SIBYLLES
Le nom de Sibylle viendrait, selon quelques étymologistes, de deux mots grecs, zio'î pour elo;, Dieu et de Soïï.ÿ, conseil, c’est-à-dire conseil divin, parce qu’on croyait les Sibylles inspirées par quelque divinité au nom de laquelle elle rendait des oracles. D’autrès étymologistes prétendent que la première devineresse connue, dont on fait remonter l’existence à plusieurs siècles avant la guerre de Troie, se nommait Sibylla, et que toutes les femmes qui, dans la suite, exercèrent ce métier, portèrent le nom de Sibylles.
Les plus célèbres furent Sibylla, Mante, fille de Tiresias; Démophile, Athénaïs, Nysa, Melanchrène, Deïphobe, Tiburtine, etc. Les réponses qu’elles donnaient étaient généralement tortueuses, obscures, et non-seulement pouvaient s’interpréter de plusieurs manières, mais s’adaptaient aux événements les plus opposés. Cette forme ambiguë était de toute nécessité pour que l’oracle ne fût point sujet à erreur; aussi, avait-il presque toujours raison. On en jugera par les exemples suivants :
Les Mèdes voulant connaître le résultat de la guerre qu’ils faisaient aux Babyloniens, consultèrent l’oracle de Jupiter Ammon , et reçurent cette réponse : —
« La victoire appartiendra à ceux qui honoreront lo plus les Dieux. »
Les Babyloniens, de leur coté, reçurent l'assurance de la victoire aux mômes conditions ; cependant, ils perdirent la bataille. Alors, ils en attribuèrent la cause à quelques fautes commises envers les dieux.
Philippe de Macédoine eut la curiosité de consulter l'oracle de Trophonius sur le temps qu’il avait encore à vivre ; l’oracle lui répondit :
« Mon fils, si tu veux vivre longtemps, garantistoi des chars. »
Du jour de cet avertissement, Philippe ne monta plus en char. Assassiné, quelques années après, par le traître Pausanias, on fit courir le bruit par toute la Grèce que l’oracle avait eu son accomplissement, puisqu’un char était sculpté sur la poignée de l'épée qui lui avait traversé la poitrine.
Un riche marchand de Corinthe, amoureux d’une jeune Eupalride qui se moquait de ses soupirs, alla consulter l'oracle de Delphes pour savoir si la jeune fille l’aimerait un jour; ou, dans le cas contraire, s’il devait tenter le saut de Leucade. L’oracle, qu’il avait largement payé, lui répondit : — « Le caméléon est changeant, la femme lui ressemble; — le sage ne doit jamais désespérer. »
Auguste, éperdûment amoureux de Livie, enceinte de six mois, l’enleva à son mari ; mais avant de l’épouser il questionna l’oracle, et obtint de lui celto
réponse : — « L’homme qui épouse une femme enceinte est sûr d’avoir au moins un enfant d’elle. Le mariage de César réussira. »
Avec de semblables réponses il est évident que l’oracle ne pouvait se tromper.
D’autres fois les prédictions ressemblaient littéralement à celles de l’almanach de Liège, ainsi que le fait judicieusement observer Voltaire : Un grand mourra cette année. — Il y aura des naufrages, etc. En effet, il est rare que dans le cours d’une année il n’y ait quelque décès parmi les grands ou quelque navire qui échoue. Et les oracles avaient raison à la façon de Mathieu Lænsbcrg.
Il est bon de faire observer que les oracles répondaient toujours selon les désirs de l’homme puissant qui les consultait. Les prêtres de Delphes, craignant que Philippe de Macédoine ne vînt piller leur temple, faisaient toujours parler leur oracle en faveur de ce roi; ce qui fit dire à Démosthène. — « La Pythie philippise. »
Alexandre le Grand voulant à toute force être fils de Jupiter Ammon, fit prévenir l’oracle qu’il viendrait bientôt pour le consulter. Mais, étant arrivé à une époque de l’année où l’oracle ne parlait plus, il ne put obtenir de réponse. Alors, il entra dans le temple et, saisissant la Sibylle par le bras, il la força de s’asseoir sur le trépied. A cet acte de violence et sachant à qui elle avait affaire, la Sibylle s’écria : —
« Nul ne peut te résister, ô mon fils ! » Cette exclamation suffit à Alexandre pour lui présager ses conquêtes futures.
SECTION U