LIVRES SIBYLLINS
Ces livres, qui passaient pour être le recueil des oracles et des prophéties de toutes les Sibylles, furent, en grande vénération dans l'antiquité; ils étaient rédigés en vers et précieusement gardés au fond des temples, avec tout le respect dû aux choses sacrées.
Sous le règne de Tarquin l’Ancien, une vieille inconnue apporta à Rome les livres sibyllins et proposa au roi de les acheter; mais, comme elle en exigeait un prix exorbitant, celui-ci se mit à sourire. Alors la vieille, qu’on reconnut plus tard pour être la Sibylle Démo, jeta au feu les trois premiers livres et demanda la même somme pour les six autres. Comme le Tarquirk hésitait encore, Démo livra aux flammes trois autres livres et, lui présentant les trois qui restaient, exigea fièrement le prix fixé, sinon elle anéantissait ce qui restait de ce précieux recueil. Étonné de cette ténacité, le roi convoqua le conseil des au- . gures, et tous décidèrent, d’un commun accord, qu’il fallait souscrire aux conditions de la Sibylle et retirer de ses mains ces livres précieux.
Les livres sibyllins furent immédiatement achetés; on les enferma dans un coffre de bois de cèdre ; les augures les portèrent en grande pompe au Capitole et un collège de prêtres fut créé pour les garder; car un oracle avait prédit que le salut de Rome dépendait^de leur conservation.
Lors de l’incendie du Capitole, sous la dictature de Sylla, les livres sibyllins devinrent la proie des flammes ; ce fut une grande calamité ; la République se crut à deux doigts de sa perte. On se hâta de nommer des députés qui se rendirent à Erythrée, à Delphes, à Cumes et dans tous les lieux où existaient des oracles, afin de recueillir tous les vers sibyllins que débitaient les prêtres ou que la tradition y perpétuait. Une fois que la rapsodie en eût été faite, Auguste les fit déposer dans une boîte d’or et les cacha sous la statue d’Apollon, au temple palatin qu’il faisait bâtir. Ils y restèrent jusqu’au quatrième siècle de notre ère, époque à laquelle, un violent incendie ayant dévoré le temple, les livres sibyllins furent brûlés et perdus pour jamais.