ORACLE DE DELPHES
La ville de Delphes, si célèbre dans les annales de l’histoire, n’était qu’un chétif hameau avant l’installation de son oracle; ce fut à lui qu’elle dut son dé-
veloppement, ses richesses et la magnificence de son temple. Diodore de Sicile s’exprime, à ce sujet, à peu près en ces termes :
« La ville de Delphes, située sur une colline du mont Parnasse, est entourée d’affreux précipices et de rochers ; la partie du mont qui la domine s’élève en amphithéâtre, et les excavations qu’elle renferme produisent un grand nombre d’échos qui se renvoient l’un à l’autre le bruit des trompettes et des voix humaines, de façon à étonner et même à effrayer les étrangers. »
Au fond de la vallée qui , d’un côté, limite la ville, existait une crevasse à laquelle personne n’avait fait attention. Des chèvres qui paissaient aux environs s’en étant approchées, se mirent soudainement à bondir d’une manière étrange, et à pousser des bêlements tout à fait singuliers. Le pâtre Corétas, leur gardi&i, étonné de ce qu’il voyait, crut d’abord que l’excavation cachait quelque hideux animal dont l’aspect avait effrayé ses chèvres. Poussé par la curiosité, il voulut regarder au fond delà crevasse; mais, à peine y eut-il engagé sa tête qu’il fut saisi d’un délirant enthousiasme, se mit à sauter follement comme ses chèvres, et finit par tomber sur le sol, couvert de sueur, épuisé de fatigue. Alors, ilsecrut transporté dans les cieux; tout ce qu’il voyait lui semblait merveilleux ; le livre du destin s’ouvrit devant lui. et il y lut l’avenir.
Les paysans du voisinage, accourus en foule pour entendre Corétas, ne manquèrent pas d’attribuer son langage à l’esprit divin sortant de la crevasse ; et chacun voulut éprouver la vertu prophétique des exhalaisons. Tous ceux qui approchèrent de la crevasse furent saisis d’enthousiasme et de transports semblables à ceux du pâtre Corétas. La renommée publia ccs prodiges, et la foule accourut de toutes parts pour en être témoin. Plusieurs fanatiques se précipitèrent dans le gouffre, afin de voir déplus près le dieu qui s'y tenait caché. Ces excès se renouvelant assez fréquemment , l’autorité intervint et fit fermer l’ouverture par un grillage de barres de fer, supporté par trois pieds, ce qui lui fit donner le nom do trépied ; c’est sur ce fameux trépied que s’asseyait la Pythie, lorsqu’elle rendait ses oracles.
Les prêtres de Delphes accréditèrent de plus en plus la fable du pâtre Corétas ; ils persuadèrent aux hommes qu’Apollon était caché au fond de la crevasse, et qu’il passait dans le corps de ceux qui en recevaient les exhalaisons. De ce moment, le succès de l’oracle fut assuré; on se hâta de construire un temple magnifique sur l’antre sacré. Un collège de prêtres s'organisa pour exploiter ce genre d’industrie, qui leur valut d’immenses richesses, et l’on choisit une jeune fille pour transmettre aux hommes les réponses d’Apollon pylhien.
Cette jeune fille fut nommée Pythie ou Pythonisse,
en mémoire du fameux combat qu Apollon livra au serpent Python, qui désolait la campagne de Delphes. La peau de ce monstrueux reptile était suspendue dans le temple comme trophée de la victoire, et servait à entourer le trépied sur lequel venait s’asseoir la Pythonisse.