Il est curieux, à ce propos, de comparer Tinsuffisance de l'argumentation que Harvcy dirige dans sou Proœmium contre Les théories anciennes, et la force invincible des expériences qu'il relate dans le corps même de l'ouvrage.— De même, c'est la c/m/^ue qui reftu'ine la médecine pratiqite^ comme c'est la physiologie qui réforme ia médecine théorique.

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