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DES PYTHIES ET DES SIBYLLES

Le nom de Pythie ou Pythonisse paraît avoir été exclusivement réservé à la prêtresse du temple de Delphes, chargée de transmettre aux hommes les réponses du divin Apollon.

Ce fut en mémoire du fameux combat qu’Apollon livra au monstrueux serpent Python, qui désolait la campagne de Delphes, que ce nom lui fut donné. La peau de ce serpent, ainsi que je l’ai déjà dit, était suspendue dans la nef du temple comme trophée de la victoire du fils de Jupiter, et servait à entourer le trépied sacré lorsque la Pythie devait y monter.

Le nom de Sibylle se donnait indistinctement à toutes les femmes inspirées qui desservaient les autres oracles, dans les temples, ou qui erraient de pays en pays et prédisaient l’avenir pour leur propre compte.

Le choix d’une Pythie exigeait, dans les premiers temps, de grandes précautions et diverses qualités physiques : jeunesse, beauté, virginité, regardées comme indispensables; en outre, elle devait offrir cette constitution nerveuse et impressionnable que nous appelons hystérique, afin qu’elle ressentît plus vivement les communications de l’esprit divin. Mais, dans la suite, un riche Thessalien s’étant passionnément épris de la jolie Pythonisse de Delphes, corrompit le gardien du temple et l’enleva. Le collège des prêtres s’émut à cet enlèvement sacrilège, et, après avoir tenu conseil, décida que la Pythie serait, à l’avenir, choisie parmi les femmes âgées de cinquante ans, mais quelle continuerait à porter les vêlements et emblèmes de la jeune fille.

Les oracles ne se rendaient qu’une fois l’an, pendant la première quinzaine d’avril. Ces jours-là une foule compacte encombrait la ville et payait fort cher les réponses ambiguës de la Pythie.

Le temple était toujours fourni de plusieurs Pythies, afin que si l’une d’elles venait à être frappée de maladie ou de mort, pendant le violent exercice de ses fonctions, les autres pussent immédiatement la remplacer. Ces doublures étaiënt nécessaires pour éviter le chômage, préjudiciable aux intérêts du temple, qu’aurait entraîné un semblable accident.

Yoici les règles préparatoires auxquelles les prêtres soumettaient la Pythie avant de l’asseoir sur le trépied

sacré : — Pendant trois jours, elle était astreinte à un jeûne sévère et onctionnée avec des huiles composées de drogues excitantes ; chaque soir elle allait se baigner dans un bassin de la fontaine Castalie, où l’on avait mis macérer des branches de laurier cerise; au sortir du bain, elle buvait plusieurs coups de cette eau. Alors, les prêtres la reconduisaient au temple où on lui faisait boiro une autre liqueur prophétique. Ce régime exaltait le cerveau de la Pytbonisse et la poussait à un état voisin du délire.

Le jour où la Pythie devait rendre ses oracles, le temple et ses abords étaient encombrés d’une foule immense; tout le monde attendait avec impatience son arrivée. Bientôt un grondement sourd se faisait entendre au fond de l’antre sacré; ce bruit grandissait peu à peu et ressemblait aux grondements du tonnerre; le sol frémissait, le temple semblait ébranlé jusque dans ses fondements... Tout à coup, on voyait uno femme échevelée que les prêtres entraînaient vers le trépied; à peine s’y était-elle assise qu’elle éprouvait les terribles effets de la vapeur prophétique. Ses cheveux se hérissaient, ses yeux tantôt roulaient avec rapidité, en lançant des éclairs, et tantôt gardaient une effrayante fixité. Son visage devenait livide, sa bouche éeumait, ses membres couverts de sueur se tordaient, tout son corps devenait la proie d’une horrible convulsion. Enfin, ne pouvant plus résister au Dieu qui la possédait, elle poussait des cris aigus,

entrecoupés de quelques paroles sans suite que les prêtres recueillaient avec soin. C’était l’oracle ! Après une heure de cette fièvre prophétique, on reconduisait la Pythie dans sa cellule où elle restait plusieurs jours à se rétablir de ses fatigues. Quelquefois, une mort subite était le prix de son enthousiasme, c’est ce que nous fait savoir le bon Amyot dans le naïf langage de son époque : « La Pythonisse étant montée sur le trépied on lui voyoit trembler tout le corps, et à mesure qu'on l’effusionnoit d’eau lustrale, ce tremblement redoubloit à faire frissonner les .spectateurs. De telle sorte qu’il advint un jour que les prêtres ayant voulu la trop presser pour lui faire rendre son oracle, elle entra dans une telle rage et forcènerie, que ne pouvant supporter l’esprit qui s’étoit trop impétueusement fourré en elle, un cri terrible partit de son gosier et elle expira toute convulsionnée. »

Aussitôt après avoir recueilli les mots convulsifs sortis de la bouche de leur Pythie, les prêtres se retiraient dans un lieu secret pour délibérer, et leur donnaient une interprétation en rapport avec les renseignements qu'ils s’étaient procurés sur le compte du consultant. Dans les <cas, très-rares, où ils n’avaient pu se procurer d’informations précises, ils fabriquaient des réponses embrouillées, à double sens. qui se prêtaient aux diverses interprétations qu’on voulait leur donner.

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