II. — ORACI.E DE DODONE (EN ÉPIRE
Cet oracle, un des plus anciens de la Grèce, no i
fut d’abord que la simple interprétation du murmure d’une fontaine qui sourdait au milieu d’un bois de chênes. Une vieille femme nommée Pélias habitait une cabane près de la fontaine, et dévoilait l’avenir à ceux qui venaient la consulter, au moyen de Yhydromancie. Plus tard, un temple superbe s’éleva sur la place qu’occupait la chétive cabane de la sibylle; on environna le temple de colonnes de marbre sur lesquelles on plaça des vases d’airain. Les branches de chêne agitées par le vent frappaient ces vases et rendaient différents sons que les prêtres interprétaient à leur manière.
2 m. ORACLE DE JUPITER- AMM ON (EN LYDIE).
Cet oracle, aussi célèbre que celui de Dodone, se rendait de la manière suivante :
Quatre-vingts prêtres plaçaient sur leurs épaules un
immense navire, dans lequel était assise la statue de Jupiter, couverte d’or et de pierreries ; ils sortaient du temple et marchaient dans la campagne sans suivre de route tracée, comme conduits par l’esprit divin. Une troupe de jeunes filles accompagnait cette procession, les unes dansant au son des cymbales, les autres chantant des hymnes en l’honneur de Jupiter-Ammon. Au bout d’une heure de marche, la statue fronçait les sourcils; alors les prêtres s’arrêtaient, et une voix sourde, partant de l’intérieur de la statue, rendait l’oracle. Si les sourcils restaient immobiles jusqu’à la fin de la procession, c’est que Jupiter n’avait pas reçu une offrande digne de lui, et l’oracle restait muet.
Dans celte voix mystérieuse sortant de la statue, il n’est pas difficile de reconnaître un effet de ventriloquie. Parmi les prêtres, il se trouvait un ventriloque et un mécanicien ; le premier faisait parler Jupiter et le second faisait mouvoir les sourcils.
§ IV. — OIÎ ACLE DE TROVHON1US (EN BÉOTIE).
Trophonius était un héros selon quelques historiens, et un brigand selon les autres. Ses talents pour l'architecture et la magie le rendirent célèbre, et après sa mort il fut déifié.
L’oracle de Trophonius se rendait sur une montagne de Béotie. Avant de le consulter, il fallait passer
trois jours dans les jeûnes et les expiations de toutes sortes, puis on sacrifiait aux dieux et à Trophonius. Le quatrième jour, deux enfants venaient frotter le consultant avec des huiles préparées et lui faisaient boire deux breuvages, l’un semblable aux eaux du Léthé, pour effacer de son esprit toutes les pensées profanes ; l’autre, appelé l’eau de Mnémosyne, ayant la vertu de lui faire retenir tout ce qu’il allait voir et entendre dans l’antre sacré.
Une fois ces préparatifs terminés, on le conduisait à une excavation où se trouvait un trou large comme la bouche d’un four ; il descendait dans ce trou au moyen d’une échelle, et, arrivé au bas, il se trouvait au milieu d’une vaste salle où se dressait la statue colossale de Trophonius. Là, le consultant prenait sur un autel deux pains de miel et se couchait sur le dos : soudain, il se sentait entraîné par les pieds avec une effrayante vitesse. Pendant ce voyage dans les ténèbres, des bruits affreux, des voix étranges se faisaient entendre ; le tonnerre grondait et la foudre illuminait ces sombres demeures. Enfin, les bruits diminuaient peu à peu, un morne silence succédait à cet affreux tapage, et l’homme se retrouvait dans le temple, sans savoir comment il y avait été ramené. On l’asseyait sur la chaise de Mnémosyne ; on l’interrogeait sur ce qu’il avait vu, entendu, et, sur ses réponses, les prêtres établissaient l’oracle.
Il est assez curieux, à plus de deux mille années
de distance, de rencontrer, chez un peuple éloign ' , les mêmes pratiques, les mêmes superstitions, s une autre forme religieuse; c’est ce que le pur toire de saint Patrice va nous démontrer.